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Les bateaux à vapeur rapides

Téclairage et des signaux. En effet, il serait peulôtre imprudent de donner une vitesse de 18 nœuds aux simples navires de commerce, tant qu'on aura des administrations assez meurtrières pour chauffer leurs signaux de brouillards avec des générateurs demandant cinq quarts d'heure de feu ! Mais quand on saura manier le Pétrole, quel sera l'ingénieur du gouvernement assez niais pour construire des sirènes aussi déplorablement paresseuses?

Dans les airs, le Pétrole n'est pas seulement un objet de luxe, mais un objet de première nécessité. Les grandes machines que l'auteur des bateaux à vapeur rapides décrit avec un enthousiasme si légitime et si éloquent, sont beaucoup trop lourdes pour que l'on puisse songer à les emporter dans la région des nuages. Le génie humain doit faire une nouvelle étape pour lutter contre les zéphyrs et utiliser les vents.

On ne peut songer sans trouble à l'état d'ignorance que révèle l'entêtement avec lequel certains ingénieurs persistent à dépenser des sommes considérables, pour résoudre le problème de la direction aérienne par l'électricité. Ni les merveilles du Pétrole, ni l'insuccès des tentatives précédentes, ni la faillite de l'électricité à toutes les promesses audacieuses des charlatans, rien n'a pu détromper ces enthousiastes, rien n'a pu empêcher les journaux les plus sérieux d'enregistrer les récits les plus comiques d'expériences prétendues exécutées par de lourds Allemands dans le sein des airs !

L'électricité nous venant des nuages sous forme

de foudre, ce n'est pas en la ramenant sous une forme plus modeste, dans sa patrie d'origine, que le descendant de Prométhée, peut espérer de faire merveille dans les régions supérieures. Un allié plus sûr sera certainement ce combustible que le ciel ne connaît pas, puisqu'il parait alimenter exclusivement les fleuves du royaume infernal*.

Mais même avec les foyers à Pétrole il ne faut pas croire que nos futurs aérostats soient destinés à être les rivaux de nos steamers et à mettre hardiment le cap sur le point de l'horizon vers lequel le navi* gateur se dirige. Ni sur terre, ni sur l'onde, il ne faut oublier que la nature est femme, et que, pour réussir, on doit chercher surtout à lui plaire et à entrer dans ses desseins. Le grand art, pour l'aéronaute, sera toujours de choisir les vents qui conviennent à l'exécution de son voyage ; avant tout, il faut qu'il soit opportuniste. Si le progrès de l'aérostation par ballons est désirable, ce n'est pas seulement en raison des avantages qu'elle procurera directement, mais de l'avenir de la prévision du temps, qu'elle permettra d'organiser, et dont aujourd'hui l'on ne balbutie môme pas les premiers éléments, ainsi que des découvertes qu'elle suscitera dans l'atmosphère. Nous prions le lecteur de consulter sur ce point ce que nous avons dit dans nos

1. Sous certain point de vue, on peut dire que le Pétrole ne manque pas dans le ciel. En effet M. Daubrée vient de constater que Ton rencontre du Pétrole dans des aérolithes tombés au Groenland. Ces pierres sont imprégnées d'huile de la même manière que nos roches peuvent être humectées d'eau. Nouvelle découverte et nouveau mystère I

Aventures aériennes des grands aéronautes publiées chez Pion, il y a quelques années.

L'emploi du Pétrole dans le chauffage des machines agricoles a donné naissance à un grand nombre de combinaisons. Une des plus curieuses est le carburateur mécanique imaginé par MM. Rouart frères. A l'aide d'une transmission particulière leur machine met en mouvement le récipient dans lequel le liquide comburant a été renfermé, de sorte que l'air qui y est appelé se sature de vapeurs combustibles avec une excessive facilité, avant de se rendre dans le cylindre où ont lieu les explosions. Un des grands avantages de ce système, c'est qu'il est parfaitement locomobile et convient admirablement au labourage, au battage des grains, à l'élévation des eaux, soit pour l'irrigation ou le dessèchement des marais, à tous les travaux que les ruraux doivent exécuter sur tous les points de l'immense laboratoire où s'exerce leur industrie.

Grâce à l'emploi du Pétrole, un seul cheval suffît, pour transporter, dans l'endroit convenable, une machine produisant autant de force motrice qu'un nombreux attelage, mais n'ayant besoin ni de fourrages, ni d'abreuvoirs, ni d'écurie. En effet la machine ne consomme qu'un peu d'huile et un peu d'eau, et emporte sa ration pour toute la journée. Comme le cheval de feu ne se fatigue jamais, un attelage de deux ou trois Encéphales au Pétrole rend facilement autant de services qu'une cavalerie d'une vingtaine de chevaux de sang, coûtant beaucoup plus cher, non seulement de manœuvre et

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d'entretien, mais encore de prix d'acquisition. Le succès obtenu dans cette construction nouvelle a engagé les invenleui-s à l'appliquer à la construction des canots à vapeur. Us ont exposé au Havre une embarcation actionnée par un moteur agricole, de leur modèle de trois chevaux, auquel on a fait subir quelques modifications nécessitées par sa

Hftcbiiie agricole locoraobile de HU. Itouart frères.

nouvelle destination. La machine porte à la partie inférieure un volant, qui possède l'avantage de donner au canot toute la stabilité désirable. Le carburateur mécanique fonctionne de la mCme manière qu'à terre, et l'agitation des vagues est loin de nuire à l'intimité du mélange de l'air et des vapeurs d'huile, dont l'air doit être imprégné pour devenir combustible.

