II. Il
Aïn-Abessa
Aïn-Iioua
Aïn-Tagrout
Bordj-bou Arréridj . .
ii. 18
Colignv
Kl-< )uricia
Saint-Arnaud
Causes de la densité : la Conquête. — Densité en I806. — A l'examen des nombreux tableaux que nous avons dressés de la densité actuelle des communes algériennes, au vu des cartes que nous avons tracées et où l'on peut suivre pour ainsi dire pas à pas le peuplement des centres, un long historique des variations de cette densité paraîtra une superfétation.
Aussi bien n'entre-t-il nullement dans notre pensée de répéter cette nomenclature sous prétexte de l'expliquer. Mais la répartition des Européens sur cette terre d'Afrique a ses causes (1) historiques et géographiques, économiques et sociales. Les incli-
(4) Dans cette étude des causes de la densité, nous n'avons pas la prétention de les passer toutes en revue. Si nous avions voulu être complet, il eût fallu descendre dans les détails, envisager les cas particuliers.
Notamment, en géographie, nous aurions été amenés à faire intervenir les différences géologiques qui existent entre les régions algériennes et ne pas nous en tenir à la simple division en trois grandes zones climatériques. Jl est bien certain, par exemple, que les terrains gréseux qui se prêtent à une végétation forestière auront une densité de population inférieure à celle des terrains d'alluvions où les cultures les plus riches peuvent réussir.
De même en histoire, nous n'avons insisté que sur les événements généraux et sur les progrès décisifs de la colonisation dans les plaines littoralicnncs, puis dans celles de l'intérieur, enfin sur les Hauts-Plateaux. On trouvera, dans l'étude de M. Husson, des indications plus détaillées sur toute la période qui s'étend des origines à 1896.
Enfin, pour les causes économiques, nous ne citons que l'eau utilisable et le développement des voies de communication ; c'est volontairement, et pour ne point étendre démesurément notre sujet, que nous avons laissé de côté les cultures, le commerce, l'industrie. D'ailleurs, nous reviendrons sur les rapports de la population et de la richesse dans un des chapitres qui suivront.
quer, faire la part de chacune d'elles a son intérêt ; ce sera l'illustration des documents que nous avons apportés.
De tous les agents de peuplement le plus actif et presque l'unique dans les premiers temps de l'occupation française fut la colonisation officielle. Quand on conteste ses heureux effets, on oublie généralement qu'elle seule était capable d'implanter des colons en Algérie durant la période difficile de la conquête ; que, si elle ne les avait pas attirés par l'appât des concessions gratuites, ils n'y seraient guère venus spontanément, tant les conditions d'établissement étaient difficiles. Cette terre dont on venait de s'emparer n'était pas vide d'habitants, elle était au contraire entre les mains de propriétaires qui la cultivaient ou de pasteurs qui y conduisaient de nombreux troupeaux. De plus, ces possesseurs du sol formaient un peuple belliqueux, fanatique, prêt à se soulever au moindre appel de ses chefs ou à la voix de ses marabouts. Chez ces Musulmans, la haine de l'infidèle n'avait d'égale que la folle témérité avec laquelle ils le combattaient. Et ils avaient de puissants auxiliaires dans le climat meurtrier qui décimait les vainqueurs et dans l'aspect triste et désolé des campagnes algériennes, dévastées depuis des siècles par la barbarie et l'insouciance des conquérants arabes. Quelle triste impression n'en rapportaient pas nos officiers, dont les opinions n'étaient peut-ètrepas très autorisées, mais aux opinions desquels on ajoutait foi parce qu'elles étaient vécues et exprimées en termespeu mesurés ! Tel général ne voyait dans le Sahel d'Alger que des collines couvertes de broussailles, de cactus épineux, d'une herbe maigre et chétive ; et il en concluait que jamais le pays ne se
prêterait aux cultures européennes ! Tel autre, au retour d'une traversée difficile de la Mitidja, considérait cette plaine coupée de fondrières et semée de marécages, comme une région pestilentielle et meurtrière pour les Européens, une région où jamais la colonisation ne devait prospérer.
