‹ Le peuple algérienChapitre 30 sur 104 · ANNÉES MARIAGES · texte numérisé non relu

ANNÉES MARIAGES

De 1874 à 1903, le nombre des mariages contractés entre Européens s'est progressivement élevé de 2,555 par an à 4,446, gagnant ainsi près de 2,000 unités. Le graphique que nous avons établi montre la marche de cette progression. Il n'y a pas ascension continue, régulière d'année en année, mais gradation par échelon. Après un saut brusque, on constate souvent des reculs ou des piétinements sur place. Ensuite, la marche en avant reprend. Quelques exemples : en 1885, brusque élévation de près de 300 mariages, mais diminution l'année suivante ; on revient presque au chiffre de 1884. En 1891, nouveau gain de 400, chute de 200 en 1892. En 1899, autre bénéfice de 400 unions nouvelles, perte de 200 en 1900. Ces oscillations sont inévitables.

Sont-elles en rapport avec certains faits économiques, avec de bonnes ou mauvaises récoltes par exemple ? Il est assez difficile de se prononcer. Généralement les années qui comptent beaucoup de mariages correspondant à des années de bonne récolte ou les suivent ; inversement les années de disette offrent une moins grande quantité d'unions légitimes. Ainsi l'année 1885, qui fut elle-même très mauvaise pour la production des céréales, avait été précédée par une année exceptionnellement favorisée ; il en est de même de 1899 dont la récolte moyenne fut beaucoup au-dessous de celle de

Mais n'insistons pas sur des relations en somme hypothétiques et considérons les mariages dans leurs rapports avec la population. Sur 10,000 habitants, combien compte-t-on d'unions contractées ? Pour éviter que les variations annuelles puissent se traduire sur ces proportions, nous calculerons par périodes quinquennales :

Mariages pour 10.000 habitants

Période de 1874-1878 79

Moyenne pour les 30 années 73

Ce simple tableau démontre que la nuptialité algérienne n'est pas aussi grande qu'on le supposait naguère, ou du moins qu'elle ne s'est pas maintenue au taux qu'on lui prêtait. On ne saurait trop le redire : la hardiesse était grande de vouloir avec les chiffres imparfaits que l'on possédait et pour une population composée de façon anormale supputer la moyenne de la nuptialité. Ce n'est qu'au moment où la composition de cette population devient à peu près normale, c'està-dire lorsque des familles se sont constituées et que tous les âges y sont représentés dans la proportion ordinaire que des études peuvent être tentées avec quelque chance de succès. Or le peuple algérien ne s'est réellement formé qu'à partir de 1875.

Encore, à cette date, comprit-il une majorité d'éléments adultes, aptes au mariage, que la grande immigration étrangère versa dans ses ports. Le taux de la nuptialité de la première période (1874-1878) était donc encore trop fort, quoiqu'il fut bien inférieur au chiffre du docteur Ricoux : 79 au lieu de 91. Et la preuve en est que Ton assiste dans les années qui suivent à une régression régulière 77, 74, 72, 69. De 1899 à 1903 cependant, la moyenne se relève à 72, soit que réellement le taux normal de la nuptialité algérienne fût

supérieur à 69, soit que des circonstances exceptionnelles se soient produites durant ces cinq dernières années qui laient relevé d'une façon passagère.

A notre avis, le taux normal de cette nuptialité en Algérie oscillera autour de 70; de cette opinion simplement probable, nous donnerons plusieurs raisons. Raison de fait d'abord : durant ces dernières années, l'immigration étrangère a reçu par suite de l'ouverture des grands travaux publics dans la Colonie et de l'extension de la culture des primeurs sur le littoral une nouvelle impulsion ; le prochain dénombrement, selon toute apparence, fera ressortir une très sensible augmentation dans le nombre des étrangers; or ce sont les éléments mariables qui viennent se fixer en Algérie et ils haussent ainsi la moyenne de la nuptialité. Raison d'analogie : cette moyenne doit être en somme la résultante des moyennes des nuptialités française, espagnole et italienne, si l'on ne fait point intervenir pour le moment les effets du climat et des différences dans les conditions d'existence. Or, d'après les calculs de M. Bodio (1), qui portent sur trois périodes différentes, les moyennes de la nuptialité dans les divers pays européens étaient les suivantes :

(1) La notoriété, dont jouit en Europe M. Bodio comme statisticien, nous a fait adopter les chiffres calculés par lui. Une de ces moyennes nous parait cependant beaucoup trop faible ; c'est celle relative à l'Espagne. Voici en effet quelques chiffres que nous puisons dans le Mocimiento anual de la poblacion de Espana, ano 1901, publié par le Ministère de l'Instruction publique espagnol. Sur une population de 18,607,674 individus, il y a eu en Espagne en 1901 157,794 mariages, ce qui donne une movenne de 8,48 par 1,000 habitants.

Nuptialité

d'après les calculs de M. Bodio

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