LES FORCES MILITAIRES DE L'AUTRICHE ET DE LA RUSSIE
(Voir page 291).
Sur les forces militaires de F Autriche et de la Russie, le colonel Rau s'exprime en ces termes dans son livre sur l'État militaire des principales puissances étrangères au printemps de i886.
Autriche. — La loi de recrutement de la monarchie austro-hongroise date du 5 décembre 1868; elle a été modifiée dans certaines parties en 1882. Elle s'applique d'ailleurs à tous les pays qui composent la monarchie, y compris les Confins militaires, lesquels ont été soumis au régime gêné rai en 1872 et 1873, après avoir eu jusqu'alors des institutions militaires particulières dont l'origine remontait au xvi® siècle. Elle s'applique aussi, depuis 1881, à la Bosnie et à l'Herzégovine, mais avec quelques différences qui seront indiquées ci-après.
Aux termes de cette loi, le service est obligatoire pour tous les individus capables de porter les armes, pendant douze ans, à partir du 1er janvier de l'année où ils atteignent l'âge de vingt ans révolus, à l'exception, toutefois, de ceux qui se trouvent dans certaines conditions de famille expressément spécifiées (fils unique de veuve, d'un père hors d'état de pourvoir à sa subsistance, etc.), lesquels
sont exemptés définitivement. Pour tous ceux qui ne font pas valoir un de ces cas d'exemption, il n'est admis ni exonération, ni remplacement, ni substitution, pas même en faveur des membres du clergé.
En temps ordinaire, les jeunes gens sont appelés dans le courant de Tannée où commence pour eux l'obligation du service, c'est-à-dire dans l'année où ils atteignent Tàge de vingt ans révolus. Le nombre des inscrits de vingt ans dans les divers pays de la monarchie est, en moyenne, de 380 000 pour une population de 40 millions d'habitants ; mais 35 000 d'entre eux à peu près échappent aux opérations du recrutement. Il ne se présente donc chaque année que 345 000 jeunes gens de vingt ans.
Sur ce nombre, 60 000 environ sont admis à bénéficier des cas légaux d'exemption. Des 285 000 autres, un assez grand nombre sont ajournés à un ou deux ans plus tard, leur constitution n'étant pas encore suffisamment développée pour . qu'on puisse juger de leur aptitude physique . Comme les ajournés de la classe sont naturellement remplacés par un nombre équivalent d'ajournés des classes précédentes, on a en définitive tous les ans à statuer, lors des opérations du recrutement, sur le compte de 285 000 hommes âgés les uns de vingt ans, les autres de vingt et un et même de vingt-deux.
De ces 285 000 hommes, 160 000 à peu près sont déclarés impropres au service, sur lesquels 30 000 comme n'atteignant pas la taille réglementaire (1 m. 55 dans l'armée active, 1 m. 53 dans la landwehr) ; 1 500 sont réservés pour la marine; enfin, 3580 autres entrent sous les drapeaux en qualité de volontaires d'un an (einjàhrige Freiwillige).
Les 120 000 restants sont partagés en trois portions, d'après l'ordre des numéros qu'ils ont obtenus au tirage au sort.
La première portion, dans laquelle sont rangés les individus qui ont tiré les numéros les plus bas, constitue le contingent de Varmée active. Le chiffre en a été fixé, par la loi de recrutement, à 95 474 hommes, de manière à entretenir sur le pied de 800 000 hommes l'effectif de guerre de l'armée permanente, y compris la marine. En déduisant les 1500 hommes qui sont affectés chaque année à la ma-
rine, il reste pour l'armée active un contingent de 94 000 hommes, en nombre rond, auquel il y a lieu d'ajouter 1200 hommes pour la Bosnie et l'Herzégovine (chiffre fixé pour les années 1882, 1883, 1884 et 1885).
L'incorporation du contingent a lieu vers le 1 er octobre de Tannée même de l'appel. La durée du service est comptée à partir de la date de l'incorporation.
