FAR JE2«EL
Ce Dieu y est considéré comme un ancêtre mystique du prince lui-même.
Son nom eslChang-Ti^ Seigneur d'en haut, et c'est TEmpereur qui a la charge de son culte ; ce culte est le principal dans l'Empire. Sans doute, le souverain vénère aussi les six vénéra blés (1).
Celui-ci domine tous les esprits et les génies, tous les dieux ou demi-dieux comme l'Empereur domine les rois et les princes.
Aussi bien, le culte de ce Dieu suprême étaitill'apanage jalousement conservé du souverain lui-même.
Daos toute l'histoire chinoise, on voit les princes qui s'emparent du pouvoir suprême, prendre le pontificat qui le consacrait.
La guerre qu'ils se faisaient entre eux était légitimée par la colère ^céleste et le ciel montrait, pa.r la victoire qu'il accordait, où se trouvait celui qui devait assumer la tâche et Thonneur de gouverner les peuples et d'offrir les grands sacrifices.
L'historien Seu-ma-tsien (160 avant J.-C), décrit la bataille célèbre du roi Ou qui vainquit l'empereur Tcheou ; il montre le vainqueur attribuant la victoire au Ciel lui-même, puis il lait
(1) Les commentateurs Chinois des vieux livres ne sont pas d'accord pour identifier ces six vénérables que l'on trouve dans le Ghou-kiDg. Chacun en donne une explication selon les idées et les croyances de son temps, les uns attribuent ce qualificatif aux saisons, à la sécheresse, au chaud, au froid, les autres aux astres. On peut croire également qu'il s'agit des six ancêtres du prince, ainsi que peut le faire supposer le rite du sacrifice au ciel et à l'esprit des montagnes et des fleuves, mais aucun de ces cultes n'a l'importance du culte du Gbang-ti, l'esprit suprême du ciel.
l'empire — LE CULTE IMPERIAL 279
un tableau expressif de la cérémonie religieuse qui eut lieu après le combat.
« Le lendemain, dit-il, il fit déblayer la route et réparer Fautel du dieu de la terre (1), ainsi que le palais de Tcheou, de la dynastie Chang.
Lorsque le moment fut venu, cent hommes portaient les étendards han pour faire faire place devant lui. Le frère cadet du roi 0«, le fils puîné Tchen-to présentait avec ordre le char de cérémonie, le duc Tcheou-Tan avait en main la grande hache ; le duc de Pi avait en main la petite hache ; ils se tenaient ainsi aux côtés du roi. San-I-Cheng,'T'ai-Tien et IIong-Yao tenaient tous des épées; ils faisaient ainsi une garde au roi Ou. Puis ils entrèrent et se tinrent debout au sud de Tautel du Dieu de la terre. Tous ceux des grands bataillons, à droite et à gauche, le suivaient. Mao-Tcheng, le puîné, offrait Teau pure, K'ang^ le puîné, prince de Wei, avait Tenveloppe de toile et la natte ; le duc de Ghao-Che, avait la seconde étoffe, le Chang-Che-fou conduisait la victime. Yn-I tira les sorts et prononça la prière en ces termes :
(c Le dernier descendant des Yn, Tcheou, le « plus jeune de tous, détruisait et perdait la « brillante vertu des anciens rois; il méprisait « et négligeait le Dieu du Ciel et les dieux du a sol, il ne faisait pas les sacrifices; dans sa « stupidité, il était cruel pour le peuple du « royaume de Chang, que cela soit clairement et
(1) Le dieu ou génie de la terre est la divinité secondaire (^ui préside aux châtiments.
« manifestement entendu par le Souverain Cé- « leste, Empereur d'en haut.
« Alors le roi Ou se prosterna deux fois et « baissa la tête jusqu'à terre. Le prieur dit : « Il « faut changer le grand mandat, dégrader les « Yn et recevoir le glorieux mandat du Ciel ». « Le roi Ou se prosterna derechef deux fois et « baissa la tête jusqu'à terre et sortit )i (1).
