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LE CULTE IMPERIAL

C'est en Tan 230 avant notre ère que la constitution politique de la Chine parvint à la centralisation, telle que nous la voyons aujourd'hui.

Alors un prince célèbre dans Thistoire et aussi détesté pour sa cruauté, réussit à vaincre toutes les résistances des chefs de royaumes et à rassembler tous les descendants des Cent Familles sous un seul gouvernement. C'était le chef de TEtat de Tsin.

Ce n'était là qu'un retour, dans Tordre politique seulement, à la constitution primitive. L'histoire chinoise montre, en effet, dès ses premières pages, un prince dominant toute la nation ; elle donne aux personnes investies de cette dignité le nom de Ti : empereur, elle les vénère comme des saints.

Cet empereur était un chef qui conduisait les tribus, dans sa marche vers TEst, à travers le continent asiatique. On le voit présider à la cons-

2% Le peuple citiNOïâ

liliilion et au déplacement des villes, transférer los peuples d'un lieu à un autre, comme pourniit le l'aire aujourd'hui encore le père, souverain de sa famille, si la vie agricole n'avait, depuis de longs siècles, succédé à la vie pastorale.

Ce prince n'était point, dans la rigueur du terme, un patriarche, car il ne tenait pas son pouvoir de la seule liliation par le sang. Il était avant tout un pontil'e élu par les grands ou choisi par son prédécesseur et qui recevait du Ciel même son investiture.

Dans son premier chapitre, leChou-king nous raconte le choix que fit Tempereur Yao de son successeur. C'était vers l'an 2200 avant notre ère. Yao assembla les grands du royaume et leur demanda de lui indiquer celui d'entre eux qu'ils supposaient capable de prendre la suite de ses soixante-dix années de règne. Tous dirent qu'ils ne se sentaient pas les talents nécessaires pour assumer une pareille tache; mais ils désignèrent un homme d origine modeste, plein de vertus et de piélé filiale : Yu-Ghœnn. Yao en fit son premier ministre et lui donna ses deux filles comme épouses (1).

Chœnn, ministre, fit preuve des mêmes vertus qu'il avait montrées dans son humble condition, il gouverna bien le royaume.

Malgré les résistances que l'humilité de Chœnn opposait à son maître, celui-ci, au bout de trois ans, l'installa comme héritier du trône. Aussitôt, dit le vieux livre (2), le futur empereur accomplit

(1) Chou-king, !•' chapitre, in fine,

(2) Chou-king. Chap. II,

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actes religieux, son premier soin fut d'offrir acrifice au Suprême Seigneur et ensuite aux ils des montagnes et des rivières. Ici appadéjà la prérogative religieuse de Tempe- •: le culte au Seigneur d'en haut ou Change

uel était dans TEsprit des Chinois de la haute quité ce Seigneur? Etait-ce un Dieu analogue éhovah des Hébreux? Etait-il conçu comme îsprit infini, éternel, indépendant de la may créée par lui? Etait-il seulement le Dieu liée dont Tàme anime le monde matériel, corps ?

ces questions dont Tobjet est si subtil, Timision des vieux textes ne permet guère de mdrcavec netteté (1).

ais toujours est-il c|ue ce Dieu y est dépeint me un personnage céleste, un esprit dont le est la demeure, esprit intelligent et tout isant, qui envoie aux hommes des bienfaits, es maux, qui récompense les princes ver- IX, châtie les pervers et ceux qui négligent culte.

[)ivcrs sinologues se sont efforcés d'établir que le Chang-Ti Seigneur d'en haut des premiers âges, est le Dieu créateur lifM, des Musulmans, ut dos Chrétiens^ mais les textes aux-

ils se réfèrent ne nous paraissent pas probants. Dans Tané cbinuise, la pensée philosophiaue n'était pas assez dévec pour pernictlrc aux écrivains d exprimeravcc une précision aute leurs idées sur lu nature et les ottributs de Dieu, testablemenl, le Chang-Ti y est représenté comme un esprit me et personnel. Mais cet esprit etuit-il ou non indépendant natièrc universelle qu'il avait créée par un acte pur de sa vo-

voilù ce que les textes ne disent pas. Au surplus, Conf. Leg ans en C/ii ne, aperçu bislorique et critique par C. do Ilarlcz, ig. W. Gerhard, 1861, et le Chang-ticiie T'ien dans Tonti-

mémoire présenté ou Con|j[^rès des catholiques 18U1, par Antonini. Paris, Alphonse Picard.

FARJEXEL 8"

21Û LÉ PEUPLE CHiNÔlii

Ce Dieu y est considéré comme un ancèlrô mystique du j)rince lui-môme.

Son nom est Chang-Ti^ Seigneur d'en haut, et c'est TEmpereur qui a la charge de son culte; ce culte est le principal dans TEmpire. Sans doute, le souverain vénère aussi les six vénéra blés (1).

Celui-ci domine tous les esprits et les génies, tous les dieux ou demi-dieux comme TEmpereur domine les rois et les princes.

Aussi bien, le culte de ce Dieu suprême étaitil l'apanage jalousement conservé du souveraia lui-même.

Dans toute l'histoire chinoise, on voit les princes qui s'emparent du pouvoir suprême, prendre le pontificat qui le consacrait.

La guerre qu'ils se faisaient entre eux était légitimée par la colère [céleste et le ciel montrait, pa,r la victoire qu'il accordait, où se trouvait celui qui devait assumer la tâche et l'honneur de gouverner les peuples et d'offrir les grands sacrifices.

L'historien Seu-ma-tsien (160 avant J.-C), décrit la bataille célèbre du roi Ou qui vainquit l'empereur Tcheou ; il montre le vainqueur attribuant la victoire au Ciel lui-même, puis il lait

(1) Les commentateurs Chinois des vieux livres ne sont pas d'accord pour identifier ces six vénérables que Ion trouve dans le Chou-king. Chacun en donne une explication selon les idées et les croyances de son temps, les uns attribuent ce qualificatif aux saisons, à la sécheresse, au chaud, au froid, les autres aux astres. On peut croire également qu'il s'agit des six ancêtres du prince, ainsi que peut le faire supposer le rite du sacrifice au ciel et à l'esprit des montaraes et des fleuves, mais aucun de ces cultei n'a l'importance au culte du Cbang-ti, l'eiprit laprôme du ciel.

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un tableau expressif de la cérémonie religieuse qui eut lieu après le combat.

« Le lendemain, dit-il, il fit déblayer la route et réparer Tautel du dieu de la terre (1), ainsi que le palais de Tcheou, de la dynastie Chang.

Lorsque le moment fut venu, cent hommes portaient les étendards han pour faire faire place devant lui. Le frère cadet du roi Ou^ le fils puîné Tchen-to présentait avec ordre le char de cérémonie, le duc Tcheou-Tan avait en main la grande hache ; le duc de Pi avait en main la petite hache ; ils se tenaient ainsi aux côtés du roi. San-I-Cheng,'T'ai-Tien et Hong- Yao tenaient tous des épées ; ils faisaient ainsi une garde au roi Ou. Puis ils entrèrent et se tinrent debout au sud de Tautel du Dieu de la terre. Tous ceux des grands bataillons, à droite et à gauche, le suivaient. Mao-Tcheng, le puîné, offrait Teau pure, K'ang^ le puîné, prince de Wei, avait Tenveloppe de toile et la natte ; le duc de Chao-Che, avait la seconde étoffe, le Chang-Che-fou conduisait la victime. Yn-I tira les sorts et prononça la prière en ces termes :

« Le dernier descendant des Yn, Tcheou, le a plus jeune de tous, détruisait et perdait la « brillante vertu des anciens rois; il méprisait «r et négligeait le Dieu du Ciel et les dieux du a soi, il ne faisait pas les sacrifices; dans sa <r stupidité, il était cruel pour le peuple du « royaume de Chang, que cela soit clairement et

(1) Le dieu ou génie de la terre est la divinité secondaire qui préside aux cbûtimcnts.

(( manifestement entendu par le Souverain Cé- « leste, Empereur cVen haut.

« Alors le roi Ou se prosterna deux fois et « baissa la tête jusqu'à terre. Le prieur dit : « Il ft faut changer le grand mandat, dégrader les « Yn et recevoir le glorieux mandat du Ciel ». « Le roi Ou se prosterna derechef deux lois et « baissa la lôte jusqu'à terre et sortit » (1).