En principe, tout homme compris dans le contingent de l'armée active doit passer trois ans sous les drapeaux ; puis il est versé dans la réserve, où il compte pendant sept ans, au bout desquels il entre dans la landwehr pour y rester deux ans, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il ait accompli ses douze années légales de service.
Les individus compris dans le contingent de l'armée active, qui se trouvent dans certaines conditions de profession, d'études, etc., spécifiées par la loi, n'ont à faire que huit semaines de service actif, au moment de l'incorporation du contingent: ils sont après cela mis en congé en attendant leur passage dans la réserve. Les aspirants au ministère ecclésiastique sont même mis en congé de suite, et ne font par conséquent pas de service actif; mais dès qu'ils ont reçu l'ordination, ils sont inscrits d'office sur les contrôles des aumôniers militaires et y restent portés jusqu'à l'expiration des douze années de service qu'ils doivent aux termes de la loi.
Après qu'ils ont quitté l'armée active, les hommes qui ont été compris dans le contingent sont encore soumis à des périodes d'exercices qui sont réglées de la manière suivante, savoir :
Pendant les sept années qu'ils passent dans la réserve, ils peuvent être rappelés sous les drapeaux trois fois, pour une durée de quatre semaines au plus à chaque rappel.
Pendant leurs deux années de landwehr, ils sont soumis aux mêmes obligations que ceux qui y sont entrés directement, comme il sera indiqué ci-après.
Lorsque le contingent de l'armée active a été formé avec les premiers numéros du tirage au sort, on procède chaque année à la formation d'une deuxième portion avec les numéros qui viennent immédiatement après. L'effectif de cette deuxième portion est fixé à 10 p. 106 du contingent de
l'armée active, soit à 9000 hommes. Ceux qui y sont rangés sont destinés à être versés dans ce qu'on appelle VErsatz-Reserve (réserve de recrutement), mais leur sort reste en suspens pendant trois ans. Dans le cas où, soit à l'un, soit à l'autre des trois appels ultérieurs, le nombre des hommes bons pour le service, dans une circonscription de recrutement donnée, se trouverait insuffisant pour parfaire le contingent qu'elle doit fournir à l'armée active, les hommes dont il vient d'être question peuvent être pris pour le compléter. A leur quatrième année de concurrence, ceux qui sont restés libres sont alors définitivement classés dans la réserve de recrutement, et ils y comptent jusqu'à la lin de la dixième année de service; ils comptent dans la landwehr pour les deux dernières années.
Les hommes versés dans la réserve de recrutement doivent recevoir, au moment où ils sont définitivement classés, une instruction de huit semaines, avec ceux dont il a été question précédemment (individus se trouvant dans certaines conditions de profession, d'études, etc.); mais une fois ces huit semaines faites, ils ne peuvent plus être rappelés à l'activité qu'en cas de guerre.
Ce qui reste chaque année en fait d'hommes bons pour le service, après le prélèvement des contingents de l'armée active et de la réserve du recrutement, soit en moyenne 16 000 hommes, est directement incorporé dans la landwehr, pour y accomplir les douze années légales de service.
Ce chiffre de 16 000 hommes se décompose ainsi :
7 000 hommes pour les pays représentés au Reichsrath ;
8 000 pour les pays de la couronne hongroise; 1 000 pour la Bosnie et l'Herzégovine. Comme il n'y a pas de landwehr dans ces derniers pays, les hommes non incorporés dans l'armée active sont classés dans la réserve.
Au chapitre 1 er de son livre, le colonel Rau signale en Autriche-Hongrie deux landwehrs, celle des pays cisleithans et celle des pays de la couronne hongroise. Toutes les deux sont également composées, d'une part, d'anciens soldats y passant leurs deux dernières années de service, et, d'autre part, d'hommes directement incorporés, comme on vient de le voir. Mais les obligations imposées aux landwehriens
ne sont pas tout à fait les mêmes dans les deux portions de la monarchie.
