III, 48) K
Cette âme est d'une nature si divine qu'il ne faut jamais désespérer de son salut! « Plus d'une fois, on a vu des « âmes toutes noires de péchés retirées par un cheveu au
« moment d'être f « ». C'est ainsi que le criminel, pendu
ou décapité après une bonne confession, est plus sur d aller au ciel que sa victime, morte à l'improviste 3.
11 n'y a que deux cas absolument désespérés : c'est d'abord l'absence de baptême. Depuis le jour où Christ entra dans le Jourdain, malheur à ceux qui meurent sans bajj tême* ! Mais pire encore est l'excommunication!
La scummunica è uguale ar marfrancese •■,
Ghe tte pénétra Vosse a La sordina,
E tte manna a fà fotte in mon d'un mese.
Bien rares sont ceux qui onl le courage d'en rire6; le
, cf VIj g32 ,., iv, LOI s..r les anges du bien et du mal qui se dispute) la i>;m\ pe âme; ■ m. 325; cf. i. 81.
16; vi, 18.
4 ni, 891. , , . .
,8lphiUg, cette appellation emble remonter , la descente 1
« harles \ [II.
ommuniés meurenl Ions rongés par les vers ', telle est la puissance d'une seule parole prononcée par le pape !
La scummunica inzomma è una parola Ghe ddisce er Papa, e appena [ddio Plia intesa, L'ubbidissee ar momento, e vve conzola Cor cacciavve dar gremmo 2 de la Gchiesa.
Abbasta una scummunica, una sola,
Pe' sbattezzavve 3 ; e gguai chi sse l'è ppresa !
Po vveni Ggesucristo co' la stola
A bbenedillo, bbutta via la spesa.
Domenica er Curato l'ha spiegata,
E ha detto : « Iddio ne guardi, si pprennete
La scummunica nata e mmarinata*.
Un libbro, un c , un scappellotto 5 a un prête,
Un sputo, una scorreggia 6, una pissciata Ve po scummunica cquanno voleté.
Les miracles sont chose assez fréquente à Rome : on y a jes des Madones qui ouvrent les yeux 7, et d'autres qui guéris- miracle*. sent toutes maladies, mais seulement par intermittences8. Une sainte récente, sainte Philomène, manifeste sa joie par des miracles qui ressemblent à des farces9. — On n'a donc aucune raison de douter des récits miraculeux : ni de la multiplication des pains 10, ni du dragon que saint Léon réus-
9 Col cacciarvi dal grembo.
3 Pour vous faire perdre le baptême.
4 SU anathema, Maranatha. I Corinth. XVI, 22.
5 Une taloche.
6 « Scoreggia » signifie en italien : fouet de cuir, chambrière. Notre Romain entend ici l'italien coreggia, fr. pet.
sit à lier avec une ficelle 4, ni du chapon que le béat Alphonse change en poisson °2, ni des oiseaux mis à la broche que le béat Galantino rend à la vie3. On a vu des choses bien plus étonnantes : « Demain on sanctifie à Saint-Pierre « un saint qui fut moine à Saint-Calixte et qui portera le « sceptre sur tous les saints et a fait plus de miracles que (( Jésus- Christ. Entre autres choses, il y a deux cents ans. à (( un aveugle qui mendiait sur le Ponte Sisto, il mit un jour (( une paire d'yeux en verre, et dès lors l'aveugle a vu clair. (( Une femme qui avait perdu la jambe gauche mangea son (( effigie dans un petit pain et aussitôt elle vit repousser sa (( jambe. Il est apparu à une autre femme, dans la cave, et « lui a donné trois numéros pour le loto ; elle joua un « terno » » et gagna une quinte » (II, 331). Gagner une quinte avec trois numéros, on ne saurait demander davantage.
Gcusi er monno se popola de santi :
Er Papa sta in faccenne * : er ziggnor diavolo
Se mozzica la coda 5 ; e sse va avanti.