Le grand mandat, c'est la puissance que le Ciel confère au souverain pour gouverner les peuples, selon Tordre et la justice. Si les princes ne remplissent pas avec vertu leurs obligations et surtout s'ils n'accomplissent pas la première de toutes : l'hommage et le sacrifice au principe des choses : le Ciel, ih deviennent indignes de conserver le pouvoir.
D'autre part, eux seuls ont qualité pour communiquer directement avec le Ciel ; de même que, dans la famille, le père seul peut valablement communiquer avec les ancêtres, prononcer les formules sacramentelles qui ont la puissance de rendre les oblations agréables et de faire descendre les mânes, de même, dans l'Empire, l'Empereur seul peut valablement adresser la prière et offrir le sacrifice au Ciel.
Le souverain est donc le Pontife suprême de la nation tout entière, aucun autre que lui n'a le droit de communiquer avec le grand Dieu, qui domine tout, qui embrasse tout, avec l'esprit du Ciel, le suprême Seigneur.
(1) Les mémoires historiques de Se-ma-ts'ien, traduits et annotés par Edouard Chavannes, professeur au Collège de France. Tome I, paçe 235. Paris, Leroux 1895.
l'empire — LE CULTE IMPERIAL 281
Depuis la fondation de l'Empire, il en est ainsi, et aujourd'hui, le code réserve encore ses châtiments à ceux qui oseraient empiéter sur cette suprême prérogative.
Car le caractère du souverain n'a point changé avec les siècles. Comme au temps de Yao et de Chœnn, TEmpereur est toujours, avant tout, le personnage investi du grand sacerdoce, il est Tauguste : Hoang-Chang. On l'appelle aussi le Fils du Ciel : T'ien-tzeu.
Il est en quelque sorte une incarnation par descendance de la divinité suprême, comme le fils est l'incarnation de son père. Cette conception est toute mystique, car l'Empereur a ses ancêtres humains auxquels il doit rendre aussi un culte, mais c'est là un culte personnel imposé à tous les hommes.
Il n'est Pontifex maximus qu'en tant que chef de la nation et non parce qu'il tient le pouvoir de ses pères; d'autant que l'obligation de la vertu afférente au souverain pontificat, fait que le pouvoir n'est pas nécessairement héréditaire. Depuis les origines de l'histoire chinoise, c'est le pouvoir, indépendamment de la personne de celui qui: l'exerce, qui est de droit divin.
Et c'est là ce qui explique que l'obéissance du peuple est toujours acquise à l'Empereur, quelle que soit son origine, quelle que soit même sa race.
Mongol ou Tartare, vainqueur des Chinois pur sang, il n'en sera pas moins considéré comme Fils du Ciel, s'il remplit la principale obligation de la charge impériale : le Pontificat |
FABJENEL. 8'"
è82 LE PEUPLE CHINOIS
s'il offre régulièrement les sacrifices pour toute la nation au Ciel, à la terre et aux génies qui animent le monde, si, dès lors, il écarte les maux que la colère céleste pourrait envoyer au peuple et appelle sur celui-ci les bienfaits d'en haut, on lui obéira.
Sans doute, les partisans d'une dynastie déchue conserveront quelque temps la fidélité à leur ancien souverain ou à sa famille, mais la foule du peuple ne verra bientôt dans le prince que le chef nécessaire et légitime de l'Etat.
La dynastie actuelle, qui est de race Tartare, peut avoir dans les régions du Sud, quelques adversaires parmi les lettrés attachés de souvenir à la dynastie chinoise des Ming, détrônée depuis 1644 ; mais pour les masses innombrables du peuple qui ne s'inquiètent guère des choses de la politique et ne demandent qu'à vivre sans trop de misère, l'empereur actuel est bien le pontife, le Fils du Ciel, sorte de demi-divinité, qui commande légitimement à toutes les familles du royaume (1).
Fils du Ciel, l'Empereur est par excellence le fou-mou, c'est-à-dire le père et la mère du peuple tout entier ; si les magistrats possèdent le même qualificatif ; c'est qu'ils tiennent de lui la délégation qui leur confère, avec la dignité sacerdotale, le droit de commandement.