En Cisleithanie, les hommes directement versés dans la landwehr commencent par être incorporés, pendant huit semaines, dans les cadres permanents d'instruction entretenus en tout temps pour chaque bataillon d'infanterie ou escadron de cavalerie, et reçoivent ainsi une première instruction militaire élémentaire ; puis ils rentrent dans leurs foyers d'où ils ne peuvent plus être rappelés ultérieurement à l'activité qu'en temps de guerre, ou en temps de paix pour les exercices et manœuvres périodiques. Voici comment les choses sont réglées à cet égard, depuis les modifications apportées en 1883 aux dispositions primitivement édictées par la loi de recrutement :
Tous les landwehriens, y compris les anciens soldats de l'armée permanente, peuvent être appelés tous les deux ans, par conséquent six fois pour les hommes incorporés directement et une fois pour les anciens soldats, à des manœuvres de bataillon d'une durée de quatre semaines au plus.
La première convocation peut suivre immédiatement la période d'instruction de huit semaines pour les hommes directement incorporés dans la landwehr, ce qui permet de porter à trois mois la durée de leur premier service sous les drapeaux.
La durée totale de tous les appels ne doit d'ailleurs pas dépasser trente-deux semaines, y compris la première période d'instruction de huit semaines.
Par une disposition spéciale s'appliquant seulement au Tyrol et au Vorarlberg, les landwehriens de ces deux pays sont, en outre, astreints à prendre part chaque année à deux exercices de tir au moins. Des réunions locales sont organisées périodiquement à cet effet.
Dans les pays de la couronne hongroise, la landwehr ou honved constitue, même en temps de paix, une force permanente d'une certaine importance, comprenant de l'infanterie et de la cavalerie. En effet, chaque bataillon et chaque escadron entretiennent constamment sur pied une compagnie ou un peloton, au moyen d'un roulement organisé de manière à faire passer successivement quelques mois sous les armes, soit aux hommes qui se présentent
volontairement pour ce service, soit, en cas d'insuffisance de volontaires, aux autres landwehriens désignés d'office et à tour de rôle. Les individus désignés d'office ne sont pas retenus plus d'un an dans les compagnies permanentes.
Gomme en Cisleithanie, les hommes versés directement dans la honved commencent tous par être incorporés pendant huit semaines dans ces fractions permanentes, pour y recevoir une instruction préparatoire. Puis, après avoir été renvoyés dans leurs foyers, ils peuvent, suivant des dispositions qui datent de 1873, en être appelés pour des exercices ou manœuvres d'une durée de cinq semaines au plus, cinq fois en tout pendant leurs douze années de service. Les anciens soldats ne doivent être rappelés qu'une fois durant les deux années qu'ils ont à faire dans la landwehr.
Le landwehrien hongrois qui n'a pas passé par l'armée active peut donc être retenu sous les drapeaux pendant trente-trois semaines en tout, soit huit jours de plus que le cisleithan, sans compter d'ailleurs le service qu'il peut être appelé à faire dans les compagnies ou pelotons maintenus sur pied en permanence.
En résumé, le système de recrutement actuellement en vigueur donne à l' Autriche-Hongrie douze classes de 123 000 hommes. Si l'on calcule le déchet résultant des décès, réformes, etc., comme cela est d'usage en France, à raison de 4 p. 100 pour la première année, 3 p. 100 pour la seconde et 2 p. 100 pour les années suivantes, on trouve pour l'ensemble de ces douze classes une masse de 1 293 500 individus. Cet effectif total se partage en deux catégories : la 1™ comprend les hommes ayant reçu une instruction complète ou en voie de l'acquérir; la 2 e , ceux dont l'instruction n'est qu'ébauchée.
Voici quelle est la force respective de chaque catégorie :
Ire catégorie : soldats instruits.
Hommes.
Armée active : 3 contingents de 95,000 h 275,000
Réserve : 1 contingent de 95,000 h. ..<... , 87,000
— 6 contingents de 94,000 h 479,000
Landwehr : 2 contingents de 94,000 h 147,000
Volontaires d'un an : 12 contingents de 3,500 h. . 37,000
Total 1,025,000
Report. . , . 1,025,000 2 e catégorie.
