‹ Le peuple chinois: ses mœurs & ses institutionsChapitre 13 sur 25 · TV · texte numérisé non relu

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ancestrales, les luths et tous les instruments de musique qui soutenaient le chant des hymnes.

Quand le prince partait en guerre, il consacrait ainsi son char et ses armes.

Si un homme voulait s'engager d'une façon solennelle, il prononçait son serment devant ses ancêtres avec lesquels il partageait le repas du sacrifice et il se faisait sur le corps une onction avec le sang de Tanimal immolé. Bien entendu, pour l'accomplissement de tous ces actes, on revêtait un costume spécial.

Tout, dans la cité, était donc comme imprégné par un sentiment religieux profond dont les manifestations symboliques enveloppaient jusqu'aux choses les plus vulgaires. Princes et sujets se sentaient, à tous les instants de leur vie, en la présence de dieux exigeants et tyranniques, pour le service desquels il ne fallait négliger aucun rite.

Mais, si par un effort de leur imagination, les hommes vivant dans des villes y voyaient partout des génies et des dieux, ils n'en perdaient pas pour cela la mémoire de ceux qui avaient concouru à la fondation et au développement de la cité ! Ils croyaient que les mânes de ses fondateurs et de leurs descendants veillaient sur elle. Leur culte ne pouvait être oublié! Les saints, les ministres et les sages qui avaient rendu de grands services publics devenaient des ancêtres de la cité ; leurs esprits, qui avaient été si utiles au peuple, continuaient à le protéger et à l'éclairer. C'eût été une impiété que de ne pas leur ofiFrir les oblations et les sacrifices

nécessaires à tous les mânes. Hommes publics, ils avaient droit à un culte public (1) .

La cité chinoise' de Tantiquité apparaît donc comme un vaste temple dans lequel, les fidèles sont continuellement occupés à la célébration des fêtes cultuelles et à l'accomplissement des cérémonies liturgiques. En cela, elle ne diffère pas des premières cités de l'Occident, dont les poètes grecs ont chanté la naissance.

Son chef est avant tout, un chef religieux el son autorité est, pour cette raison, absolue ; on ne peut faire aucun mouvement, aucun acte un peu important sans sa permission ; on n'a point la liberté d'aller et de venir, d'acheter et de vendre, de faire des transactions sans entraves tout y est réglementé, les travaux et le prix des objets.

Toutefois, il ne paraît pas que le régime économique y fût le communisme absolu, et qu'on mît en tîommun le produit des cultures de chaque famille pour le partager entre tous. Au surplus, voici le tableau imagé que nous fait des anciennes cités chinoises Tchou-fou-Tzeu lui-même, dont la science était si étendue.

« Les marchés, dit-il, n'étaient pas semblables à ceux d'aujourd'hui, où les familles peuvent commercer librement et qui sont des emplacements passagers dans les voies publiques. On fixait à ceux qui faisaient le commerce un lieu déterminé. 11 n'y avait pas, comme main-

(1) Il en est toujours de même. En 19(ï4, l'Impératrice vient d'ordonner la construction de temples a la mémoire des hommes d'Etat méritanik.

tenant, lorsqu'on fait des affaires, de peuple allant à sa guise et confondant ses habitations.

Bien mieux, les six sections de Test et de Touest étaient réservées, pour qu'ils Thabitassent, aux gens du peuple des six districts intérieurs et des six districts extérieurs. S'ils devaient exécuter les travaux du labourage, ils sortaient et habitaient alors des cabanes dans les champs. Quand les travaux agricoles étaient terminés, ils rentraient dans leurs demeures.

Les règlements de la dynastie des T'ang (620-907 P. C.) imitèrent un peu ce système, mais ils furent raisonnables. Dans les villes, il y avait plusieurs quartiers ; chaque quartier était entouré d'une enceinte murée comme la ville du Fils du Ciel. Un quartier avait en tout une porte pour entrer et sortir. Il y avait six rues, A toutes les portes de la ville et au coin des quartiers, il y avait un corps de garde militaire. Un officier y veillait. iVu coucher du soleil, les portes étaient fermées ; à la deuxième heure de la cinquième veille (quatre heures du matin), on battait le tambour dans toutes les rues ; les portes des marchés s'ouvraient. Il n'y avait pas de lieux où pussent séjourner les femmes de mauvaise vie et les voleurs ; car, dans l'intérieur des quartiers, c'était le peuple qui y demeurait. S'il venait des hommes au visage étranger, ils étaient tous facilement connaissables.