Le grand mandat, c'est la puissance que le Ciel confère au souverain pour gouverner les j)euples, selon Tordre et la justice. Si les princes ne remplissent pas avec vertu leurs obligations et surtout s'ils n'accomplissent pas la première do toutes : Thommage et le sacrifice au principe des choses : le Ciel, il» deviennent indignes de conserver le pouvoir.

D'autre part, eux seuls ont qualité pour communiquer directement avec le Ciel ; de même que, dans la famille, le père seul peut valablement communiquer avec les ancêtres, prononcer les formules sacramentelles qui ont la puissance de rendre les oblations agréables et de faire descendre les mânes, de même, dans FEmpire, TEmpereur seul j)eut valablement adresser la prière et offrir le sacrifice au Ciel.

Le souverain est donc le Pontife suprême de la nation tout entière, aucun autre que lui n'a le droit de communiquer avec le grand Dieu, qui domine tout, qui embrasse tout, avec l'esprit du Ciel, le suprême Seigneur.

(1) Les mémoires historiques de Se-ma-ls'îen, traduits et annotés pur Kdounrd Cba vannes, professeur au Collège de Franco. Tome I, paçfe 235. Paris, Leroux, 1895.

Depuis la fondation de l'Empire, il en est ainsi, et aujourd'hui, le code réserve encore ses châtiments à ceux qui oseraient empiéter sur cette suprême prérogative.

Car le caractère du souverain n'a point changé avec les siècles. Comme au temps de Yao et de Chœnn, l'Empereur est toujours, avant tout, le personnage investi du grand sacerdoce, il est l'auguste: Iloang-Chang. On l'appelle aussi le Fils du Ciel : T'ien-tzeu.

Il est en quelque sorte une incarnation par descendance de la divinité suprême, comme le fils est l'incarnation de son père. Cette conception est toute mystique, car l'Empereur a ses ancêtres humains auxquels il doit rendre aussi un culte, mais c'est là un culte personnel imposé à tous les hommes.

Il n'est Pontifex maximus qu'en tant que chef de la nation et non parce qu'il tient le pouvoir de ses pères; d'autant que l'obligation de la vertu afférente au souverain pontificat, fait que le pouvoir n'est pas nécessairement héréditaire. Depuis les origines de l'histoire chinoise, c'est le pouvoir, indépendamment de la personne de celui qui l'exerce, qui est de droit divin.

Et c'est là ce qui explique que l'obéissance du p<»uple est toujours acquise à l'Empereur, quelle que soit son origine, quelle que soit même sa race.

Mongol ou Tartare, vainqueur des Chinois pur sang, il n'en sera pas moins considéré comme Fils du Ciel, s'il remplit la principale obligation de la charge impériale : le Pontificat;

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s'il offre régulièrement les sacrifices pour toute la nation au Ciel, à la terre et aux génies qui animent le monde, si, dès lors, il écarte les maux que la colère céleste pourrait envoyer au peuple et appelle sur celui-ci les bienfaits d'en haut, on lui obéira.

Sans doute, les partisans d'une dynastie déchue conserveront quelque temps la fidélité à leur ancien souverain ou à sa famille, mais la foule du j)euple ne verra bientôt dans le prince que le chef nécessaire et légitime de TEtat.

La dynastie actuelle, qui est de race Tartare, peut avoir dans les régions du Sud, quelques adversaires parmi les lettrés attachés de souvenir à la dynastie chinoise des Ming, détrônée depuis 1644 ; mais pour les masses innombrables du peuple (jui ne s'inquiètent guère des choses de la politique et ne demandent qu'à vivre sans trop de misère, Tempereur actuel est bien le pontiA», le Fils du Ciel, sorte de demi-divinité, qui commande légitimement à toutes les familles du royanino (i).

Fils (lu Ciel, l'Empereur est par excellence le fou-mou, e'est-à-dire le père et la mère du peuple tout euti(»r ; si les nuigistrats possèdent le même qualificatif ; c'est qu'ils tiennent de lui la délégation qui leur confère, avec la dignité sacerdotale, le droit de commandement.

11 est rhomme qui relie le ciel à la terre, comme le père relie les ancêtres défunts à toute

(1) KouoKin, familles du royaume, telle est IVxpression populaire qui répond au mot peuple pris en notre langue dans son sens général.

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la lignée des vivants. Son caractère essentiel est donc toujours le caractère religieux.

C'est dans ce caractère que se trouve l'explication de son pouvoir politique, de sa dignité suréminente et aussi de tous les actes de sa vie.

Tous ses mouvements, comme ceux des empereurs antiques, sont déterminés par les rites ; il est toujours le prêtre dans son temple soumis aux obligations du cérémonial.

La demeure qui abrite sa personne sacrée a, en effet, elle aussi le caractère religieux. L'esprit qui a présidé à la construction du palais est le même que celui qui fit, dans les temps anciens, édifier toute la maison autour de Vatrium,

Mais, si le luxe et le faste ont recouvert la simplicité primitive dont nous parle Tchou-hi, le savant commentateur, ils n'en ont point fait modifier l'ordonnance générale, toujours réglée par les vieux rites.

Aujourd'hui, le palais impérial est si vaste qu'il porte le nom de Ville : tcheng, il a en eff*et 1006 mètres, du nord au sud, et 786 mètres de •Test à l'ouest (1), et son orientation est la même que celle de la maison actuelle. C'est-à-dire que l'entrée en est placée au sud, qu'on y accède par les deux cours séparées par des portes pour arriver au Tai ho t'ien la salle principale qui est le véritable tang du palais.

(i) Conf. Péking, histoire et description, par Mgr. Alphonse Favîer, vicaire apostolique de Péking. page 275, Desclée et de Brower et Cie, Lille.

Les murailles sont percées de quatre portes. Après avoir traversé la porte du sud, on rencontre une seconde povle^T ai ho menn, donnaii» accès dans une cour magnifique où se trouve le grand palais, Tai ho lien : c'est la salle du trône, la première salle de réception. C'est là que sont reçus les ambassadeurs ; l'Empereur s'y rend le jour de sa naissance et le jour de Tan. pour s'offrir aux prosternations et aux vœux des princes et des grands. Aucune salle du palais n'approche de celle-ci pour sa magnificence.

Vient ensuite le Tchoiing ho lien, salle de cérémonie, de la généalogie impériale ou sont présentés à l'Empereur les instruments d'agriculture, les grains, les échantillons des récoltes » (1).

Ces salles, ou plutôt ces pavillons, constituent la partie principale des édifices contenus dans la vaste enceinte ou se trouvent, nécessairement aussi, les bâtiments occupés par les appartements privés du souverain et par le service (le la Cour.

Le palais de TEmpereur de Chine est donc aujourd'hui encore, b»\ti sur le même plan que les palais des anciens princes, lesquels n'étaient qu'un développement dos bAtiments autour de VAlriîfni Central, et ce palais est également identique à celui des rois grecs de l'âge homérique (2).

Si le palais de l'Empereur a toujours un carac-

(1) IbiJ., page 277.

{'*) Conf. la rccuiistitution du puluis grec de Vàge homérique d'après VOttyaaèe. Plan et perspective par Ch. Chipies. Perrotet

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tère sacré en raison de la présence du Pontilc suprême de la nation chinoise, celui-ci dispose de temples spéciaux pour y accomplir les nombreuses cérémonies liturgiques qui constituent les occupations les plus importantes de sa charge souveraine.

Le premier de tous en dignité est le temple du Ciel. Ce temple se compose en réalité de trois pavillons si vastes et si magnitiquss qu'on pourrait prendre chacun d'eux pour uu temj)le spécial ; ces pavillons abritent trois autels. Le tout est situé dans un parc boisé entouré d'un mur d'enceinte de 5750 mètres et placé au sudest de Péking, comme le temple familial qui se trouve toujours au sud-est dans Teuceinte de la maison.

Dans le pavillon situé le plus au sud, se trouve le plus vaste autel, consistant en une ])lale-foruie en marbre blanc, cette plate-forme est circulaire, de là son nom Yuen-Kiou : monticule rond ; elle a trois étages placés pyramidalement. On accède à chaque étage par quatre escaliers de neuf degrés placés aux quatre points (*ardinaux.

C'est sur la plate-forme supérieure (|ue ce célèbre le premier de tous les sacrifici^s, le sacrifice au suprême Seigneur, (jui a lieu tous les ans au solstice d'hiver.

