ADMISSIONS
GUERISONS
DECES
Etudions séparément les données de chaque tableau.
Le nombre des admissions passe de 28,623., minimum obtenu au mois de février, à 44,661, maximum atteint au mois d'octobre. Toutefois, il est peu probable que février ait le privilège de voir se déclarer le moins de maladies, c'est un mois encore trop pluvieux ; mais il n'est que de 28 jours. Pour savoir exactement quel serait le nombre d'admissions qu'on enregistrerait dans un mois normal à cette époque, il faudrait le porter à 30 jours. A notre avis, le minimum de morbidité se produit en avril, le mois le plus sain ; le maximum est atteint en octobre ; c'est en effet à cette époque, aux premières pluies d'hiver que sévit le paludisme et que se déclarent les fièvres typhoïdes et autres. Entre ces deux extrêmes se placent les autres mois ; d'octobre à avril, une régression continue, interrompue seulement par une chute brusque en février ; d'avril en octobre, une progression d'abord à peine marquée en mai et juin, puis très accentuée en juillet, août et septembre. Ainsi les maladies se déclarent plus particulièrement pendant l'été ; elles sont encore très nombreuses en automne, puis diminuent en hiver et au printemps.
Les sorties des hôpitaux suivent un mouvement parallèle, et le fait est si naturel, que nous n'y insisterions pas si cependant ce parallélisme ne laissait apparaître quelquefois, entre ces deux phénomènes si intimement liés l'un à l'autre, certaines divergences peu sensibles. Ainsi le nombre des guérisons se rapproche le plus de celui des admissions (1,000) au mois de mai, signe indéniable du peu de gravité des maladies contractées dans ce mois ou le mois précédent. En août au contraire, l'écart entre ces deux nombres atteint près
de 5,000, preuve que les affections sont plus pernicieuses et d'une guérison difficile.
La colonne des décès mérite plus d'attention. D'après la proportion des décès survenus en ces sept années dans les établissements hospitaliers, les mois se classeraient dans l'ordre suivant : juin, mai, avril, — février, mars, janvier, — septembre, août, juillet, — décembre, octobre et novembre. De cette classification en apparence confuse, il ressort que si, dans une même saison, les mois ne se placent pas à leur rang naturel et chronologique, du moins ils ne chevauchent pas d'une saison à une autre ; ce sont les mois d'automne et non ceux d'été qui fournissent la plus grande quantité de décès. Les maladies se déclarent surtout pendant la période estivale, de là les nombreuses admissions à l'hôpital pendant l'été et dans le mois d'octobre qui suit ; les décès ne se produisent que plus tard, C'est en novembre que la mortalité est la plus forte (2,452 décès contre 2,424 en octobre) ; le corps humain anémié supporte moins aisément les atteintes de la maladie. C'est la saison automnale qui par suite est la plus dangereuse. Durant l'hiver et le printemps, les germes morbides s'atténuent. Février a moins de décès que janvier, mars en aurait moins que février si ce dernier avait la même durée ; et la mortalité décroît encore en avril, puis en mai et enfin en juin. Somme toute, sur 100 habitants décédés, l'Algérie en perdrait 24 en hiver, 20 au printemps, 26 en été et 30 en automne ; ou, si l'on veut, 44 de janvier à juillet, 56 de juillet à janvier.
Nous n'avons pu citer que les chiffres de décès des hôpitaux et calculer le contingent mortuaire de chaque mois d'après ces données. Aussi ne peut-on comparer ces résultats à ceux que l'on a obtenus pour l'ensemble
des décès de la population française et italienne, qu'en faisant toutes les réserves nécessaires. Cette comparaison cependant est fort curieuse. En Italie et en France on a deux maxima et deux minima : les deux minima sont obtenus en automne et au printemps, celui du printemps étant toujours plus faible que celui d'automne et plus faible aussi en Italie qu'en France ; les deux maxima correspondant au contraire à l'hiver et à l'été, mais, les froids de l'hiver étant moins rigoureux au delà des Alpes qu'en deçà et les chaleurs beaucoup plus fortes au contraire, le maximum de l'hiver en Italie reste inférieur à celui de la France, tandis que le maximum de l'été lui est bien supérieur. En Algérie le graphique montre clairement que cette double oscillation annuelle n'existe plus : on est en présence d'une progression régulière de la mortalité de juin à novembre, puis d'une régression presque aussi régulière de novembre à juin. Et cette courbe de la mortalité est conforme aux déductions a priori que l'étude du climat pouvait suggérer : un seul maximum à la tin de la période des chaleurs, un seul minimum à la fin de la période des fraîcheurs.
Mortalité par nationalité. — Dans quelle mesure chaque nationalité contribue-t-elle à cette mortalité générale ? Quels sont les peuples qui proportionnellement ont le moins de décès en Algérie ? Comment surtout se comporte l'élément national ? Toutes questions sur lesquelles les travaux du docteur Ricoux n'avaient pas apporté de grands éclaircissements et dont on cherchait la solution dans les théories ou les systèmes plus que dans les statistiques et les faits.