Ghe ssi a sti tempi manco per inzoggno Nu' ne fa nné ssan Pietro né ssan Pavolo, È sseggno che nun n' ha ppiù de bbisoggno ,;.
(III, i07)i.
Quelques sceptiques pourtant ont l'audace de douter8 et de poser des questions indiscrètes : ainsi lorsqu'on porte à uu malade, comme dernier ivniè<h\ \c liambino de l'Ara
1 n, :n:5. — Sainte Rose prend un éclair dans La main : n, 366. 1 Le pape es! ti-«Ns occupé par lei cérémonie* <i«' Banc tiflcat ion. r' Le diable se mord la queue de dépit.
lafnl Pierre el salut Paul ue fonl plus <i»> miracles, c'est qu'ils d ont plut besoin, leur réputation étant solidement établie, 7 [V, 870.
celi, et qu'une secousse de la voiture fail tomber le Bam-
bino comme une poupée, un passant s'écrie :
Ggesù Bbambino, Lnzomma, fa sto sprego De miracoli *, e llui nun ze tic in piede ! Prima càrita ssincipi tabbègo*.
Un autre s'étonne qu'avec tant de miracles il y ait encore tant de misère : « Comment! il y a à Rome et en cent mille c autres lieux tant de serviteurs de Dieu, tous capables de < taire chaque jour, à dire peu, dix ou vingt miracles... Et i pourquoi ne leur dit-on pas les besoins présents et futurs? « Car, en somme, disons la chose en deux mots : celui qui a u ie pouvoir de rendre la vie aux morts pourrait tout aussi I bien créer un million d'écus » (V, 111).
Les fêtes religieuses sont innombrables ; je ne mention- Les me§ lierai guère que les principales, et celles qui sont célébrées religieuses. par des usages intéressants.
Chiuso appena l'apparto teatrale, Stanotte la Madonna entra in ner mese : E ffra cquinisci ggiorni, pe' le cchiese, Principia la novena de Natale.
E ddoppo, ammalappena se so' intese Le pif ère a ffini la pastorale :i, Riecco le commedie e'r Carnovale :
E accusi sse va avanti a sto paese.
Poi Quaresima : poi Pasqua dell' Ova : E ccom 'è tterminato l'ottavario, Aricomincia la commedia nova.
1 Jésus fait ce luxe de miracles.
8 Prima charitas incipit ab ego. Proverbe populaire.
3 (Je sont les pifferari, joueurs de cornemuse.
Pijja inzomma er libbretto der lunario.
E vvedi Tanno scompartito a pprova
Tra Ppurcinella e Iddio senza divario * .
Le précepte est formel : il faut respecter les fêtes 2 ! Ceux qui voudraient en diminuer le nombre ne sont que d'affreux jacobins. « Les jours de fête sont pour nous autres cochers « ce que la peste est pour les curés (c'est-à-dire une bonne « affaire). — Mais, direz-vous, si l'ouvrier ne gagne pas, s'il « s'habitue à l'oisiveté, comment mangera-t-il ? — Pourquoi « vous faire tant de soucis ? Il n'y a qu'à hausser les tarifs « pour les jours de travail » (V, 357).
J'ouvre la série des cérémonies et prescriptions religieuses par un édit de Carême 3 :
A ppranzo se cconnisce co' lo strutto, Ma la sera perb ssempre coh" ojjo.
Carne de porco mai :
La matina se po pe' ccolazzione
Pijjà un deto de vino e un po' dde pane,
Da nun guastà er diggiuno in concrusione.
Poi disce a li cristiani e a le cristiane D'abbandonà er peccato, e ffà orazzione Sin che nun s'arissciojje le campane 4.
En temps de Carême, on fait à Rome grande consommation de maritozzi, petits pains de forme rhomboïdale el fui de farine, d'huile <ii de sucre, souvent avec ie l'unis ou de« raisins secs. Le jeudi de lu Mi-Carême 1rs gamins s'amusen
1 indifféremment .
