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LES ORIGINES DE LA POPULATION ALGERIENNE

Immigration et natalité. — M. Wahl écrivait en 1882 : « Ce qu'il importe avant tout de considérer, c'est que tous les étrangers ne sont pas des émigrants nouvellement débarqués. En 1872, on en comptait 48.488 nés en Algérie contre 67.028 nés en Europe ; bientôt la proportion se sera renversée en faveur de l'élément créole. » C'est chose faite depuis le dénombrement de 1896 : les étrangers, nés en Europe, qui étaient encore plus nombreux que ceux nés dans la colonie en 1891, ne sont plus que 106. 960 contre 111.552. Pour les Français, depuis quelque temps déjà, même fait s'était produit. Il est vraisemblable que ce renversement avait eu lieu en 1886, sans que l'on puisse affirmer d'une manière positive que c'est bien à cette époque, car les statistiques sont fort obscures Mais, en 1891, la supériorité numérique des Algériens français s'était clairement affirmée et, en 1896, elle se chiffrait par une cinquantaine de milliers d'individus.

Celte situation démographique nouvelle semble prouver que des deux sources de peuplement qui ont contribué à l'accroissement de la population algérienne, l'immigration et l'excédent des naissances sur les décès, ce n'est plus l'immigration qui joue le seul rôle actif. La lorte natalité algérienne compense, et au-delà, les vides causés par la mort dans les rangs de cette population ; au besoin, elle suffirait à assurer son dévelop-

pement. Déterminer la part qui revient à chacune d'elles dans cet accroissement sera, notre première tache ; nous essaierons ensuite, pour les Algériens, nés en Europe, de montrer de quel département français ou de quelle province espagnole ou italienne ils sont originaires.

Parts respectives de rimnii g ration et de la natalité dans l'accroissement de la population Algérienne. — Pour la période qui s'étend de 1830 à 1876, le docteur Ricoux avait calculé ce qui revient d'une part à l'immigration, de l'autre à l'excédent des naissances sur les décès : « L'histoire de l'Algérie, disait-il, comprend deux phases : dans la première, l'immigration seule a contribué à l'accroissement de la population ; dans la seconde, les naissances l'emportent sur les décès au point de faire sentir une influence et une influence très sensible sur l'accroissement. »

De 1830 à 1855, l'immigration seule a apporté un contingent nouveau d'Européens ; non pas que dans toute cette période il n'y ait pas eu beaucoup de naissances. mais le nombre des nouveau-nés n'égalait pas celui des décédés. Et la colonie aurait été sans cesse en s'anémiant, si un afflux annuel de colons ne lui avait pas apporté un sang nouveau. Jusqu'en 1851, jamais, au cours d'aucune année, la natalité ne fut assez abondante pour compenser la mortalité ; toutefois, il est juste de reconnaître qu'il eût fallu peu de chose pour que l'équilibre entre ces deux colonnes de chiffres fut atteint. Quelques années furent particulièrement désastreuses, comme 1840, 1850, 1852 où, pour une augmentation de

1.000 individus, l'immigration devait amener respectivement 1.223, 1.469 et 2.105 nouveau-venus. Fatalement, une situation si précaire pour la colonie, si désavantageuse même qu'elle avait fait clouter de la possibilité du maintien de la domination française en Afrique, devait se modifier. Elle était en somme toute naturelle ; dans n'importe quelle colonie, cette colonie fût-elle très saine, l'immigration est toujours la plus abondante, si non l'unique source d'accroissement ; car la population est composée surtout de célibataires qui ne songent à se créer une famille que plus tard, lorsqu'ils sont bien établis. Et en Algérie, où les immigrants vivaient dans un milieu hostile, sous un climat nouveau, il eût été surprenant que les Européens se fussent accrus, dès le début, par l'excédent des naissances sur les décès. Cette situation se modifia lorsque les épidémies de choléra ne sévirent plus avec la même gravité ; lorsque de vérita blés paysans, habitués aux durs travaux de la terre et aux intempéries des saisons algériennes, remplacèrent les citadins, accoutumés à de tout autres occupations que celles de manier la pioche ou de conduire la charrue ; quand enfin une majorité de gens mariés, procréateurs d'enfants robustes et vigoureux se substitua à la troupe inféconde des célibataires.

La situation commence à changer en 1854, première année de l'histoire de l'Algérie où Ton constate un réel avantage en faveur des naissances. Deux autres années suivent pendant lesquelles les décès l'emportent encore, mais les rôles sont définitivement intervertis en 1856. A partir de ce moment, l'excédent des naissances sur les décès entre pour une part de plus en plus grande dans l'augmentation de la population algérienne. A signaler toutefois l'année 1869 où la conjonction de trois cala-

mités, la famine, le typhus et le choléra, aggrava la mortalité à tel point que le îîombre des naissances fut trop faible pour réparer les pertes. Mais l'influence épidémique n'étendit pas son dommage au-delà d'une année : preuve manifeste que ce qui était autrefois la règle était devenu alors l'exception. En effet, durant toute cette période, abstraction faite de cette année même, lorsqu'éclate une insurrection sanglante, même quand la guerre exerce ses ravages, les naissances sont toujours supérieures aux décès. La natalité entre pour un appoint, d'ailleurs très variable, dans cette progression, suivant que le mouvement d'immigration s'accélère ou se ralentit. On comprend facilement que lorsque les colons débarquent en rangs pressés en Algérie et font monter brusquement le chiffre de sa population, les excédents de naissances comptent proportionnellement pour peu dans cette subite augmentation ; toutes les fois au contraire que la colonie a une force d'attraction moindre soit par suite de troubles intérieurs, soit à cause d'un régime administratif défectueux, elle vit davantage sur ses propres ressources et elle doit son accroissement à ses naissances. Tel fut le cas pour la période qui s'étendit de 1861 à 1?66 ; pour un accroissement de 1.000 habitants, elle en dut 600 à l'immigration et 400 aux naissances. Bien différents furent les résultats de la période suivante de 1866 à 1872 ; toujours pour le même accroissement de 1.000 habitants, elle en dut 951 à l'immigration et 49 aux naissances.

A priori, il était rationnel d'affirmer qu'aux dénombrements suivants la part de la seconde source d'accroissement progresserait peu à peu. tandis que s'affaiblirait celle de la première. M. Ricoux a arrêté ses recherches en 1876 ; à nous de les poursuivre et de

vérifier ses déductions. Elle ne se sont pas d'abord vérifiées, parce qu'après la guerre et pendant vingt années, l'Algérie a pris un très rapide essor et que l'immigration a jeté, en ce laps de temps, de véritables flots de Français et surtout d'étrangers sur les plages algériennes. Mais, sitôt que ce courant s'est ralenti, le peuple algérien, de plus en plus livré à ses propres forces, a dû la plus grande partie de ses gains aux excédents de ses naissances sur ses décès :

ACCROISSEMENTS QUIXQUEXNAUX

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