Landwehr : 12 contingents de 15,000 h. .... . 157,000
Réserve de recrutement : 12 contingents de 9,000 h. 94,000
Total général 1,276,000
En groupant ces éléments dans un ordre correspondant à celui de la division même des forces militaires de l'Autriche-Hongrie, on obtient le tableau suivant :
Hommes.
Armée active, réserve et volontaires d'un an. . . 872,000 Landwehr, y compris les deux derniers contingents de volontaires 310,000
Réserve de recrutement 94,000
Total . 1,276,000
L'effectif budgétaire de l'armée active ne s'élevant qu'à 253 000 hommes de troupe, il en résulte que, sur les 275 000 hommes comptés comme faisant partie de l'armée active dans le tableau ci-dessus, un certain nombre doivent être en congé dans leurs foyers, d'autant plus qu'il y a encore à tenir compte des rengagés, dont le chiffre est en moyenne de 13 000.
Aux forces énumérées jusqu'ici viendraient s'ajouter, en cas de guerre, les nouveaux éléments dont la loi de recrutement prévoit la mise sur pied sous la dénomination de landsturm. D'après cette loi, les corps de landsturm doivent être exclusivement formés au moyen de volontaires. Il n'est donc pas possible de fixer d'avance avec certitude quel pourrait en être l'effectif.
Ce n'est que dans le Tyrol et le Vorarlberg que des dispositions spéciales astreignent tous les citoyens valides, ne faisant pas partie des troupes régulières, à servir dans le landsturm, en cas de guerre, depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à celui de quarante-cinq ans révolus. Le landsturm tyrolien pourrait fournir environ 40 000 hommes, mais ils
ne sont tenus de prendre les armes que pour la défense intérieure de leur propre pays.
Russie. — La loi de recrutement russe date du 1 er janvier 1874; elle est complétée par une loi sur la milice du 11 novembre 1876. Ces deux lois s'appliquent à tout le territoire de l'empire, sauf seulement le grand-duché de Finlande qui est régi par une loi particulière, mais non pas à la totalité de la population. En effet, n'y sont pas assujettis, savoir :
1° Les Cosaques, répandus sur une grande partie de l'empire, pour lesquels les obligations militaires sont réglées par une loi spéciale datant du 20 avril 1875, appliquée d'abord aux seuls Cosaques du Don, puis successivement étendue aux autres, dans ces dernières années;
2° Certains groupes de population établis dans les provinces du Transcaucase, lesquels, fournissent des troupes dites irrégulières, conformément à d'anciens usages qui se sont maintenus jusqu'à présent, mais qu'on se propose de modifier successivement, de manière à les mettre en harmonie avec la loi générale de 1874;
3° Les peuplades de races diverses habitant le Caucase, TOural, la Sibérie et l'Asie centrale, qui, par suite d'antiques privilèges, ou parce qu'on ne pourrait y organiser le recrutement, jouissent d'une immunité complète au point de vue du service militaire;
4° Les Russniaques, les Tchèques, les Mennonites moraves et autres étrangers immigrés en Russie, auxquels une exemption de service militaire est accordée pour un temps plus ou moins long, suivant les conditions de l'immigration.
En somme, les lois du 1 er janvier 1874 et du 11 novembre 1876 ne s'appliquent guère, pour le moment, qu'aux 3/4 de la population totale de la Russie, soit à 80 millions d'habitants.
Aux termes de ces lois, le service militaire est obligatoire pour tout sujet russe, depuis l'âge de vingt ans jusqu'à celui de quarante ans révolus. Les membres du clergé des diverses confessions chrétiennes sont complètement exemptés de toute obligation. Les frères faisant partie d'une même classe peuvent échanger leurs numéros de
tirage. En outre, le remplacement à l'amiable est autorisé entre frères et cousins germains. Du reste, il n'est admis ni exonération, ni remplacement, ni substitution, ni exemption complète du serviee, en faveur d'aucune personne.