Il est rhomme qui relie le ciel à la terre, comme le père relie les ancêtres défunts à toute
(1) Kouo-Kia, familles du royaume, telle est l'expression populaire qui répond au mot peuple pris en notre langue dans son sens général.
l'empire — LE CULTE IMPERIAL 283
la lignée des vivants. Son caractère essentiel est donc toujours le caractère religieux.
C'est dans ce caractère que se trouve Texplication de son pouvoir politique, de sa dignité suréminente et aussi de tous les actes de sa vie.
Tous ses mouvements, comme ceux des empereurs antiques, sont déterminés par les rites ; il est toujours le prêtre dans son temple soumis aux obligations du cérémonial.
La demeure qui abrite sa personne sacrée a, en effet, elle aussi le caractère religieux. L^esprit qui a présidé à la construction du palais est le même que celui qui fit, dans les temps anciens, édifier toute la maison autour de V atrium.
Mais, si le luxe et le faste ont recouvert la simplicité primitive dont nous parle T(^hou-hi, le savant commentateur, ils n'en ont point fait modifier l'ordonnance générale, toujours réglée par les vieux rites.
Aujourd'hui, le palais impérial est si vaste qu'il porte le nom de Ville : tcheng, il a en eff'et 1006 mètres, du nord au sud, et 786 mètres de l'ost à l'ouest (1), et son orientation est la même que celle de la maison actuelle. C'est-à-dire que l'entrée en est placée au sud, qu'on y accède par les deux cours séparées par des portes pour arriver au Tai ho t'ien la salle principale qui est le véritable tang à\i palais.
(1] Conf. Péking, histoire et description, par Mgr. Alphonse Favier, vicaire apostolique de Péking. page 275, Desclée et de Brower et Cie, Lille.
Les murailles sont percées de quatre portes.
Après avoir traversé la porte du sud, on rencontre une seconde porte, T^a^' ho menn^ donnant accès dans une cour iQagnifique où se trouve le grand palais, Tai ho tien : c'est la salle du trône, la première salle de réception. C'est là que sont reçus les ambassadeurs ; l'Empereur s'y rend le jour de sa naissance et le jour de Tan, pour s'offrir aux prosternations et aux vœux des princes et des grands. Aucune salle du palais n'approche de celle-ci pour sa magnificence.
Vient ensuite le Tchoung ho tien^ salle de cérémonie, de la généalogie impériale ou sont présentés à l'Empereur les instruments d'agriculture, les grains, les échantillons des récoltes » (1).
Ces salles, ou plutôt ces pavillons, constituent la partie principale des édifices contenus dans la vaste enceinte ou se trouvent, nécessairement aussi, les bâtiments occupés par les appartements privés du souverain et par le service de la Cour.
Le palais de l'Empereur de Chine est donc aujourd'hui encore, bâti sur le même plan que les palais des anciens princes, lesquels n'étaient qu'un développement des bâtiments autour de V Atrium Central, et ce palais est également identique à celui des rois grecs de l'âge homérique (2).
Si le palais de l'Empereur a toujours un carac-
(1) Ibid., page 277.
(?) Conf. la reconstitution du palais grec de Tâge homérique d'après V Odyssée, Plan et perspective par Gh, Gbipiex. Perrotet
l'empire — LE CULTE IMPERIAL 285
tère sacré en raison de la présence du Pontife suprême de la nation chinoise, celui-ci dispose de temples spéciaux pour y accomplir les nombreuses cérémonies liturgiques qui constituent les occupations les plus importantes de sa charge souveraine.
Le premier de tous en dignité est le temple du Ciel. Ce temple se compose en réalité de trois pavillons si vastes et si magnifiquss qu'on pourrait prendre chacun d'eux pour un temple spécial ; ces pavillons abritent trois autels. Le tout est situé dans un parc boisé entouré d'un mur d'enceinte] de 5750 mètres et placé au sudest de Péking, comme le temple familial qui se trouve toujours au sud-est dans l'enceinte de la maison.