C'est là, du côté nord, qu'on place une tente sous laquelle l'Esprit suprême est censé descendre pour agréer les oblations, les j)rières et

Chipiez. Histoire de l'art dons l'antiquité. Vol. 7, p. 30 et suîvontea. Paris, Hachette 1899.

Conf. également, le plan du palais de Mycènes, vol. fi, p. 4'i8, ^t celui de l'acropoU de Tyrinthe, page 266, 2^0^2S%,

le sacrifice ; de chaque côté de la plate-forme, sont également disposées des tentes au nombre de six. Ce sont celles des six Tcheng : des vSainls cpii accompagnent le Chang-Ti ou suprême Seigneur. Sur la deuxième plate-forme, formée par la galerie de pourtour entre le deuxième et le troisième soubassement, plus bas, par conséquent, co\nme pour marquer leur dépendance, se trouvent les quatre tentes, deux d(î chaque côté, destinées aux suivants du Chang'TL Ces suivants sont : l^à rest,la lumière diurne; 2'^ à rouest,la lumière nocture ; 3" à Test, les vingt-huit constellations zodiacales, les cinq planètes, les sept étoiles de la grande Ourse ; 4^ le juaître du tonnerre, celui du vent, celui de la pluie, celui des nuages et celui de tous les astres.

Dans l'angle sud de Tenceinte circulaire qui entoure l'autel du Ciel, est un grand fourneau (le briques émaillées qui sert à rôtir la chair des victinuîs et à brûler tout ce que l'on offre au Chdng-Ti^ d'autres grils sont disposés pour consumer les offrandes à ses suivants.

Ainsi donc, on trouve concentré sur cet autel même tout ce que le culte chinois a de plus universel, le culte des forces de la nature physique, c(»hii des astres et enfin celui du suprême Soigneur, réservé à l'Empereur seul.

Les deux autres autels entourés chacun de leur enceinte particulière et flanqués également de ])atiments accessoires, où se trouvent les

(1) \\ importe de remarquer que le caractère Tsong suivant, signifie égnlcmcnt : qui tire son origine de :

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abattoirs pour les victimes et les magasins d'ustensiles sacrés, sont plus petits et tous deux situés au nord du premier.

Sur le deuxième autel on sacrifie au Ciel, considéré en tant qu'espace sidéral ; du reste cet autel se nomme Tautel de TAuguste vide ; sur le troisième on demande la j)luie qui féconde les récoltes, enfin dans la dernière partie de Tenceinte du (^iel se trouve le palais, où l'Empereur se prépare, dans le silence et dans le recueillement aux trois grands sacrifices annuels.

Les jours qui précèdent le sacrifice du solstice d'hiver, l'Empereur et les principaux dignitaires se sont purifiés par le jeune et par l'abstinence ; lorsque le jour est arrivé, c'est l'Empereur, ici le souverain pontife, qui accomplit les actes liturgiques identiques sur bien des points à ceux que le père, pontife domestique, fait dans son teuiple privé.

Les grands personnages tiennent la place des membres de la famille. Gomme dans le sacrifice domestique il se subdivise en descente des esprits célestes en offertoire, mais la communion sous les deux espèces n'a plus lieu aujourd'hui comme elle avait lieu dans l'antiquité.

Autrefois, la communion était beaucoup plus fréquente puisque tous les repas avaient le caractère sacré. On raconte même que Confucius abandonna le service du prince de Lou, dont il était conseiller parce que celui-ci s'oubliant avec des musiciennes que lui avait envoyées son voisin le prince de Tsi pour le corrompre, négligea pendant trois jours devenir àTaudience. Les

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mets consacrés ne purent être distribuées aux grands du royaume, et Gonfucius qui estimait sans doute, cet aliment mystique nécessaire au soutien de sa vertu quitta le royaume de Lou.

Malgré Tabsence de communion dans le grand sacrifice au Ciel, où la totalité des victimes est oficrte en holocauste au Seigneur Chang-Ti, les rites de la cérémonie sont toujours très minutieux et très compliqués. Pour s'en faire une idée très exacte il suflit de comparer cette cérémonie à la messe pontificale, célébrée en grand apparat par les évéques catholiques lors des grandes fêtes.

On y voit également, et dans la même disposition et dans le même ordre quant à la place des personnes, les assistants, diacre et sousdiacre, les acolytes, les thuriféraires et les cérémonial res.

("omme rofficiant catholique, l'Empereur offre Fencens que lui présente à cet eflet le thuriféraire j)endaut toute la cérémonie, telle qu'elle (»st décrite dans toutes les éditions du rituel inclus dans le Ta-tsing hoel Cicn^ les rites se dèroulentpresque identiques quantàTensenible des actes liturgiques. Les diflerences que Ton remar(|ue portent smilement sur les détails et sur (!e (jue, au culte dusuprome Seigneur,se trouvent associés, les cultes secondaires des génies ou demi-dieux (|ui animent les astres et les forces nalur(»lles, aux(|uels ont fait également des offrandes toujours inférieures en nombre et en (|ualilé à celles que Ton présente au suprême Seigneur.

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C'est dans les sarrifices impériaux que Ton peut seulement immoler de jeunes taureaux, parce que TofFrande de cette victime de choix est réservée auGhang-Ti, souventqualifié dansles rituels : Auguste et Céleste, Seigneur Suprême. L'importante cérémonie du solstice d'hiver est exposée ainsi que les autres avec la minutieuse précision ordinaire aux rituels chinois, dans la collection des règlements de la dynastie actuelle, le Ta-tsing Hoéi T'ien (1).

On trouve dans cet ouvrage des plans et des élévations perspectives des autels et des temples ; la place des personnages figurant dans les cérémonies y est marquée; il en est de même de la disposition des vases, des ustensiles sacrés et des offrandes.

On peut y constater l'identité remarquable du sacrifice chinois et du sacrifice romain. Ce n'est pas l'officiant qui égorge la victime. Il y a des victimaires chargés de ce soin, et l'on ne présente les chairs sur l'autel que lorsqu'elles ont été préparées et cuites.

Les parties de choix sont les poumons, le foie et les viscères.

Dans le sacrifice chinois, on verse sur la tête de la victime, avant de la tuer, la coupe de l'immolatio^ on lui ôte quelques poils sur le devant de la tête, on les jette ensuite dans le brasier pour qu'ils brûlent avec les chairs (2).

(1) Il en a été fait une réimpression en la 19* année de Koang' Siu, l'Empereur actuel. La cérémonie dont il s'agit figure dans le 37*. K'iuen. C'est également au même endroit qu'elle se trouve dans une édition antérieure d'un siècle que nous avons compulsée.

(2) L'étendue de cet ouvrage ne nous permet pas de donner plus

WAMJEHEL 9

Cette idée du sacrifice tient une place considérable dans la religion chinoise. Racheter les fautes de l'homme par des dons volontaires, est ridée capitale, autour de laquelle évoluent toutes les croyances religieuses.

Plus celui auquel on veut plaire est élevé eu dignité et en puissance, plus les objets qui lui sont offerts doivent être précieux ; les objets inanimés, comme le jade et la soie, ont demandé à rhomme beaucoup de travail, on les présentera donc dans les oblations, mais, ce qui a en soi le principe de vie, est plus précieux encore ; aussi les victimes sanglantes sont-elles d'un degré supérieur; parmi celles-ci le taureau, symbole de la force de la vie, est une victime de choix. C'est donc celui-ci qui constituera la meilleure des offrandes.

Cette idée vieille comme Thumanité telle que nous la montre l'histoire, règne encore aujourd'hui dans le monde chinois. L'Empereur peut seul présider aux holocaustes des taureaux, j)arce qu'il jouit toujours, comme aux temps antiques, du privilège d'offrir seul le sacrifice au Seigneur du ciel.

Que les autres hommes, princes et chefs des familles, sacrifient aux génies secondaires et à leurs ancêtres, aux dieux locaux et aux mânes familiaux ; le grand sacrifice, l'offrande du tau-

de détails sur les rites du sacrifice. On aura une idée très exacte des diflérentes façons dont on éprouve, prépare et tue les victimes dnns le sacrifice chinois, en lisant simplement les pagfes 204 et suivantes du : Manuel des antù/nitcs romaines, de Mommsen et Marquurhrl. tradurlidu ll(>nri. 'l<tutce«{uc nous avons pu comparer à cet égard du rite chinois et du rite romain est identique.

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reau sera exclusivement réservé au souverain qui, ainsi, jouira à i^exclusion de tout autre, du bénéfice de l'entretien mystique avec la divinité suprême qui communique à son prêtre la suprême puissance.

