‹ Le peuple algérienChapitre 59 sur 104 · VEUFS · texte numérisé non relu

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Cependant — et c'est une objection que ne manqueraient point de soulever les incrédules — vos constatations comme vos calculs ne seront pas probants tant que vous n'aurez pas éliminé cette cause d'erreur : l'inégalité numérique des deux sexes, provenant en grande partie de ce que l'on a mêlé l'armée à la population civile. Si pourtant nous pouvions obtenir cette élimination ! Les statistiques répartissent les décès de l'un et l'autre sexe d'après i'Etat-Civil : enfants et célibataires, hommes mariés, veufs ou divorcés pour les hommes ; filles, femmes mariées, veuves ou divorcées pour les femmes. Or, sur deux de ces classes au moins, les hommes mariés et les femmes mariés, l'armée ne peut avoir aucune action ; observe-t-on donc dans ces deux classes une inégale proportion de décès f Elle est tout aussi grande, peut-être plus grande que pour les célibataires.

Pour 100 femmes mariées décédées, il y a toujours en Algérie plus de 150 hommes qui meurent ; la proportion peut même s'élever à 189. C'est excessif ; c'est anormal ; c'est très caractéristique de l'Algérie. Fait à noter qui corrobore le précédent! Le nombre des veuves décédées est toujours bien supérieur à celui des veufs, et cela doit être puisqu'en enlevant les maris, la mort a fait de nombreuses veuves qui ne trouvent pas toujours à se remarier.

Quelles sont les causes de cette mortalité masculine excessive ? Il en est une qui s'impose tout d'abord à l'attention, le climat, ce soleil africain qui, selon M. Bertillon, a desséché le sang romain et qui desséchera peutêtre à travers les siècles le sang français. L'affirmation du docteur Bertillon se vérifierait-elle ? Loin de nous la pensée de l'accepter dans son intransigeance brutale et

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dogmatique ; le sexe masculin d'ailleurs compense et au-delà ses pertes puisque, malgré le surcroît de 500 à 600 décès militaires par an, les naissances de ce sexe l'emportent toujours sur ses morts. Mais loin de nous aussi la pensée de ne point reconnaître la moins grande résistance des mâles européens dans la colonie et de ne point faire au climat sa part dans cette anomalie ! Les brûlures du soleil africain, les variations subites des températures hivernales, l'atmosphère tiède et humide et par suite débilitante de tout le littoral exercent sur tous ceux qui par leurs occupations et parleur tempérament vivent au dehors, sur les hommes par conséquent, une action déprimante et dangereuse à la longue. Toutefois la proportion des décès masculins ne saurait à notre avis être imputée aux conditions climatériques seules. D'autres causes très puissantes et malheureusement trop générales interviennent à un certain âge pour multiplier les causes de décès chez les hommes. Si l'on construit en effet les deux graphiques de la mortalité par âge et par sexe, pour une période de six ans, il saute de suite aux yeux que la ligne qui représente les décès masculins, après s'être maintenue parallèle à celle des décès féminins et un peu au-dessus d'elle, la dépasse brusquement de 10 à 20 ans et ne s'en rapproche que de 70 à 80 ans. Dans les âges les plus avancés, la ligne féminine est un peu plus élevée que la ligne masculine. Ce serait donc dans la force de l'âge que les hommes offriraient une moindre résistance à la mort. Or cette recrudescence de la mortalité chez les adultes et les hommes faits n'est pas d'une façon absolue particulière à l'Algérie ; on l'observe aussi dans le midi de l'Europe, au sein de quelques nations, mais avec des proportions plus modestes ; on en connaît aussi la cause

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