‹ Le peuple algérienChapitre 48 sur 104 · AGES DES MERES · texte numérisé non relu

AGES DES MERES

d'enfants

combien

sains en 2 ans

de chaque âge

De moins de 20 ans accomplis.

De 20 à 25 ans —

De 26 à 30 ans —

De 31 à 35 ans —

De 36 à 40 ans —

De 41 à 50 ans —

Au-dessus de 50 ans —

La précocité des mariages en Algérie se traduit ici par un nombre élevé de naissances dans les deux premiers groupes. Plus du tiers des enfants algériens ont pour mères des femmes qui n'ont pas encore 25 ans révolus (35,4 pour 100) ; près du tiers (28,5) ont d'autre part pour mères des femmes de 25 à 30 ans. A eux deux, ces groupes forment les 63,9 des naissances da fa colonie. Les Algériens ont donc pour la plupart des parents jeunes; et c'est là un bien,, car, ainsi que nous l'avons

dit, les produits de l'accouplement de deux êtres jeunes sont toujours plus robustes et plus vigoureux.

Les femmes entre 3J et 35 ans fournisent encore 8,207 naissances ; leur part est de 21 0 0 dans le total. Celles de 36 à 40 en ont 4,339, soit 11,1 0 0. Passé cet âge, leur fécondité s'épuise et le nombre des enfants des femmes entre 41 et 50 ans tombe à 1,531 soit 3,9 p. 100, ceux des femmes au-dessus de 50 à 57, à 0.1.

Pas de statistiques donnant en même temps l'âge et la nationalité des mères.

Répartition des naissances suivant les mois de Tannée. — Dans quel mois de Tannée enregistre-t-on le plus de naissances ? Les statistiques générales sont encore muettes sur ce sujet. Il serait cependant si facile de se procurer ces renseignements et d'en composer la matière d'un nouveau tableau.

A défaut de renseignements généraux sur l'Algérie entière, nous possédons quelques documents sur la ville d'Alger. Nous ne les citons que comme documentation curieuse, et avec cette réserve expresse, qu'étant ceux d'une ville, ils ne doivent s'appliquer qu'à la population urbaine de la Colonie, non à sa population rurale. Les occupations si opposées, auxquelles se livrent ces deux groupes, ont une incidence certaine sur l'époque de la conception de Tentant et par suite sur celle de la naissance.

Le maximum des naissances est atteint à Alger au mois de janvier et le minimum en juin : ce qui donne le maximum de conceptions en avril et le minimum en septembre. Et ces deux périodes coïncident bien avec les époques auxquelles s'avive ou s'atténue le désir sexuel.

Les mois intermédiaires présentent une progression ou une régression remarquable, à peine interrompue l'une et l'autre par une chute brusque en février et en octobre. Dejuin à janvier, progression régulière, excepté en octobre ; de janvier à juin régression constante, moins régulière en apparence. Mais ce n'est là qu'une apparence ; car le mois de février n'est pas comparable aux autres mois de l'année puisqu'il n'a que 2S jours. En France, ce sont les mois d'hiver et de printemps (janvier, février, mars et avril., même mai) qui fournissent le plus de naissances ; février est généralement celui qui a le maximum. Cela tient évidemment à ce que le mois des conceptions correspondant aux naissances de février, c'est-à-dire le mois de mai, est en France à tous égards celui qui ressemble le plus à notre mois d'avril en Algérie. Quant au mois qui a le minimum de naissances dans la Métropole, c'est aussi le mois de de juin et quelquefois celui de juillet.

Xatalité de chaque peuple. — Si la démographie de l'Algérie a de nos jours et aura de plus en plus pour but dans l'avenir de découvrir les caractères particuliers qui contribueront à individualiser le peuple algérien parmi les autres nations, elle s'est proposée aussi de fixer la part qui revient à chaque grand groupe ethnique et dans la composition de ce peuple et dans la détermination de ses caractères les plus saillants. Spécialement au point de vue de la natalité, elle se demande quelle est la part des familles françaises, espagnoles, italiennes et maltaises dans le nombre total des naissances ; et elle est ainsi appelée à traiter de la natalité

spéciale à chaque peuple et des variations que cette natalité a subies du fait de l'établissement de ces familles dans un pays nouveau.