•Il, 850 ; m, -".>:: ; i\ . ? I ...
1 a l'occasion du Carnaval, je dirai un mol 'i<%> Cendres (vol. il).
Rome, muettes pendant deux jours, recommencent sonner, boutes s la Pois. i«i matin du Samedi-Saint.
à accrocher aux habits des passants des bandes <l<4 papier. taillées en forme d'échelles (scale); ou bien ils jettent de l'eau en crianl : « acqua » ! !
Le jour de la Saint-Joseph, les marchands de fritures décorent Unir échoppe avec grande pompe el y accrochent des sonnets en l'honneur de saint Joseph et de leurs fritures :
Er friggitore,
Ghe cquest' anno lia er concorzo er più mmaggiore E nnun c' è ffrittellaro che Tarrivi -\
È ppadron Gucchiarella. Oh, ddunque, scrivi Un zonetto pe' llui, tutt' in onore De quer gran zan Giuseppe conf essore, Protettor de li padri putativi.
Nous voici arrivés à la Semaine-Sainte dont chaque jour est un événement. Pendant la semaine entière, les crucifix demeurent voilés 3. Les grandes cérémonies commencent le dimanche des Rameaux ; le pape bénit à Saint-Pierre, en grande pompe, des palmes envoyées de San-Remo, par la famille Bresca, qui reçut ce privilège de Sixte-Quint4; mais pour le petit peuple, les palmes sont le plus souvent des rameaux d'olivier qu'on suspend à la tête du lit ou qu'on met aussi hors de la fenêtre afin de protéger la maison contre la foudre5.
Le Mercredi Saint, on entend à la chapelle Sixtine le pre-
* Il n'y a pas de friggitore qui l'égale. a III, 228.
* L'œuvre de Belli ne renferme pas d'allusion à cette cérémonie, à laquelle je ne m'arrête donc pas davantage; toutes ces descriptions de fêtes n'ont absolument pas la prétention d'être complètes; aux faits fourni- par lielli je n'ajoute que rarement un ou deux détails, pour des raisons de « composition ». On trouvera sans peine en d'autres œuvres la liste détaillée des cérémonies religieuses. En outre je rappelle encore une fuis qu'aujourd'hui les choses ont changé, sur plusieurs points.
h III, 351.
mier Miserere (psaume 57), chanté par les célèbres... chanteurs1. — Le même jour, à l'hospice de la « Trinité-des- « Pèlerins », les membres de la confrérie 2 lavent les pieds aux pèlerins3. Ceux-ci y sont hébergés pendant trois jours, et même, aux soirs les plus solennels de la Semaine-Sainte, ils sont servis à table par les confrères revêtus d'un sac rouge, sous les yeux d'un nombreux public accouru pour admirer tant d'humanité 4!
Le Jeudi-Saint, les cloches se taisent jusqu'au samedi à midi5; et toutes les églises décorent leurs autels, où sont exposées les reliques, de fleurs et de cierges innombrables. C'est ce qu'on appelle les « Sepolcri » qu'on va visiter dès le grand matin.
Che pparadis' in terra ! che sprennore ! Quante cannelé ! e ttutta scera fina.
Pare un inferno ! E tt'assicuro, Nina, Che cce potrebbe stà un Imperatore.
Il est vrai qu'un Romain remarque, et avec raison, que les diverses « fonctions » du Jeudi, du Vendredi et du Samedi ne répondent pas aux récits bibliques : « J'ai toujours ce entendu prêcher que le Seigneur était mort un vendredi, (( et que trois jours après il était ressuscité tout à son aise, ce A présent, je le vois mettre en terre le jeudi et le lende- « main le revoilà sur la croix ! Le samedi de bonne heure, « allons-y gaiement, on enlève aux autels leur déshabillé, « on chante le Gloria et on ne pleure plus! Ce sont là. il me <( semble, tout autant d'hérésies, car ou bien les choses « n'ont pas été comme on le raconte ou bien il faul les faire
îonfrérie des pèlerins est composée de citoyens <i«i toute classe, compte plusieurs cardinaux, princes el autres grands seigneurs. 1 \, 321.
