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ce problème" était trop tentante pour que nous ne la saisissions pas.
Il est bien vrai que, de tous les enfants algériens, ce sont les enfants des Françaises qui offrent à la mort le contingent proportionnellement le plus fort, dans les six premiers mois de la vie. Mais — et le phénomène est à noter — leur mortalité propre n'est pas supérieure à celle de leurs frères de la Métropole ; il y a même entre les chiffres représentant les dîmes mortuaires de l'enfance de ce côté et de l'autre de la Méditerranée une concordance tellement frappante qu'elle saute aux yeux d'abord. Notamment entre 1 et 6 mois, puis entre 6 mois et un an, les chiffres sont sensiblement identiques (France 6,2 et 3,9, Algérie 6,04 et 3,95). Que conclure sinon que les craintes manifestées étaient vaines, que les enfants, nés de parents français, se comportent comme ceux de France, que leur mortalité est semblable, mieux encore identique, à celle qu'ils auraient eue s'ils avaient vu le jour dans la Métropole.
Fait tout aussi intéressant et curieux î Les fils ou filles de naturalisés, bien que d'origine étrangère, paient à la mort le même tribut que les Français ; même coefficients pour les quatre premiers jours 1,66, puis pour les onze jours qui suivent 2,12, coefficients légèrement plus faibles pour la seconde moitié du premier mois(l,51 contre 1,54) et pour la fin du premier semestre (5,45 contre 6,04). mais cette infériorité est presque entièrement compensée par un accroissement de leur mortalité au cours du 2e semestre (4,54 contre 3,95). Les pertes subies par les enfants des naturalisés pendant leur première année sont donc sensiblement les mêmes que celles des enfants des Français (15,18 au lieu de 15,31). Cela tendrait à prouver qu'à ce point de vue les natura-
lises se seraient rapprochés de nous, qu'en prenant nos habitudes et nos mœurs, leur groupe, dès la plus tendre enfance, subit les mêmes influences démographiques et est animé des mêmes mouvements.
La chose peut paraître d'autant plus surprenante que les colonies d'Espagnols, d'Italiens, de Maltais ont chacune une mortalité spéciale, différant notablement de la française, et le plus souvent très inférieure. Ainsi qu'on peut s'en convaincre par le tableau que nous avons dressé, les nouveau-nés espagnols sont très résistants durant toute la première année, moins cependant que les Italiens, moins que les Maltais. Examinons les totaux des douze premiers mois; sur 100 enfants nés vivants les Espagnols n'en perdraient que 11, les Italiens et les Maltais que 8 ou 9. Ces races, en même temps qu'elles témoignent de leur grande vitalité par leurs nombreuses naissances, font preuve aussi d'une grande résistance aux épreuves de l'acclimatement par leur faible mortalité infantile. Cette dernière est même si faible que le doute est permis sur la sincérité des statistiques officielles; il s'agit ici, qu'on ne l'oublie pas, d'un classement des naissances et des décès entre les diverses nationalités : ce classement est-il toujours facile ! Nous ne le croyons pas, aussi ne présentonsnous ces conclusions que sous toute réserve. Nous estimons cependant que dans leur ensemble elles ne s'éloignent guère de la vérité surtout en ce qui concerne les groupes les plus nombreux : les Français, les Naturalisés et les Espagnols.
Contingent de chaque groupe d'âge. — Le
nombre annuel des naissances correspondant à peu près
exactement au chiffre des enfants de 0 à 1 an, existant en Algérie, il était possible de préciser la mortalité particulière de ce premier groupe d'âge ; quand il s'agit des autres, celte recherche ne peut même pas être tentée, attendu que l'on ne connaît pas la répartition de la population par âge.
Il ne nous reste dès lors que la faculté de comparer les décès de chaque groupe d'âge avec l'ensemble des décès de toute la population. En effectuant cette comparaison, nous ne déterminons pas la mortalité de chaque âge, nous fixons seulement la part qui revient à chaque groupe dans le tribut payé à la mort. Qu'on veuille bien se rappeler qu'il s'agit d'une population coloniale qui contient une proportion anormale d'adultes dans l'élément civil et dans l'élément militaire, que cette population a une forte natalité. Si l'on oubliait ces données de la statistique, on risquerait de mal interpréter les résultats obtenus.
Nous avons divisé les divers groupes d'âges en cinq classes, afin de rendre la comparaison possible avec les données que nous possédions sur la France, l'Espagne et l'Italie. Le premier comprend la première enfance de 0 à 5 ans, le second la seconde enfance et l'adolescence de 5 à 20, le troisième la virilité de 20 à 50, le quatrième l'âge mur de 50 à 70, et le cinquième la vieillesse au-delà de 70 ans.
