OO
De
commandement.
Constantine .
Batna. .
Bône
Bougie
Guelma
Philippeville, Sétif
Batna,
Total du territoire civil
— du territoire de commandement,
Total du Département. ,
Total de l'Algérie ! 1.88 2.37
Occupons-nous seulement de l'Algérie civile et européanisée; les trois départements algériens se rangent dans l'ordre suivant d'après leur mortalité : le département d'Alger a la mortalité la plus basse avec 1,82, celui d'Oran la plus forte avec 2,42 et celui de Constantine tient le milieu avec 1,95. Qui ne remarquera que cet ordre correspond à la proportion plus ou moins grande de l'élément français dans la composition de la population totale. Là où les Français sont en majorité, la mortalité est la plus faible : là où les étrangers l'emportent sur nos nationaux, cette mortalité est au contraire plus élevée. Est-ce à dire que la dîme mortuaire payée par les étrangers soit plus forte que celle payée par les Français ? Ces moyennes le laisseraient supposer ; néanmoins il convient de noter que cette supériorité des décès dans l'élément étranger est due en grande partie à la mortalité infantile ; une natalité abondante a toujours pour résultat une forte mortalité.
Xe s'arrête-t-on pas aux grandes divisions par département, considère-t-on des circonscriptions administratives plus petites comme les arrondissements, les causes des variations de la mortalité ne sont plus d'ordre ethnique, elles sont plutôt d'ordre géographique ou climatérique.
Dans le département d'Alger, les arrondissements se classent dans l'ordre suivant d'après la progression de la mortalité dans chacun d'eux. Alger se place en tête avec un taux assez faible 1,70, plus faible que celui de l'ensemble de la France, puis viennent Médéa avec 2,01, Orléansville avec 2,45, Tizi-Ouzou avec 2,58, Miliana avec 2,78. Ordre sans doute assez relatif, car il peut varier suivant les années, selon les épidémies qui déciment la population. Ainsi qu'on peut le remar-
quer d'après les résultats des deux années, les moyennes changent sensiblement : l'année 1904 a été marquée par une recrudescence notable de la mortalité, due à une recrudescence de fièvre paludéenne. L'arrondissement de Miliana avec ses foyers de paludisme disséminés dans la vallée moyenne du Chélif et dans la vallée supérieure de l'oued Djer a été particulièrement atteint. Celui d'Orléans vil le est réputé aussi pour son climat malsain, mais, si cet arrondissement se trouve dans des conditions de salubrité assez défavorables pour toute la partie comprise dans la plaine du Chélif, il est au contraire très sain dans les régions situées sur les hauteurs du Dahra et sur le versant méditerranéen. Quant à la circonscription de Tizi-Ouzou, la moyenne de la mortalité, 2,53, nous paraît plus élevée qu'elle ne devrait l'être. Bien que les plaines de Tisser, en aval de Ménerville, soient particulièrement fiévreuses, que les colons français y soient en majeure partie d'origine alsacienne et d'un acclimatement plus difficile, les autres parties de cet arrondissement sont très salubres ; et puis les familles alsaciennes établies depuis trente-cinq ans se sont peu à peu adaptées aux conditions climatériques. D'ailleurs la proportion obtenue pour 1904 est faible 1,91. Médéa et les villages de colonisation des environs sont dans une région montagneuse, une des plus saines de l'Algérie. Enfir: Alger et les centres du Sahel jouissent sur les bords ou à proximité de la mer d'un climat privilégié. Notez que dans l'arrondissement d'Alger est comprise la plaine de la Mitidja, si fiévreuse au temps jadis ; mais les progrès des cultures, le dessèchement des marais, les précautions hygiéniques, enfin la récente campagne entreprise méthodiquement contre les moustiques propagateurs de la
fièvre, y ont modifié complètement les conditions de l'existence humaine. Au surplus la mortalité très faible d'Alger, comme celle d'Oran, comme celle de Constantine, est due dans ces grandes villes à la présence d'une nombreuse population d'adultes qui y est amenée par l'armée ou attirée par le commerce et l'industrie, et qui est peu frappée par la mort.