« comme elles ont été » (III, 227). L'Église a sans doute m changé tout cela », comme dil Sganarelle dans le Médecin malgré lui.
Nous avons donc le matin, à Saint-Pierre* la grande bénédiction papale, urbi et orbi, avec les indulgences jetées sur la place1; puis la lavanda : le pape lave les pieds à treize prêtres pèlerins, de treize nations diverses2, représentant les apôtres. — A la chapelle Sixtine, de nouveau un Miserere, de même que dans une des nefs de Saint-Pierre. Le soir, dans les rues, grands attroupements devant les boutiques brillamment éclairées des pizzicagnoli (marchands de comestibles ) : on y voit de vraies montagnes de salé, de saucissons, de fromage, arrangées avec un art architectural, afin de mieux stimuler l'appétit des curieux; des guirlandes d'œufs, multipliées encore par des miroirs, se balancent au vent du soir ; des poissons nagent autour d'oiseaux enfermés dans des cages; sur des lanternes de papier on a peint les mystères de la Passion ; enfin on a modelé dans du beurre diverses figures de l'histoire sacrée ou profane :
Colonne de casciotte % che ssaranno Scento a dcli ppoco, arrèggeno un' arcova Ricamata a ssarcicce, e lli cce stanno Tanti animali d'una forma nova.
Fra ll'antri, in arto, sc'è un Mosè de strutto *,
Cor bastone per aria coin' un sbirro,
In cima a una montaggna de presciutto ;
E ssott' a llui,' pe' stuzzicà la famé,
Se' è un Cristo e una Madonna de bbutirro
Drent' a una bbella grotta de salame.
(in, si),
2 III, 229; IV, 174; V, 320. — Un Romain remarque que les apôtres n'étaient que douze (m, 242); le chiffre 13 s'explique par le fait que sous Grégoire X on trouva un pèlerin de plus ; c'était un ange en voyage.
3 Fromage.
4 Lard.
Vendredi-Saint : Quiconque va adorer les crucifix de sept églises diverses obtient indulgence plénière1. Les autels sont vides. Pour rappeler les bruits et le tremblement de terre qui accompagnèrent la mort du Christ, des gamins parcourent les rues (dès le jeudi déjà) en frappant d'une baguette les portes des maisons et des boutiques et en agitant divers instruments bruyants (tricchettracche e raganelle) en bois, en fer, etc. 2 A quatre heures et demie, à la Sixtine, le troisième et dernier Miserere.
Samedi-Saint : Grande cérémonie à Saint-Jean-de-Latran: on y consacre l'eau, le feu, l'huile, l'encens et les cierges; on y administre les sept sacrements : enfin on y baptise les néophytes, Juifs, Turcs ou païens3. — A la Sixtine, on chante la messe du pape Marcellus, le chef-d'œuvre de Palestrina, et au moment du Gloria toutes les cloches se mettent à sonner. Dans la ville, cet événement est célébré par des feux d'artifice et des détonations d'armes à feu 4. — Pendant la journée, les curés font le tour des maisons de leur paroisse et bénissent chaque chambre; ils sont suivis d'un enfant de chœur portant l'eau bénite dans un seau où chacun jette sa pièce de monnaie5. (Pendant les jours qui précèdent Pâques on a soigneusement brossé, épousseté les parois et les plafonds; seule toilette de l'année!)6
Enfin le beau jour de Pâques ! Le pape lit la messe à Saint-Pierre, puis du haut du loggione, il donne La grande bénédiction urbi et orbi, suivie des indulgences qu'on jette sur la, place, au peuple qui se les dispute7. Ce jour-là a lieu la communion obligatoire dont j'ai déjà parlé, avec le con-
1 il, LOI : III, 825 : V, 242.
i ni.
