‹ Le peuple algérienChapitre 11 sur 104 · ALGERIE · texte numérisé non relu

ALGERIE

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Rapprochons quelques chiffres de ce tableau ; par lui-même ce rapprochement sera assez éloquent et se passera de longs commentaires.

En 1886, les Français et les Etrangers étaient 296.498 ; en 1896, ils sont 313.998. Accroissement : 17.500 unités pour le sexe masculin.

En 1886, les Françaises et les Etrangères étaient : 203.155 ; en 1896, elles sont 270.010. Accroissement : 66.855 unités pour le sexe féminin.

La différence entre les deux sexes s'élevait en 1886 à 93.343 ; elle descendait en 1896 à 43.983.

Pour 100 femmes, en 1886, il y avait en Algérie 145 hommes ; en 1896, il n'y en a plus que 116.

Cette proportion de 145 hommes pour 100 femmes et cette différence énorme de 93,343 au profit du sexe masculin s'expliquent en 1886 parla très forte immigration étrangère qui s'était produite quelques années auparavant. Les hommes seuls s'étaient expatriés : célibataires -pour la plupart, ils travaillaient dans les grands chantiers de travaux publics ou dans les fermes agricoles. Plus tard les familles se sont fondées ; ces hommes se sont mariés dans leur pays d'origine et ont amené leurs femmes en Algérie : et ce qui le prouve, sans qu'aucun doute soit possible, c'est que, durant ces dix années, si les statistiques relatives aux hommes montrent, une diminution des individus de ce sexe dans presque toutes les colonies étrangères, il y a au contraire augmentation dans le nombre des femmes de ces nationalités. Bien des ouvriers célibataires étrangers ont donc quitté l'Algérie, lorsque les grands travaux publics cessèrent ; ceux qui restèrent y attirèrent des femmes de leur nationalité. De cette tendance qu'ont les deux sexes à s'égaliser numériquement, il est une autre raison dont

l'étude de la mortalité comparée des deux sexes nous mettra à même d'apprécier l'importance : les hommes paient à la mort un tribut beaucoup plus lourd que les femmes, soit que leurs occupations les exposent, davantage aux atteintes du climat africain, soit que les habitudes d'intempérance soient mortelles en Afrique.

Examinons maintenant les variations de ces deux sexes dans chaque nationalité ; comme pour les Européens en général, il suffira de rapprocher les chiffres.

De 1886 à 1896, les Français passent de 155.260 à 190.100 : soit un gain de 34.840 ; durant le même laps de temps les Françaises gagnent 52.301 unités, puisque leur nombre s'élève de 104.469 à 156.419. Pour 100 Françaises, il y avait d'abord 148 Français ; il n'y en a plus que 121.

La colonie espagnole présente ce caractère tout particulier d'être composée de plus de femmes que d'hommes. Les Espagnoles, qui n'étaient que 63,063 dix ans auparavant, atteignaient en 1896, le chiffre de 81.506 ; cependant que les Espagnols, autrefois au nombre de 81.462, n'étaient plus que 76.054. Tandis que les unes gagnaient 18.438 âmes, les autres en perdaient 5.406. Et pour ce groupe, la proportion s'est trouvée renversée ; pour 100 femmes espagnoles, il n'y a plus que 93 Espagnols.

Dans ces dernières années en effet, les jeunes filles et les femmes espagnoles ont afflué dans nos grandes villes ; elles ont envahi toutes les places dans les manufactures, monopolisé les fonctions de servantes dans les familles, quand elles ne sont pas devenues maîtresses de maison.

Dans les autres groupements étrangers, l'équilibre des sexes s'établit progressivement par l'élimination

des immigrants ouvriers restés célibataires et demeurés sans travail : ceux-là quittent la colonie ; combien parmi les 7.376 qu'a perdus le groupe italien se trouvaient dans ce cas ! Les Maltais, établis depuis longtemps sont aussi de tous les éléments étrangers celui dans lequel les deux sexes sont à peu près égaux et subissent les variations les plus faibles.

Pourquoi faut-il qu'à cause de la pauvreté des statistiques toute autre recherche détaillée soit rendue impossible sur la répartition des individus de ces deux sexes par état-civil et par grand groupe d'âge f

Insuffisance des statistiques anciennes de dénombrement. — Ce n'est pas que, clans les tableaux des dénombrements anciens, l'administration ne se soit efforcée de fournir d'autres renseignements. Prenons par exemple le recensement de 1891, un des plus complets qui ait été fait.

Vous y trouvez un premier tableau sur le nombre de maisons et de locations : et on vous explique que les agents du dénombrement, aux termes d'instructions ministérielles, ont compris sous le titre de maisons toutes les constructions destinées à l'habitation, et pour l'Algérie les gourbis et les tentes, comme si c'étaient des choses comparables. On ajoute qu'on a relevé 359.512 maisons, gourbis ou tentes, et que ces maisons, gourbis ou tentes, représentaient 862.587 locaux, logements ou appartements distincts. 0 luxe de détails ! on éprouve le besoin de vous avertir que sur ce total, 840.227 étaient occupés et 22.360 vacants.

Vous y trouvez un second tableau sur les ménages : il est aussi bizarrement composé que le précédent. Toutes les nationalités y sont confondues ; il vous paraît logique de distinguer les ménages européens et les ménages indigènes parce que la polygamie, admise par les Musulmans, donne à ces derniers une origine et une constitution très différente de celle des premiers. Cependant, toujours d'après les mêmes instructions on distinguera, comme dans la Métropole, six catégories de ménages : ménages d'individus isolés et ménages de familles de 2 3, 4, 6, 7 personnes et plus.

Vous y trouvez un troisième tableau sur la population par sexe et par état-civil, un autre sur la population par âge. Mieux encore ; les statisticiens ont la prétention d'être complets, s'ils n'ont pas le sens de l'exactitude : ils donnent sérieusement un dernier tableau sur la durée du mariage et sur le nombre des enfants par famille... Et quelle valeur ont ces statistiques ? aucune, absolument aucune ; car tout y est mêlé dans une confusion inexprimable et pour le moins anti-scientifique. Mieux vaut les ignorer que fonder sur elles des conclusions sans vraisemblance et sans portée.

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