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qui la contient, on on trouve la réfutation. Ceux qui tiennent ce langage sont les premiers à reconnaître que la police est défectueuse ; qu'il lui manque le nombre et l'activité. Ils s'élèvent également avec une généreuse énergie contre le maintien d'une aristocratie digne des plus mauvais temps de la féodalité a qui nous donnons la puissance absolue sur de malheureux vassaux (1).
Si cela est, a quoi conclure ? à la responsabilité collective, expédient du passé, expédient turc, ou à l'organisation d'une police nombreuse et active ? à une justice sommaire et spéciale ou à l'affranchissement des malheureux vassaux ? Pour nous, l'honneur du régime civil nous dicte notre choix. Il nous trahit et se trahit lui-même s'il n'apporte pas sur tout et à tous des institutions régulières et un ordre légal. Comment ne voit-on pas d'ailleurs que tous ces procédés empiriques sur le respect desquels on prétend fonder la sécurité sont un non-sens ? Loin d'atténuer le mal, ils travaillent à l'augmenter. J'admets qu'en frappant la tribu d'une amende collective vous ayez atteint les coupables et leurs complices. Ce n'est jamais qu'une présomption, car le crime a pu être commis sur son territoire pas des gens de la tribu voisine ou d'ailleurs. Mais s'il y a probabilité que les coupables sont atteints, n'y a-t-il pas une égale probabilité qu'au nombre des membres de la tribu ainsi frappés se rencontrent quelques innocents? Qui vous dit que dans leurs cœurs ne naîtront pas des sentiments de vengeance ? L'irritation qu'éveille un
(1) Lettre de M. Paul Bert.
acte injuste est mauvaise conseillère. Etes-vous sûr de n'avoir point préparé de nouvelles recrues pour le crime ? Ainsi se retourne contre vous une mesure à laquelle on prête une efficacité qu'elle ne possède pas. Bonne pour une société trop ignorante ou trop pauvre pour organiser un service public convenable, elle est indigne d'un peuple qui a le triple avantage de la fortune, des lumières et do la moralité.
Supériorité oblige.
Le mal est de ceux qu'on ne peut se flatter de supprimer entièrement, mais on doit pouvoir en éteindre l'excès : ce serait déjà un grand point. Avec cette amélioration, les esprits seraient bien vite ramenés à de plus exactes appréciations. Qu'attendons-nous pour porter à trois le nombre des légions de gendarmerie ? Pourquoi ne pas faire des circonscriptions qui se rapprocheraient de celles de la métropole par rétendue du territoire et par le nombre d'habitants ?
Par deux fois, à dix ans d'intervalle, cet important progrès a été sur le point d'être réalisé.
Une première fois, en 1871, sous le gouvernement M. le vice-amiral de Gueydon. Un projet de décret avait été préparé ayant pour objet de faire décider la création de deux nouvelles légions de gendarmerie on Afrique, afin d'en affecter une au service de chacune des trois provinces. Sur les observations du ministre de la guerre, alors Al. le général de Cisscy, il n'y fut donné aucune suite.
Plus tard la question 86 présenta devant le Parlement en vertu de l'initiative parlementaire. Le 28 juin issu, M. le général Farre ministre de la guerre,
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lit à la tribune de la Chambre des Députés de telles déclarations qu'on put série usement croire à une solution très prochaine. Dans cette circonstance d'assez mesquines considérations semblent avoir prévalu sur l'intérêt général.
En face d'une nécessité aussi évidente, le pouvoir persistera-t-il dans son immobilité ? Invoquera-t-il la difficulté de grever le budget d'une dépense nouvelle ? Cela lui est impossible. Il a été depuis longtemps établi que, sans grever autrement le budget, l'Algérie peut être dotée des légions qui lui sont nécessaires. Il s'agit de faire un meilleur emploi des sommes que nous consacrons à entretenir des régiments de spahis. Il s'agit de supprimer ces régiments. Quel est de nos jours l'officier à qui cette proposition paraîtra révolutionnaire? S'il pouvait en exister un, je lui recommanderais les lignes suivantes : « Une « économie importante pourrait être faite si l'on « voulait se décider à examiner enfin sérieusement « la question des corps réguliers indigènes, corps « ruineux, contre l'institution desquels de nombreuses « réclamations ont été de tout temps formulées, tant « par des officiers compétents en ces matières que « par des inspecteurs généraux de cavalerie même ; « mais qui, malgré les justes attaques dont ils ont « été constamment l'objet, sont toujours parvenus à « se maintenir.