Ml, 229 : \ , 325 : \ I. 219
trôle des billets pour les « boni cristiani pasqualini »'. — On porte aux malades la cornmunione in fiocchi, c'est-à-dire en grande pompe, sous un baldaquin et au son des cloches2. Pâques esl surtout une fête de famille; on l'appelle Pasqua delV Ova pour la distinguer de Pasquarosa (Pentecôte) et de Pasquabefania (Epiphanie), el parce que, ce jour-là, on mange partout, chez soi et à l'ostérie, dc^ œufs et du salamis que le prêtre a bénits le jour précédent :{. La table est ornée de fleurs et l'on fait un bon dîner en famille.
Ècchesce a Ppasqua, Ggià lo vedi, Nino : La tavola è inliorata sana sana 4 D'erba-santa-maria, menta romana, Sarvia3, perza 6, viole e ttrosmarino 7.
Ggià sso' ppronti dall' antra sittimana Diesci fiaschetti 8 e un bon baril de vino. Ggià, ppe' ggrazzia de Ddio, fuma er cammino Pe' ccelebbrà sta festa a la cristiana.
Gristo è risusscitato ; alegramente !
In sta ggiornata nun z'abbadi.a spesa, E nun ze penzi a gguai un accidente.
Brodetto, ova. salame, zuppa ingresa, Garciofoli, granelli e'r rimanente, Tutto a la grolia de la Santa Gchiesa.
Le soir du lundi de Pâques on allume au château Saint-
4 Tout entière.
5 Sauge.
? Marjolaine.
7 Romarin.
H « Kiaschetto » au sens absolu, s'entend de vin d'Orvieto.
Ange la fameuse Girandole, un feu d'artifice dont la réputation est européenne i.
Dans la nuit qui précède l'Ascension, le Seigneur Jésus- Christ descend sur la terre et bénit les moissons, disant :
« Alô 2, ppassa e ccammina :
L'acqua diventi latte, eppoi farina, Pe' ddiventà ppoi pasta, e ppoi paggnotte » .
Ce soir-là, les gamins fixent sur le dos de certains gros scarabées (bagarozzi) de petites bougies qu'ils allument en chantant : « corri, corri, bagarone, che domani è PAsceiï- « sione » et les pauvres bêtes de courir., brûlées vives. Les familles pieuses allument aussi une petite lampe, hors des fenêtres, afin d'éclairer la descente du Rédempteur3. — Le jour de l'Ascension, à Saint-Jean-de-Latran, grande bénédiction du pape, avec indulgences du haut du loggione *.
La Pentecôte s'appelle donc à Rome Pascuarosa5; les malades reçoivent la « communione in fiocchi » c.
A la Fête-Dieu, grande procession du Corpus Domini, avec étendards et cierges nombreux, et où la confrérie des Vasellai déploie un zèle souvent intempestif7.
Dans la nuit qui précède la Saint-Jean, les sorciers ci sorcières se transforment en bêtes et se rassemblent l\ Saint- Jean-de-Latran ; mais qui porte un brin de jonc au gilet cl un peu d'ail dans ses habits n'a rien à redouter8,
A l'Assomption, quatrième grande bénédiction du haut
• m, 239; v, 326. — De m>> jours La Girandole ;> Lieu le 8 juin, à la ( festa dello statuto ».
s C'est Le français niions.
• il, 251 : Ml, <•., 863 : VI, 121.
du loggione (à Sainte-Marie-Majeure) avec indulgences 1. Pondant la semaine dos Trépassés, la confrérie de la Mort donne des représentations muettes de scènes tirées de la Bible2. On va visiter le cimetière souterrain de la Confrérie, à l'église de Santa-Maria delP Orazionee Morte, à via Giulia; non seulement on y voit des squelettes entiers, mais encore les parois y sont recouvertes d'ornements divers, tous fabriqués avec des ossements humains3. Dans les églises, les vivants vont prier avec plus ou moins de ferveur :
Oggi se dà ccomincio ail' ottavario De li poveri morti ; e ddite puro Ghe ttra ppredica, moccoli, e rrosario, Se vota er purgatorio de sicuro.