Dans le département d'Oran, toutes les moyennes de la mortalité se trouvent un peu majorées par le nombre anormal de décès qu'on y a enregistrés en 1904. Cette année y fut particulièrement mauvaise, les pluies du printemps ayant été tardives et très abondantes. Aussi, la comparaison entre 1903 et 190 i laisse-t-elle apparaître des excédents considérables qui ont relevé tous les chiffres dans chaque circonscription administrative. A cela s'ajoute, ainsi que nous l'avons dit, une mortalité infantile, d'autant plus grande que la natalité est plus forte dans l'élément étranger. Et cette dernière raison est, selon toute vraisemblance, sinon la seule, du moins la meilleure pour expliquer la moyenne élevée de Sidibel-Abbès (2,85) où la population espagnole est très prolifique, et celle de Tlemcen 2,72 où la colonie juive ne l'est pas moins. Mais les affections paludéennes ont certainement contribué de la manière la plus effective à exhausser les moyennes deMostaganem et de Mascara. Ces arrondissements, qui, en temps normal, n'ont que peu de décès proportionnellement à leur population, ont eu une mortalité excessive Tannée dernière : Mascara 1,77 (1903) — 2,89 (1904) ; Mostaganem 1,71 (1903) - 3,70 (1904). La recrudescence de la mortalité s'est fait bien moins sentir à Oran, la population urbaine de cette ville formant pour la plus large part la population de l'arrondissement et se trouvant moins affectée par le
telluro-paludisme. Néanmoins la moyenne qui était de 1,96 en 1903 a atteint 2,50 en 1904, soit pour les deux années un taux de 2,23.
Le département de Constantine se trouve dans les meilleures conditions de salubrité. Pas de plaines littorales avec des marais, excepté dans la région de Bône et de Bougie : encore n'ont-elles point l'étendue de celles d'Alger ou d'Oran ; un pays accidenté, souvent élevé, des plateaux bien drainés naturellement. Peut-être estce là que la mortalité européenne serait la plus faible si la colonie italienne par ses nombreux enfants n'offrait à la mort un contingent important. Peut-être aussi est-ce là que la race française s'acclimatera le mieux. Pour l'instant, elle n'a qu'une mortalité très faible à Constantine et sur le plateau constantinois (1,70 comme à Alger), et les variations dans le nombre des décès y sont peu sensibles. Nous croyons même que, si Ton pouvait défalquer les décès des Israélites, le taux ressortirait plus bas encore. Ni à Bougie (1,88), ni à Guelma (1,86), ni à Philippeville on n'atteint une moyenne de 20 pour 1,000; on reste donc en dessous de la moyenne générale de l'Algérie. Sétif n'en a qu'une de 2,09 ; sa situation exceptionnelle sur un plateau bien battu des vents, à une altitude voisine de 1,000 mètres, semblait même devoir lui réserver, ainsi qu'à Batna, plus rapproché il est vrai du Sahara, une meilleure place. Mais dans ces deux circonscriptions, l'élément juif forme le quart et quelquefois le tiers de la population comptée comme européenne, et les décès d'enfants dans ce groupe vicient les moyennes. Enfin l'arrondissement de Bône qui s'étend en bordure sur le littoral a un des taux les plus forts, 2,10, soit parce que les environs de Bône, la plaine de la Seybouse et les rives du lac Fetzara sont
fiévreux, soit plutôt parce que la mort visite souvent les familles de pêcheurs italiens aux longues lignées d'enfants.
