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CAISSES D'ÉPARGNE

Répartition, des déposants nouveau/: par nationalité et par sexe

DEPARTEMENTS

/ Alger

1901 Oran

Constantine

Alger.

1902 ' Oran

Constantine.

Alger ,

1903 Oran

Constantine / Aleer

1904 ' oran

Constantine

Totaux. . .

FRANÇAIS

Hommes Femmes

ESPAGNOLS

Hommes Femmes

ra

ITALIENS

Hommes Femmes

TOTAL

l'SJ

Dans les quatre dernières années, les seules pour lesquelles les statistiques indiquent la division des déposants nouveaux par nationalités, 1,447 Français et 1,684 Françaises ont demandé des livrets; puis 189 Espagnols et 306 Espagnoles, 168 Italiens et 222 Italiennes ; pour s'exprimer plus clairement, sur 100 déposants, il est 78 Français dont 36 hommes et 42 femmes, 12 Espagnols dont 5 hommes et 7 femmes, et 10 Italiens dont 4 hommes et 6 femmes. Nos compatriotes composent donc en très grande majorité les clients de ces caisses d'épargne ; puis viennent les Italiens qui, malgré leur petit nombre, entrent dans le total pour 10 0/o ; en tout dernier lieu arrivent les Espagnols. Cette proportion a de quoi surprendre ceux qui connaissent les habitudes en somme laborieuses du peuple espagnol : rien qu'à Alger, combien y a-t-il de domestiques espagnoles qui amassent, sou par sou, assez d'argent pour acheter un trousseau et se mettre en ménage ? Il est vrai qu'aux jours de fête les familles, même les plus nécessiteuses, dépenseront sans compter le pauvre pécule péniblement gagné ; allez empêcher un bon Espagnol, une bonne Espagnole d'aller le lundi de Pâques manger sur les bords de la mer la traditionnelle mouna! Ce peuple est épris de bals, de fêtes, de réjouissances publiques, et, dût-il dépenser jusqu'à son dernier sou, il faut qu'il s'amuse. N'exagérons rien cependant : les livrets de caisses d'épargne ne représentent point toutes les économies de ces gens-là ; on sait que les ouvriers italiens occupés dans les mines ou dans les chantiers, envoient à leurs familles en Italie ce qu'ils ont mis chaque mois de côté sur leurs salaires ; bien des Espagnols font de même, et partant il serait injuste de vouloir porter un

jugement même provisoire sur eux d'après le petit nombre des déposants de leurs nationalités aux caisses d'épargne françaises. Entre les mandats internationaux émis en Algérie et les mandats payés, il y a, tous les ans, une différence de plus de 200,000 francs en faveur des premiers, ce qui représente une partie de l'argent français drainé en Algérie par les étrangers au profit de leurs familles restées en Espagne ou en Italie ; le reste est emporté par ceux qui reviennent après la campagne agricole dans leur village natal.

Les femmes, plus que les hommes, profitent des avantages et de la sécurité des caisses d'épargne. Moins assurées du lendemain, plus prévoyantes, elles économisent davantage ; c'est d'ailleurs là un fait qui n'est point particulier à l'Algérie. 11 est plus curieux de souligner les progrès fort inégaux de cette épargne dans les trois départements. A Alger, la quantité des déposants nouveaux augmente chaque année : 444 en 1901, 590 en 1902, (318 en 1903, 64(3 en 1904 ; et à cette progression continue prennent part surtout les étrangers. Alors que le nombre des Français est resté à peu près stationnaire durant ces quatre dernières années, celui des Espagnols et des Italiens a plus que triplé : n'y a-t-il pas là une habitude prise sous l'influence de l'exemple donné par nos nationaux ? A Oran et Gonstantine, la situation de ces caisses d'épargne est moins florissante, si l'on en juge du moins par l'augmentation constatée dans le nombre des déposants : ni chez nos nationaux, ni chez les étrangers, on n'observe cette ascension régulière ; en 1904 on n'atteint pas le chiffre de 286 livrets nouveaux obtenue en 1901. Ainsi la coïncidence est frappante : là où les populations étrangères se trouvent en pré-

sence d'une masse compacte de Français, la proportion des livrets, délivrés à des étrangers aux guichets de la caisse d'épargne, augmente ; là où au contraire ces Français sont moins nombreux, les mêmes progrès dans l'épargne ne se constatent plus.

La Mutualité et l'Assimilation. — La mutualité, comme l'épargne, est une institution de prévoyance ; mais elle s'inspire d'un autre sentiment plus élevé, le sentiment de solidarité. Aussi ne se rencontre-t-elle que chez les peuples à civilisation avancée, et chez les individus à sentiments altruistes. La charité avait été la grande et belle vertu du moyen âge dans les sociétés qui reposaient sur l'inégalité des classes et sous des gouvernements despotiques. La solidarité sera la vertu agissante des démocraties modernes ou futures, le lien moral dont prendront de plus en plus conscience les peuples et les individus.

Voici un état décennal des sociétés de secours mutuels algériennes (1) :

(1) Il ne s'agit bien entendu ici que des Sociétés de Secours mutuels entre Européens. Les Sociétés indigènes, qui n'existaient pas, il y a quelques années, ont, sous l'impulsion et la direction du Gouvernement Général, pris un développement considérable depuis quelque temps. Il s'en fonde chaque année plusieurs ; ainsi, au cours de l'année 1903, 8 ont été créées, ce qui a porté à 181 le nombre des sociétés existantes, lequel doit dépasser aujourd'hui 200. En cette même année 1903, l'actif de ces Sociétés indigènes s'élevait à 11,525,887 francs, en augmentation de près d'un million sur l'avoir de l'année précédente. Ces institutions de prévoyance rendent d'inappréciables services à un peuple imprévoyant par tradition et dans un pays à récoltes si variables.

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