Cette idée que Ton trouve dans toutes les sociétés antiques, de l'Occident et de l'Asie occidentale, fait de l'Empereur de Chine le personnage sacré, le grand prêtre du x Très Haut que tout les autres hommes ne doivent approcher que le front dans la poussière.

Quelle est donc la source de cette dignité suréminente ? Quel est donc ce principe suprême qui communique sa majesté au chef de TEtat.

Depuis le temps où furent écrits les vieux livres, les connaissances philosophiques des Chinois ont progressé, et nous pouvons apprendre d'eux l'idée que les maîtres de la pensée se sont faite de ce Chang-Ti, ou Suprême Seigneur, dont parlent si souvent les textes antiques.

Ils nous montrent l'univers animé par un principe infini, éternel et spirituel qui est le principe des principes et la forme des formes. Ce principe qui est la voie éternelle où tout vit, où tout se meut, est souverainement intelligent; Tintelligence humaine elle-même n'est qu'une participation, un reflet de son intelligence infinie.

Déjà, il y a vingt-cinq siècles, le philosophe Lao-tzeu avait, dans quelques chapitres composés de courtes phrases en style lapidaire, posé les principes de toute la métaphysique chinoise. La pensée moderne, éveillée surtout par les pen-

seurs de la dynastie des Song au xi* siècle de noire ère a donné, aux conceptions et aux formules de Lao-tzeu, tout le développement dont celles-ci étaient susceptibles (1).

Pour eux, cette âme infinie et éternelle est une personne consciente, on lui donne le nom de Ti, Seigneur; elle est semblable à Tâme de Thomme, mais elle possède la perfection. On lui donne plusieurs noms lorsqu'on la considère dans sa personnalité. On l'appelle Ghang-Ti, Seigneur; on rappelle aussi Tien^ Ciel.

Usant d'une comparaison, le philosophe Tchou- Tzeu dit : « Le mot homme est semblable au mot Ciel, le mot âme est semblable au mot Seigneur »(2).

On ne peut se méprendre sur le sens exact de ce mot : Ciel^ car le même auteur avait déjà fait la remarque suivante ; après avoir convenu que le principe formel communiqué par le ciel à tous les êtres pour leur donner la vie est d'essence immatérielle ; il ajoute : « Seulement les hommes d'aujourd'hui disent que le mot ciel n'est pas le nom de la voûte bleue, si Ton se réfère à cette manière de voir, on ne peut non plus rejeter cette substance bleue » (3).

C'est que Tchou-tzeu, Tinspirateur de la philosophie moderne, est un panthéiste ; il conçoit parfaitement l'esprit infini, mais il ne conçoit pas cet esprit séparé de la matière.

(1) Conf. La Métaphysique chinoise^ par Fernand Parjenel, journal asiatique, juillet-août, 1902, Paris. Leroux.

(2) Œuvres complètes de Tchou-Hi, nouveau fonds Chinois, no 3545, bibliothèque nationale K'iuen, 49 page 23, recto.

(3) Ibid. K'iuen, 42, page 12 et V.

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Ce sont là subtilités réservées aux hommes habitués aux spéculations intellectuelles ; les autres ne retiennent de leurs notions sur le premier principe des choses, que son caractère de personnalité ; c'est bien le caractère qui domine dans le culte et que Ton trouve dans les livres sacrés.

Le prince des commentateurs lui-même n'ose ni nier ni affirmer la personnalité divine suprême, en tant que juge des humains. « Quant à dire, dit-il, qu'il y ait dans le ciel une personne qui juge et châtie les fautes et les crimes, on ne le peut avec certitude ; mais dire qu'il n'y a personne qui gouverne, on ne le peut pas davantage ; sur ce point, il faudrait que Ton pût voir » {!)•

Le culte ne tient nul compte de cette opinion positiviste. Pour rEm])ereur qui en est le Pontife, le Chang-Ti^ quelle que soit, d'ailleurs, son essence, est un grand dieu qui envoie aux humains, châtiments et bienfaits, et c'est pour cela qu'on essaie de lui plaire par les joblations et les sacrifices, par les humbles prières et toutes les marques de la plus complète adoration pour sa majesté sacrée.

Il résulte de tout ceci que le culte au Ciel ou au Chang^Ti, suprême Seigneur, que rend le souverain pour toute la nation, se rapproche beaucoup, et dans sa forme et dans son esprit, de celui que lui rendent les déistes dans les religions qui ont comme fondement le dogme de

(1) ihid., K'ioen 49, page 25, 1*.

l'existence du Dieu éternel, spirituel et créateur.

Tel est le sommet de la religion nationale chinoise ; le culte à l'esprit du Ciel, exprimé dans sa plus haute manifestation par le sacrifice au Chang-Tij qui a lieu au solstice d'hiver.

Mais le culte impérial se compose aussi d'actes d'adoration des forces naturelles symbolisées par les dieux et les génies secondaires ; pour cela aussi, l'Empereur remplit les fonctions de souverain pontife.

C'est ainsi qu'il sacrifie également à l'Esprit de la Terre dans un temple situé au nord de la capitale et qu'il va demander de la pluie, en temps de sécheresse, à l'autel du Dragon-Noir et sur certaines montagnes sacrées. Il pontifie également au temple du Premier Agriculteur, à celui de la planète Jupiter, à celui des Esprits du Ciel et de la Terre ; en un mot, c'est en sa personne que se concentre l'essence de la floraison touffue des cultes aux puissances surnaturelles qui sont cachées, pour les Chinois d'aujourd'hui encore, sous tous les phénomènes naturels.

Comme tous ses sujets, l'Empereur sacrifie également à ses ancêtres personnels.

Son rôle religieux est extrêmement étendu et ses fonctions sacerdotales sont multiples,d'autant que le souverain peut être, en même temps que chef de la principale religion nationale, sectateur du boudhisme, puisque cette religion existe avec les autres.

Mais l'acte le plus important de son Pontificat

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t le sacrifice au Ciel, c'est-à-dire au Suprême Mgneur.

C'est, d'ailleurs, ce sacrifice que l'on retrouve l'origine de l'histoire chinoise ; le culte princiil du Chang^Ti et le culte secondaire des as- 5S et des puissances naturelles a existé en iine, dès le commencement des temps historiles, ainsi que le premier chapitre du CkoU' Ing en fait foi.

Cette constatation est de la plus haute impornce, puisqu'elle permet de constater que, au îlà du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, s tribus qui constituaient les Cent Familles, foraient déjà un ensemble cohérent, une nation i possession de son culte public et national, sentiellement le même que celui d'aujourhui.

CHAPITIŒ \II

Le caractère religieux du souverain permet de comprendre toute Tétendue de son pouvoir.

L'Empereur de Chine est le prêtre par excellence, lui seul communique avec le principe des choses, lui seul possède la clef qui ouvre le ciel où se trouvent contenus les biens et les maux, qu*espère ou que redoute la pauvre humanité.

Père-mère du peuple tout entier, il a sur tous les Chinois les droits pour ainsi dire sans limites du père sur ses enfants. C'est un monarque absolu ; nulle autorité ne peut entrer en compétition avec la sienne, ses volontés sont des ordres, ne pas s'y soumettre est un crime. C'est pour cela que, autrefois, les conseillers du prince qui osaient le contredire, employaient une formule qui signifie : En m'exposant à la mort. Toute opposition à la volonté sacrée de l'Empereur, si justifiée soit-elle en apparence, est un acte digne du dernier des châtiments.

Aussi bien, le souverain a-t-il droit de vie et

de mort sur tous ses sujets. Nul droit n'existe contre son droit ; il est le propriétaire universel, nul ne délient dans l'Empire une parcelle du sol que par sa volonté, et la propriété privée des familles n'est jamais complète ; on possède le domaine utile, l'Empereur a le plein domaine.

Telle est la nature du pouvoir impérial, pouvoir sans limites, qui n'a rien de commun avec celui des monarques d'Occident.

On aurait tort pourtant de croire que ce pouvoir exorbitant du prince fasse de lui un tyran, comme ces chefs de peuplades africaines dont la volonté capricieuse est la seule loi. Au contraire, l'exercice de la puissance suprême, en Chine, est dominé par la religion même qui la confère. Ses principes et ses rites enferment la volonté impériale dans un réseau serré et font de l'Empereur, le personnage, à certains égards, le moins libre de l'Empire.