Malgré ces conditions désavantageuses, malgré ces opinions pessimistes sur l'avenir du Sahel d'Alger ou de la Mitidja, le gouvernement eut le mérite de ne point désespérer de sa conquête et il entreprit de coloniser un pays en apparence si peu colonisable. Et lui seul, d'ailleurs, pouvait tenter cette aventure. Non pas que nous contestions les heureux efforts de quelques hardis pionniers de la première heure ; mais combien étaient-ils ceux qui, après avoir acheté des terres aux Arabes, les mirent en valeur, ou simplement eurent l'intention de les faire cultiver ? Combien plus nombreux furent ceux qui, par l'accaparement des domaines des environs d'Alger, n'eurent en vue qu'une simple spéculation ! Et quand les farouches cavaliers d'Abdel-Kader tirent irruption dans le long couloir de la Mitidja et détruisirent fermes et récoltes, où étaient ces fermes riches et prospères dont on fit grand bruit ? Eu réalité, la colonisation ne commença que lorsque le gouvernement se fut résolu à prendre en main cette grande œuvre.
Les généraux, auxquels elle fut confiée, se laissèrent d'abord guider par des préoccupations toutes militaires. Bugeaud fut le premier qui apporta dans l'administration de la colonie cet esprit de suite et de décision, cette méthode, ce pressentiment de l'avenir, sans lesquels on ne fait rien de grand. Bien qu'il ait été appelé avant tout à protéger les possessions françaises
C3ntre 1(3 plus audacieux et le plus insaisissable des adversaires, peut-être même à cause de cette lutte de tous les jours, il comprit *qu'il fallait organiser solidement cette colonisation, il voulut même la militariser. Il comprit qu'il ne pouvait la laisser s'éparpiller sans l'exposer à de brusques attaques. Par dessus tout, la prise de possession et la pacification de la Régence entière s'imposaient.
Avant lui, quelques garnisons avaient été laissées à Médéa, à Miliana ; mais, réduites à un petit nombre de soldats, elles restaient étroitement bloquées entre les murs de ces villes et, loin d'être des signes de force, elles n'attestaient que notre faiblesse et notre impuissance, d'autant que, pour les ravitailler, il fallait de véritables expéditions militaires. Bugeaud fit occuper fortement ces centres, et de là rayonna pour pacifier le pays. En même temps qu'il harcelait son insaisissable adversaire, il asseyait définitivement la domination française à Médéa, à Miliana, à Mascara (1841), puis à Tlemcen (1842), tandis que, dans l'Est, son lieutenant, le général Négrier, occupait M'sila (1841), Tébessa (1842). Toutes les villes, placées à la lisière du Tell et des Hauts-Plateaux, devinrent autant de centres de résistance contre toute incursion. Bientôt cette ligne de postes ne suffit plus ; on se résolut à la pousser plus loin vers le Sud et à accroître ainsi la superficie du territoire effectivement soumis à notre autorité. Aux portes des Hauts-Plateaux, à Boghar, à Teniet-el-Haàd, à Tiaret, à Sidi-bel-Abbès, nouvelle ligne de forteresses : le Tell était en partie conquis et en même temps défendu.
A l'œuvre de l'épée succéda l'œuvre de la charrue. Bugeaud voulut attirer en Algérie des colons euro-
péens ; c'était le plus habile moyen d'assurer la défense du territoire conquis. Ces colons, il les rangea un peu comme on range les soldats dans une armée ; leurs villages, il les plaça ainsi que des places fortes sur des plateaux peu accessibles ou des éperons montagneux d'où la défense était facile. Ou bien encore il créa des agglomérations dons le voisinage des places fortes occupées par nos troupes. Bientôt, suivant un plan conçu et exécuté par le comte Gu\ot, mais inspiré par Bugeaucl, une triple ceinture de gros bourgs qu'on bâtit dansleSahel et la Mitidja protégea Alger ; d'autres entourèrent les principales villes du littoral : La Calle, Philippeville, Mostaganem, Oran, Arzew.