Mon ami le docteur Ilureau de Villeneuve, direc-

leur de YAéronaute^ m'a signalé une invention merveilleuse employée aujourd'hui par tout le corps médical. C'est le thermo-cautère du docteur Paquetin. A l'aide d'une poire en caoutchouc qui remplace une pompe, on fait passer un courant d'air à travers une bouteille d'essence de Pétrole où il se carbure. De là, l'air carburé se rend dans l'intérieur du cautère, qui est creux et en platine. Si à l'aide d'une lampe à alcool, ou de tout autre moyen, on porte le cautère au rouge blanc, il restera éblouissant aussi longtemps qu'on entretiendra le courant d'air ; on le rallume et on l'éteint à volonté avec une facilité qui tient du prodige. Sans avoir besoin des foyers de charbon pour réchauffer des fers qui se refroidissent en un instant, l'opérateur procède aux cautérisations avec autant de facilité que s'il promenait sur les tumeurs et sur les plaies une simple sonde. Comme le système se prête à la construction des sondes les plus délicates, les plus mignonnes, il permet d'appliquer des moxas de dimensions si faibles, que la douleur de chaque brûlure est presque nulle, et que l'effet révulsif produit ne tient qu'à la prodigieuse multitude des points d'application. L'opération ne laisse aucune cicatrice sur la peau la plus rose, la plus délicate, la plus satinée. Les élégantes peuvent livrer sans crainte leur cou, leurs épaules et leurs bras à cette chirurgie, qui, grâce au Pétrole, guérit en effleurant les chairs. Cette méthode si simple est susceptible d'une mul titude d'applications, que nous ne faisons qu'entrevoir en ce moment, et que nous demandons la per-

mission de réserver pour les éditions ultérieures.

Nous terminerons notre travail en indiquant une série d'applications, autres que celles qu'on peut désigner par le nom de transport véritable de la force à distance, puisqu'un seul cheval permet de voiturer ainsi au milieu des champs tout un atelier. Nous ferons nos efforts pour que rien ne manque au petit tableau d'ensemble qu'il est indispensable de tracer en ce moment, pour faire bien comprendre toute l'importance de la révolution industrielle et économique que la découverte du Pétrole de Pen-. sylvanie a permis de commencer, et à laquelle les Pétroles de Bakou imprimeront forcément une activité très grande. Nous sommes certainement destinés à voir de grandes choses. Les principes de l'industrie au Pétrole feront peut-être plus pour le bien de l'humanité que ceux de la grande Constituante.

A la veille de la grande exposition de 1889, il est utile de se rendre compte du rôle réservé à cet agent si longtemps dédaigné; lorsque, grâce à la civilisation par la Russie, du Caucase et de la haute Asie, les grandes sources de Pétrole seront exploitées d'une façon scientifique, que les produits que l'on en tire pourront être répandus au loin, et que la science saura se servir d'une substance dont le prix était à peine entrevu lors de l'exposition internationale de 1867, et môme de l'exposition de 1878, tant les théoriciens ont de peine à deviner ce que deviendra l'industrie dans quelques années.

Si nous ne craignions d'allonger démesurément un travail élémentaire, nous donnerions la preuve

de la difficulté avec laquelle les hommes percent les ténèbres de l'avenir, en montrant que parmi tous les chimistes et tous les physiciens distingués, qui ont rédigé tant de rapports, il n'y en a pas un seul qui ait vu nettement ce que le charbon liquide allait donner en moins de deux lustres \

1 . L'histoire des expositions nous montre que ce ne sont pas les jurys qui déterminent les grands courants industriels, mais l'action bienfaisante de ces grands concours dont l'idée remonte au Directoire eiécutif de la première République s'exerce sur les industries ayant déjà trouvé leur voie, et cela d'une façon merveilleusement puissante Aussi est-il hors de doute que l'emploi du Pétrole dans toutes les branches imaginables de l'activiité humaine, ne soit appelé à bénéficier prodigieusement de l'exposition qui se prépare. C'est ainsi que l'élçctricité a tant bénéficié de 1878, et du concours spécial qui a complété, en 1881, ce que le défaut d'organisation de 1878 avait laissé d'incomplet à cet égard.

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