Dans le pavillon situé le plus au sud, se trouve le plus vaste autel, consistant en une plate-forme en marbre blanc, cette plate-forme est circulaire, de là son nom Yuen-Kiou : monticule rond ; elle a trois étages placés pyramidalement. On accède à chaque étage par quatre escaliers de neuf degrés placés aux quatre points cardinaux.
C'est sur la plate-forme supérieure que ce célèbre le premier de tous les sacrifices, le sacrifice au suprême Seigneur, qui a lieu tous les ans au solstice d'hiver.
C'est là, du côté nord, qu'on place une tente sous laquelle l'Esprit suprême est censé descendre pour agréer les oblations, les prières et
Chipiez. Histoire de l'art dans l'antiquité. Vol. 7, p. 30 et suivantes. Paris, Hachette 1899.
Conf. également, le plan du palais de Mycènes. vol. 6, p. 448, çt celui dç l'acropole de T^rinthe, page 266^ 2^0-28^^,
le sacrifice ; de chaque côté de la plate-formé, sont également disposées des tentes au nombre de six. Ce sont celles des six Tcheng : des Saints qui accompagnent le Chang-Ti ou suprême Seigneur. Sur la deuxième plate-forme, formée par la galerie de pourtour entre le deuxième et le troisième soubassement, plus bas, par conséquent, comme pour marquer leur dépendance, se trouvent les quatre tentes, deux de chaque côté, destinées aux suivants du Chaiig'Ti, Ces suivants sont : l®à Test^la lumière diurne ; 2° à Touest, la lumière nocture ; 3® à Test, les vingt-huit constellations zodiacales, les cinq planètes, les sept étoiles de la grande Ourse ; 4<* le maître du tonnerre, celui du vent, celui de la pluie, celui des nuages et celui de tous les astres.
Dans Tangle sud de Tenceinte circulaire qui entoure l'autel du Ciel, est un grand fourneau de briques émaillées qui sert à rôtir la chair des victimes et à brûler tout ce que Ton offre au Chang'Tij d'autres grils sont disposés pour consumer les offrandes à ses suivants.
Ainsi donc, on trouve concentré sur cet autel même tout ce que le culte chinois a de plus universel, le culte des forces de la nature physique, celui des astres et enfin celui du suprême Seigneur, réservé à l'Empereur seul.
Les deux autres autels entourés chacun de leur enceinte particulière et flanqués également de bâtiments accessoires, où se trouvent les
(1) Il importe de remarquer que le caractère TsoDg suivant, signifie également : qui tire son origine de :
L^EMPinfe — tE cùLtE IMPÉRIAL 287;
abattoirs pour les victimes et les magasins d'ustensiles sacrés, sont plus petits et tous deux situés au nord du premier.
Sur le deuxième autel on sacrifie au Ciel, considéré en tant qu'espace sidéral ; du reste cet autel se nomme Tautel de l'Auguste vide ; sur le troisième on demandé la pluie qui féconde les récoltes, enfin dans la dernière partie de l'enceinte du Ciel se trouve le palais, où l'Empereur se prépare, dans le silence et dans le recueillement aux trois grands sacrifices annuels.
Les jours qui précèdent le sacrifice du solstice d'hiver, l'Empereur et les principaux dignitaires se sont purifiés par le jeune et par l'abstinence ; lorsque le jour est arrivé, c'est l'Empereur, ici le souverain pontife, qui accomplit les actes liturgiques identiques sur bien des points à ceux que le père, pontife domestique,, fait dans son temple privé.
Les grands personnages tiennent la place des membres de la famille. Comme dans le sacrifilce domestiqueil.se subdivise en descente des esprits célestes en offertoire, mais la communion sous les deux espèces n'a plus lieu aujourd'hui comme elle avait lieu dans l'antiquité.
