‹ Le peuple algérienChapitre 24 sur 104 · RÉGION DE BOUGIE ET DE DJIDJELLI · texte numérisé non relu

RÉGION DE BOUGIE ET DE DJIDJELLI

Bougie

Akbou

Djidjelli

Duquesne ....

El-Kseur

Oued-Àmizour Strasbourg

Européens Indigènes

Européens Indigènes

Comme on le voit, tandis que les Européens diminuent dans quatre communes et n'augmentent que dans trois, les Indigènes s'accroissent dans cinq et ne faiblissent que dans deux. Toute la région de Djidjelli notamment se dépeuple de colons et se repeuple de

Kalnles. Nul n'ignore d'ailleurs en Algérie, que les Indigènes de la région, favorisés par de belles récoltes de céréales et vivant de peu, ont économisé de quoi racheter une partie des terres de colonisation ; avec cette race opiniâtre, adaptée au pays et à ses maigres produits, la lutte est inégale, et l'Européen, à moins qu'il ne se crée des ressources autres que celles provenant de la terre, ne peut pas résister. Dans les villes, le commerce, l'industrie, les fonctions libérales, les places de fonctionnaires, le service des transports par voie ferrée créent des facilités d'existence recherchées par les Européens : les villes, comme Bougie, grandissent. Partout ailleurs, dans les campagnes, dans les centres agricoles, l'Indigène revient en nombre, s'installe à demeure et peu à peu supplante l'Européen. La densité de la population autochtone augmente, la densité de la population européenne diminue.

Même constatation clans la vallée de Tisser, quoique le retour offensif des anciens propriétaires indigènes s'y fasse moins sentir. Même constatation, en somme, dans toutes les contrées où la race berbère est fortement représentée. Tenez, dans les environs de Miliana, le long de la route que Bugeaud lit construire entre la haute plaine de la Mitidja et la vallée du Ghélif, et qu'il jalonna de villages défensifs, regardez ce qui se passe à Vesoul Benian. La colonie franc-comtoise qui y fut fixée était entourée de tribus berbères pauvres, résistantes, énergiques. Certes, elle s'est maintenue sur les terres qui lui avaient été assignées, elle les a cultivées pendant quelque temps et môme y a planté de beaux vignobles ; mais, en même temps, dans ce village européen se sont infiltrés des éléments indigènes ; des douars ou de simples gourbis se. sont élevés aux envi-

rons et actuellement une partie des terres de colonisation, louées aux khammès ou à des fermiers musulmans, ne peuvent plus nourrir qu'un nombre de plus en plus restreint de familles européennes. « Les Indigènes, écrivions-nous dans la monographie de Vesoul-B encan, parviennent à vivre sur ces terres qu'ils louent, pour lesquelles ils paient un loyer. Pressés et à l'étroit dans leurs douars, ils se trouvent encore heureux de s'occuper ailleurs. Gomme ils vivent de peu et n'ont que de maigres besoins, ils prospèrent là où un colon végétait et se décourageait. De cette invasion des territoires de colonisation, ne voit-on donc pas un autre danger ? Fatalement, l'élément indigène se substituera à l'élément européen, parce que plus sobre et plus résistant, il réussira à la longue à évincer le Français de ce sol dont il avait été dépossédé ; là où la race berbère est plus compacte, ce mouvement se dessine, il ne peut aller qu'en s'accentuant ; ce sera la revanche économique des vaincus sur les vainqueurs. A notre avis cependant, le danger n'est menaçant pour les Européens que dans les pays pauvres, non irrigables, où ils peuvent actuellement à peine vivre ; car, dans les parties plus riches de la colonie, ils retrouvent toute leur supériorité d'agriculteurs plus avisés, acquis à de meilleurs procédés de culture ».

Voilà donc deux exemples, l'un d'une région naturelle, la Kabylie, l'autre d'un centre européen déjà ancien, Vesoul-Benian, où la densité grandissante de l'élément indigène rend précaire l'installation d'un groupement européen et contribue à son affaiblissement. L'Algérie entière ne nous montre-t-elle pas d'ailleurs par la comparaison des densités respectives de ces deux éléments dans les trois départements

que, là où l'une faiblit, l'autre augmente et réciproquement ?

Sur les Hauts-Plateaux constantinois et en général dans tout le département de Gonstantine, les Indigènes sont en nombre sensiblement supérieur à ceux du département d'Oran ; si Ton traçait une carte de densité des populations indigènes en Algérie, on verrait les teintes se dégrader de l'Est à l'Ouest, ou les courbes remonter régulièrement vers le Nord en Oranie. Ainsi, en prenant comme courbe limite celle qui représente la densitô 5 et en suivant son tracé, on pénètre en Algérie sur la frontière tunisienne, du côté de Tébessa, c'est-à-dire à la limite méridionale des Hauts-Plateaux, et on en sort à l'Ouest vers la frontière marocaine du côté de Sebdou, à la bordure septentrionale de ces Hauts-Plateaux. La largeur de la zone où la densité de la population indigène se maintient égale ou supérieure à 5, diminue de l'Est à l'Ouest. Et dans cette zone ellemême, on ne trouve nulle part en Oranie ces accumulations de population, ces entassements d'Indigènes sur des surfaces insuffisantes. Il suffit d'ailleurs pour se convaincre de cet affaiblissement graduel de la densité de l'élément indigène à l'Ouest de la calculer pour l'ensemble des communes de plein exercice et des communes mixtes dans les trois départements.

(i) Nous avons fait une communication sur la Densité comparée des populations européennes et des populations indigènes en Algérie, au Congrès national des Sociétés de Géographie qui s'est tenu à Paris en 1900. On en trouvera le texte dans les comptes-rendus de ce Congrès, publiés chez Masson. 11 y était joint une carte qui n*a pas pu être reproduite.

Constantine

SUPERFICIE

POPULATION

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