‹ Le peuple algérienChapitre 52 sur 104 · II (3) ! ENSEMBLE · texte numérisé non relu

II (3) ! ENSEMBLE

(Il En 1901, on a pas recensé à part la colonie militaire. (2) Naissances de naturalisés individuels. (o) Naissances de naturalisés automatiques.

TOTAL

pour les autres, il est facile de le prouver. Les naissances maltaises avant cette loi variaient entre 500 et 600; rarement elles tombaient au-dessous, rarement elles s'élevaient au-dessus. Or dans les deux années (1903 et 1904), elles atteindraient à peu près ces chiffres si l'on additionnait les naissances des Maltais et celles des naturalisés d'origine maltaise.

Il importerait donc pour se rapprocher de la réalité de relever le taux de 28 ou de 32 et de le porter à 35 ou 36.

C'est à peu de chose près celui des Italiens et des Espagnols.

Natalité des Allemands, — Restait à déterminer la natalité des autres nationalités : tout portait à croire qu'elle ne différait guère de celle de leur pays d'origine. Toutefois une opinion très répandue et unanimement acceptée attribuait aux Allemands habitant l'Algérie peu de naissances et beaucoup, de décès. Appuyer sur des faits précis et nombreux ou rejeter ce jugement était chose intéressante et utile.

Comparons donc les naissances et les décès des Allemands en Algérie. Les décès l'emportent toujours de beaucoup sur les naissances dans les statistiques générales de la colonie. Mais que signifie exactement la constatation de cet excédent fâcheux? Peut-être que les causes de maladie et les probabilités de mort sont plus grandes en Algérie qu'en Allemagne pour cette race, mais nullement que les familles allemandes ont peu d'enfants. Quiconque consulte uniquement les tableaux généraux des naissances pour l'Algérie entière et la répartition entre les diverses nationalités, et prétend de

la comparaison du chiffre global de la population allemande et de la somme de ses naissances pendant une année déterminer le taux de la natalité, risque de se tromper étrangement et emploie une méthode qui n'est pas scientifique. La population allemande en Algérie ne forme pas comme l'espagnole, comme l'italienne, une véritable colonie ; ce n'est pas un organisme vivant, et sa composition ne ressemble en rien à celle d'une société complète. Disséminés un peu partout, sans relations suivies entre eux, les Allemands, j'en excepte bien entendu les Alsaciens-Lorrains, comprennent une majorité de célibataires, voyageurs de commerce, touristes, etc.

Si donc l'on voulait savoir avec quelque précision ce que devenaient ces Allemands en Afrique et en particulier quel élait le taux de leur natalité, la raison ou simplement le bon sens exigeait que l'investigation portât sur une population plus régulière, plus normalement constituée, mieux organisée, celle d'un de ces nombreux villages algériens à population allemande. Tel était le cas pour la Stidia, centre créé en 1846 à proximité de Mostaganem et peuplé par des Allemands des environs de Trêves que la générosité du gouvernement français avait dirigés sur les côtes algériennes. Envoyé en mission par le Gouvernement général dans ce village, nous avons pu sur les registres mêmes de l'état-civil de ce centre relever les naissances des familles allemandes. Or, pour trois périodes décennales, nous avons obtenu :

Nous n'avons pu à notre grand regret poursuivre notre enquête jusqu'en 1900, parce que les résultats des dernières années étaient confondus avec ceux d'une annexe Fornaka et que ce mélange viciait tous les calculs. Mais les chiffres, obtenus en nous entourant de toutes les précautions désirables, montrent clairement que, loin de s'être affaiblie en Afrique, la fécondité germanique s'est presque accrue. D'après les calculs de M. Levasseur, l'empire allemand n'avait qu'une natalité de 40,6, et en 1882 de 39,1. Qu'on ne fixe pas cette natalité en Algérie à 50 ou même à 46, qu'on fasse la part de l'état où se trouvait la population de la Stidia, la chose est toute simple; mais qu'on reste bien convaincu que les Allemands sont en Algérie, comme en Asie- Mineure, comme au Brésil, comme aux Etats-Unis des gens très prolifiques.

Répartition des enfants nés vivants d'après la nationalité d'origine des mères. — L'enfant suit la nationalité du père; les naissances algériennes avaient donc été classées suivant cette nationalité dans des tableaux qui nous ont permis d'étudier la natalité réelle ou apparente de chaque peuple. Mais, en somme, l'indice différentiel, la nationalité, est chose assez artificielle et variable : il n'a une réelle valeur qu'au point de vue politique et à ce point de vue l'examen détaillé de ces statistiques nous a montré le passage rapide de l'élément naturalisé dans les rangs des Français, la part importante de ses naissances dans l'ensemble des naissances françaises, bref la francisation au moins nominale d'une partie des étrangers. Mais pour ceux que préoccupent surtout les problèmes de race ou d'origine

ethnique, pour ceux qui se demandent quelle est la part réelle qui revient au sang national et au sang étranger dans la formation du peuple algérien, c'est l'origine par la femme, à côté de l'origine par l'homme, qu'il faut retenir. Comment se répartissent donc les naissances en Algérie suivant la nationalité d'origine de la femme ?

Dans son ouvrage « La Vérité sur l 'Algérie », Jean Hess s'est posé la même question, et voici comment il la résoud : « Si je consulte les feuilles démographiques (celles du 2e semestre 1902, les nouvelles, les seules qui permettent de spécifier), je vois que sur 9.960 mères européennes, il n'y en a que 3,847 Françaises de père et de mère.

« Pour comprendre ce chiffre, il faut le rapprocher de celui de la population européenne et française d'origine.