Autrefois, la communion était beaucoup plus fréquente puisque tous les repas avaient le caractère sacré. On raconte même que Confucius abandonna le service du prince de Lou, dont il était conseiller parce que celui-ci s^oubliant avec des musiciennes que lui avait envoyées son voisin le prince de ïsi pour le corrompre, négligea pendant trois jours devenir àTaudience. Les
28â tE PÊllPtË CHINOIS
mets consacrés ne purent être distribuées aux grands du royaume, et Gonfucius qui estimait sans doute, cet aliment mystique nécessaire au soutien de sa vertu quitta le royaume de Lou.
Malgré Tabsence de communion dans le grand sacrifice au Ciel, où la totalité des victimes est offerte en holocauste au Seigneur Ghang-Ti, les rites de la cérémonie sont toujours très minutieux et très compliqués. Pour s'en faire une idée très exacte il suffît de comparer cette cérémonie à la messe pontificale, célébrée en grand apparat par les évoques catholiques lors des grandes fêtes.
On y voit également, et dans la même disposition et dans le . même ordre quant à la place des personnes, les assistants, diacre et sousdiacre, les acolytes, les thuriféraires et les cérémoniaires.
Gomme Tofficiant catholique, TEmpereur offre l'encens que lui présente à cet effet le thuriféraire pendant toute la cérémonie, telle qu'elle est décrite dans toutes les éditions du rituel inclus dans le Ta-tsing hoei t'ien^ les rites se déroulentpresque identiques quant àl'ensemble des actes liturgiques. Les différences que l'on remarque portent seulement sur les détails et sur ce que, auculle du suprême Seigneur,se trouvent associés, les cultes secondaires des génies ou demi-dieux qui animent les astres et les forces naturelles, auxquels ont lait également des offrandes toujours inférieures en nombre et en qualité à celles que l'on présente au suprême Seigneur.
L*EMPIUE — LE CULTE IMPÉlUAL 289
C'est dans les sacrifices impériaux que Ton peut seulement immoler de jeunes taureaux, parce que l'offrande de cette victime de choix est réservée auGhang-Ti, souventqualifié dans les rituels : Auguste et Céleste, Seigneur Suprême.
L'importante cérémonie du solstice d'hiver est exposée ainsi que les autres avec la minutieuse précision ordinaire aux rituels chinois, dans la collection des règlements de la dynastie actuelle, le Ta-tsing Hoéi Tien(l).
On trouve dans cet ouvrage des plans et des élévations perspectives des autels et des temples ; la place des personnages figurant dans les cérémonies y est marquée ; il en est de même de la disposition des vases, des ustensiles sacrés et des offrandes.
On peut y constater l'identité remarquable du sacrifice chinois et du sacrifice romain. Ce n'est pas l'officiant qui égorge la victime. Il y a des victimaires chargés de ce soin, et l'on ne présente les chairs sur l'autel que lorsqu'elles ont été préparées et cuites.
Les parties de choix sont les poumons, le foie et les viscères.
Dans le sacrifice chinois, on verse sur la tête de la victime, avant de la tuer, la coupe de Vimmolatio^ on lui ôte quelques poils sur le devant de la tête, on les jette ensuite dans le brasier pour qu'ils brûlent avec les chairs (2).
(1) n en a été fait une réimpression en la 19* année de Koang- Siu, l'Empereur actuel. La cérémonie dont il s'agit figure dans le 37*. K'iuen. C'est également au même endroit qu'elle se trouve dans une édition antérieure d'un siècle que nous ayons compulsée.
(2) L'étendue de cet ouvrage ne nous permet pas de donner plus
FA&JENEL 9
Cette idée du sacrifice tient une place considérable dans la religion chinoise. Racheter les fautes de l'homme par des dons volontaires, est ridée capitale, autour de laquelle évoluent toutes les croyances religieuses.
Plus celui auquel on veut plaire est élevé en dignité et en puissance, plus les objets qui lui sont offerts doivent être précieux ; les objets inanimés, comme le jade et la soie, ont demandé à rhomme beaucoup de travail, on les présentera donc dans les oblations, mais, ce qui a en soi le principe de vie, est plus précieux encore ; aussi les victimes sanglantes sont-elles d'un degré supérieur; parmi celles-ci le taureau, symbole de la force de la vie, est une victime de choix. C'est donc celui-ci qui constituera la meilleure des offrandes.