Le Pontife suprême de la nation chinoise commettrait un sacrilège, s'il s'écartait des prescriptions contenues dans les livres sacrés, expliquées et commentées par les saints et les sages ; il attirerait sur la Chine et sur lui-même les calamités célestes qui fondent toujours sur les souverains injustes, cruels et impies.

Selon la doctrine sur le gouvernement, reconnue depuis la plus haute antiquité, le Ciel ne confère au souverain le mandat de gouverner les peuples qu'aiin que ceux-ci soient régis selon la justice. Les révoltes du peuple lui-même sont imputées à crime au prince : elles prouvent que celui-ci n'a pas bien rempli ses devoirs à

son égard et tout au moins, qu'il a négligé de l'instruire et de le diriger dans la voie de la vertu.

Si une calamité quelconque : inondation, sécheresse, épidémie, guerre malheureuse, accable l'Etat, c'est une preuve manifeste de la colère céleste qui rappelle au prince ses obligations. A-t-il omis quelque rite dans les cérémonies sacrées, s'est-il montré oublieux de ses devoirs sacerdotaux ou politiques ? Cela est toujours probable, quand on constate un malheur national.

Alors, l'Empereur ne manque jamais de faire sa confession publique, de s'accuser humblement, à la face du Ciel et de la Terre, de son impiété et de demander pardon aux puissances d'en haut, qu'il a offensées par action ou par omission.

On se rappelle la confession de ce genre que fit l'Empereur actuel, Koang-Siu, après les événements de 1900 et l'envahissement du sol sacré de l'Empire et des palais impériaux par les Barbares d'Occident. Toute la presse d'Europe et d'Amérique la reproduisit.

De tels actes suffisent à montrer le haut sentiment de responsabilité qui accompagne et tempère l'exercice du pouvoir. Pour que l'Empereur soit toujours convaincu de ses obligations, la religion lui impose l'accomplissement des rites plus compliqués, plus minutieux que ceux qu'elle demande aux simples sujets.

Quand il réside dans son palais de Péking, il est toujours dans la situation d'un grand prêtre accomplissant ses fonctions sacerdotales.

Il ne pourrait, sans manquer à sa mission, écarter de Tobservance des rites ; presque tous s actes de sa journée doivent être conformes IX prescriptions rituelles. Depuis Taurore, qui >t l'heure de son lever, jusqu*à son coucher, il »t entouré de grands personnages qui surveilnt avec respect ses moindres mouvements et ji l'assistent ; des médecins se tiennent préînts à tous les repas, et la nourriture lui est esurée. Si l'Empereur est fidèle à sa mission, ne peut, en effet, se laisser aller à nuire à sa îrsonne sacrée. Mange-t-il trop d'un plat qui i plaît, on le lui ôte sur l'avis des médecins. es rapports avec ses femmes légitimes ou ses )ncubines sont également soumis aux règleents, et des fonctionnaires spéciaux en tiennent 'gistre.

Aucun acte de l'Empereur n'est, en effet, infférent ; le père-mère du peuple des Cent Failles ne saurait s'appartenir. Aussi, on comprend le l'Empereur fuie, quand il le peut, cette vie jsujettissante et qu'il se retire souvent en d'aues palais, en dehors de l'enceinte sacrée de la lie, pour y mener une existence plus humaine. La volonté souveraine du prince, tenue en ride par les prescriptions rituelles, est aussi )umise aux observations du censorat.

11 y a une cinquantaine de personnages charps de surveiller lous les actes du souverain : son gouvernement et de lui faire des remonances quand ils le jugent nécessaire. Un cennir assiste à toutes les importantes délibéitions des divers ministères. Cette fonction

n'est pas sans péril. Car si l'Empereur est irrité par les avis du censeur, aucune autorité humaine ne peut l'empêcher ou de le disgracier, ou de le livrer au bourreau. Or, il faut reconnaître, à rhonneur du caractère chinois, que, dans le cours de l'histoire, les censeurs courageux qui n'ont pas craint de faire retentir aux oreilles du prince des avertissements salutaires sont nombreux et que plus d'un a payé de la vie, son amour du bien public.

L'institution du censorat est la seule qui permette une sorte de contrôle sur les actes du chef de l'Etat, c'est elle qui, en Chine, tient lieu du système compliqué de division des pouvoirs par lequel les Occidentaux s'efforcent d'éviter la violation trop grande des droits individuels et la tyrannie des gouvernants. Elle est toute d'ordre moral, car les observations des censeurs ne sont que des avis respectueux que des fils donnent à leur père.

Il ne saurait y avoir, en Chine, aucune sorte d'assemblée élective de représentants, chargée de contrôler ou de partager l'exercice du pouvoir. La souveraineté n'y réside pas dans le peuple, même en puissance; le chef de l'Etat seul la possède par délégation du Ciel, de qui émane toute autorité. Aussi, l'exercice effectif des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, estil concentré, en dernière analyse, dans sa personne souveraine, qui gouverne, assisté de plusieurs grands conseils composés des plus importants personnages de TEmpire.

11 y a d'abord le Grand Conseil qui s'occupe

de tout ce qui concerne, en général, le gouvernement ; il prépare les édits et les ordonnances, préàente et arrête les listes des promotions inandarinales, et décide, sous le contrôle du souverain, des opérations militaires, de la paix ou de la guerre.

Le nombre des membres du Grand Conseil n'est pas nécessairement limité. Ce conseil se compose de Mandchoux de la race conquérante et de Chinois, des présidents des différents ministères et de quelques autres grands fonctionnaires.

Les séances régulières ont lieu de trois à cinq heures du matin. De tout temps, les princes chinois, ont commencé leur journée avec le lever du soleil. Cette coutume remonte aux origines mômes de l'histoire. Le Grand Conseil est le plus haut corps administratif de l'Empire, il était autrefois distinct du Nei-Ko ou Conseil de cabinet, celui-ci se confond aujourd'hui avec lui. C'est un véritable conseil des ministres qui a deux présidents mandchoux et deux chinois, lesquels ont chacun leurs assesseurs, plus deux membres de l'Académie impériale, dont la mission consiste à étudier les décisions à prendre au point de vue de leur effet sur les rites religieux. Le conseil délibère sur le gouvernement et l'administration de TEmpire, il vielle au maintien, dans leurs limites, desdiffér(»nts pouvoirs de l'Etat, il a la haute direction (les grandes cérémonies liturgiques et de tout ce qui concerne les sacrifices, il prépare les documents à faire signer par l'Empereur : édits,

ordonnances, proclamations, règlements, et il transmet aux administrations compétentes les décisions impériales.

On prépare une décision spéciale pour chaque affaire et si une affaire comporte plusieurs décisions, on fait plusieurs cédules. Lorsque TEmpereur est arrivé au Conseil, les lecteurs assistants, après avoir présenté les documents reçus dont rassemblée a pris préalablement connaissance, lisent au souverain le contenu des cédules ; celui-là approuve la décision de la cédule qui lui convient, par un trait de son pinceau au vermillon .

L'Empereur siégeant au Conseil est assis sur un trône ; les lecteurs assistants prennent sur une table une à une les pièces que les diverses administrations présentent ; un ministre, dit Tahiose, note la décision du prince.

Un grand corps de TEtat qui ne fait pas partie de l'administration proprement dite est l'Académie impériale des Han-lin ou forêt des pinceaux. Elle se compose des plus savants docteurs et veille à l'intégrité de la littérature ; ses avis sont très écoutés en haut lieu.

Comme dans toute grande nation civilisée, la direction de chaque grande branche des services publics est réservée à un ministère spécial. Ces ministères, subdivisés comme les nôtres en direction et en bureaux, sont présides par deux personnages ; un Mandchou et un Chinois.

Depuis la dynastie des Tchéou, il y a 3000 ans, on comptait six ministères, qui étaient : le ministère des Rites correspondant à notre mi-

ïiîstère des cultes ; celui des emplois civils, correspondant au ministère de l'intérieur, leg ministères des finances, de la guerre, de la justice, des travaux publics. Au milieu du siècle dernier, les rapports avec les étrangers firent créer le Tsong-li-Ya-menn, ou direction des affaires étrangères. Récemment, on a institué un ministère spécial, le Wai-ou-pou ; en 1885, un office de la marine a été créé également à Tien-Tsin ; il y a donc actuellement en Chine, huit grandes administrations qui accomplissent la même tâche que les ministères de même nom en Occident, et qui, sous la direction des grands conseils, constituent l'administration centrale.

La Chine proprement dite est divisée en dix-huit provinces, et chacune de ces provinces se subdivise en départements de premier et second ordre, et en district de sous-préfectures.