En temps ordinaire, les jeunes Russes sont appelés dans Tannée où ils atteignent vingt et un ans révolus. Le nombre des inscrits de vingt et un ans soumis à la loi de 1874 est en moyenne de 800 000, sur lesquels 30 000 environ échappent par insoumission. Il ne se présente donc chaque année que 770 000 jeunes gens de vingt et un ans. Ceux d'entre eux dont la constitution n'est pas encore suffisamment développée pour qu'on puisse juger de leur aptitude physique, sont ajournés à un ou deux ans plus tard. Gomme les ajournés de la classe sont naturellement remplacés par un nombre équivalent d'ajournés des classes précédentes, on a en définitive tous les ans à statuer, lors des opérations du recrutement, sur le compte de 770 000 hommes, âgés les uns de vingt et un ans, les autres de vingt-deux et même de vingt- trois.
De ces 770 000 hommes, environ la moitié, soit 385 000, font valoir des cas de dispense pour raisons de famille ou autres causes admises par la loi, qui est très large sous ce rapport. A ce titre, ils échappent au service, non seulement en paix, mais même en temps de guerre, sous la condition toutefois que les non-dispensés suffiront pour fournir les différentes levées qui pourraient être ordonnées. Dans le cas où le nombre des non-dispensés serait insuffisant, le déficit se couvrirait en recourant aux dispensés.
Des 385 000 hommes qui ne font pas valoir de cas de dispense, 5 000 à peu près sont affectés à la marine; 10 000 autres environ entrent au service en qualité de volontaires; mais ces derniers sont comptés dans le contingent de l'armée active, lequel est, chaque année, fixé par un oukase impérial, d'après les besoins à couvrir. *
Ce contingent est formé avec tous les hommes reconnus bons pour le service, pris dans l'ordre des numéros du tirage au sort. Le chiffre en a été, depuis l'entrée en vigueur de la loi actuelle, de 145 000 hommes pour 1874 et 1875, — 175 000 pour 1876, — 190 000 pour 1877, — 212 000 pour 1878 et 1879, — 230 000 pour 1880, — 207 000 pour
1881 et 1882, — 215 000 pour 1883, — 221 000 pour 1884, — et 227 000 pour 1885, non compris le contingent de la marine.
On ne fait passer la visite médicale destinée à constater l'aptitude physique au service qu'à ceux des appelés qui, d'après leur numéro de tirage, ont à concourir pour la formation du contingent. Dès qu'on a le nombre voulu, les opérations sont arrêtées. Le chiffre des hommes reconnus impropres au service, lors de cet examen, est à peu près égal à la moitié de ceux reconnus bons, ce qui revient à dire que sur les 380 000 hommes non dispensés ou réservés pour la marine, qui sont annuellement fournis par les populations soumises à la loi de 1874, environ les deux tiers, ou 253 000 seulement, sont aptes au service; les 127 000 autres sont impropres, soit parce qu'ils n'atteignent pas la taille minima de 1 m. 53, soit pour infirmités, etc.
L'incorporation du contingent a lieu vers le 1 er janvier qui suit les opérations du recrutement. La durée du service est comptée à partir de l'incorporation.
Les hommes compris dans le contingent de l'armée active, à l'exception des volontaires auxquels s'appliquent des dispositions spéciales qui seront indiquées au chapitre IV, doivent généralement six ans de service actif, mais ils peuvent être renvoyés par anticipation dans leurs foyers, soit sur l'ordre du ministre de la guerre, soit de droit, lorsqu'ils remplissent certaines conditions d'instruction. En effet, afin de favoriser le développement de l'instruction publique, la loi russe accorde d'importantes réductions dans la durée du service actif, aux jeunes gens qui ont passé par les divers établissements d'enseignement. Suivant le degré de l'instruction générale qu'ils y ont acquise, le service actif est réduit pour eux à quatre ans, à trois ans, à dix-huit mois, et même à six mois quand il s'agit d'établissements d'instruction supérieure.
En ce qui concerne les renvois anticipés qui peuvent être ordonnés par le ministre de la guerre, ils sont ordinairement la conséquence des nécessités budgétaires. On a inauguré à cet égard, en 1881, un système qui paraît devoir être normalement appliqué à l'avenir : celui du partage du contingent en deux portions, l'une devant passer cinq ou six ans sous les drapeaux, suivant l'arme, l'autre ne devant y
rester qu'un an. La seconde portion a compté 25 000 hommes dans les dernières années.