Pendant les cinq premières années de l'existence, le contingent mortuaire est de 36,1 pour l'Algérie. Proportion assez forte, plus élevée que celle de la France qui était en 1876 de 29,30, mais singulièrement plus basse que celle de l'Espagne 48,1 et celle de l'Italie 47,5. La supériorité de la moyenne algérienne sur la métropolitaine s'explique par l'abondante natalité des Algériens,
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comparée à la natalité française, comme son infériorité par rapport à l'Espagne et à l'Italie tient à ce que ces deux pays ont une natalité supérieure à la sienne.
De 5 à 20 ans, on meurt généralement fort peu ; c'est à cet âge que la vitalité des individus triomphe le mieux des maladies. Les jeunes Algériens résistent aussi bien que les Français (7,3 au lieu de 7,23), mais beaucoup mieux que les Espagnols (8,1) et surtout que les Italiens (8,9).
Jusqu'à 20 ans, les moyennes témoignent de ce fait que la population algérienne a une mortalité qui tantôt tient le milieu entre celles des deux grands groupes français et étranger ayant servi à la former, tantôt ne diffère pas très sensiblement d'elles. De 20 à 50, tout change, il y a aggravation apparente et peu naturelle. Ce serait à l'époque de leur virilité, dans la pleine force de l'âge, que la mort frapperait les hommes. Tandis que la moyenne mortuaire française de ce grouge d'âge n'est que de 20,60, qu'elle s'abaisse chez les Espagnols à 18,4, chez les Italiens à 16,3, elle s'élève en Algérie à 27,9. Voilà une différence nettement marquée? — Nous ne cesserons de le répéter, la population algérienne, comme toute population coloniale, contient une proportion anormale d'adultes ; de plus la France entretient dans sa colonie une armée Je 30 à 35,000 soldats, dont les décès s'ajoutent aux décès de la population civile de ce groupe, et l'enflent considérablement. Et puis tous ces chiffres n'expriment qu'une relation, la relation qui existe entre les décès d'un âge et ceux de tous les autres ; il suffira donc qu'un âge ait un contingent très fort de décès pour que la paît qui reviendra aux autres âges dans l'ensemble paraisse plus faible. C'est ainsi que, entre 20 et 50 ans, le tribut de l'Espagne n'est que
de 18,4, celui de l'Italie de 16,3, alors que celui de la France monte à 20,60. Pourtant il ne meurt proportionnellement pas plus d'hommes et de femmes de cet âge dans notre pays que dans les pays étrangers, mais il paraît en mourir davantage parce que dans ces derniers il y a plus de décès d'enfants. — Quoique relative, la proportion observée en Algérie est, reconnaissons-le, plus forte que dans les pays européens.
Pour les deux dernières classes, on revient à des proportions plus normales, l'Algérie se place entre la France et les pays étrangers ; de 70 à 100 ans, elle est moins bien partagée que la France et que l'Italie. On y enregistrerait peu de décès de vieillards, ce qui tendrait à prouver que la durée de la vie y est moins longue qu'ailleurs. Cependant, n'est-ce pas Sénèque qui chez les anciens disait que dans l'Afrique du Nord on ne mourait que de vieillesse? M. Bertherand n'a-t-il pas essayé dans un opuscule sur la longévité en Algérie, de soutenir une thèse analogue ? Mais ces deux auteurs parlaient de la population totale indigène, et il serait imprudent après soixante-quinze ans de conquête de compter trouver beaucoup de centenaires ou même d'octogénaires parmi les Algériens européens.
3Iortalité par saison. — Dans tous les pays, les saisons exercent sur la mortalité une influence effective. Règle générale, une chaleur excessive ou un froid rigoureux, étant défavorables à la santé de l'homme, ont pour conséquence une recrudescence dans les décès ; aussi constate-t-on dans les pays froids le maximum de mortalité durant les mois d'hiver, et dans les pays
chauds le même maximum pendant les mois d'été. En Suède et Norvège, janvier, février et mars sont les mois qui comptent le plus grand nombre de morts, août et septembre en ont le moins. En Italie, la proportion est renversée ; avril, mai et juillet ont un coefficient très faible. Dans les pays tempérés, où entre la saison chaude et la saison froide les oscillations de température n'ont pas une amplitude excessive, les variations dans les pertes subies par la population n'ont plus la même intensité; la moyenne mensuelle des décès est plus régulière, quoique cependant quelques mois soient particulièrement favorisés et que l'influence climatérique sur la santé humaine s'y traduise par la présence de deux minima et celle de deux maxima, — deux minima au printemps et en automne, deux maxima en hiver et en été.