Lorsqu'on assassina le premier ministre Ou- Yuen-Heng, en dehors de la porte de la rue de la Paix, on avait vu clairement qu'Yuen-Heng était entré à la Gour ; lorsqu'il sortit de la rue

de la Paix, un groupe de quatre meurtriers rassaillit dans Tombre. U est ici visible qu'on ne pou\ait entrer librement par les portes des quartiers, puisque ce ne fut que dans la grande rue mandarine qu'on Tassassina.

En ce temps là, les établissements étaient bien placés ; sur les côtés de la rue mandarine, il n'y avait pas de marchands ambulants, vaguant ça et là en désordre, les mauvaises herbes s'y mélangeaient aux immondices ; c'est pourquoi le livre des vers dit : « J'habite au sud de la petite « rue et mon fils au nord, il est odieux que si « voisins que nous sommes,- je ne voie pas, un « jour sur dix, son visage ». On sait également (par là) que soit pour sortir, soit pour entrer dans un quartier, on ne pouvait aller et venir librement » (1).

Ce tableau si précis et si complet de l'auteur chinois nous montre bien une ville où tout est réglementé et où n'existe aucune liberté puisqu'un père lui-même, retenu par l'autorité publique dans sa demeure, ne peut voir son enfant quand il lui convient. Sans doute, le pinceau qui fait cette description est moderne, il n'est vieux que de neuf siècles, mais il se réfère à l'antique livre des Vers, contemporain de l'état social qu'il révèle.

L'esprit chinois, tel qu'il est manifesté par les monuments littéraires de la Chine, rend raison de cette organisation qui paraît si despotique. La préoccupation constante des législateurs était toujours de faire régner la morale

(1) Tchou-hi (œuyres). Saite de la citation faite page 223.

par la contrainte extérieure, sans négliger pour cela son enseignement.

Une réglementation minutieuse leur paraissait être le meilleur moyen d'assurer le bon ordre dans la cité, et le prince qui avait charge d'âmes, comme un'père, n'était-il pas plus qualifié et plus capable que quiconque pour prescrire le mode de vie, le meilleur, en vue du bien public ?

Selon tous les enseignements des vieux livres, le prince doit vivre pour son peuple ; il est même responsable de ses fautes ; aussi, lorsque des malheurs accablaient ses sujets, se livrait-il à des pénitences publiques pour apaiser les dieux irrités.

Il conservait religieusement la tradition des rites antiques dont les formules avaient le pouvoir de mettre en mouvement les mânes et les génies. Tout l'I-li est rempli des prescriptions minutieuses attestant le souci de ceux qui avaient charge de l'autorité de rien négliger pour que les actes cultuels pussent s'accomplir sans aucune impureté.

Le caractère sacerdotal des princes était, en effet, essentiel; c'était à lui qu'ils devaient de voir leur autorité acceptée, respectée et obéie. Ils régnaient sur la cité comme le prêtre gouverne, dans son temple, un peuple de fidèles, et c'est là ce qui a donné aux antiques cités chinoises, lorsqu'on les voit dans le lointain des siècles, cette apparence de vastes monastères, où tous les actes de la vie sont soumis à la sévère discipline des règles monacales.

Pendant une longue période de sa longue histoire, le peuple chinois a vécu sous ces lois qui nous sembleraient insupportables ; il s'est courbé sans révolte sous Tautorité de ses princes, parce que cette autorité avait pour lui le caractère éminemment respectable des choses sacrées.

Avec le temps, la société a évolué ; toute la Chine a été rassemblée sous une seule autorité, TEmpire s'est constitué, mais le caractère de l'autorité publique n'a guère changé ; c'est pour cela que, en Chine, la cité moderne diffère si peu, dans son esprit et dans sa forme, de la cité antique.