Se sa, a le donne, lli mmezz' a lo scuro, Quarche ppizzico * ar culo è nnescessario. Quarche smaneggio 5 tra la porta e'r muro Serve a li vivi pe' un tantin de svario 6.
• Un homme de bon sens trouve qu'on fait décidément trop pour les morts : « En ce pays, toutes les pensées et toutes « les charités chrétiennes sont pour les morts; à peine a meurt- il un chien que tout se met en mouvement : cer- (( cueils, et cierges, et encens, et aspersions, et offices, et « musique, et cloches, et messes, et catafalques, et pource boires, et indulgences, et épitaphes, et cimetières ! Pour « les vivants cependant, pauvres diables : la gabelle, la « guillotine, les passeports, la manoreggia 7, les galères et
2 I, 188; VI, 89, note 1.
3 I, 188; II, 234, 235. VI, 89, note 1.
4 Pincée.
5 Intrigue, manège.
6 Variété, divertissement.
7 Voir le chap. V, paragraphe des finances.
« les chevalets *. Et pourtant, après tout, les vivants, bons « ou mauvais, sont quelque chose déplus que les morts; « quand ce ne serait que le fait d'être vivants » (IV, 308)1
Particulièrement respectée par les femmes est l'Immaculée- Gonception (8 décembre) 2 ; elles ont de même un faible pour les « Quarantore », exposition périodique, pendant quarante heures de suite, de la sainte Eucharistie, tour à tour pendant l'année dans les diverses églises de Rome3.
Noël s'annonce longtemps à l'avance déjà, dès le 25 novembre, par des signes certains : « D'aujourd'hui en huit, à (( sainte Catherine (25 novembre), on mettra les paillassons (( devant les portes, on enlèvera des lits les couvertures (( légères et l'on fera du feu dans les chambres. Le temps « qu'il fera ce matin-là sera précisément le temps de Noël. « Que dit ce petit menteur d'almanach? Gelée blanche? Eh (( bien, tu verras aussi la gelée blanche à Noël. Déjà les piffe- « rari descendent de la montagne aux Maremmes avec leurs ce manteaux courts que j'aime tant ! Quelles belles chansons! « Chaque berger les chanta telles quelles, à Bethléem, dece vant la crèche de Jésus » (I, 194). — Ces pifferari sont des paysans des Abruzzes qui viennent, généralement par groupes de trois, vêtus d'un costume pittoresque, passer les dernières semaines de l'année à Rome; l'un joue du fifre, l'autre de la cornemuse et le troisième chante des chansons inintelligibles.
E a mmé mme pare che mm zii noveni Si Mini zento sonà li piferarfc
< îo' cquel' annata de cantasilena K
< Ihe sserve, bbenemio ! so' ttroppi cari.
1 Voir le chap. V, paragraphe du bourreau el des châtiments
" vi, 180.
1 il. L25; i\ . 322; VI, il.
r\ thme de cantilêne.
Quann' è er giorno de santa ( îatarina, ( Jhe li risento, i<> ciarinasco ar monno : Me pare a aimé <l<lii diventà rreggina.
Sur la place Saint-Eustache s'élèvent un peu avant Noël
de nombreuses baraques en bois (casotti) où l'on vend, jusqu'à Noël, de grossières figurines en terre cuite, peintes en couleurs vives et ornées de papier doré, représentant les divers personnages bibliques : la Vierge, saint Joseph, les rois mages à pied ou à cheval; devant ces trésors d'un sou j'ai vu briller des yeux d'enfants, d'une envie et d'une joie ({ne je n'oublierai jamais.
L'avant-veille de Noël a lieu le cottivo, ou grande vente de poisson, où vendeurs et acheteurs s'époumonnent à l'envi, dans une scène de genre bien romaine 2. La veille de Noël enfin, on ne manque pas d'envoyer à quelque monseigneur ou cardinal une petite preuve de dévouement.