Aux successeurs du maréchal Bugeaud s'imposa l'obligation de pénétrer toujours plus avant dans l'intérieur, pour protéger nos possessions du Tell. Bientôt, les oasis qui s'égrènent au pied des Hauts-Plateaux, sur le versant saharien, devinrent le foyer d'intrigues dangereuses ourdies contre nous par des fanatiques. Il fallut agir. Laghouat se rendit après un siège mémorable (1852), le M'zab se soumit, Ouargla, Touggourt furent bientôt nos sentinelles avancées dans le désert. Seule la montagneuse Kabylie restait indépendante. Toutefois quelques villes du littoral entre Alger et Philippeville avaient été occupées : Bougie (1833), Djidjelli (1839), Collo (1843), Dellys (1844) ; Bugeaud avait aussi dirigé plusieurs colonnes volantes contre des tribus trop remuantes. Ce n'est qu'en 1857 que le maréchal Randon résolut d'en finir avec la résistance opiniâtre de ces montagnards ; il cerna le massif kabyle, puis obligea les tribus les plus guerrières et les plus indomptables, tels les Beni-Iraten, les Béni-
Menguellet, à demander l'aman. La Kabylie était domptée et l'Algérie pacifiée.
Durant toute cette longue période de conquêtes, malgré la guerre, malgré des insurrections sanglantes, la population européenne n'avait pas cessé de s'accroître. L'insécurité des campagnes algériennes et les prescriptions administratives l'avaient plus ou moins obligée à se cantonner dans quelques villes ou villages fortifiés ou dans certains districts voisins de nos postes militaires. Sur ces points, la densité est déjà grande, mais ce ne sont que des points et ces points sont rares. Le recensement de 185G nous permettra de juger de ce qui avait été fait jusqu'à cette date.
Les Européens forment alors deux groupes compacts, l'un à Alger, l'autre à Oran. A Alger, ils composent déjà une grosse partie de la population ; ils sont installés en nombre à Boufarik, à l'Arba, à Blida ; ils essaiment dans toute la Mitidja. Les villages créés dans le Sahel ont prospéré, et déjà leurs habitants sont maîtres de tous les environs de la capitale. Dans la haute Mitidja et jusqu'à Tipaza, des centres sont échelonnés, disposés comme les anneaux d'une chaîne. En dehors de cette zone voisine d'Alger, où vraiment la colonisation a agrandi son territoire, combien est restreint celui qu'elle possède auprès des autres villes ! Sur la côte Ténès et Cherchell ont encore une densité assez grande, mais à 1 intérieur il n'existe que quelques points à peine peuplés : Orléansville, Miliana, Vesoul-Benian, Médéa, Aumale, Tizi-Ouzou, Dra-el- Mizan, Dellys; plus loin encore Teniet-el-Haàd, Boghari, Djelfa, Laghouat, villes de garnison plus que de colonisation.
A Oran, la situation est la même ; les Européens se
pressent autour des villes ou des gros bourgs, centres de protection ou de refuge en cas de danger. A tout considérer cependant, le groupe est moins compact qu'à Alger ; il s'étend plutôt en longueur sur la côte qu'en largeur vers l'intérieur. Trois villes littorales : Mostaganem, Arzew, Oran, arrondissent leurs périmètres de colonisation qui tendent à se souder l'un à l'autre. A l'intérieur commencent aussi à se faire sentir les effets de la pénétration européenne et — fait remarquable — cette prise de possession des plaines oranaises est plus avancée qae dans le département d'Alger, bien qu'elle soit de date plus récente. Tlemcen a déjà une densité de population européenne supérieure à 100, Sidi-bel-Abbès et Mascara à 50, Nemours, Aïn-Temouchent, Saint-Denis-du-Sig sont de gros bourgs ; Saïda, Sebdou des postes avancés.