Aujourd'hui, les villes chinoises, chef-lieu de district, ont toujours le même aspect et la même disposition qu'elles avaient jadis, leur plan est toujours rectangulaire. Leur mur d'enceinte est encore percé de quatre portes, dont la principale est orientée au sud. Sans doute, quelquefois la nécessité, a fait ajouter de petites portes supplémentaires à côté des grandes ; mais cellesci seules conservent le caractère rituel. Ne correspondent-elles pas aux quatre portes du temple ? La ville est toujours divisée en quartiers murés, munis de portes, et ces portes, comme celles de la ville, sont fermées tous les soirs (1), les veilleurs parcourent les murs de l'enceinte en annonçant les veilles, et en frappant sur un

(1) Un missionnaire qui a séjourné de longues années dans l'intérieur du Seu-tchouen nous disait qu'il était obligé de demander, le 25 décembre, au mandarin local, de vouloir bien laisser les portes des quartiers ouvertes, afin que les chrétiens, ses fidèles, pussent aller à la messe de minuit.

gong pour éloigner à la fois les voleurs et les esprits mauvais.

Dans cette ville, se trouve le palais préfectoral ou Ya-menn, résidence publique de celui qui gouverne la population.

Cette résidence, qui tient aujourd'hui la place des palais des chefs féodaux, est bâtie sur le même plan rituel rectangulaire, elle est également orientée au sud, ce qu'un dicton bien connu ne manque pas de constater (1).

Comme la maison familiale, le Ya-menn a son avant-cour, au fond de laquelle est une seconde entrée composée d'une porte principale flanquée à droite et à gauche de deux autres plus petites.

Sur les côtés de ces cours sont situés les différents bureaux administratifs, la maison d'arrêt et la prison qui tiennent la place des habitations du personnel domestique dans le plan de la maison.

Au fond de la deuxième cour est la grande salle principale, le ta-fang^ dont le nom signifie : grand temple. Cette salle où le magistrat siégera, est en effet bâtie au même endroit central que le sanctuaire du temple domestique, et il porte toujours le même nom.

Par derrière, la pièce qui correspond au Cheu chinois et au tablinum des romains est réservée à l'application de la question aux accusés ; et enfin, la dernière partie de l'enceinte est occupée par les appartements personnels du manda-

(l) Ce dicton est le suivant « Aussi vrai q[ue l'entrée du yamenn est orientée au sud, si tu as le bon droit pour toi et si tu n'as pas d'argent, garde-toi d'entrer ».

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dont les mânes veillent sur la destinée. Ce patron est institué canoniquement par TEmpereur lui-même, qui consacre de son autorité pontificale suprême les usages religieux populaires. Ce patron, un homme célèbre par de rares vertus et par le souvenir de ses grands services, esta la fois l'esprit protecteur de la ville et du district tout entier. C'est le 24'* jour de la septième lune que le Tcheu-thien, ou sous-préfet, doit lui offrir le sacrifice dans le temple qui lui est réservé.

Une fois par an, également, il sacrifiera aux génies tutélaires de la patrie et du sol et une fois par mois au génie des champs et au génie des grains : Héou-Tsi. Ce dernier dit la légende, naquit sans douleur d^une vierge qui avait marché dans l'empreinte des pas du Seigneur. Déposé par sa mère dans un étroit sentier, il fut nourri par les vaches et les chèvres et réchauffé par les oiseaux du ciel qui étendaient leurs ailes sur son petit corps transi. Devenu grand, il découvrit et cultiva le millet et le sorgho en vue d'accomplir les sacrifices qu'il inaugura, et c'est pour cela qu'il est le génie de l'agriculture.

Le magistrat local doit aussi faire annuellement le sacrifice aux dieux du vent, des nuages, de la pluie, du tonnerre, des montagnes et des fleuves.

Assisté du premier fonctionnaire de l'Instruction publique, qui lui est subordonné et qui remplit à la fois les fonctions de recteur de l'université (?) et de grand vicaire, il rend le culte à Confucius ; les étudiants se joignent à ces deux

honneur analogue ; il en est de même pour les hommes sages qui n'ont point occupé de charges publiques, mais dont la vie privée a été embaumée par le parfum des vertus ; on en trouve à peu près dans tous les districts.

Enfin, il est une catégorie de mânes que Ton n'oublie point : ce sont ceux des fiancées qui après avoir perdu leur fiancé, sont restées chastes et ne se sont point mariées, ceux des vierges qui ont souffert la mort plutôt que subir les derniers outrages, et ceux des veuves qui ont renoncé à un second mariage.