Natalité des Français. — Le problème le plus grave est évidemment celui de la natalité française ; nul n'ignore qu'en France le nombre des naissances décroît d'année en année presque régulièrement ; que dans le cours du siècle dernier le nombre des naissances annuelles par 1,000 habitants s'est peu à peu abaissé de 32,2 (1801-1810) à 24 (1880-1888), que ce mouvement de régression s'est poursuivi et même accentué dans ces dernières années. Moins nombreux ont été les nouveaunés en 1904 qu'en 1903 ; moins nombreux, ils avaient été en 1903 qu'en 1902 ; moins nombreux en 1902 qu'en 1901. Aussi la proportion des enfants déclarés vivants, par rapport à la population légale, qui était encore en 1901 de 22, n'est plus que de 21,7 en 1902, de 21,2 en 1903, et de 21 en 1904. Or si pendant quelques années ces chutes successives parurent moins redoutables, parce que le même phénomène de régression s'observait chez tous les peuples, elles prennent un caractère de plus en plus inquiétant aujourd'hui qu'on note chez les nations voisines une tendance au relèvement de cette natalité. Tandis que semble diminuer l'énergie vitale de la France, celle des autres nations européennes augmente. Alors que les Etats étrangers, par les gains annuels de leur population voient s'accroître le nombre des bras nécessaires pour fortifier leurs armées ou pour travailler la terre, construire de nouveaux ateliers, créer de grandes industries, et s'accroître en même temps la foule de leurs ingénieurs, de leurs savants, de

leurs lettrés, notre pays est-il condamné à l'amoindrissement, à l'affaiblissement et à la ruine matérielle, morale et politique par suite de l'insuffisance de la natalité ? Faut-il donc parler, comme l'ont fait en France, et sur-tout à l'étranger, quelques écrivains, de la dégénérescence de la race ?

Contre cette dégénérescence, des statisticiens ont opposé certains faits et des chiffres. D'abord dans quelques départements français, la natalité reste assez forte ; tels sont le Pas-de-Calais avec 30,8, le Finistère avec 30,6, le Morbihan avec 27,1. Ce sont surtout les départements des contrées riches de la France (vallée de la Garonne, vallée du Rhône, Bourgogne et Normandie) qui ont une natalité infime. D'autres ont relevé ce fait que la population française du Canada avait beaucoup de naissances ; dans la province de Québec notamment, la natalité dépasse tout ce que l'on constate dans l'Europe occidentale : elle s'élève à 48 pour 1,000. Suffisaitil donc d'un changement d'habi'at pour modifier à ce point la vitalité française ? L'exemple de l'Algérie était là tout proche pour apporter quelque lumière dans cette passionnante et angoissante discussion.

Le docteur Ricoux s'était efforcé de résoudre ce problème dont l'importance ne pouvait lui échapper. Relevant dans les statistiques, fort imparfaites et fort irrégulières des premières années de la conquête, celles qui offraient quelques détails sur les naissances des Français, il avait essayé d'établir pour plusieurs périodes le taux de cette natalité ; il avait obtenu les moyennes suivantes :

1852-56 41 . pour 1 000

C'étaient là de splendides résultats que l'on accepta sans discussion, avec joie. Ils répondaient si bien à un secret désir qu'on ne prit pas la peine de savoir la composition de la société algérienne à cette époque. Et avec une précipitation hâtive on alla répétant : la race s'étiole, la race se meurt en France ; elle revit en Algérie. Qui peut affirmer encore qu'elle a perdu sa vitalité ! Changez-la de climat ou d'habitat, changez le milieu social où elle se complait et s'alanguit dans la Métropole : ses forces renaissent, sa prolificitô augmente. Il y a peu de peuples en Europe qui aient une natalité de 41 0/0. De là vinrent les longs espoirs et les vastes pensées.

Vraiment il y avait quelque témérité de la part de l'auteur à présenter ces moyennes comme fixes et normales, d'autant que dans leur ensemble elles marquaient une certaine tendance à la régression. En 1876, l'on n'était plus à 41, on avait perdu près de 6 points à 35,6. Que la période de 1873-76 ait donné 38,03, la raison en était non pas dans une élévation soudaine des naissances selon la prétendue loi de compensation, mais dans la disparition d'une partie de la population improductive qui avait quitté la colonie et qui ne comptait plus dans le calcul de la natalité générale. D'autre part, il y avait aussi beaucoup de crédulité de la part de ceux qui les acceptèrent sans défiance. Toute population colo-

niale qui s'accroît non seulement par ses propres forces, c'est-à-dire par les excédents de ses naissances sur ses décès, mais aussi par l'immigration, se compose d'une façon anormale; elle contient toujours une proportion trop forte d'éléments adultes et procréateurs, ces éléments étant plus aptes et plus disposés à se déplacer que les enfants et les vieillards. Nous ne prétendons pas qu'ils soient les seuls à émigrer, mais il suffît qu'ils soient la grande majorité ou simplement la majorité pour qu'ils modifient la composition de la population au milieu de laquelle ils s'établissent.