« En effet, dans quel but avaient été créés, à « l'origine, les corps indigènes ? C'étaient des motifs « purement politiques qui avaient présidé à leur orga- « nisation. On espérait par ces créations attirer à « soi des hommes appartenant aux familles influentes
« des tribus, se les attacher, les rendre moins hostiles « et les renvoyer après quelques années de service « dans ces corps, civilisés en quelque sorte par le « contact et l'élément français qu'on y avait introduit. « Si un but politique n'avait pas existé, les corps « indigènes n'auraient pas eu en effet raison d'être, « car personne ne prétendra que, militairement parlant, « un régiment de spahis vaille un régiment français. « Or ce but a-t-il été atteint ? Les jeunes hommes « des familles considérables du pays sont-ils venus « à nous? Quel a été, en réalité, l'élément indigène « qui est entré dans ces régiments ? Au lieu des fils « de famille, n'ont-ils pas été recrutés presque uni- « quement de malheureux, de mauvais sujets de tribus, « de ces hommes à caractères^ inquiets et turbulents « qui ne venaient dans nos rangs que pour échapper « à leurs Caïds ? Nous sommes loin cependant de « contester les services de guerre rendus par eux, « mais ces services eux-mêmes ne sont-ils pas dus « principalement aux vigoureux officiers et sous- « officiers français qui les encadraient ? » (Le général Ksterhazy.)
« Nous rendons hommage aux brillants services « de guerre des tirailleurs algériens, en Crimée, en « Italie, en Cochinchine et au Sénégal, il est difficile '< d'en dire autant des spahis. Ces corps n'ont jamais « rendu de services que les régiments n'eussent « pu rendre. » (Le général Ducrot.)
Contre ce double jugement personne dans l'armée ne s'élèvera. On a calculé que la dépense d'un spahis n'est pas inférieure à 2.000 IV. Ce n'est pas trop cher, à coup sûr, pour celui dont les yeux ne sont frappés
que du côté pittoresque. Mais à n'envisager que le côté utile, quelle exagération !
Ne craignons pas de le répéter : il faut supprimer les régiments de spahis afin de créer de nouvelles légions de gendarmerie.
La colonisation est affermie. Elle a poussé clans le sol des racines assez vigoureuses pour qu'elle se fasse un jeu des orages qui pourront fondre sur elle à l'avenir. Ses adversaires ont disparu et rien n'annonce qu'ils se préparent à un retour. Les sympathies de l'opinion lui sont acquises. Elle a l'appui du gouvernement. Elle a sa place dans ses conseils et dans ceux de la nation. Elle compte au premier rang des intérêts nationaux. Elle est en possession du régime
Il ne lui reste plus qu'à savoir l'appliquer, en tirant de ce principe fécond les conséquences qui lui sont naturelles. Le régime civil , est-ce un Gouverneur appartenant k telle catégorie de la société de préférence à telle autre? Non, c'est une politique nouvelle
L'ordre, la vérité et la justice sont les points lumineux vers lesquels elle doit s'orienter. C'est en s'efforçant d'y atteindre que le régime civil justifiera la légitimité de sou avènement.
Pour bien préciser quel doit être son caractère, rendons-nous un compte exact des lacunes et des erreurs du passé :
Le régime d<-s décrets a eu pour effet do produire une législation confuse, incohérente, inextricable. Il appartient au régime de la loi d'introduire la précision el la clarté au milieu de ce chaos.
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Au désordre décrétorial, opposons l'ordre légal.