Le sacrifice qu'on leur accorde est d'ailleurs bien léger. Le premier jour de chaque mois, le mandarin doit,après s'être prosterné devant leurs tablettes, faire monter vers leurs esprits la fumée odorante de trois baguettes d'encens.

Le magistrat, chef de la cité, accomplit-il avec exactitude tous les devoirs de sa charge pontificale ? Il serait téméraire de l'affirmer ; souvent il délègue à d'autres son pouvoir ; mais il est certains cultes dont il doit accomplir en personne les cérémonies essentielles ; ainsi, le culte mensuel aux génies de l'Empire que l'on considère également comme un hommage rendu, au nom de tout le peuple du district, à l'Empereur luimême, n'est jamais délégué sans danger pour le magistrat oublieux de son devoir, aussi, il l'accomplit toujours en personne.

Ce caractère sacerdotal du magistrat d'aujourd'hui, fait de lui un personnage dont le pouvoir n'a, en théorie, pour ainsi dire pas de limites. Il est le père de la cité. Son qualificatif est, ainsi

que celui de l'Empereur qu'il représente « /bwmou » père-mère du peuple. C'est dire qu'il dispose, dans toute sa plénitude, de l'autorité paternelle sur tous les régnicoles qui se trouvent dans l'étendue de sa juridiction.

Cette autorité n'a de bornes que par en haut, mais de ce côté, les bornes sont étroites, car le magistrat ne tient son pouvoir, que du chef suprême de la nation qui concentre en lui-même toute dignité et toute puissance. Le mandarin, est toujours à la merci de ses chefs hiérarchiques ; sur un rapport malveillant, il peut être facilement destitué. Cela l'oblige à entretenir, par de nombreux présents, la bienveillance de ses supérieurs ; le Chinois ne conçoit pas la division de l'autorité, ni celle de son exercice dans la famille. Là, le père est tout : prêtre et magistrat, son pouvoir sacerdotal implique le droit de commandement, et en même temps, le droit de juger et de punir les infractions à ce commandement.

Il ne saurait en être autrement, de celui qui est le père de tout le peuple de la sous-préfecture. En lui sont concentrés tous les pouvoirs : il est à la fois, prêtre, administrateur et juge. Il dirige toute l'administration locale, y compris l'administration militaire, et c'est lui qui est le représentant de la justice paternelle. Toutes les fonctions qui, en Europe, sont partout réparties entre plusieurs agents, sont dans ses mains ; il est préfet, juge, trésorier, percepteur d'impôts et payeur des dépenses.

Toutefois, malgré l'étendue de ses pouvoirs, son caractère de magistrat de l'ordre judiciaire

n'est pas absolu et il ne peut l'être en effet, le droit de Haute justice, étant une attribution essentielle de l'Etat. Aussi, en matière criminelle, dans les cas susceptibles d'entraîner une condamnation à mort, il ne joue que le rôle de juge d'instruction, il procède aux interrogatoires, et en dresse des procès-verbaux qu'il transmet au grand juge criminel de la province.

En dehors de ce cas, il juge et administre sous son entière responsabilité ; et il le fait quelquefois avec une grande rigueur.

Il doit faire appliquer les lois à la lettre, mais cette prescription des codes chinois n'est guère susceptible de passer dans la pratique; aussi, en fait, le mandarin est-il un petit potentat absolu . 11 peut même, en cas de nécessité urgente, pour réprimer le brigandage, appliquer la peine de mort, quitte à en référer.

Lorsque le magistrat est soucieux de ses devoirs, les populations ne se plaignent pas de l'étendue de son autorité, au contraire. Plus il est sévère, plus il fait avec facilité sauter la tête des voleurs de grand chemin et des brigands, plus la population l'apprécie. Il sera parfait, si, dans la perception de l'impôt, il ne commet pas de trop criantes exactions, et lorsque viendra l'heure de son changement, les populations attristées iront en pompe lui porter leurs regrets. Le pouvoir redoutable dont il est investi, est d'ailleurs nécessaire, car le mandarin ne dispose que de peu de forces matérielles ; il n'arriverait pas à faire régner la paix dans son territoire, s'il ne pouvait agir avec

vigueur et sans les retards que tout contrôle comporte presque toujours.