Mo 3 entra una cassetta de torrone,
Mo entra un barilozzo de caviale,
Mo er porco, mo er pollastro, mo er cappone,
E mino er fiasco de vino padronale.
Poi entra er gallinaccio, poi Tabbacchio,
L'oliva dorce, er pesce de Fojjano,
L'ojjo, er tonno, e l'inguilla de Gomacchio.
Inzomma, inzino a nnotte, a mmano a mmano, Tu lli tt'accorgerai, padron Ustacchio, Quant' è ddivoto er popolo romano.
1 II, 180, 190. — Les (( carciofolà » sont aussi des Abruzzes, chanteurs et joueurs de harpe. Cf. V, 235.
* V, 271. — Une spécialité de Noël est le « pangiallo » fait avec des amandes, des raisins secs, du safran : I, 210; II, 128, 283; VI, 23.
3 Adesso, ora.
4 Les chanoines qui chantent toute la nuit de Noël, et les trois messes successives inspirent à un de nos Romains des réflexions ironiques : II, 170, 276.
Le jour de Noël, les frères de Santa-Maria in Araceli montrent aux fidèles accourus une « crèche » de grande réputation ; c'est le presepio.
Er hoccetto * in perucca e mmanichetti È ssan Giuseppe sposo de Maria.
Lei è cquella vestita de morletti 2 E de bbroccato-d'-oro dé Turchia.
Vedi un pupazzo pieno de fiocchetti Tempestati de ggioje? ecch' er Messia.
G ! evviva sti frati bbenedetti,
Ghe nun ce fanno vede guittaria 3!
Guello a mezz' aria è ll'angelo custode De Ggesucristo ; e cquelli dua viscino, La donna é la Sibbilla e li'omo Erode.
Lui disce a llei : « Dovèllo * sto bbambino.
Ghe le gabbelle mie se vo ariscbde » 5 ?
Lei risponne : « Hai da fà morto camrnino ».
C'est devant cette crèche qu'a lieu le fameux sernione ou panégyrique en l'honneur de Jésus-Christ 7. Des enfants de six à huit ans prêchent chaque soir de la semaine de Noël à un nombreux public ; chacun d'eux parle pendant quelques minutes, avec une parfaite aisance de diction et de gestes, sur les questions les plus abstruses de la théologie.
Dès le lendemain de Noël les baraques de la place Saint- Eustache changent leur étalage; au lieu des figurines on voit des jouets : sabres, trompettes, poupées, miroirs, etc.,
1 Le vieux.
1 Merletti, dentelles
ire.
4 Dove <• i-ii".
suotere, eocai "il. 892; \ i • IV, km
btc. C'est une véritable foire pour les enfants, et jusqu'à l'Epiphanie on y voit venir chaque jour de pauvres bonnes mères qui marchandent pendanl une heure ou deux avec une inaltérable patience et bonne humeur, et qui rentrent enfin en cachant sous leur tablier les achats delà «befana»1.
Azzeccàtesce - un po', d'un artarino Oggi che ne chiedeveno ? Otto ggnocchi :{ : É3 dd'una pupazzaccia * un ber zecchino.
Mo oggnuno scerca de cacciàvve Focchi ; Ma cquânno semo ar chiude er butteghino, La robba ve la dànno pe' bbajocchi.
Dans la nuit de l'Epiphanie, c'est à Saint-Eustache un véritable branle-bas ; les boutiques en plein vent sont éclairées de bougies et de lampions, et c'est entre les « casotti » où les vendeurs orienta tue-tête un bruyant défilé de bourgeois et bourgeoises, de jeunes gens en goguettes, de jeunes filles qui se dévergondent et de gamins qui font des niches; chacun s'arme d'une trompette en fer-blanc et s'en va corner dans l'oreille du voisin. C'est un tapage assourdissant5.