Mortalité des Français. — En 1880,, époque à laquelle parut le livre de ce médecin, il y avait longtemps déjà qu'on était fixé sur la valeur des paradoxes comme celui du général Duvivier : « Les cimetières sont les seules colonies toujours croissantes de l'Algérie ». On savait que la mortalité des Français, quoique plus élevée que dans la Métropole, ne légitimait plus les craintes d'antan. L'ouvrage du docteur Ricoux avait eu le mérite de rejeter dans le domaine des choses passées les affirmations sans preuve et sans fondement de quelques individus chagrins.
Calculée pour plusieurs périodes, cette mortalité française s'était constamment abaissée :
En vingt années, elle avait donc diminué de moitié, et le taux auquel elle était descendue en 1876 n'était pas plus élevé que celui de la mortalité française à la même époque. Tout bien considéré cependant et même en admettant que l'année ait été une année exceptionnellement favorisée, cette moyenne 24,7 nous paraît trop faible, d'autant qu'en refaisant les calculs et en éliminant les décès militaires, nous arrivons à 30 0/0.
Dans la période la plus récente que nous avons personnellement étudiée, cette moyenne se maintient durant quinze ans aux environs de 30, avec des oscillations peu étendues. Le caractère le plus saillant de cette époque,
c'est que la moyenne de la mortalité française détermine la moyenne générale de tous les Européens; elle ne lui est supérieure ou inférieure suivant les cas que de quelques unités. Ce parallélisme trouve sa raison naturelle dans la composition du peuple algérien, formé pour la moitié d'éléments français ; les Français étant les plus nombreux, les mouvements démographiques de la population européenne doivent être plus semblables à ceux de ce peuple qu'à ceux des étrangers.
Un autre trait des mieux marqués par le tableau est la forte diminution de cette mortalité après 1891. Comme , ce fléchissement a coïncidé d'une part avec l'application de la loi de 1889, d'autre part avec la confusion des décès militaires avec les décès civils, on pourrait croire qu'il y a entre ces phénomènes une relation de cause à effet. Mais la confusion n'a eu certainement qu'une part peu appréciable dans cette régression ; car les calculs, faits sur les années précédentes, démontrent que, même si l'on compte dans le nombre des décès des Français ceux des militaires et dans la masse de nos nationaux l'armée, on arrive à des moyennes semblables. Reconnaissons au demeurant que, dans des années de paix, l'armée, composée d'adultes, n'aura que peu de décès quelles que soient les épreuves de l'acclimatement, et que la présence d'un corps d'armée de 30 ou 35,000 Français et Européens aura pour conséquence de diminuer la moyenne générale et surtout la moyenne nationale.
Quant à l'infiltration des éléments étrangers depuis 1889, elle se poursuit rapidement ; elle aussi, n'apportant encore que des éléments adultes, tendrait de même à abaisser cette moyenne. Mais ces naturalisés se marient de bonne heure ; ils ont en général de nom-
breux enfants, leur mortalité ne peut qu'être élevée. On en était réduit aux hypothèses à ce sujet quand les statistiques de l'Etat-Civil ont enfin distingué les décès par nationalité, comme elles l'ont fait pour les mariages et pour les naissances, et il faut renoncer à l'idée d'attribuer à l'entrée des naturalisés dans les rangs français ce recul de la mortalité. Sans doute, on en est réduit, puisque le dénombrement a précédé l'introduction dans les statistiques de ces divisions nouvelles, à se servir de bases approximatives ; on en est réduit à augmenter de 5,000 unités par an la masse des naturalisés, afin de fixer le nombre des individus de ce groupe. En procédant de la sorte, on arrive à une moyenne mortuaire de 23 0/0 pour 1903 et à une autre de 30 pour 1904, moyennes supérieures à celle des Français.
Quelles sont donc les causes réelles de ce fléchissement ? Il en est deux d'ordre différent ; une raison démographique d'abord, et c'est la faiblesse de la natalité française algérienne ; une sociale et c'est le progrès constant des sciences médicales et la diffusion des secours médicaux dans la colonie.
La faiblesse de la natalité a toujours pour effet chez un peuple la diminution de la mortalité ; car on sait que l'enfance est un des âges les plus critiques. Plus dense sera le groupe du premier âge, plus souvent la mort le visitera, et la mortalité grandira en proportion. Le contraire se produira si la natalité est faible. Or, l'étude des naissances nous a montré que leur nombre se maintenait stationnaire malgré l'accroissement de la population et que chez les Français il se rapprochait de plus en plus de celui auquel on arrive dans la Métropole.
Mais il est indéniable que les progrès de l'hygiène moderne et les découvertes de la médecine sont aussi
Mortalité annuelle par nationalité
ANNÉES