L'administration provinciale, préfectorale et sous- préfectorale est une image^fidèle et réduite de l'administration centrale. On y retrouve les mêmes bureaux, les mêmes services correspondant aux différents ministères. Les fonctionnaires provinciaux de l'ordre le plus élevé sont les Tsong-tou ou vice-rois. Leur autorité s'étend sur deux provinces. Ces personnages dépendent directement de l'Empereur. Ils sont à travers le temps, les successeurs des anciens princes, chefs des royaumes feudataires, et ils ont hérité de ceux-ci d'une grande autonomie de fait dans leur gouvernement.

Cette autonomie est facilitée par la difficulté des communications entre la capitale et les pro-

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vinces éloignées; et aussi par le système administratif lui-inèuie, qui applique les principes du gouvernement paternel aux premiers administrateurs des provinces, comme à l'Empereur lui-même. Cette quasi indépendance de fait n'existe nullement en théorie, et un vice-roi est toujours obligé de se rendre à une convocation du souverain qui l'appelle quelquefois pour h' disgracier, s'il a démérité ou s'il a, à la cour. des ennemis puissants.

Chaque province a son gouverneur, le Fou f ai, <|ui est assisté dans son administration par un trésorier général, un' grand juge criminel et pnr un directeur des études qui, lui, ne dépend pas du gouverneur. Dans la plupart des provinces, il y a aussi un ingénieur des ponts et chaussées, chargé du service des voies de communication et des travaux publics, et enfin, un ti-tou, ou général commandant, sous le gouverneur, les troupes de la province. Chacun de ces fonctionnaires est assisté d'adjoints et dispose naturellement d'un certain personnel. Le personnel des salines se trouve sous l'autorité directe du gouverneur, qui dirige lui-même l'administration de cette importante source de revenus.

A la tête de chaque département se trouve un préfet, qui a sous lui les Tcheu-hien, ou souspréfets, il y a des sous-préfectures indépendantes, sous Tautorité directe d'un gouverneur provincial. Les sous-préfets sont en rapports directs avec le peuple, ce sont les administrateurs réels qui réunissent en leur personne toutes les attributions administratives et judiciai-

res, sauf les attributions de justice criminelle réservées au grand juge provincial.

L'administration de ce vaste empire apparaît avec une hiérarchie ordonnée d'une façon très naturelle. Si le résultat de ses travaux n'est pas meilleur qu'il est depuis longtemps, la faute n'en est pas complètement imputable au système, mais elle l'est, pour la plus grande part, «^ des causes morales qui rendent le mandarin chinois actuel semblable à plus d'un titre aux administrateurs provinciaux de Home, au temps de sa décadence.

Certes, le système administratif n'est pas parfait, mais on doit reconnaître qu'il n'est pas essentiellement mauvais. De tout temps, la science du gouvernement a été poussée très loin en Chine ; Texercice de l'autorité paternelle dans chaque famille, en est une école d'appli(»ation pratique, dont les enseignements sont présents aux yeux de tous les Chinois. Apprendre à gouverner sa famille, disent tous les livres classiques, c'est apprendre à gouverner l'Etat.

Selon toutes les idées chinoises, l'homme qui possède la charge de gouverner les autres doit être versé dans la science des livres. Dans l'antiquité, il en était de même, les (ils des princes féodaux, appelés à détenir les fonctions sacerdotales devaient connaître les caractères d'écriture lesqu(»Is conservai(»nt immuables, avec les traditions rituelles, les principes du gouvernement, dans leurs explications théoriques et dans leurs modes d'application.

Lorsque la féodalité eut été détruite, un corps

de fonctionnaires instruits devint nécessaire, de là, ce que les Européens ont nommé le mandarinat. Tout magistrat doit avoir étudié les Quatre livres philosophiques et les cinq livres sacrés, qui contiennent la source et l'histoire du gouvernement.

Cette étude a été, en Chine, jusqu'à ces dernières années, à peu près la seule qui constituât la substance de l'instruction. Le caractère vénérable des livres où se trouvent les maximes de la sagesse humaine et les pensées de la révélation divine, leur inspiratrice, s'attache même aux signes de l'écriture qui ont en quelque sorte, aux yeux des Chinois, une vertu mystique. Un homme qui se respecte, croirait commettre une mauvaise action s'il employait le papier qui a reçu l'image de la pensée, aux plus vils usages, comme on le fait en Europe.

C'est dans la Chine seule qu'on trouve des fours crématoires spéciaux pour incinérer les vieux manuscrits que des sociétés littéraires font ramasser dans les rues. Ce trait marque la dignité qui s'attache, à tout homme possédant la science des livres. Le lettré est toujours considéré, même s'il n'a aucun grade dans l'administration, et le diplôme de bachelier suffit pour ouvrir, à celui qui l'a conquis, l'accession au Conseil de la sous-préfecture.

Aussi, le désir de tout Chinois est-il d'obtenir un diplôme littéraire ou d'en faire conquérir un à ses fils ou à quelque membre bien doué de sa famille . Les diplômes de bachelier, de licencié

et de docteur peuvent conduire à toutes les charges de l'Etat.

Ce n'est pas qu'il suflfise de les posséder pour remplir de droit une fonction publique ; pour cela, une nomination du souverain, de qui émane toute autorité, est nécessaire. Mais, sans diplôme, on ne peut jamais obtenir une place importante dans l'administration. Quelques commerçants enrichis achètent des diplômes de bachelier, mais cet abus n'est pas assez fçrand pour nuire à la considération dont jouit le diplôme et ceux qui en profitent sont dédaignés par tous les lettrés véritables.

C'est par milliers que les candidats se présentent aux examens, et il y a toujours très peu d'élus. Jusqu'ici, la partie principale des épreuves pour le baccalauréat, consistait en une amplification littéraire, Pa kou ouen tchang, sorte d'exercice particulier que la connaissance de la langue écrite chinoise peut seule permettre de comprendre. Ce travail nécessitait une gymnastique intellectuelle et des connaissances mnémoniques pures de nul profit. Le Ouen-tchang^ qui a fait le désespoir de bien des lettrés, est le produit d'une recherche littéraire décadente, analogue dans l'ordre intellectuel aux efforts des jardiniers chinois pour donner à certains arbustes une forme contournée et bizarre.

Aujourd'hui, sous la poussée occidentale, on abandonne ces vains exercices et Ton réforme les examens en exigeant des connaissances plus pratiques.

Le grade de bachelier ne s'obtient qu'après

trois épreuves heureuses : la première a lieu à la sous-préfecture, la seconde à la préfecture et enfin la dernière devant l'Examinateur provincial. L'examen se passe par écrit. Le droit de subir Texamen marque la plénitude du droit civique des Chinois ; c'est pour cela que les personnes de catégorie vile ne peuvent concourir. L'accession aux examens est refusée aux satellites, aux geôliers, et aux portiers des tribunaux, ainsi, qu'en général, aux valets de pied, aux musiciens, aux palefreniers ; il en est de même pour les fils des révoltés et leurs descendants en ligne directe.

L'empêchement qui frappe les personnes viles, s'étend à leur descendance, mais non pas perpétuellement. Les fils et petits-fils des portiers des tribunaux et des porteurs de chaises, ont le droit de concourir dix ans après que leur ascendant a quitté sa profession. La conception chinoise de l'autorité paternelle permet de comprendre facilement la raison de l'exclusion des fils de serviteurs de tribunaux; le diplômé peut, en effet, devenir magistrat, et il ne saurait convenir que ses parents, de génération supérieure, auquel il doit respect et obéissance, pussent être exposés à recevoir des ordres que les lois de la piété filiale lui interdisent de donner.

Enfin, les arrière-petits-fils des esclaves peuvent participer aux examens, lorsqu'ils sont de la quatrième génération qui suit l'aflFranchissement de leurs ascendants. La vilité de leur sang est (complètement disparue.

Lorsque les examens ont été passés avec succès,

OU bien lorsqu'on est pourvu du brevet acheté dit hien, on est dit : en expectative d'emploi. L'heureux candidat est donc une sorte de fonctionnaire en puissance et déjà le lustre qui en résulte lentoure un peu. Cet état d'attente peut durer fort longtemps, carie bon plaisir des administrations supérieures seuf, appréciant les besoins des services, peut conférer une charge au diplômé. Celui-ci doit donc, s'il ne veut pas s'éterniser dans une expectative sans fin, user des moyens habituels en Extrême-Orient, de gagner la faveur des puissants : prières, sollicitations, recommandations et surtout nombreux et généreux cadeaux sont les plus surs moyens de se faire investir d'une charge dont l'occupation est d'abord soumise à un stage d'un an .