Lorsqu'ils sont renvoyés dans leurs foyers, les hommes qui ont été compris dans le contingent de l'armée active sont mis en congé, et ils restent dans cette position jusqu'à ce qu'ils aient accompli leur quinzième année de service. L'ensemble des individus en congé constitue la réserve de l'armée active. On y passe donc neuf ans, pendant lesquels on peut être rappelé à l'activité deux fois, en temps de paix, pour des manœuvres dont la durée ne doit pas dépasser six semaines à chaque rappel.
Après l'expiration de leur quinzième année de service, les réservistes sont versés dans Yopoltchénié (milice), où ils restent jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de quarante ans, terme légal de leurs obligations militaires.
Lorsque le contingent de l'armée active a été formé au chiffre prescrit, tous les hommes n'ayant pas fait valoir de cas de dispense et que l'élévation de leur numéro de tirage a laissés en dehors de ce contingent, sont versés, directement dans la milice, où ils comptent, comme ceux qui y sont entrés en sortant de la réserve, jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge de quarante ans révolus. Ils ne reçoivent d'ailleurs absolument aucune instruction militaire.
On appelle ratniks les hommes qui font partie de la milice, quelle que soit leur provenance.
Les ratniks sont partagés en 2 bans. Le premier se compose, d'une part, des hommes provenant de l'armée active, d'autre part, des 4 plus jeunes contingents entrés directement dans la milice . Il est destiné, soit à renforcer à la mobilisation les corps de troupes actives, soit à fournir les remplacements nécessaires au cours d'une guerre, soit, enfin, à former des corps particuliers de milice. Le second ban, qui comprend tous les autres ratniks, ne doit, en principe, être employé que pour formçr des corps particuliers de milice.
Le nombre des hommes qui sont, chaque année, versés directement dans la milice dépend naturellement du chiffre du contingent de l'armée active. On peut admettre que leur effectif a été, en moyenne, de 45 000 hommes, dans ces dernières années.
En résumé, le système de recrutement actuellement en vigueur doit donner à la Russie 19 classes de 253 000 hommes bons pour le service. Si Ton calcule le déchet résultant des décès, réformes, etc., comme cela est d'usage en France, à raison de 4 p. 100 pour la première année, 3 p. 100 pour la seconde et 2 p. 100 pour les années suivantes, on trouve pour le total de i 9 classes de 253 000 hommes une masse de 3 915 000 individus. Les dispensés, qui, comme cela a été indiqué plus haut, sont en nombre presque égal à celui des non-dispenses, constituent, en outre, une réserve à laquelle il serait possible de recourir si les premiers ne devaient pas suffire.
Les hommes versés directement dans la milice ne recevant aucune instruction, ils ne seraient naturellement pas utilisables dès le début d'une guerre; mais leur nombre est relativement peu important en comparaison de celui des soldats instruits ou en voie d'acquérir l'instruction militaire, lesquels se répartissent actuellement (1886) comme l'indique le tableau suivant :
Hommes.
Armée active : 1 contingent de 227,000 h 227,000
— 1 contingent de 196,000 h 188,000
— i contingent de 190,000 h 177,000
— 2 contingents de 182,000 h 329,000
Total 921,000
Réserve : 1 contingent de 230,000 h 201,000
— 2 contingents de 212,000 h 360,000
— 1 contingent de 190,000 h 157,000
— 1 contingent de 175,000 h. 141,000
— 5 contingents de 145,000 h 551,000
Deuxièmes portions des contingents (1881-1885). . 92,000
Total 2,423,000
Milice du 1« ban. 277,000
Total général 2,700,000
Il convient de remarquer que, comme on l'a indiqué plus haut, environ 10 000 jeunes gens peuvent chaque année prétendre à une réduction de service actif, en raison de
leur instruction générale. Le total de 921 000 hommes, donné par le tableau ci-dessus pour l'armée active, doit donc être réduit de 50 000 hommes à peu près, et celui de la réserve augmenté d'autant. Par contre, le chiffre de l'armée active doit être augmenté de tous les rengagés, des hommes retenus plus de cinq ans sous les drapeaux parce qu'ils sont incorporés dans les troupes du Turkestan, etc. En définitive, l'effectif de l'armée active se trouverait donc supérieur à l'effectif budgétaire, qui n'est que de 755 000 hommes, comme on l'a vu au chapitre I er . 11 résulte de là qu'un assez grand nombre d'hommes doivent être renvoyés avant l'expiration de cinq ans de service, et c'est en effet ce qui arrive généralement tous les ans.
