II (2) ENSEMBLE
KD
TOTAL
(1) Naissances de naturalisés individuels.
(2) Naissances de naturalisés automatiques.
11 ressort de ce tableau quelques faits intéressants : 1° Contrairement à ce qui a eu lieu pour les autres nationalités, les Italiens paraissent avoir plus de naissances qu'il y a vingt-cinq ans. Leur natalité tombée à 33 en 1881, à 31 en 1886, se relève à 34 en 1891 et atteint deux fois 35 en 189G et en 1901. Pour qui connaît le caractère très prolifique de la nation italienne et le taux de sa natalité dans la péninsule, 37,2 en 1865-69, 35,7 en 1892-96, le chiffre de 35 paraîtra être celui qui se rapproche le plus de la réalité. Mais pourquoi ces chutes antérieures? Faut-il les attribuer à la composition défectueuse de la colonie italienne? Mais on comprendrait mal que cette composition anormale agisse d'un côté dans le sens d'une augmentation des naissances et de l'autre dans le sens d'une diminution. Analysons cependant cette population italienne de 1881. Elle avait été attirée en Algérie par l'ouverture de grands chantiers de travaux publics ou par la facilité de la pêche. Les terrassiers Piémontais et les autres ouvrieis Italiens, employés aux travaux les plus pénibles, n'avaient pas amené leurs familles ; qui né sait ici que leur émigration est temporaire, subordonnée à la durée de l'entreprise, que de plus elle appauvrit plus qu'elle n'enrichit le pays puisqu'elle draine au profit de quelques cantons du Piémont l'argent des pays étrangers, qu'enfin elle est stérile et sans effet sur le peuplement, attendu que seuls des célibataires s'installent et pour quelque temps seulement ? Dès lors plus la colonie italienne se grossira de cette armée de terrassiers célibataires, plus elle contiendra d'éléments inféconds, plus sa natalité diminuera. Voyez précisément comme cette population augmente rapidement de 1876 à 1886; elle passe de 25,759 en 1876, à 33,693 en 1881, à 4ï,315 en
1886. Mais voyez aussi ce que devient pendant la même durée* sa natalité : elle tombe de 38 à 33 en 1881 et à 31 en 1886.
2° La présence parmi les ouvriers italiens d'un grand nombre d'immigrants temporaires célibataires ou mariés sans leurs femmes; est un fait connu de tous; c'est aussi un autre fait incontesté que les pêcheurs de cette nation ont, depuis des siècles, pris l'habitude de venir pendant la be'le saison écumer les côtes poissonneuses de l'Afrique du Nord, où ils commettent de véritables ravages, et qu'une partie au moins s'en retourne, la saison dépêche terminée, auprès de leurs familles. Voilà encore un élément qui ne comptera pas beaucoup pour la reproduction de la race italienne en Algérie. Plusieurs cependant de ces pêcheurs se sont définitivement installés dans la colonie, y ont fait venir leurs familles et ils peuplent de leurs nombreux descendants les villes ou villages du littoral, depuis Alger jusqu'à La Calle. Mais la plupart d'entre eux, pour se livrer en toute sécurité à leur occupation lucrative, ont demandé leur naturalisation individuelle et l'ont obtenue. Ils ont par suite clé rayés des registres des consulats italiens et sont actuellement portés sur les listes de nos nationaux. Conséquence très naturelle : les naissances des naturalisés italiens individuels sont considérables et atteignent presque le chiffre de celles des naturalisés collectifs.
3° Appauvri par un premier prélèvement que lui a fait subir la nationalité française avec la naturalisation de ses pêcheurs., décimé par les pertes que cette colonie fait tous les jours du fait de la naturalisation automatique, le groupement italien a conservé néanmoins une natalité forte, aussi forte que dans sa patrie d'origine. Fait anormal en apparence et qui serait inexplica-
ble, si l'on ne savait que partie des enfants de ces naturalisés n'avaient été inscrits sur les actes de l'état-civil comme Italiens, si de plus en ces dernières années une immigration incessante n'avait amené en Algérie des éléments italiens nouveaux et d'un nouveau genre. Ce ne sont plus les pêcheurs des côtes d'Ischia ou de Naples, ce ne sont plus les terrassiers piémontais ou lombards, il nous arrive aujourd'hui des provinces du Sud une foule d'ouvriers agricoles, de primeuristes, de maraîchers; et ceux-là, autant et même plus que les autres, se marient vite et ont de nombreux enfants. Il suffît de parcourir la côte d'Alger à Guyotville et la campagne autour de ce village pour n'avoir plus aucun doute sur la nature de cette immigration nouvelle. Si elle se maintient quelque temps avec l'intensité qu'elle a aujourd'hui, ce n'est pas un fléchissement de la natalité italienne qu'il faut pronostiquer, c'est un accroissement.
Natalité maltaise. — Le recensement de 1901 n'avait pas dénombré a part les Maltais qui d'ailleurs n'ont jamais représenté dans le peuple algérien qu'une minorité bien faible; par contre les statistiques de l'état-civil ont continué à enregistrer dans des colonnes spéciales leurs mariages, leurs naissances et leurs décès.
Sur cette petite colonie maltaise, les causes, qui ont amené les variations constatées dans le taux de natalité des autres groupes, ont agi encore avec plus de force. Et cela parce que cette colonie était plus petite et parce qu'elle cessa de bonne heure de s'accroître par immigration. Le docteur Ricoux avait calculé le taux de natalité de ces Maltais pour les périodes suivantes :
Période de 1853 à 1876
Nous ne reviendrons pas sur les raisons qui expliquent cette diminution inévitable et naturelle dans la natalité, raisons que nous avons longuement énumérées quand il s'est agi des Espagnols et des Italiens.
Dans la seconde période, les naissances des Maltais augmentent jusqu'en 1883 et 1884, mais diminuent à partir de cette époque. La proportion des naissances à la population de ce groupe qui s'était maintenue aux environs de 36 et 37 fléchit brusquement en 1890-96. Elle est de 28 en 1891 et de 32 en 1896.
Est-on en droit de conclure de ces résultats que la vigueur et la fécondité de la race maltaise se sont atténuées? Certains l'ont pensé, affirmant que les Maltais, prolifiques dans la pauvreté, l'étaient beaucoup moins dans l'aisance, et que les commerçants d'origine maltaise, de simples mercantis du début, avaient su par leur habileté, leur économie, leur instinct de lucre s'élever au rang de gros industriels. 11 se peut que cette accession des Mal'ais à des classes plus fortunées se soit traduite par quelques naissances en moins, cependant cette colonie maltaise renferme encore beaucoup de petites gens, artisans, chevriers, etc.
Pour eux, comme pour les autres étrangers, l'origine de cette perturbation profonde est dans la loi de 1889. Pour eux comme pour les autres, mieux même que
Naissances maltaises (1876-1902)
ANNEES