En somme, si en Algérie on prétendait tracer les zones de forte et de faible mortalité, on pourrait en distinguer trois ; la première serait la zone littorale à mortalité très basse, les Européens y vivent dans des conditions climatériques à peu près analogues à celles qu'ils supportaient sur les côtes de la Provence française, de la Calabre italienne ou de la Murcie espagnole : leur mortalité n'est ni plus élevée ni plus irrégulière. La seconde à mortalité excessive comprendrait les plaines de la région tellienne et leurs abords, plaines souvent sans écoulement, mal drainées, domaine de la fièvre. Tant que le travail de l'homme n'aura pas par les cultures, le dessèchement des marais, la canalisation des rivières, transformé en régions fertiles et saines ces contrées qui n'ont jamais été plus pestilentielles que la Mitidja, il faut s'attendre à ce que le chiffre des décès s'y maintienne à un taux élevé. Enfin la troisième à mortalité modérée s'étendrait sur les Hauts-Plateaux et sur les régions montueuses de l'Atlas tellien au sol calcaire ou gréseux, par conséquent perméable et sans fièvre. Mascara en Oranie, MéJéa dans le département d'Alger, les plateaux constantinois sont dans ce cas. Si ces arrondissements ont en apparence une mortalité parfois assez forte, cela tient à la confusion très regrettable d'un élément indigène avec les éléments européens.
Mortalité par âge. — Lage est de toutes les influences qui agissent sur la mortalité la plus forte.
Personne n'ignore que les jeunes enfants meurent plus nombreux que les adultes, que les vieillards résistent moins facilement que les hommes faits. Chaque groupe d'âge a un coefficient de mortalité qui lui est propre : c'est la dîme mortuaire. Avec le développement des sociétés d'assurances sur la vie, il est du plus haut intérêt de pouvoir calculer les tables de mortalité propres à une population. En Algérie, l'intérêt est d autant plus vif qu'il s'agit d'une population coloniale et que l'administration s'est trouvée dans l'obligation de créer une caisse des retraites pour les fonctionnaires.
Or pareil calcul pour tous les groupes d'âge est actuellement impossible. Les principaux éléments font défaut, notamment la répartition de la population entre les grands groupes d'âge. On n'a donc pu. pour asseoir sur quelque fondement les prévisions de décès dans la classe des fonctionnaires, que raisonner par analogie avec les résultats de la Métropole. Est-ce suffisant î Il serait prudent de diriger le prochain recensement de telle sorte que ces dîmes mortuaires passent être calculées.
Voici pourtant un âge pour lequel cette recherche est possible sinon aisée, c'est le tout premier âge : car l'on a d'un côté les naissances de Tannée, d'autre part les décès de 1 jour à 1 an. Que le premier de ces chiffres ne représente peut-être pas exactement le nombre absolu des enfants de cet âge dans la colonie, cela est hors de doute ; car les immigrants amènent quelquefois avec eux des nouveau-nés. Encore le nombre de ces derniers doit-il être fort restreint, les familles changeant rarement de résidence lorsqu'un nouvel enfant vient de naître. En conséquence, la proportion obtenue en rapprochant du nombre des naissances algériennes le chiffre des décès
de l'enfance doit-elle être très voisine de la proportion réelle; mais il n'en serait plus de même si Ton voulait appliquer la même méthode de calcul à la seconde enfance, soit au groupe de 1 à 2 ans, soit à celui de 2 à 5. Nous donnerons donc cette dime mortuaire pour la première enfance ; sur les autres âges, force nous sera de nous limiter à la moyenne de leurs décès par rapport à l'ensemble des morts constatés. Bien que ce soit là des moyennes qui n'ont pas grande valeur absolue, elles présenteront cependant quelque intérêt à cause du parallélisme qu'elles nous permettront d'établir entre la mortalité de l'Algérie et celles de la France, de l'Espagne et de l'Italie.