Les Colons ont besoin des Indigènes, les Indigènes ont encore un plus grand besoin des Colons. Voilà la vérité. Le gouvernement moins que personne ne saurait l'oublier sans péril. Les intérêts étant solidaires, une égale sollicitude doit s'étendre sur tous indistinctement. L'égalité dans la protection est la condition même d'un apaisement nécessaire.
L'ancienne administration répugnait par ses actes plus que par ses paroles à un rapprochement des deux races. Elle était antifusionniste. La nouvelle doit hardiment s'engager dans la voie contraire. Le seul idéal qui soit digne d'elle, c'est la fusion. Le précédent régime fournissait des aliments à l'esprit d'insurrection, le despotisme des grands chefs n'ayant pas d'autre issue. Le régime nouveau doit s'attacher à éteindre cet esprit. Le temps des grands chefs est passé. Les chefs de douar, voilà les intermédiaires naturels entre l'administration et les Indigènes des tribus.
Jusqu'à ce jour l'aristocratie seule a eu le privilège d'exciter notre attention. La couleur et l'éclat de ses dehors ont distrait nos yeux. Nous n'avons pas eu un regard pour la vile multitude.
C'est à cette masse silencieuse et sacrifiée que le régime civil doit faire sentir son action bienfaisante. — Les populations de l'Algérie ont droit à la sécurité civile. La colonisation y a un droit supérieur ; on ne peut en effet sans injustice infliger un surcroît do difficultés à une couvre suffisamment laborieuse par elle-même. L'ancienne administration se contentait d'assurer l'obéissance des Indigènes. Pourvu que
l'armée fût puissante, elle ne s'inquiétait pas du reste au même degré.
La politique nouvelle laisse l'armée à sa grande mission : la défense du territoire. Assurée de la soumission des Indigènes, elle ne reconnaît dans le brigandage qu'une plaie sociale et s'attache à faire jouir l'Algérie de la plus grande somme de sécurité à laquelle puisse prétendre une société. A cet effet, elle met en œuvre tous les moyens d'action dont la civilisation est capable.
Préoccupé de maintenir la société arabe dans les cadres de son organisation primitive, le régime militaire n'a pu créer un état de choses qui permît à la colonisation de se faire sa place en toute liberté. Il lui a mesuré parcimonieusement l'espace. Pareils à ceux d'une manœuvre, les mouvements de la colonisation officielle ont été plus ou moins savamment réglés et combinés. Elle a été parfois portée en avant, d'autres fois en arrière. Le plus souvent elle est demeurée en place et au repos. Sous le régime civil, la colonisation ne saurait être exposée à ces soubresauts. Ce ne sont pas des lambeaux de territoires qui doivent être offerts à son activité. Il lui faut ouvrir le territoire tout entier. Une constitution sérieuse, rapide et économique de la propriété chez les Indigènes, la liberté des transactions, des routes et des chemins de fer pourraient faire succéder à une colonisation intermittente et clairsemée une colonisation libre et puissante, s'épanchant dans tous les sens.
Le régime ancien s'est montré dissipateur de la fortune publique en abandonnant d'un cœur léger aux tribus, aux sociétés financières et à des particuliers
puissants des espaces dont on ressent vivement aujourd'hui la privation. Il ne s'est pas assez soucié de la dignité des citoyens en imposant le rôle de solliciteurs h ceux qui désiraient parvenir à l'état de colons. Il a discrédité et découragé la colonisation en se livrant à un triage forcément arbitraire dos colons. Dans ses investigations sur chacun il a été tracassier et peu clairvoyant. Il s'est l'ait le juge souverain d'aptitudes spéciales, sans pouvoir donner à ses jugements l'autorité d'une compétence qu'il n'avait pas lui-même. Il a ainsi semé de nouveaux germes de division. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Nous avons vu, nous voyons encore parmi les colons, ceux qui sont en instance, ceux qui ont été refusés, ceux qui ont été admis. Parmi ces derniers on peut facilement distinguer deux catégories : il y a les admis du premier degré, en faveur de qui les formalités ont été abrégées ou même supprimées ; il y a les admis du deuxième degré qui n'ont pas été, comme les premiers, entièrement exempts de peines et d'ennuis.