De même que le chef de famille est assisté d'un conseil dont les avis respectueux tempèrent Tautorité, de même le magistrat local est entouré du conseil des bacheliers. Sans doute, ce conseil n'est que consultatif, mais il exerce une influence appréciable et si le mandarin était trop mauvais administrateur, si les populations ne pouvaient plus supporter sa tyrannie ou ses exactions ; c'est de ce conseil que partirait la dénonciation à l'autorité supérieure.

Le Conseil des bacheliers tient lieu, en quelque sorte, de nos assemblées départementales dont il n'a d'ailleurs que l'autorité morale.

Dans son gouvernement du district, le Tcheuhien^ ou sous-préfet, est secondé par plusieurs fonctionnaires ; si la sous-préfecture est importante, il a un adjoint, le Hien-tcheu nommé par le Ministère des emplois et personnellement responsable de ses actes ; c'est un mandarin du 8® rang qui porte comme insigne distinctif le globule doré sur son chapeau de cérémonie.

Le KiaO'iu, ou directeur de l'Instruction publique, surveille les écoles, vérifie les certificats d'origine qui permettent l'accès aux examens, arrête la liste des candidats de son district : précepteur et tuteur officiel des bacheliers qu'il rassemble périodiquement dans sa maison pour leur faire des lectures de morale, il est également ainsi qu'ion Ta vu, un des mitiistres du culte de Confucius. Ce personnage est.

dans les sous-préfectures importantes secondé par un adjoint le Shiun tao.

Le Siun Kien est le chef delà police judiciaire sous les ordres du sous-préfet : le Tcheu hien.

Il remplit les fonctions d'un commissaire de police, commence l'instruction des crimes et des délits, inspecte les villages. On lui reconnaît le droit de pénétrer dans les maisons des particuliers lorsqu'il a une enquête à faire. Il juge luimême les petites contraventions et inflige des bastonnades qu'administre un de ses satellites : ceux-ci au nombre d'une quinzaine environ, constituent ses agents de police .

Il y a aussi un chef de la police administrative le Tien Seu qui remplit les fonctions d'assesseur du sous-préfet dans les districts de sous-préfecture ne possédant pas ces fonctionnaires.

C'est lui qui transmet les messages de son chef et veille à leur exécution, surtout en ce qui concerne les impôts ; il parcourt les villages, inspecte les tombeaux, préside à l'arpentage des champs. Il remplit également des fonctions judiciaires par délégation du sous-Préfet et connaît des petits; procès, comme nos juges de paix.

« Ces trois ou cinq fonctionnaires constituent le haut personnel administratif de la sous-préfecture. Ce sont d'ordinaire des mandarins du 8* et 9* rang qui portent tous le globule d'or.

Au-dessous, se trouve le personnel desbureaux administratit s, lesquels bureaux correspondent très exactement aux six ministères qui depuis une haute antiquité constituent l'administration centrale de l'Empire. Ce sont les bureaux des ofïî-

ces, des finances, des rites, le bureau militaire, celui de la justice et celui des travaux publics, dont chacun est dirigé par un greffier qui achète sa charge. Ce fonctionnaire change de poste lorsqu'un nouveau sous-préfet est nommé, ce qui arrive tous les trois ans .

Bien que ces greffiers n'aient point de grades littéraires ils sont d'ordinaire très versés dans la connaissance des lois ; dans leur bureau, leur autorité s'exerce sur deux ou trois lettrés qu'ils ont comme employés à leur solde .

Le moyen personnel d'une sous-préfecture se compose donc environ d'une vingtaine de personnes.

Chaque Ya-menn possède un personnel inférieur qui comprend les courriers chargés de porter les ordres du sous-préfet sur les différents points de son territoire ; le garde du sceau qui assiste les greffiers lorsque tous les cinq ou six jours, ceux-ci, en présence du Tche-hien ou de son assesseur, apposent sur les documents le cachet public; les receveurs des demandes d'audiences, charges qui s'achètent; les huissiers qui veillent au bon ordre intérieur, au nombre de trois ou quatre; l'Inspecteur du grenier public, vieille fonction qui est une sinécure; les officiers de paix, sorte de sergents de ville dont les attributions consistent à maintenir l'ordre sur les voies publiques, à faire exécuter les règlements sur la police des théâtres et à surveiller les femmes publiques ; les officiers de justice, c'est-à-dire les bourreaux qui appliquent la bastonnade, la question ou la torture; entière-

ment vêtus de noir, ils accompagnent, dans ce costume lugubre, le magistrat suprême du district lors de ses déplacements, témoignant par leur présence même de l'étendue de son autorité, enfin les quatre ou cinq geôliers de la prison terminent la nomenclature des agents inférieurs du Ya-menn.