Si, lorsqu'il est en place, le magistrat vient à perdre son père ou sa mère, il doit quitter ses fonctions pendant le temps du deuil, pour pleurer celui qu'il a perdu, et rendre à ses mânes les devoirs prescrits. Théoriquement, ce deuil dure vingt-sept mois pour les Chinois et cent jours pour les Mandchoux ; mais l'Empereur peut en diminuer la durée par ordonnance spéciale, suivant les nécessités du service public.

Excepté les directeurs de l'Instruction publi- [jue, les magistrats chinois ne peuvent exercer leurs fonctions dans la province dont ils sont originaires, et si les circonstances amènent un parent de génération inférieure, à détenir une charge subordonnée à celle de son parent supérieur, l'administration déplace l'inférieur. Celui-ci ne serait pas en ellet assez libre dans

Texercice de sa fonction, en raison des devoini de respect qu'il ne peut jamais abdiquer.

La situation si enviée des mandarins est dépourvue de toute sécurité ; le gouverneur de la province a toute aulorité sur ses subordonnés, et s'il commet à leur égard quelques passedroits, le devoir de piété fîliale dont les magistrats intérieurs sont comptables envers ce pèremère de la province, les empéclient, en fait, de recourir à des autorités plus hautes; leurs plaintes devraient d'ailleurs parvenir en haut lieu par la voie hiérarchique, et seraient alors arrêtées en route ; un rapport sur leur mauvais esprit et peulêtre leur mauvaise administration tiendrait lieu de Texposé de leurs griefs; aussi, toute la préoccupation d'un mandarin est-elle toujours pour assurer quelque stabilité à sa position, de conquérir par le moyen ordinaire extra-administratif, les bonnes grâces de ses chefs hiérarchiques.

Pourtant, sa situation est pécuniairement bien modeste ; les sommes attribuées officiellement aux sous-préfets et aux autres magistrats, comme appointements etfrais de service, sont absolument insuiiisantes.

La seule ressource de l'administrateur local qui réunit en sa personne, toutes les fonctions administratives et qui est notamment le percepteur en chef de Timpot dans son district, consiste à majorer le plus possible les taxes qu'il doit recevoir et à tirer habilement les plus fortes sommes possibles de ses administrés. C'estainsi qu'on estime à environ 70 0/0 le montant des sommes recouvrées sur le peuple qui n'arrive

LK (iol VKKNKMfcINT .M I

jiirnais jusqu'aux caisses du Tii^sor ijupciial. D'nulic [)ai't, une iô<^l<' jus(|u'ici absolue dans l admiuislraLiou cdiiiioisc, est de ne laisser dans Iv iiiènie poste, ses fonctionnaires en place que trois ans.

11 faut donc, que pendant trois années, les produits réels de cette place, soient suffisants pour <jue le magistrat puisse vivre lui-même, payer son nombreux personnel, récupérer les sommes quelquefois considérables qu'il a dû donner à ses chefs pour se faire nommer et pour n'être pas inquiété, et de plus arrondir sa fortune personnelle ; de là, Tavidité extrême des mandarins, de là, leurs exactions bien connues et tolérées par le haut personnel dont on achète le concours par des présents. Le vice de l'administration chinoise, c'est la corruption érigée en système, là est la cause capitale de la faiblesse actuelle du gouvernement chinois. Los réformateurs qui ont surgi en ces dernières années et qui avaient réussi à gagner la confiance du prince, s'en rendaient compte. Aussi, leur passage au pouvoir a-t-il été marqué par une série d'édits dans lesquels TEmpereur déplorait la corruption administrative et ordonnait la création de contrôles destinés à la faire cesser. Une pareille réforme, dont le côté moral échappait à ceux qui la rêvaient, était au-dessus des forces du gouvernement, aux prises avec les diffî<*ultés multiples d'ordre extérieur devant lesquelh^s la Chine se trouve depuis plusieurs années. D'ailleurs, le parti des réformes radicales (|ui était animé d'un si beau zèle pour l'épuration des pratiques

aiiministratives, a été vaincu dans la luUe d'influences des divers groupements d'intérels que Ton retrouve toujours dans reutonrage des monarques absolus; ses membres les plus importants ont été, ou livrés au bourreau, ou |>rofondement disgraciés. D'autre part, le parti des réformateurs modérés, dont les idées dominent aujourd'hui, tient, parhabileté politique, à ménager le parti conservateur des vieux errements. encore très puissant, et ainsi, Tadministralion chinoise se trouve encore rongée par le cancer qui anémie toutes les forces de l'Empire.

En somme, l'imperfection de l'administration chinoise provient de deux causes principales: d'abord de la fausseté de certains principes de gouvernement, qui font aux magistrats une situation précaire et qui les oblige, |)our pouvoir remplir leur charge, à commettre des exactions et des malversations; en second lieu, la concentration de tous les pouvoirs administratifs dans les mains d'un seul personnage qui facilite la mise en œuvre de ce système d'exaction et de corruption.

Le magistrat local, investi d'une autorité presque absolue, perçoit les impôts à peu près selon son bon plaisir, sans autre frein que la faiblesse des moyens de coercition dont il dispose et les résistances du peuple ou des puissantes associations corporatives ou familiales. D'autre part, le contrôle des dépenses est des plus imparfaits 'et la vénalité trouve encore à cet égard, largement son compte.

C'est ])ourquoi, toute la réforme du gouverna-

ment chinois dépendra en grande partie, dans Pavenir, de la réforme du système financier de l'Empire. La Gliine n'échappe pas à la loi commune. Pour elle comme pour toutes les autres nations, un bon système financier est la condition indispensable du développement économique et le seul moyen de pouvoir trouver les ressources nécessaires pour entretenir les armées, sauvegarde de l'indépendance nationale. L'expérience de ces dernières années l'a surabondamment démontré aux hommes d'Etat chinois.

L'organisation financière de la Chine d'aujourd'hui est comme tout le reste, des plus archaïques. Elle n'est pourtant pas dans son ensemble dépourvue d'une certaine harmonie.

Les sommes nécessaires au fonctionnement des services publics sont demandées à des impôts directs et indirects, au produit de l'exploitation des salines, à des redevances sur les mines, aux droits des douane.

Tout impôt impérial a le caractère d'un tribut payé au véritable propriétaire du sol : l'Empereur; le contribuable est désigné sous le qualificatif de tributaire. Aussi, il ne peut être question d'aucun consentement du peuple pour l'établissement du budget. Gomment des fils qui doivent obéissance absolue à leur père pourraientils, sans impiété, lui imposer leur volonté?

Le principal impôt est le foncier, basé sur un cadastre revisé en 1855, et dont les registres sont conservés dans les bureaux de la sous-préfecture. Le montant de cet impôt a été fixé en 1712, sous le règne de l'Empereur Kang-hij qui a

fait à son peuple la solennelle et imprudente promesse que ni lui, ni ses successeurs, ne Taugmenteraient quel que fût l'accroissement ultérieur de la population. Cet impôt est réparti inégalement entre les provinces ; pour quelques contrées, il a même été rendu très lourd comme châtiment des révoltes qui y avaient éclaté.

En principe, tout territoire doit le tribut, mais les édifices publics, le temple, les tombeaux des hommes illustres, et les champs dont le produit estafifecté aux sacrifices publics, eu sont exempts. Les terrains des cimetières, des orphelinats et des établissements de bienfaisance ne sont exemptés que par décision impériale, sollicitée par le magistrat local, mais leurs immeubles productifs de revenus paient le tribut. Quelques terres jouissent également d'un privilège d^exemption dont on ne connaît plus la cause et qui demeure, en raison de Fesprit traditionnel qui caractérise les Chinois . L'impôt se paie soit en nature soit en argent après une proclamation du sous-préfet qui correspond à la publication des rôles des contributions directes françaises.

Le tribut en riz décortiqué est très important : il sert à la nourriture des fonctionnaires et des troupes et il est proportionnel à la fécondité du sol. On perçoit généralement en plus de chaque hectolitre un milier de sapèques pour les frais de perception. Dans certaines régions, l'impôt en nature est converti en argent et alors les souspréfets achètent du riz et Tenvoient à Péking, s'il y a lieu.