Dans le département de Constantine, la population n'avait pas, pour ainsi dire, de centre de ralliement et d'attraction unique sur la côte, et, à n'en pas douter, ce fut là une des raisons pour lesquelles elle n'y a jamais été aussi dense que dans les deux autres provinces. Constantine ne possédait qu'un port éloigné, Bône ; on cbercha à la doter d'un débouché plus rapproché qu'on créa de toutes pièces, Philippe ville ; mais Bône subsista toujours, et les relations qui se développèrent entre ces trois villes nécessitèrent l'établissement de villages échelonnés sur le parcours. En 185(3, Constantine est reliée déjà par une série de centres à Philippeville, et la carte de densité atteste qu'entre ces deux villes il y a comme une trainée d'Européens. Semblable disposition se fait remarquer entre Bône et Guelma. Ces deux sillons parallèles s'enfoncent dans l'intérieur comme des tentacules.
En dehors de ces routes, combien les bourgs où Ton retrouve quelques Français ou des Maltais et des Italiens sont distants les' uns des autres et combien faible est leur densité ! Ce sont sur la côte, Bougie, Djidjelli, La Calle ; à l'intérieur, Bordj-bou-Arréridj, Sétif, Batna, Aïn-Beïda, Souk-Ahras, Tébessa, et, si l'on regarde encore plus au Sud, Bou-Saàda, Biskra. Donc, en 1856, deux groupes très compacts, l'un à Alger, l'autre à Oran ; dans le département de Constantine, deux routes jalonnées de centres ; et à l'intérieur, quelques postes militaires. Le périmètre de colonisation est des plus restreints, et la densité dans les centres est forte. Elle faiblira par la suite sur quelques points parce que la population, assurée d'une protection plus efficace, essaimera dans les campagnes.
La densité indigène et la densité européenne. — Relations. — Quels progrès n'a-t-on pas accomplis en un demi-siècle ! Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer les différentes cartes de densité. Le Tell entier a été envahi ; aujourd'hui c'est le tour des Hauts-Plateaux. Mais dans cette période, quoique l'action administrative ait été encore très puissante, d'autres causes sont entrées en jeu pour déterminer la répartition de ces Européens ; d'autres raisons par conséquent doivent être données pour expliquer les variations actuelles de la densité.
Ce qu'il ne faut jamais oublier dans une étude pareille, c'est que la population européenne s'est juxtaposée, sinon mélangée, à une population indi-
gène et que son établissement a été facilité ici par le nombre restreint des possesseurs du sol, arrêté et limité là par leur grande densité. Combien il serait intéressant de montrer que des deux éléments ethniques, Arabe et Berbère, auxquels appartiennent les Indigènes algériens, les uns n'ont pas été un obstacle bien sérieux à l'invasion pacifique des colons européens qui s'emparent de leurs terres et les refoulent devant eux; les autres, au contraire, après avoir été un moment vaincus et dépouillés, résistent opiniâtrement à l'éviction et reconquièrent leurs terres séquestrées !
Jetez les yeux sur une carte de densité des populations musulmanes : vous y verrez tracés les chemins suivis par les grandes invasions arabes. Les Hillals et les Soléïns, les vrais conquérants de la Berbérie, se déplaçaient à travers les plateaux et les plaines, poussant devant eux leurs longs troupeaux ; ils pillèrent et ravagèrent donc les régions d'accès facile, s'établirent sur les meilleures terres et rejetèrent dans les montagnes les populations autochtones. A travers les siècles, cette situation se perpétua, la conquête turque ne devait pas la modifier. Aussi, quand nous débarquâmes en Algérie, non seulement nous trouvâmes ces plaines peu peuplées, mais le plus souvent elles étaient entre les mains du beylik auquel nous succédions. Avantage qui ne fut pas sans danger : car certaines de ces plaines, parmi les plus fécondes cle l'Algérie, s'étaient transformées, par suite de l'incurie des Arabes, en marais pestilentiels ou en landes arides qu'avaient envahies les touffes de lentisques ou de palmiers nains. En Europe, on trouve les agglomérations les plus populeuses dans les plaines, là où la terre est la plus fertile et la plus facile à cultiver, là où
l'homme peut vivre lui et sa famille avec le produit de quelques arpents de terre : en Afrique, les plaines étaient dépeuplées, la fièvre en avait, chassé les habitants. Elle faillit aussi en éloigner les Européens. mais des cultures répétées, des labours profonds, une opiniâtreté qui ne reculait point devant les menaces de mort, leur permirent de reculer les limites de cet habitat séculaire de la lièvre : et ce sont ces plaines, conquises deux fois sur les indigènes et sur la fièvre qui sont devenues, avec les premiers contreforts des montagnes, la région préférée des Européens, celle où leur densité est la plus considérable et dépasse souvent celle des Indigènes.