Tient-on pour vraie cette proposition générale — et elle ne peut guère être contestée — il s'ensuivra naturellement qu'une population coloniale aura la plus forte natalité à ses débuts, lorsqu'elle comprendra surtout des adultes, ou aux époques d'immigration intense. Si ce n'est point à ces époques précises, car ces immigrants ne se marient pas tous immédiatement, c'est aux environs de ces époques. Voilà pourquoi M. le Dr Ricoux a pu calculer une natalité de 41 0/0 en 1853-56; pourquoi cette natalité s'est maintenue à 37 ou 36 jusqu'en 1872, les groupes européens de la Colonie étant continuellement soutenus par de nouvelles arrivées de colons; pourquoi après la guerre l'afflux de colons nouveaux a relevé encore le taux de cette natalité.

A partir de 1876, nous entrons dans une période plus régulière de l'histoire de la démographie algérienne. Assurément, longtemps encore, le caractère anormal de la composition de chaque colonie européenne influera sur sa natalité propre, mais il s'atténuera sensiblement au fur et à mesure que ces groupes grossiront et se développeront spontanément. En ce qui concerne nos nationaux, la régression de ce taux de la natalité a été

continue jusqu'à ces dernières années. Il reste stationnaire aux environs de 35 0/0 pendant les deux périodes quinquennales de 1876 à 1880 et de 1881 à 1886. Durant ce laps de temps se fait encore sentir l'afflux d'immigrants qui suivit l'insurrection de 1872-73, et qui se traduisit par une forte augmentation de la population française tous les cinq ans. En 1886, cette natalité n'est plus que de 31. En 1891, elle est encore de 31. Mais elle tombe bientôt à 26 en 1896, elle n'est en 1901 que de 24 0/0.

Toutefois à partir de 1891, les chiffres de naissances de l'état-civil ne méritent plus qu'une confiance relative, et les calculs qui portent sur eux n'aboutissent qu'à des résultats bien hypothétiques. Comme nous l'avions fait remarquer, il y a déjà plusieurs années, la loi sur la naturalisation de 1889 aurait dû avoir pour conséquence de faire inscrire parmi les Français les enfants des naturalisés par tous les secrétaires de mairie de la colonie; or, une enquête, que personnellement nous avions entreprise, nous a de suite confirmé dans la pensée que les prescriptions légales n'ont pas été strictement appliquées suitout dès le début; il y a eu beaucoup d'indécision, de flottement. Et ce qui, mieux que tout autre argument, fortifie notre conviction, c'est que du moment où le bureau de statistique du Gouvernement général a voulu introduire un peu plus de méthode et de lumière dans les chiffres qu'il fournissait sur la répartition des naissances européennes, quand il s'est avisé de classer dans un groupe à part les enfants des naturalisés qui aupara\ant auraient dû être confondus avec ceux des Français, on constate un relèvement sensible dans le total de ces naissances françaises. Avant 1901, elles n'atteignaient pas 9,000 :

8,652 (1899), 8,556 (1900), 8,891 (1901); après 1901, elles sont toujours supérieures à 10,000 : 10,307 (1902), 10,028 (1903), 11,017 (1904). Nous sommes donc persuadés que le taux de 24 070 est trop faible. Un peu trop élevé au contraire serait celui de 28 obtenu en divisant 10,307X1,000 par 364,257, attendu que ce dernier terme a dû augmenter en un an.

Nous croyons nous tenir très près de la réalité en fixant à 27 0/0 le taux de la natalité française en Algérie. Mais ce n'est pas encore là le taux réel : car, qu'on veuille bien le remarquer, le chiffre 10,307 contient non seulement les naissances des Français d'origine, mais aussi celles des naturalisés. Il convenait donc de faire la répartition entre ces deux groupes, s'il était possible. Or cela est possible depuis 1903. Et voici les résultats que nous avons obtenus :

Les naissances vraiment françaises se sont élevées, en 1903, à 6.822, et en 1904, à 7,694. Or si on rapproche ces deux sommes de celles qu'on publiait pour les années antérieures à 1901, on s'aperçoit bien vite qu'elles ne concordent nullement; l'état-civil algérien ne comptait pas toutes les naissances de fils de naturalisés parmi les naissances françaises, mais il en comptait quelques-unes. En pareille matière, l'incertitude était la règle. Sans insister sur les erreurs commises jusqu'à ce jour, puisque nous avons aujourd'hui la bonne fortune de posséder des chiffres spéciaux pour la natalité française, essayons de déterminer et de préciser le taux de la natalité française actuelle en Algérie. La chose est assez malaisée ; jusqu'au dénombrement de 1906, il manquera un des termes précis de la proportion. Néanmoins, en tenant compte de l'accrois-

Naissances françaises (1876-1902)

ANNÉES

NAISSANCES

POPULATION

RAPPORT

NAISSANCES

DE FRANÇAIS

d'origine

NA

ISSANCES DE N/

iTUI

ÎALISÉS (1)

TOTAL Français et naturalisés

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