Pour éviter de trop grands abus dans le recouvrement de cet impôt, on envoie de la capitale dans les provinces des étalons de mesures de capacité qui servent à évaluer le riz du tribut, car les mesures de toutes espèces varient de province en province.

L'impôt est recouvré par les agents municipaux qui touchent une gratification des contribuables pour leur peine ; les collecteurs remettent aux imposés, les quittances qui leur ont été confiées par le chef de bureau des finances, à fin de recouvrement. La détention de ces quittances est de la plus haute importance, puisqu'elle suffit à établir le droit de propriété d'une terre à défaut des titres mêmes de la propriété.

Le non payement de Timpôt donne lieu à des châtiments corporels; si le contribuable possède un grade littéraire, il est dégradé. D'autre part, si la disette a sévi dans le district, le magistrat exempte ses administrés du paiement du tribut, et reporte la créance sur les années suivantes; dans bien des cas, une ordonnance impériale fait remise totale du montant de la contribution foncière. A l'occasion de certains faits astronomiques, comme la coïncidence de plusieurs éclipses dans un temps rapproché, le souverain qui voit dans ces signes un indice du mécontentement céleste, et dès lors se croit coupable de négligence dans son gouvernement, peut faire remise de la totalité de l'impôt à tout l'empire.

Le fait s'est produit en 1795. Comme les services publics ne sauraient être privés de ressources, on divise alors l'Empire en trois ou

LE PEUPLE CHmOIS

cinq grandes sections que Ton dispense tour à tour du paiement de l'impôt pendant une année.

L'impôt foncier, quelle que soit sa nature, estun impôt de répartition qui est théoriquement également réparti selon le nombre des contribuables et de leurs biens immobiliers dans chaque province. Chaque chef de famille est assujetti, sou? les peines ordinaires, à une déclaration du nombre de ceux qui se trouvent sous son autorité.

Les impôts indirects sont des taxes qui frappent les animaux domestiques, comme les bœufs et les ânes, les boissons fermentées et les produits qui servent à les faire, il y a aussi des droits sur Tindigo, sur les canaux, des droits de placage dans les marchés publics, des droits sur certaines industries, comme celles de l'acier.

Certaines de ces taxes sont perçues en addition à rimpôt territorial. En résumé, d'après les documents chinois, les principaux impôts, directs et indirects, se décomposent en impôt foncier, en impôt personnel, en impôt dit :

réparti également entre tous, qui constitue le rachat des (*oWées que le peuple fournissait autrefois pour les services publics et en impôt de même nature remplaçant spécialement les corvées destinées au transport des dépêches ; en fermage des terres des bannières. Cet impôt, primitivement afifecté à récompenser les militaires tartares de l'armée conquérante, sert à Tentretien des maisons d'éducation ; en impôt sur les marchandises, et en droits de passage sur les canaux; en tributs que paient les peuples aborigènes de certaines régions frontières.

faut ajouter au produit de ces taxes et trî- , celui des douanes intérieures qui étaient encore, un grand obstacle au commerce et n traité avec l'Angleterre a fait abolir le ptembre 1902 ; celui des douanes maritimes inistrées par des Européens, et enfin le uit du monopole de la vente du sel. Dans lication de système fiscal, Tadministration Dise se fait remarquer, comme toujours, par rt qu'elle sait mettre entre la théorie irée par des principes de justice, et la que qui les oublie si facilement. Cette ob- [ition s'applique tout particulièrement au uvrement des divers impôts, exception faite louanes maritimes dont la direction est conaux Occidentaux.

s dépenses publiques se subdivisent en de culte, entretien des tombeaux, des tem-

impériaux, en dépenses des sacrifices, en ations pour les banquets publics dans les ges, restes des antiques repas sacrés, en ides pour Tentretien des agents subalternes, ' les examens des licenciés, en solde et enen de Tarmée et du matériel de guerre et a marine, frais du service des postes et riers, en secours aux pauvres et aux étalements de bienfaisance, en allocation pour retien des voies de communication et des Li factures impériales ; en un mot, comme en

pays organisé, le budget des dépenses îspond à l'exécution nécessaire des services différents ministères, ïs dépenses sont ordonnancées parles gran-

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des autorités provinciales qui doivent faire connattre à Péking leur reste en caisse, quand tous les services sont assurés. Le ministère des finances leur prescrit alors l'afifeclation du solde.

Au point de vue moral, le service de la dépense comme celui de la recette, est sujet à des abus de même ordre. En fait, les vice-rois et gouverneurs jouissent d'une véritable autonomie et pourvu qu'ils envoient à la cour les sommes nécessaires à l'entretien de celle-ci et aux dépenses qui se soldent à la capitale, ils sont à peu près libres d'administrer à leur guise.

Il en résulte un désordre extrême dans l'administration financière de l'Empire. Un bon système financier, des impôts si légers fussentils bien répartis et bien perçus sur une population de plus de quatre cents millions d'hommes ne pourraient manquer de produire des ressources suffisantes pour le développement intérieur et extérieur de la Chine à tous les points de vue ; l'application des principes d'une bonne comptabilité publique avec de sérieux contrôles serait avant tout nécessaire pour empêcher les malversations et les exactions devenues pratiques courantes.

Mais l'administration chinoise actuelle est-elle capable de se réformer toute seule ? Question délicate, à laquelle on n'est que trop porté à répondre par la négative. Toujours est-il que les vices de l'administration financière de la Chine, vices qui tiennent bien plutôt aux hommes qu'aux systèmes, ont obligé le gouverneineiit chinois, à s'engager dans la voie des del-

les nationales. Les événements des dernières années, Vy ont enfoncé davantage, et par là même, l'intrusion des puissances occidentales dont les sujets sont préteurs d'argent, devient un fait nécessaire.

La dette actuelle de la Chine, gagée presque entièrement sur les douanes maritimes, s'élève à environ trois milliards pour lesquels on paie un intérêt qui varie de 4 à 7 pour cent. Cette dette, pour laquelle la Chine est obligée de se mettre sous la tutelle des puissances, peut être pour elle, une cause de relèvement, parce que, pour faire face à ses engagements, elle va être portée à se créer des ressources, à modifier son système fiscal, à développer son industrie, en un mot, à tirer parti des richesses de son sol et d(^s capacités de travail de son immense population.

Cette tâche sera très difficile et très longue : (»lle pourrait, avec le concours des puissances d'Europe, se réaliser en grande partie. Mais le roté moral de la réforme est le plus délicat et il échappe aux changements d'organisation administrative.

En somme, malgré les vices et les abus d'une société, à certains égards, en décadence, le gouvernement chinois et l'administration, reposent sur des principes qui, pour être fort différents de ceux qui inspirent les sociétés occidentales, ont permis une longue durée et une grande unité aux peuples qui y ont été attachés.

Ce gouvernement, n'est, dans son essence, que le gouvernement patriarcal des pre-

mîers âges. Par suite, il confère un pouvoir absolu, tempéré par les prescriptions religieuses, par la nécessité d'observer les rites, formules symboliques et sacramentelles de la religion ; mais pour le prince, père-mère de son peuple, le royaume n'est pas une propriété dont il peut jouir à sa guise, le Ciel lui a donné le mandat de le gouverner selon la justice, le souverain sera châtié par les calamités naturelles, expression de la colère céleste, s'il manque à son devoir.

Pouvoir de droit divin tel que les monarchies Font autrefois connu partout, le gouvernement chinois domine surtout par la force des croyances, le peuple, qui est animé d'un grand respect, fruit d'une éducation patriarcale peut-être cinquante fois séculaire.

Le caractère sacré de l'Empereur se communique aux magistrats qui administrent en son nom, provinces et districts, et qui comme lui, sont investis du caractère sacerdotal.

Sans doute, la pleine conscience de ce système gouvernemental n'est pas toujours présente à l'esprit même de ceux qui le mettent en pratique. Sans doute, les croyances religieuses fondamentales se sont affaiblies et mélangées d'éléments hétérogènes, mais le culte de la tradition et du passé qui règne en maître dans toute âme chinoise, en a maintenu Pessence jusqu'à notre époque.

Cette conception d'un pouvoir qui réunit dans les mêmes personnes, le sacerdoce et l'autorité politique, n'a pas permis à la liberté telle que

ous la voyons en Occident, de naître dans le )yaume du Milieu ; elle sera un grand obstacle la transformation de la Chine qui ne pourra se ire complète que lorsque Tâme chinoise elleême, aura été modifiée sur ce point comme ir les autres.

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