Dans les massifs montagneux, au contraire, s'étaient réfugiés les Berbères : et ils s'y étaient maintenus à travers toutes les vicissitudes qu'avait traversées l'Afrique du Nord. Par leur labeur séculaire, ils avaient transformé ces régions naturellement pauvres en de véritables jardins, et, malgré leur nombre toujours croissant, ils vivaient des produits du sol ou de leur industrie primitive. En Afrique, contrairement à ce qui existait en Europe, les régions de grande, de très grande densité étaient les régions montagneuses, la grande Kabylie, la petite Kabylie, l'Aurès.
Dans la grande Kabylie, les communes mixtes du Djurdjura et de Fort-National ont des densités bien supérieures à 100 et celles de Dellys. de Dra-el-Mizan et du Haut-Sebaou atteignent presque ce chiffre. L'exemple de la commune du Djurdjura surtout est topique :
Michelet
Beni-Menguellet
Ait-Yahia
Abi-Youssef
Beni-Ouassif
Beni-bou-Akkache . . .
Beni-I-ttourar
Beni-bou-Attaf
Beni-Sedka-Ogdal. . . .
Beni-bou-Drer
Beni-lllilten
Akbils
Totaux
POPULATION
SUPERFICIE
kilom. carré)
DENSITE
Voilà donc une commune bien remarquable. Tous ses douars ont une densité supérieure à 100 et quelquesuns atteignent et dépassent 300 habitants au kilomètre carré. Et qu'on ne nous objecte pas que la superficie de leur territoire a été mal fixée : elle fut révisée en 1900 et 1901,
Dans la petite Kabylie, même entassement de population. Les communes mixtes d'Akbou, du Guergour, de la Soummam, de Tababort, de Taher sont très peuplées. Encore ici, quoique le cas se présente moins souvent, la densité s'élève parfois au-dessus de 100. Dans la commune d'Akbou, Tazmalt, partie de douar, en a une de 115, la tribu des Illoulas-Igbram une autre de 144, le douar des Ouzellaguen une troisième de 185 ; dans la commune du Guergour, le douar des Beni-Mahouch a 103 habitants aukilomètre carré, la tribu des Beni-Ourtilane, 129. Or les territoires de ces douars ou de ces tribus sont tous situés en pleine montagne.
A l'Est comme à l'Ouest de ces massifs kabyles si peuplés, vous verrez partout la densité de la population indigène augmenter dans les îlots montagneux : à l'Est, dans le massif de l'Edough, aux Bibans, aux Rirha, dans l'Aurès ; à l'Ouest, dans le Dahra et l'Ouarsenis. Au delà môme, par delà les Hauts-Plateaux, le massif de l'Aurès contient des tribus de sédentaires aux groupements compacts.
Dans ces contrées surpeuplées, pouvait-il y avoir place pour des Européens ? Et si, pour une raison ou pour une autre, on était amené à les y introduire, n'était-ce pas se leurrer, d'un fol espoir que d'escompter leur développement ? Sans doute, on n'a point commis l'erreur d'installer au cœur de la forteresse kabyle des villages d'Européens, mais, à la suite de l'insurrection de 1871-72, le gouvernement français prononça le séquestre de quelques milliers de kilomètres carrés sur les confins du massif montagneux kabyle et il les allotit en faveur des Alsaciens-Lorrains. Or, ces villages européens, construits dans la vallée de la Soummam
— kl —
ou dans celle de Tisser, ont-ils prospéré? Le nombre de leurs habitants a-t-il augmenté ? Consultons le dernier dénombrement et comparons-en les résultats avec ceux de 189(3. Il y a sans doute accroissement notable, mais accroissement de la population indigène. Le chiffre des Européens reste stationnaire ou diminue ; s'il y a augmentation, ce n'est que dans les villes ou sur les points favorisés par des stations de chemin de fer.