Cette idée vieille comme Thumanité telle que nous la montre l'histoire, règne encore aujourd'hui dans le monde chinois. L'Empereur peut seul présider aux holocaustes des taureaux, parce qu'il jouit toujours, comme aux temps antiques, du privilège d'offrir seul le sacrifice au Seigneur du ciel.
Que les autres hommes, princes et chefs des familles, sacrifient aux génies secondaires et à leurs ancêtres, aux dieux locaux et aux mânes familiaux ; le grand sacrifice, l'offrande du tau-
de détails sur les rites du sacrifice. On aura une idée très exacte des difiérentes façons dont on éprouve, prépare et tue les victimes dans le sacrifice chinois, en lisant simplement les pages 204 et suivantes du : Manuel des antiquités romaines^ de Mommsen et Marquarhrt, traduction Henri. Tout ce que nous avons pu comparer à cet égard du rite chinois et du rite romain est identique.
L*EMPmK — LE CULTE IMPERIAL 291
reau sera exclusivement réservé au souverain qui, ainsi, jouira à l'exclusion de tout autre, du bénéfice de l'entretien mystique avec la divinité suprême qui communique à son prêtre la suprême puissance.
Cette idée que l'on trouve dans toutes les sociétés antiques, de l'Occident et de l'Asie occidentale, fait de l'Empereur de Chine le personnage sacré, le grand prêtre du Très Haut que tout les autres hommes ne doivent approcher que le front dans la poussière.
Quelle est donc la source de cette dignité suréminente ? Quel est donc ce principe suprême qui communique sa majesté au chef de l'Etal.
Depuis le temps où furent écrits les vieux livres, les connaissances philosophiques des Chinois ont progressé, et nous pouvons apprendre d'eux ridée que les maîtres de la pensée se sont faite de ce Chang-Ti, ou Suprême Seigneur, dont parlent si souvent les textes antiques.
Ils nous montrent l'univers animé par un principe infini, éternel et spirituel qui est le principe des principes et la forme des formes. Ce principe qui est la voie éternelle où tout vit, où tout se meut, est souverainement intelligent; l'intelligence humaine elle-même n'est qu'une participation, un reflet de son intelligence infinie.
Déjà, il y a vingt-cinq siècles, le philosophe Lao-tzeu avait, dans quelques chapitres composés de courtes phrases en style lapidaire, posé les principes de toute la métaphysique chinoise. La pansée moderne, éveillée surtout par les pen-
seurs de la dynastie des Song au xi® siècle de notre ère a donné, aux conceptions et aux formules de Lao-tzeu, tout le développement dont celles-ci étaient susceptibles (1).
Pour eux, cette âme infinie et éternelle est une personne consciente, on lui donne le nom de Ti^ Seigneur ; elle est semblable à Tâme de l'homme, mais elle possède la perfection. On lui donne plusieurs noms lorsqu'on la considère dans sa personnalité. On l'appelle Ghang-Ti, Seigneur; on rappelle aussi Tieriy Ciel.
Usant d'une comparaison, le philosophe Tchou- Tzeu dit : <( Le mot homme est semblable au mot Ciel, le mot âme est semblable au mot Seigneur » (2).
On ne peut se méprendre sur le sens exact de ce mot : Ciel^ car le même auteur avait déjà fait la remarque suivante ; après avoir convenu que le principe formel communiqué par le ciel à tous les êtres pour leur donner la vie est d'essence immatérielle ; il ajoute : « Seulement les hommes d'aujourd'hui disent que le mot ciel n'est pas le nom de la voûte bleue, si Ton se réfère à cette manière de voir, on ne peut non plus rejeter cette substance bleue » (3).
C'est que Tchou-tzeu, Tinspirateur de la philosophie moderne, est un panthéiste ; il conçoit parfaitement l'esprit infini, mais il ne conçoit pas cet esprit séparé de la matière.