D'autre part, les chiffres de la réserve et de la milice (contingents de 1877 et plus anciens) doivent être réduits des pertes éprouvées pendant la guerre de 1877-1878 contre la Turquie. On évalue généralement ces pertes à 150 000 hommes.
Aux forces qui viennent d'être énumérées s'ajoutent celles que fournissent les diverses populations non soumises à la loi du 1 er janvier 1874, populations qui représentent environ 27 millions d'habitants, soit le 1/4 de la population totale de l'empire russe. L'ensemble de ces forces sur le pied de guerre peut s'évaluer à environ 200 000 hommes, plus ou moins instruits.
Les plus importantes sont celles que mettent sur pied les Cosaques. Ceux-ci, qui sont répandus sur une grande partie du territoire, y forment un certain nombre de groupes distincts auxquels correspondent autant de voisskos ou d'armées particulières, savoir :
Les voisskos du Don, d'Astrakan, d'Orenbourg et de l'Oural, dans la Russie d'Europe ;
Ceux du Kouban et de Térek, dans le Caucase ;
Ceux de la Sibérie occidentale, de Sémiriétchié, du Transbaïkal ou de la Sibérie orientale et de l'Amour, dans la Russie d'Asie.
Les dispositions de la loi de 1875, qui règle actuellement les obligations militaires des Cosaques de tous les voisskos, se résument comme il suit :
Tous les hommes valides doivent le service de dix-huit à
trente-huit ans, et sont tenus de s'en acquitter en s 'habillant, en s'équipant et en se remontant à leurs frais : l'État fournit seulement les armes et les munitions.
De dix-huit à vingt et un ans, ils comptent dans ce qu'on appelle la catégorie de préparation : ils sont alors soumis à certaines obligations ayant pour objet de leur faire acquérir les premiers éléments de l'instruction militaire. De vingt et un ans à trente-trois, ils appartiennent à la catégorie active ; de trente-trois à trente-huit, à la réserve.
Les douze années d'activité se partagent en 3 périodes successives ou tours de quatre ans chaque fois. Pendant la première période, les Cosaques sont sous les drapeaux, dans les corps régularisés de cavalerie, d'artillerie ou d'infanterie que leur voissko doit entretenir sur pied d'une manière permanente, même en temps de paix. Pendant les deux autres périodes, ils sont dans leurs foyers : ces deux périodes se différencient l'une de l'autre en ce que les hommes du 2 e tour sont tenus d'être constamment pourvus de tous leurs effets et de leurs chevaux, tandis que ceux du 3 e tour ne sont tenus d'avoir que leurs effets et peuvent se dispenser d'entretenir leurs montures.
De même que les Cosaques, les populations de races diverses qui sont établies sur les territoires du Daghestan, de Koutaïs, de la Grousie, de la Gourie, de Soukhoum, de Kars et de Batoum, dans le Caucase, sur ceux d'Irkoutsk et de Krassnoïarsk, en Sibérie, ainsi que sur les confins chinois de FOussouri, fournissent, conformément à des dispositions qui leur sont propres, des troupes particulières que Ton désigne habituellement par la dénomination de troupes irrégulières.
