LES MARIAGES EUROPÉENS
Les mariages européens depuis la conquête et matrimonialité actuelle. — Les mariages et l'âge des époux et des épouses. — Les mariages et Vétàt-civil des époux.
Les mariages croisés. — Opinion du Docteur Ricoux. — Thèse de M. de Soliers. — Les statistiques actuelles. — Croisements apparents et croisements réels. — Mariages des naturalisés.
Les divorces. — Conclusions.
LES MARIAGES
L'étude démographique des mariages en Algérie s'attache à résoudre deux sortes de problèmes : les uns d'ordre général concernant le nombre absolu ou relatif de ces mariages, leur durée, leur fécondité, les âges respectifs des époux, les circonstances qui modifient les conditions du mariage ; leur solution apportera à la science démographique une contribution que l'on aurait désirée plus large si les statistiques algériennes avaient été plus complètes et surtout établies dans un esprit méthodique et scientifique. Les autres, d'ordre plus spécial, se rapportent à l'influence particulière qu'ont pu exercer sur les Européens mariables ou sur les fils et les filles nubiles de ces Européens, nés en Algérie, des conditions de vie nouvelle, et en particulier le climat africain. L'époque à laquelle ils contractent des unions en est-elle avancée? Leur fécondité en est-elle diminuée ou augmentée? Est-il possible de présumer aujourd'hui une moindre vitalité des descendants des Européens ? Toutes questions dont il est inutile de souligner l'intérêt capital au sujet des destinées de notre race et aussi du maintien de notre domination dans l'Afrique du Nord.
Parmi ces problèmes, il en est un surtout qui, plus que tous les autres, sollicite actuellement l'attention, c'est celui du croisement des individus appartenant aux trois grandes nations latines : Français, Espagnol, Italien.
Nulle part, on ne peut observer plus facilement et sur un terrain mieux choisi ce phénomène du croisement, mais il n'est que temps de le faire ; car demain il sera trop tard à cause du mélange rapide de ces trois nationalités et de la confusion ethnique, conséquence inéluctable de ces unions.
Les mariages européens depuis la conquête
et matrimonialité actuelle. — L'histoire des mariages européens en Algérie reste encore à faire ; grandes seraient d'ailleurs les difficultés pour celui qui l'entreprendrait. Si l'on possède pour certaines années des statistiques fort bien faites, comme celles de 1855-56, il n'en est malheureusement pas de même pour d'autres périodes; telle la période de 1857 à 59. Plus de renseignements annuels, un chiffre global et c'est tout. On comprend dès lors pourquoi M. le docteur Ricoux n'a pu donner dans son livre les chiffres annuels des mariages année par année.
Sans doute de pareils chiffres, pris isolément ou même dans leur ensemble, ne sauraient comporter de grands enseignements si on ne rapprochait leurs variations de celles de la population totale ou de la population mariable ; cependant, ne l'oublions pas, les faits d'état-civil et parmi eux* la diminution ou l'augmentation des mariages reflètent fidèlement le malaise ou la prospérité des populations et indiquent même jusqu'aux années de crise ou d'abondance qu'elles traversent. Dans un pays neuf, ils sont donc particulièrement intéressants à observer. Un graphique qui indiquerait la progression ou le recul annuel dans le nombre des
mariages peut être comparé avec le graphique des progrès ou des arrêts de la prospérité économique de la Colonie.
S'il n'est point possible de se rendre compte année par année de la fréquence des mariages en Algérie, du moins peut-on se faire une idée des variations générales, de calculer la matrimonialité de périodes déterminées et de rechercher dans les faits économiques, sociaux et politiques contemporains les raisons de cette évolution. M. Ricoux l'a fait pour les 45 premières années :
« Dans la première période 1830-35, la matrimonialité est faible : il n'en pouvait être autrement dans un pays qui se peuple, où les femmes sont rares. Mais bientôt la proportion s'accroît, d'un bond elle s'élève du double et atteint rapidement son summum. Cette marche est parallèle à celle de l'accroissement du nombre des femmes. En effet, de 1840 à 1846, années où la proportion des mariages a été la plus forte, nous avons vu le chiffre de la population féminine passer de 7,156 à 25,089.
« La crise de 1847, puis le choléra de 1849 font baisser la matrimonialité; elle se relève aussitôt, s'infléchit ensuite pour se maintenir à un taux à peu près uniforme qui est dépassé après la guerre de 1859, s'étant abaissé avec le choléra de 1854, plus tard avec celui de 1867. Ce dernier même influe d'une manière plus dépressive, en raison de la famine et du typhus consécutifs.
« Les événements de 1870 et 1871 impressionnent la nuptialité, mais aussi le taux compensateur apparaît, et enfin, dans la période la plus récente, le rapport s'élève à 111. II n'atteint pas, il est vrai, 117 comme dans la période 1841-45, mais cette légère différence peut s'expliquer par les épidémies de variole (1871-1872) et de scarlatine (1&75-76).
« Ainsi donc en Algérie, la fréquence des mariages est en quelque sorte réglée par les calamités publiques : guerres, épidémies, dont l'intensité peut se présumer par l'influence qu'elles ont eue sur le nombre des mariages. »
Cette page du docteur Ricoux n'est que l'interprétation de calculs auxquels il s'était livré et d'un graphique qu'il avait construit sur leurs données. Il était arrivé aux résultats suivants :
Mariages pour 10.000 habitants
Période de 1830-35 43
« Si l'on compare maintenant, ajoutait le même auteur, la matrimonialité générale avec celle de l'Europe, on constate le résultat suivant : tandis qu'en Europe de 1855 à 1865 (sauf l'Irlande qui n'a que 51 mariages par 10,000 habitants et la Hongrie 104) le nombre des mariages oscille entre 70 et 93, en Algérie il s'élève à 91 ; et cette période est la moins favorable à la Colonie, car la moyenne depuis 1836 donne 97 mariages et nous avons même plus haut enregistré les coefficients 111 et 117.
« Ainsi donc en Algérie on se marie plus qu'en Europe. »
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Est-il vrai de dire aujourd'hui qu'en Algérie on se marie plus qu'en Europe ? Les conclusions du Docteur Ricoux, qui ne reposent d'ailleurs que sur des données se rapportant à des périodes trop voisines de la conquête, ne sont-elles pas démenties par les statistiques contemporaines ?
Qu'on nous permette de faire remarquer que, dans la période de 30 années que nous allons envisager, les populations européennes fixées en Algérie, plus nombreuses, et mieux adaptées au climat, offrent une matière plus sûre à l'investigation scientifique ! Qu'il nous suffise aussi d'ajouter qu'à la place de durées variables, un peu arbitrairement choisies par le docteur Ricoux, nous avons considéré des périodes quinquennales uniformes !
Mariages européens
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