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SOCIÉTAIRES SECOURUS

FRANÇAIS

ESPAGNOLS

ITALIENS

FRANÇAIS

ESPAGNOLS

ITALIENS

Proportion de secourus

Sur 100 membres de sosiétés de secours mutuels algériennes, 87 sont français, 8 espagnols, 5 italiens. Cette proportion représente-t-elle exactement les dispositions réelles de chaque peuple pour la mutualité ? Sincèrement, nous ne le pensons pas. Car en Algérie toutes les sociétés de secours mutuels, nous a-t-on dit, n'admettent pas indifféremment les Français et les Etrangers. Le plus souvent, ces derniers sont une lourde charge pour la société. Il suffit pour s'en convaincre de rechercher quels ont été les sociétaires qui ont été le plus souvent secourus ; or, par rapport au chiffre des sociétaires participants, le total des sociétaires secourus ne représente que 39 0/o chez les Français ; il s'élève à 50 0/o chez les Espagnols et à 58 chez les Italiens. A quelles causes attribuer cette très inégale répartition des secourus ? Probablement à ce que les familles des ouvriers étrangers sont très chargées d'enfants et qu'elles font par suite plus souvent appel aux secours médicaux ou pharmaceutiques qui leur sont garantis par leur participation à la société.

Depuis 1900, les statistiques officielles ne donnent plus aucun renseignement sur la nationalité des sociétaires ; or, c'est précisément de cette époque que date l'essor de la mutualité dans la colonie. Elle y a pris des formes nouvelles : celle de la mutualité scolaire et celle delà mutualité agricole ; et ce sont là d'heureuses transformations, mieux encore des adaptations de l'idée mutualiste au rôle spécial qu'elle doit jouer en Afrique.

Quel admirable instrument d'assimilation est l'association mutuelle, surtout lorsqu'on prend l'habitude de s'entr'aider, de se secourir les uns les autres sur les

bancs de l'école ! Inculquer aux enfants les premières notions de l'épargne et de la prévoyance, les premiers sentiments de la fraternité et de la solidarité, n'est-ce pas créer entre eux des liens moraux et sociaux qui plus tard feront l'unité de la société algérienne l Les mutualités scolaires, fondées depuis quelques années seulement, mais encouragées par des hommes énergiques et convaincus, ont déjà près de 18,000 adhérents, et je suppose que sur ce nombre 1/3 au moins sont des enfants étrangers.

La mutualité agricole ne s'est développée aussi en Algérie que depuis 1900. La loi du 5 Juillet 1900 relative au renouvellement du privilège de la Banque de l'Algérie imposait à cette institution de crédit l'obligation de consentir une avance de trois millions, sans intérêts au profit du Trésor public, et de verser annuellement des sommes variant entre 200 et 300 mille francs, à seule tiu d'alimenter le crédit mutuel agricole. Un an plus tard, une autre loi du 8 Juillet 1901 organisait les caisses rurales algériennes ; elle rapprochait les Sociétés de crédit des Syndicats qui existaient déjà. Les deux institutions devinrent solidaires l'une de l'autre ; or, l'idée syndicale, qui n'avait poussé en Algérie que des racines éparses et peu profondes, par son association avec l'idée mutualiste a pris de suite un grand essor. Le nombre des caisses régionales de son côté, qui était de G à la tin de 1902, s'est élevé à 11 en 1903; celui des caisses locales affiliées aux précédentes est passé, durant la même période, de 19 à 57. A elles seules, les onze caisses régionales ont escompté environ 1,500 effets et ont fait pour plus de deux millions d'affaires. Si ce mouvement continue, est-il déraisonnable d'en attendre les résultats les plus

féconds pour l'avenir matériel de la Colonie ? Bien plus grands seront les bénéfices moraux. Ces caisses régionales constituent les organes de la solidarité des intérêts, préparatoire de la solidarité des esprits.

Précieuse est la mutualité dans les colonies où comme en Algérie tant de colons, tant d'ouvriers appartenant à des nationalités différentes sont appelés à vivre côte à côte, et qui, en entrant dans ces sociétés, se sentent solidaires les uns des autres et apprennent à mieux se connaître et à s'aimer. Elle devient alors un auxiliaire efficace de toutes les forces qui coopèrent à la fusion des races. Sous les formes les plus diverses, depuis la primitive société de secours mutuels en cas de maladie, jusqu'à la colonisation mutualiste, elle associe les individus, soude les intérêts, détruit les classifications étroites, inspirées par la race et la religion. « Les sociétés de secours mutuels, dit M. Nahon dans une communication faite au Congrès des Sociétés de Secours mutuels tenu à Alger en 1905, sont des écoles pratiques de solidarité. Leurs souscripteurs ne se contentent pas de payer une simple cotisation ; ils agissent, se donnent les uns aux autres, se lient les uns aux autres par la communauté des risques et des intérêts, s'assimilent, par une incessante leçon de choses, le devoir social. » C'est un beau rêve que d'espérer la fusion des races en Algérie par la mutualité ; il en est de plus irréalisables.

Les Etablissements hospitaliers. — Il est des

œuvres que l'initiative individuelle ne peut entreprendre, et dont l'Etat doit se charger : ce sont les

œuvres hospitalières. Au fur et à mesure que nous nous sommes établis dans la Colonie, des hôpitaux et des ambulances furent créés à l'usage exclusif de nos troupes, puis bientôt ouverts aux civils européens. Plus tard, on installa dans les villes importantes des hôpitaux civils. Il en existe maintenant à Mustapha, Douera, Marengo, Ménerville, Boufarik dans le département d'Alger ; à Oran, Saint-Denis-du-Sig, Relizane, Aïn-Temouchent, Misserghin dans le département d'Oran ; enfin à Constantine, Bougie, Bône, Philippeville, dans le département de Constantine. De nombreux hôpitaux militaires (1) reçoivent aussi les malades civils des deux sexes. Dans tous ces établissements aucune différence n'est faite entre les malades étrangers et les malades français ; si pour des raisons spéciales, sociales et religieuses, on a fondé des hôpitaux exclusivement indigènes, rien ne s'opposait au contraire à ce que tous les Européens fussent admis dans les mêmes salles. La communauté de souffrances et l'égalité des soins et des traitements triomphent de bien des préjugés de race et forcent la reconnaissance. Loin de répugner à entrer dans nos établissements hospitaliers, Espagnols et Italiens, Maltais et autres Européens encombrent les lits de nos hôpitaux, et les mêmes récriminations se produisent de la part des Français, semblables à celles qu'ils élevaient pour les écoles.

(1) Les hôpitaux militaires sont très nombreux dans la cotonie : on en compte 21 dans le département d'Alger, 20 dans celui d'Oran et 20 dans celui de Constantine. En 1901 ils ont traité 36.966 malades ; le personnel comprenait 131 médecins, chirurgiens ou pharmaciens. 69 religieuses. 95 employés. 1,483 infirmiers ou infirmières. Ces hôpitaux disposaient de 7. 192 lits.

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