(1] Gonf. La Métaphyêique chinoise^ par Fernand Far jenel, journal asiatique, juillet-août, 1902, Paris. Leroux.
(2) Œuvres complètes de Tchou-Hi, nouveau fonds Ghinoii, qo 3545, bibliothèque nationale K'iuen, 49 pa&re 23, recto.
(3) Ibid. K'iuen, 42, page 12 et V.
l'empire — LE CULTE IMPÉRIAL 293
Ce sont là subtilités réservées aux hommes habitués aux spéculations intellectuelles ; les autres ne retiennent de leurs notions sur le premier principe des choses, que son caractère de personnalité ; c'est bien le caractère qui domine dans le culte et que l'on trouve dans les livres sacrés.
Le prince des commentateurs lui-même n'ose ni nier ni affirmer la personnalité divine suprême, en tant que juge des humains. « Quant à dire, dit-il, qu'il y ait dans le ciel une personne qui juge et châtie les fautes et les crimes, on ne le peut avec certitude ; mais dire qu'il n'y a personne qui gouverne, on ne' le peut pas davantage ; sur ce point, il faudrait que Ton pût voir » (1).
Le culte ne tient nul compte de cette opinion positiviste. Pour l'Empereur qui en est le Pontife, le Chang'Ti^ quelle que soit, d'ailleurs, son essence, est un grand dieu qui envoie aux humains, châtiments et bienfaits, et c'est pour cela qu'on essaie de lui plaire par les [oblations et les sacrifices, par les humbles prières et toutes les marques de la plus complète adoration pour sa majesté sacrée.
Il résulte de tout ceci que le culte au Ciel ou au Chang'Tiy suprême Seigneur, que rend le souverain pour toute la nation, se rapproche beaucoup, et dans sa forme et dans son esprit, de celui que lui rendent les déistes dans les religions qui ont comme fondement le dogme de
(1) Ibid., K'iuen 49, page 35» 1*.
Texistence du Dieu éternel, spirituel et créateur.
Tel est le sommet de la religion nationale chinoise ; le culte à Tesprit du Ciel, exprimé dans sa plus haute manifestation par le sacrifice au Chang'Ti^ qui a lieu au solstice d'hiver.
Mais le culte impérial se compose aussi d^actes d'adoration des forces naturelles symbolisées par les dieux et les génies secondaires ; pour cela aussi, l'Empereur remplit les fonctions de souverain pontife.
C'est ainsi qu'il sacrifie également à l'Esprit de la Terre dans un temple situé au nord de la capitale et qu'il va demander de la pluie, en temps de sécheresse, à l'autel du Dragon-Noir et sur certaines montagnes sacrées. Il pontifie également au temple du Premier Agriculteur, à celui de la planète Jupiter, à celui des Esprits du Ciel et de la Terre ; en un mot, c'est en sa personne que se 'concentre l'essence de la floraison touff'ue des cultes aux puissances surnaturelles qui sont cachées, pour les Chinois d'aujourd'hui encore, sous tous les phénomènes naturels.
Comme tous ses sujets, l'Empereur sacrifie également à ses ancêtres personnels.
Son rôle religieux est extrêmement étendu et ses fonctions sacerdotales sont multiples, d'autant que le souverain peut être, en même temps que chef de la principale religion nationale, sectateur du boudhisme, puisque cette religion existe avec les autres.
Mais l'acte le plus important de son Pontificat
l'empire — LE CULTE IMPERIAL 295
est le sacrifice au Ciel, c'est-à-dire au Suprême Seigneur.
C'est, d'ailleurs, ce sacrifice que l'on retrouve à l'origine de l'histoire chinoise ; le culte principal du Chang^Ti et le culte secondaire des astres et des puissances naturelles a existé en Chine, dès le commencement des temps historiques, ainsi que le premier chapitre du Chou^ King en fait foi.
Cette constatation est de la plus haute importance, puisqu'elle permet de constater que, au delà du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, les tribus qui constituaient les Cent Familles, formaient déjà un ensemble cohérent, une nation en possession de son culte public et national, essentiellement le même que celui d'aujourd'hui.