Mortalité infantile. — Médecins et statisticiens se sont beaucoup occupés à l'origine de la mortalité infantile ; leurs affirmations tranchantes, catégoriques, sans l'ombre d'une atténuation, ont fait grand mal à la colonie. Un d'entr'eux surtout, le docteur Vital, de Constantine, allait répétant sur un ton de conviction profonde : « Les enfants de père et mère européens, depuis vingt-trois ans, sont impitoyablement fauchés ». Il est douteux que son expérience personnelle lui ait suggéré une opinion si contraire aux faits actuels; lui eût-elle inspiré ce jugement qu'il eût dû se garder de généraliser avec une assurance hâtive une constatation qui ne portait en somme que sur quelques cas ; car, à quelques années de distance, de telles affirmations ont été reconnues comme absolument fausses. Et il n'est resté d'elles que le souvenir d'une prophétie malheureuse.
En semblable matière, il faut écarter d'abord toute idée préconçue, tout esprit de système, et observer uniquement les faits, ou les chiffres. Il faut aussi prendre les résultats complets de la colonie, non ceux d'une ville. Or, lorsque l'on considère la dernière décade connue (1894-1903), la mortalité infantile n'apparaît pas comme anormale.
Dans les quatre premiers jours, sur 100 enfants nés vivants, il n'en meurt que deux ou trois ; dans les dix jours qui suivent, il en meurt encore entre un et deux ; durant les deux dernières semaines du premier mois, nouvelle perte de 1 à 2 enfants. Les proportions exactes sont :
1 à 4 jours 2.30 0/0
4 à 15 jours 1.86 0/0
15 à 1 mois 1.42 0/0
Or, en France, les proportions étaient à peu près les mêmes. Elles seraient môme un peu plus fortes, mais elles ont été obtenues pour des périodes déjà anciennes.
0 à 4 jours 2.7 2.2
4 à 15 jours 2.2 1.8
15 à 1 mois 2.3 2.1
Tout en ne contestant pas la tendance qu'a la mortalité infantile de diminuer en France, on reconnaîtra que les chiffres accusés par l'Algérie sont très faibles et des plus favorables à la thèse de l'acclimatement des Européens. Non, la première enfance n'est pas moissonnée, elle n'est même pas plus durement frappée qu'en Europe. Que faut-il à l'enfant qui vient de naître en dehors du lait de la mère et des soins hygiéniques ? Une
atmosphère chaude et tiède de couveuse ; et le climat de l'Algérie ne lui donne-t-il pas souvent ce milieu de serre chaude, si bien approprié aux premiers jours de son existence? Il ne serait même pas paradoxal de soutenir que la toute première enfance, trouvant dans ce climat une condition plus favorable de vie, est moins éprouvée ici qu'en Europe; mais il faudrait pouvoir comparer les résultats de périodes semblables.
Cette immunité relative, l'enfance algérienne la conserve de 1 à 6 mois. Au cours de cette période d'ailleurs, les besoins de l'enfant restent les mêmes ; les conditions de son existence ne varient pas. Sa seule alimentation est le lait de sa mère, et, ce qu'il lui faut toujours, c'est la chaleur. La proportion des décès survenus dans les cinq mois qui suivent le premier n'atteint que 5,38 ; elle a été en France 6,5 de 1861 à 1865, et de 6,2 de 1874-78. Encore ici, la marge est assez grande entre le coefficient de mortalité algérien et le coefficient métropolitain, pour que, malgré la distance qui sépare les deux époques observées, et le fléchissement très réel de la mortalité infantile en France, on soit en droit de conclure sans paradoxe que dans la colonie les enfants de 1 à 6 mois ne meurent pas plus que dans la Métropole.
Mais les rôles sont renversés à partir de six mois au détriment de l'Algérie. Si, jusqu'à cet âge, les conditions climatériques de l'Afrique du nord semblaient des plus favorables à la toute première enfance, elles paraissent au contraire lui devenir funestes après six mois. Non point qu'il faille exagérer l'intensité de la mort à ce moment. Au lieu des taux de 4,2 ou de 3,9 obtenus pour la France, on se trouve en présence d'une dîme sensiblement plus forte, 5,07. Comment expliquer
faw'/moâj-
Alaéne <i > < 189 4 -1901 > ! Hôpitaux j
Italie (2) 11863 -1871 ) France (2> (18 61 -18 6 S)
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