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Le peuple allemand: ses forces et ses ressources

ANCIEN PRÉSIDENT DU SÉNAT MEMBRE DE L'ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES

Aujourd'hui tout le monde a les yeux fixés sur l'Allemagne. Tous, tant que nous sommes, nous voulons connaître davantage le peuple allemand comme puissance politique. Rien de ce qui touche ce peuple ne doit ni ne peut, tout particulièrement, laisser la France indifférente, depuis les revers inouïs dont le pays est sorti mutilé. Si beaucoup d'hommes d'État français ont négligé longtemps de prendre les informations nécessaires pour éclairer leur jugement et pour se mettre en mesure d'apprécier justement les choses des nations voisines, de terribles leçons nous ont appris quel danger il y a de s'abandonner à ses senti-

ments, au lieu de tenir compte de la réalité des faits. On n'écarte pas une situation difficile en s'obstinant à l'ignorer,. ni en se berçant d'illusions afin de déprécier les forces de ses adversaires ou de ses concurrents.

Dans vos conférence^ d'économie politique, faites au cercle de Saint-Simon, vous venez d'exposer en traits lumineux l'état financier et le mouvement social des grandes nations européennes. Vous invitez, dans votre livre sur le Socialisme d'État, la jeunesse studieuse à bien étudier l'étranger et à préparer sur ses institutions de bons dossiers, susceptibles de servir aux législateurs de la France. L'accueil bienveillant que vous avez daigné faire à mes premières considérations économiques sur l'Allemagne m'engage h vous soumettre également le résultat de mes études sur les forces du peuple allemand; sur sa constitution, son état social et ses ressources matérielles. Tenu, par mes mandats législatifs, à suivre les affaires publiques de l'Allemagne, je transcris simplement, sans parti pris, les observations faites dans l'exercice de ces mandats, en aimant toujours la France, ma patrie perdue. Aux amis disposés à trouver mes appréciations trop favorables pour nos vainqueurs,

quand j'ai voulu être impartial envers chacun, je rappellerai l'avis donné par Lope de Véga aux spectateurs frivoles, dans le prologue d'un de ses drames : « Prenez garde! il s'agit là de nousmêmes ».

Charles Grad,

Député de l'Alsace au Reichstag allemand, Correspondant de l'Institut de France.

Logelbach, janvier 1888.

LE

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