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Ja plus active : c'est l'alcoolisme. On sait que l'abus des liqueurs fortes semble avoir des effets peu dangereux lorsqu'on s'élève vers des régions plus froides; ce que l'on sait moins, et ce qui est plus qu'une apparence, plus qu'une simple probabilité, c'est que la nocivité des boissons alcooliques augmente rapidement quand on se rapproche des contrées chaudes des tropiques. En Algérie d'ailleurs, les habitudes des indigènes eussent dû servir de leçons et d'exemples ; la loi coranique leur défend de prendre une boisson fermentée; cette interdiction a été inspirée au fondateur de l'Islam, non point par le désir de soumettre ses adeptes à une sobriété et à une tempérance excessives, mais par la conviction raisonnée ou instinctive où il était de la nécessité de cette mesure d'hygiène pour l'avenir de la race. Cette défense ne fut en somme qu'une des formes de l'adaptation de la race arabe au climat. Ce sera à n'en pas douter une des conditions de l'acclimatement des Européens.
Une de celles, ajouterons-nous, auxquelles les Français devraient les premiers se conformer ; car ils sont parmi les Européens ceux dont la mortalité masculine est la plus anormale. Il est vrai que chez eux les décès militaires, si peu nombreux qu'ils soient, faussent singulièrement les proportions. Pour 100 femmes décédées, les Français auraient de 141 à 167 hommes. Les Espagnols seraient bien mieux partagés : ils n'auraient que de 105 à 114 décès masculins pour 100 féminins. Proportion presque normale, qui cependant ne l'est pas à cause de la composition de la colonie espagnole ! Le dénombrement de 1896 a fait ressortir en effet une population féminine espagnole plus nombreuse que la population masculine, et il ne semble pas que depuis
dix ans ies circonstances aient été favorables au retour de la prépondérance masculine; car les jeunes filles espagnoles accourent en foule dans les villes où elles se placent comme domestiques ou ouvrières. Partant, on devrait obtenir pour cette colonie des chiffres beaucoup plus bas. Quant aux Italiens, c'est le phénomène contraire qui a lieu : chez eux plus que chez les Français, se produit une excessive mortalité masculine, qui en certaine année atteint 208 0/0. Mais elle a sa cause naturelle dans la proportion très élevée de célibataires du sexe masculin, terrassiers et pêcheurs qui forment l'émigration temporaire italienne, et dans les travaux pénibles et dangereux auxquels ils se livrent. Irréguliers, variables, sont les rapports entre ces deux espèces de mortalité chez les Maltais : quelquefois on obtient 161, et parfois aussi 114. Ces variations, peu naturelles à première vue, paraîtront logiques, si l'on songe au petit nombre d'individus que contient ce groupement.
En somme, il est avéré que la mortalité masculine est beaucoup plus forte en Algérie que la mortalité féminine, — que, malgré toutes les réserves qu'impose la confusion des décès militaires avec les autres décès européens, la proportion entre ces deux sortes de décès reste anormale et dangereuse, — que la répartition de ces décès masculins d'après l'état-civil confirme cette impression défavorable, — que leur distribution à travers les âges montre la moindre résistance des hommes faits ou adultes et en fait connaître la cause essentielle, l'alcoolisme, — qu'enfin tous les peuples européens sont à ce point de vue à peu près également frappés. Que conclure de cette longue argumentation ? cela peut-être que l'acclimatement des Européens, j'entends celui des hommes, sera une question de prudence
hygiénique, de modération dans l'usage des boissons alcooliques. L'avenir des races d'Europe en Afrique est
à ce prix.
3Iortalité par Etat-Civil. — Etudier les décès d'après l'Etat-Civil n'offre quelque intérêt que du moment où Ton peut comparer les décès de chaque catégorie au nombre de vivants de cette même catégorie, qu'à la condition aussi de pouvoir distraire de l'ensemble des décès des célibataires des deux sexes ceux des enfants. Pareilles investigations sont impossibles avec les statistiques algériennes, et on en est réduit à quelques constatations très générales.
Chez un peuple à population composée normalement, les décès des célibataires des deux sexes représentent la moitié de l'ensemble des décès ; les hommes et femmes mariés les 3/10 et les veufs et veuves 2 10. Dans une population coloniale, où les unions légales sont moins nombreuses et où les soldats d'origine européenne augmentent la foule déjà plus grande des célibataires, ces proportions ordinaires doivent nécessairement être modifiées. Les décès des célibataires l'emportent fatalement sur ceux des mariés ou des veufs. En Algérie, ils forment les 60 0 0 des chiffres obtenus dans la décade 1894-1903, ceux des mariés 25 0/0 et ceux des veufs 15 0/0.
Du tableau que nous avons dressé, il ressort aussi que les hommes mariés meurent en plus grande quantité que les femmes : sans doute le même fait est constaté aussi en Europe, mais il est moins accusé qu'en Afrique. Même remarque pour les veuves : en France, en Italie, en Espagne il y a plus de veuves que
de veufs, et les décès des veuves y sont plus fréquents que ceux des veufs; mais la disproportion n'est ni aussi forte, ni aussi frappante qu'en Algérie (1).
Mortalité par département et arrondissement.
— La géographie de la mortalité en Algérie n'avait jamais été faite pas plus que la géographie de la natalité. Les éléments faisaient totalement défaut. A peine si les statistiques rendaient possible une comparaison entre les trois départements algériens ! Aujourd'hui, elles ne laissent pas d'être plus complètes, elles donnent les décès comme les naissances par arrondissement, elles distinguent même entre les territoires civils et militaires. Mais il n'est guère possible de retenir les chiffres fournis pour les territoires de commandement ; car on a délibérément confondu les décès des Européens et des Israélites, et il n'est pas toujours facile de les séparer. La population européenne de ces circonscriptions militaires est d'ailleurs bien peu dense, elle est composée d'une façon anormale ; il vaut mieux ne pas faire état des données de la statistique pour ces confins algériens, ce que nous avons d'ailleurs déjà fait pour celles des naissances.
(1) Nous ne saurions trop insister sur l'intérêt qu'il y aurait à donner un classement de la population européenne par groupes d'âge. Cette répartition, qui a été faite dans tous les dénombrements pour la population en général, c'est-à-dire la population comprenant les Indigènes et les Européens, ne saurait avoir une valeur réelle que si la distinction entre ces deux groupes était faite. Quand on aura ce tableau dresse sérieusement, bien des recherches inutiles aujourd'hui seront rendues possibles et aisées.
Mortalité par département (1903-1904)