Le régime nouveau est tenu de rompre avec de tels errements. Eclairé par l'expérience du passé il se montrera prévoyant. Il songera aux générations futures dans sa gestion du domaine public. Les terres prenant une valeur tous les jours croissante, le principe de la vente est de rigueur. La gratuité des concessions qui enrichit le colon admis, au détriment de tous, et qui, à juste titre, mécontente le colon refusé est une violation du principe d'égalité. La vente en assure plus que tout autre le respect.
Non content de tenir les individus sous une dépendance étroite, l'ancien régime exerçait une tutelle
jalouse sur les départements et les communes. Au lieu d'en fortifier les ressorts il s'étudiait à les fausser. C'est dans les conseils généraux et dans les conseils municipaux qu'on surprend ce travail d'assujettissement. Dans les conseils généraux on voit les principes et les intérêts les plus contradictoires mis en présence. On y fait siéger des membres musulmans, nommés par l'administration, et non citoyens, sur le même pied que les membres français élus. Le sort des délibérations les plus graves est livre à des majorités factices. L'appoint des voix musulmanes se joignant à la minorité amène ce regrettable résultat. Ainsi est détruite l'homogénéité de ces assemblées. Froissés par le défaut de sincérité qui dénature l'expression de leurs volontés, elles s'épuisent en débats irritants. L'administration a triomphé : il suffit.
Il en est de même dans les conseils municipaux. En ce qui concerne les musulmans, l'inconvénient est moindre puisqu'ils sont réellement élus par leurs coreligionnaires ; mais il y a ici en plus les étrangers. Le sentiment national est froissé de voir des étrangers prendre part à l'élection des municipalités. L'ancien régime n'y a vu aucun mal et ce sont les étrangers eux-mêmes qui ont eu assez de tact pour s'abstenir d'user do ce droit. Des conseils ainsi divisés contre eux-mêmes disent assez l'esprit qui a dirigé l'ancienne administration.
Le régime civil a pour devoir de rétablir encore ici la vérité des situations. Il importe i\ la bonne administration de rendre les conseils électifs à euxmêmes. En ce qui touche les musulmans, c'est par la naturalisation seule qu'ils peuvent prétendre à la
jouissance des droits politiques. Comment nous prouveraient-ils sans cela qu'ils se sont solidarisés avec la nation et qu'ils ont acquis la capacité intellectuelle et morale pour bien user de tels droits? Mais concédons-leur la liberté civile, et ne craignons pas de les initier à la vie municipale à condition de placer leurs assemblées de douars sous la tutelle administrative et de les priver de tout attribut politique. Qu'ils aient le droit de décider de l'établissement d'une fontaine, de la construction d'une mairie, du tracé d'un chemin rural.
En ce qui concerne les étrangers, ils ne sauraient avoir plus de droits chez nous que nous n'en avons chez eux. Voilà la règle.
Après cette œuvre d'affranchissement et de progrès, il restera encore au régime civil à développer l'œuvre inaugurée en 1848 et suspendue depuis. Il faut compléter l'organisation départementale. Quatre départements nouveaux s'ajoutant aux trois anciens feront disparaître avec les provinces le dualisme auquel l'Algérie doit la plupart de ses vicissitudes.
Assurer à tous les droits de sérieuses garanties ; développer les rapports que les événements ont forcément créés entre Indigènes et Colons pour leur commun avantage ; donner à la colonisation la liberté et la sécurité ; la favoriser par une forte impulsion imprimée aux grands services publics; intéresser le plus grand nombre possible d'habitants à la gestion de leurs propres affaires et agrandir le rôle des assemblées locales : c'est par des mesures de ce genre que notre domination sera inébranlable, car elle aura la double consécration de la force et du droit. « La
victoire n'est légitime que quand elle profite au vaincu (1). » La gloire d'avoir fait la conquête du pays appartient au régime militaire ; au régime civil de conquérir les esprits et les coeurs.
(1) M. Masqueray, Alger et V Algérie.