Le climat algérien, quoique tempéré, diffère néanmoins de celui de la France et des autres régions européennes situées dans ce que l'on est convenu d'appeler la zone tempérée. La régularité des saisons n'y est plus la même ; à peine si l'on peut y distinguer l'automne de l'été, le printemps de l'hiver. En réalité, il n'y a que deux saisons bien tranchées : l'une d'octobre à mai ou juin, c'est la saison humide et relativement fraîche, l'autre de mai à octobre, c'est la saison sèche et franchement chaude. Dans ces deux parties de l'année, on subit de brusques sautes de température selon que les vents soufflent du nord ou du sud; dans toutes deux aussi, les différences dans l'humidité de l'air changent subitement, notamment quand s'élève le vent du désert, le sirocco. Le climat de l'Algérie est fait de contrastes et ces contrastes ont sur la vie végétale et la vie animale des effets profonds. Voyez les plantes : elles sont vertes, droites,
pleines de sève ; que subitement le vent du sud roule en rafales, les voilà qui courbent leurs feuilles, se fanent et se desséchent. Comment les animaux et les hommes, eux qui ont une sensibilité plus grande encore, n'éprouveraient-ils pas quelques malaises de ces changements si subits et si grands, et dans la température, et dans le degré hygrométrique de l'atmosphère ? Comment ne subiraient-ils pas surtout l'influence des deux saisons algériennes si dissemblables, de cet hiver sans froidure mais si humide et pluvieux, et de cet été sans pluies mais aux brumes chaudes et persistantes et aux grands coups de sirocco ?
L'exemple de l'Italie et de l'Espagne, dont quelques parties sont à la même latitude que les grandes villes algériennes du littoral et sur lesquelles s'exercent les mêmes effets climatériques, était là pour nous faire présumer que la mortalité en général et celle des Européens notamment devaient être affectées par les grandes chaleurs de l'été africain ; que le maximum de décès devait se produire vers les mois d'août et de septembre, et que les nouveaux immigrants y seraient plus sensibles à cette climature spéciale et à ses effets meurtriers que les Algériens fix.es depuis plusieurs années dans la colonie.
Dès les premières années de la conquête, les fortes chaleurs de juillet et d'août éprouvèrent le corps d'occupation français. En 1832 surtout, sous le commandement de Berthezène, la situation sanitaire des troupes empira tellement à cette époque de l'année, qu'un tiers et même un quart à peine des soldats restèrent valides et en état de porter les armes ; cependant les cas de décès ne furent pas en proportion avec la fréquence des maladies. Dès lors ce fut « un fait de connaissance vul-
gaire que la saison des chaleurs est la plus difficile à supporter, celle en conséquence durant laquelle sévissent avec le plus d'intensité les maladies d'origine paludéenne. » Le docteur Ricoux avait essayé de préciser par des chiffres cette recrudescence, mais les statistiques dont il a fait usage sont celles de Philippeville ; elles n'ont, il est le premier à le reconnaître, qu'une valeur relative, étant purement locales. D après lui, la mortalité mensuelle était la suivante: sur 10,000 décès on comptait en :
Janvier 795 Juillet 1.060
Février 714 Août 1.147
Mars 761 Septembre 853
Avril 588 Octobre 1.060
Mai 594 Novembre 940
Juin 714 Décembre 750
Et il ajoutait: « Le minimum de la léthalité est donc au mois d'avril, l'augmentation est peu sensible dans les deux mois suivants ; puis en juillet et en août, accroissement considérable qui se maintient à peu près au même point en octobre, après une légère rémission en septembre. Enfin, la mortalité commence à décroître assez régulièrement jusqu'au mois d'avril choisi pour point de départ. Les mois de juillet et d'août sont les plus meurtriers ; après eux viennent septembre, octobre et novembre : les influences saisonnières estivale et automnale sont sensibles, alors que l'hiver et le printemps, au contraire, jouissent auprès d'elles d'une grande bénignité ».
Les statistiques officielles de démographie, publiées par le Gouvernement général, ne contiennent aucun tableau de répartition des décès par mois. Il eût été
cependant facile d'en dresser un. Mais nous possédons depuis 1894 jusqu'en 1901 les relevés mensuels des admissions de malades dans les divers hôpitaux civils et militaires de la colonie, et ceux des sorties et des décès. Après 1901, l'administration a distingué entre les établissements hospitaliers qui dépendent de l'autorité militaire et ceux qui sont sous l'autorité civile ; la méthode de classement a aussi changé, et la comparaison devient difficile. Il est préférable de s'en tenir à la période de 1894 à 1901. Notons en passant que ces documents ont un caractère de précision et de vérité qui ne peut être mis en doute, et qu'en ajoutant aux chiffres des décès ceux des admissions et des guérisons, ils permettent non seulement de mesurer le degré de la mortalité par mois mais aussi celui de la morbidité par saison.
Tableau indiquant le nombre des entrées, des guérisons t des décès dans les hôpitaux de la Colonie de 1894 à 1901
Janvier Février Mars .
Avril Mai . .
Juin. .
Juillet Août .
Septembre Octobre. .
Novembre Décembre