Pour ce qui est de la Finlande, ce pays n'est pas, comme l'on sait, une province de l'empire russe, mais bien un État séparé, jouissant d'institutions particulières, dont le tsar est le souverain, en sa qualité de grand-duc de Finlande. Jusqu'à ces derniers temps, le service militaire qu'avaient à faire les habitants était toujours encore, à peu de chose près, celui que leur avait imposé la Suède à la fin du xvn e siècle. Depuis le 1 er janvier 1881, une nouvelle loi est entrée en vigueur, d'après laquelle tout Finlandais doit le service à partir de l'année où il atteint l'âge de vingt et un ans révolus.
Les jeunes gens capables de porter les armes sont partagés, par voie de tirage au sort, en deux portions. La première, dont le chiffre est fixé par l'empereur, forme le contingent des troupes finnoises. La deuxième portion est classée dans la réserve.
Les hommes compris dans le contingent doivent passer trois ans sous les drapeaux, après quoi ils sont versés dans la réserve pour deux ans. Les hommes directement classés dans la réserve y comptent pendant cinq ans, et peuvent être appelés à quatre-vingt-dix jours d'exercices pendant ces cinq années. La loi admet d'ailleurs de nombreux cas de dispense ou de réduction dans la durée du service actif.
De vingt-six à quarante ans, tous les Finlandais comptent datis la milice, laquelle est spécialement affectée à la défense du territoire national.
La partie centrale du territoire de la Russie d'Europe est partagée en 164 circonscriptions de recrutement qui correspondent aux régiments d'infanterie de ligne que comporte l'armée active. Leur délimitation a d'ailleurs été réglée de façon à coïncider avec les districts (ouiezd) ou dernières subdivisions politiques administratives, et leur étendue a été calculée de telle sorte qu'elles fournissent toutes à peu près les mêmes ressources en hommes. Généralement, une circonscription de recrutement est formée par plusieurs districts politiques : quelques-unes cependant comprennent un seul district.
Chaque régiment d'infanterie de ligne doit tirer ses rc crues et ses réservistes de la circonscription qui lui correspond, mais pour une portion seulement de ce qui lui est nécessaire. Les différentes parties de l'empire qui restent en dehors des 164 circonscriptions de recrutement doivent, en effet, concourir dans une proportion déterminée, 20 p. 100 à peu près, au complément des divers régiments, tant en recrues qu'en réservistes.
Ces parties comprennent, d'une part, la Russie d'Asie et le Caucase; d'autre part, diverses provinces de la Russie d'Europe qui constituent une zone de profondeur variable enveloppant les circonscriptions de recrutement, savoir : les gouvernements politiques de Saint-Pétersbourg, d'Esthonie, de Livonie, de Courlande, de Kovno, de Vilna, le
royaume de Pologne tout entier, la Bessarabie, la province du Don, les districts les plus éloignés des gouvernements politiques d'Astrakan, d'Orenbourg, d'Oufa, de Perm, de Vologda, enfin les gouvernements politiques d'Arkangel et d'Olonetz.
Les circonscriptions de recrutement sont groupées 4 par 4, comme les régiments d'infanterie de ligne, de manière que chaque groupe de quatre corresponde à une des divisions de l'armée active. L'artillerie montée de la division tire ses recrues et ses réservistes du groupe correspondant.
Les autres troupes d'artillerie (batteries à cheval et bataillons de forteresse), les chasseurs, la cavalerie, le génie, etc., reçoivent leurs recrues et leurs réservistes de toutes les parties de l'empire, conformément à une répartition arrêtée par le ministre. Il en est de même des troupes de toutes armes de la garde et des grenadiers, ainsi que des troupes dites locales de la Russie d'Europe, du Caucase et de la Russie d'Asie.
Pour les troupes dites de réserve, celles d'infanterie se complètent comme les régiments d'infanterie de ligne, c'est-à-dire qu'à chacun des bataillons de réserve existant sur le pied de paix on a attribué 1, 2 ou 3 circonscriptions de recrutement déterminées, lesquelles doivent lui fournir 80 p. 100 de ses recrues et réservistes, le reste provenant des diverses parties de l'empire laissées en dehors des 164 circonscriptions de recrutement. Quant aux troupes de réserve qui appartiennent aux armes de l'artillerie, du génie, etc., elles se recrutent sur tout le territoire de l'empire.