« La population française d'origine comprend : 121.500 personnes nées en France ; 170.964 personnes nées en Algérie.

Soit 292.464 personnes qui donnent 3,847 mères et 4.276 pères.

« La population européenne est de :

71.793 naturalisés; 155.265 Espagnols; 38.791 Italiens; 25.531 divers.

« Ces statistiques, je le répète, ne portent que sur une période de six mois. Mais j'ai cru nécessaire de citer ce chiffre qui montre pour cette période et dans une population de nombre sensiblement égal le double de mères chez les étrangers européens. (Etrangers g appliquant à l'origine et non à la nationalité seulement.) 292.464 Français ont 3,847 mères; 291.380 Etrangers ont 6,113 mères.

« Chiffre irrécusable, soulignant, illustrant mon observation que dans la transplantation algérienne notre race est frappée au ventre. »

M. Jean Hess est un polémiste; il exagère parfois, pour ne pas dire souvent, la portée de certains faits, la valeur de quelques chiffres. Il avait besoin pour souligner, pour illustrer son observation de chiffres irrécusables, il les puise dans les statistiques officielles. Mais que sont donc ces chiffres irrécusables ? Précisément des résultats incomplets, ne portant que sur le 2e semestre de 1902, et, faut-il dire toute notre pensée, assez mal établis, comme il arrive pour les statistiques nouvelles auxquelles leurs auteurs ne sont pas habitués.

Il était donc curieux de suivre les statistiques de 1903 et de 1904 pour savoir si leurs données vérifieraient ou contrediraient celles du 2e semestre de 1902. La réalité n'est point aussi sombre que ne le supposait Jean Hess :

Répartition des naissances algériennes

d'après la nationalité d'origine de la mère

Françaises d'origine.

Naturalisées

Etrangères ....

a) Espagnoles

b) Italiennes

Des deux années considérées, l'une est peu favorable à la natalité française, l'autre l'est beaucoup plus.. Mais, même au cours de la plus mauvaise, les naissances françaises représentent encore plus de la moitié des

naissances étrangères, 39,2; en 1904, leur part est plus considérable (43,9).

Sans doute — et nous devons le reconnaître — ces résultais ne sont pas très satisfaisants. Il est incontestable qu'une des causes de cette infériorité des naissances françaises est la natalité insuffisante de la colonie française. Mais elle n'est pas la seule; elle tient aussi à la composition de cette colonie, et c'est ce qui a échappé à M. Jean Hess; qu'il veuille bien se reporter au dénombrement de 1896 qui contient un tableau de classement delà population par nationalité et par sexe! Or, il verra que le nombre des femmes Françaises n'égale pas celui des Français, que par contre les Espagnoles sont plus nombreuses que les Espagnols. Et puis dans les rangs des Françaises s'étaient glissées déjà de nombreuses naturalisées, si bien qu'il n'est pas certain que dans la population féminine totale de la colonie européenne, les étrangères et les naturalisées ne formassent ensemble un groupe sensiblement supérieur à celui des Françaises. Seul le dénombrement de 1906, s'il est bien fait, nous fixera sur ce point.

Quoi qu'il en soit, que les femmes étrangères l'emportent par leur nombre sur les femmes françaises ou non, elles leur sont supérieures certainement par leur maternité. Mères, elles le sont plus souvent et avec moins d'appréhension, et avec plus de joie que les Françaises, et leurs descendants formeront dans l'avenir la majeure partie du peuple algérien. Voilà la réalité, voilà la vérité qu'il est inutile de dissimuler : le mal va en empirant. Dans un avenir plus ou moins rapproché, les deux tiers des enfants de l'Algérie auront des mères étrangères ou plus exactement des mères de sang étranger.

Que conclure de cette étude sur la natalité des diverses races européennestransplantées en Afrique? Dans cette crise de l'acclimatement, si crise il y a eu, il est un fait indéniable, incontestable : l'influence très faible, à peu près nulle, exercée par le climat sur la natalité. Des démographes, sur la foi des premières statistiques ou plutôt sur l'examen imparfait et hâtif de ces statistiques, avaient cru devoir affirmer que presque toutes ces races, la race française notamment, bénéficiaient d'un surplus de naissances. Il n'en était malheureusement rien. Quand on prétend établir une proportion s'appliquant réellement aux réalités, il faut s'assurer de l'exactitude des deux termes de la proportion. Or, l'un d'entre eux était mal connu : la composition de la population. De là est venue Terreur. Les races européennes ont en Algérie le même nombre de naissances qu'en Europe. Ce n'est donc point une différence dans l'habitat, ni une différence dans le climat qui font varier cette natalité.

Cette conclusion ne saurait d'ailleurs être interprétée dans un sens pessimiste comme essaieront de l'insinuer quelques écrivains à l'affût de tout ce qui s'écrit sur l'Algérie. Il n'est nullement question de décider sur de pauvres documents que telle ou telle race est acclimatée en Algérie; l'acclimatement est affaire de siècles, non d'années. Mais ces études nous apportent certains indices favorables : non seulement les familles françaises n'ont pas moins d'enfants en Afrique qu'en Europe, mais elles offrent une natalité un peu supérieure. Supériorité si faible d'ailleurs qu'il y a quelque ridicule à parler d'une sorte de perversion de l'instinct de génération, comme il y avait beaucoup de témérité à affirmer la dégénérescence de la race. Quant aux colonies d'Espagnols, d'Italiens, de Maltais et même d'Allemands,

ne parlez pas de dépérissement, proclamez hautement que, si ces étrangers n'ont pas plus d'enfants en Algérie que dans leur patrie d'origine, ils en ont autant, et cela est peut-être suffisant.

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