Pour faire régner Tordre dans le peuple, pour garantir la sûreté générale, le sous-préfet dispose d'une forceîpublique, [sorte de garde locale.

Cette garde est commandée par un capitaine ou un lieutenant, selon l'importance de la souspréfecture ; elle se compose, en théorie, d'environ trois cents hommes, d'une quarantaine de caporaux, de six sergents et de trois âous-lieutenants .

Cette garde est payée fort mal par le souspréfet, aussi, les membres de cette gendarmerie exercent-ils d'ordinaire divers petits métiers. La discipline est très médiocre. On peut en dire autant de la bravoure. Il n'est pas rare de voir les gendarmes s'entendre avec les voleurs qu'ils ont mission de poursuivre. Le costume de cette troupe est des plus sommaires, il consiste en une casaque sur laquelle est cousu un caractère insigne de leur fonction ; l'armement vaut le reste. Comme il ne conviendrait pas que l'élément militaire ait aucune initiative, on ne peut faire prendre les armes à ces quelques « braves « pourtant bien pacifiques, que sur une réquisition du sous-préfet.

Telle est la force armée avec laquelle le chef d'un district doit assurer la tranquillité publique

de plus de trois cent mille personnes, quantité moyenne des habitants d'une sous-préfecture qui s'étend sur un territoire d'environ trois mille kilomètres carrés (1).

Ce n'est pas suffisant pour lui permettre de faire respecter les lois, lorsque les populations sont difficiles à gouverner ; il doit alors ruser avec elles et employer poilr les faire tenir en paix les mille moyens que lui suggère la fertilité de son esprit. Mais, en général, le peuple est docile, très respectueux de l'autorité, et il sait fort bien apprécier les bons magistrats. Si le sous-préfet administre un district où se trouvent des régions d'accès difficiles, infectées par des bandits bien organisés et bien armés, il n'a guère d'autre ressource que de traiter avec eux. La faiblesse des moyens dont il dispose, atténue les inconvénients, à l'égard de ses administrés, des pouvoirs si étendus dont il est le détenteur, et ainsi, cette autorité du mandarin qui apparaît de loin comme si despotique, est en fait réduite à fort peu de chose, dès que le peuple ne montre plus sa docilité habituelle.

Un mauvais système administratif oblige presque les mandarins à pratiquer la vénalité et conséquemment à exploiter le peuple. Le sort de celui-ci serait insupportable, si le pouvoir matériel de coercition du magistrat, était aussi grand que leur pouvoir moral.

(1) Ces chiffres ne sont que des moyennes forcément très éloignées de la réalité, l'étendue des districts est loin d'être égale partout ; en certaines provinces, il y a d'immenses régions désertes et sauvages, sur d'autres points du territoire, la population y est d^ine extrême densité.

Fort heureusement pour les pacifiques, et dociles populations chinoises, il n'en est rien.

Tel est le magistrat chinois d'aujourd'hui, le chef de la cité moderne : fonctionnaire nommé par le prince, il ressemble encore pourtant beaucoup aux anciens seigneurs de l'antiquité, dont il a conservé tous les caractères essentiels, sauf le caractère héréditaire.

Comme eux, il gouverne en maître la cité dont il est l'administrateur, le juge et le prêtre et il est ainsi le vivant témoin de l'extension des croyances primitives des Chinois.

Ceux-ci, issus de familles patriarcales, ne concevaient le pouvoir que sons la forme de l'autorité paternelle, il leur fallait un chef local qui fût un chef de famille, un descendant des ancêtres.

Quand l'accroissement de la population, les révolutions politiques et les guerres intestines eurent rendu impossible cette transmission du pouvoir, l'âme chinoise ne renonça pas à sa conception de l'autorité, la fiction religieuse vint à son secours, elle conféra au magistrat, nommé par le chef de la nation, le caractère sacré qui justifie l'obéissance et commande le respect.

En cela, se résume toute l'histoire de l'évolution des cités chinoises.

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