L'Epiphanie s'appelle à Rome : Pasqua Befania, ou simplement : la Befàna ; c'est la fête des « befane », les fées, venues de pays lointains, qui descendent par la cheminée pour punir ou récompenser les enfants selon leur conduite pendant l'année ; car les « befane » sont toujours en correspondance avec les parents ; la veille de la fête, les enfants jeûnent, afin d'offrir leur part de souper à la befana. On expose aussi dans la cheminée les dents de lait tombées,
1 II, 288 ; IV, 58 ; V, 233, 234. — Le marché principal est à Saint-Eustache, mais il y a des « casotti » ailleurs encore, ainsi à l'église du Suaire : V, 266. — Aujourd'hui la foire a lieu sur la Place Navone.
* Devinez un peu !
3 Huit écus.
4 Une méchante poupée.
RCME — 15
afin que la fée y substitue quelque pièce de monnaie1. Pasqua Befania est donc le jour des cadeaux -, en souvenir des trois rois mages qui apportèrent à l'enfant l'or, l'encens et la myrrhe 3 ; « befana » désigne ainsi non seulement la fée, mais encore le cadeau; on dit : « portare la befana ». Et voici, pour clore ce chapitre des fêtes, deux des plus jolis tableaux de Belli :
La notte de Pasqua Bbefanhi.
Mamma ! mammaî — Dormite. — Io nun ho ssonno. — Fate dormi cchi ll'ha. ssor demonietto *. -— Mamma, me vojj' arzà. — Ggiù, stamo a lletto. — Nun ce posso stà ppiù ; cqui mme sprofonno. —
Io nun ve vesto. — E io mo cchiamo nonno s. — Ma nun è ggiorno. — E cche mm'avevio c detto Ghe cciamancava poco ? Ebbè ? vv'aspetto ? — Aùffa li meloni e nnu' li vonno 7 ! —
Mamma, guardat' un po' ssi cce se vede ? —
Ma tte dico cch' è nnotte. — Ajo 8 ! — Gh' è stato ? —
Oh ddio mio! m'ha ppijjato un granchio a un piede. —
Via, statte zzitto, mo attizzo er lumino. — Si, eppoi vedete un po' cche mm'ha pportato La bbefana a la cappa der cammino.
« C'est un plaisir de voir ces moutards, ces mioches, ces
1 II, 210 ; III, 51 ; v, 60 : VI, 55, note 21. » III, 194 ; V, 37, 360.
3 il, 27. — Les trois rois mages (Baldassare, Gaspare, Melchiorre) sont en grande considération au Transtëvère, a cause de Leur influence en de mystérieux événements : [, 12; n, 218.
4 Laisse/, dormir qui a sommeil, petit démon !
• Le grand-père.
* vous m'aviez dit qu'il y manquait peu de chose (à faire jour). 7 Expression d'Impatience, intraduisible.
" Le gamin, voyant que ses raisonnements ne convainquent pas ia mère . simule un cri de douleur, disant qu'une écrevisse l'a pincé.
<. charmants vauriens sauter comme des feux follets dans un «taudis de jouets! Polichinelles, trompettes, chevaux de « bois, flûtes, fusils, batterie de cuisine et tambours... L'un a porte le surplis et la soutane, l'autre l'aube et la chasuble, (c un troisième est officier. Cependant, les bonbons plaisent « également au prêtre et à l'officier, et maman s'écrie que a ça finira mal » (V, 268).
L'église, comme maison de Dieu, joue un rôle considé- A l'église. rable dans la vie des peuples catholiques. Il ne sait pas ce <|uVsl une église, celui qui n'a vu que des temples protestants, aux murs blancs et nus, aux bancs étroits et raides où Ton va s'entasser comme à l'école; temples dont les fenêtres vulgaires, souvent sales, attristent le bleu du ciel et la splendeur du soleil; sans ombre mystérieuse, sans chapelles retirées, temples sans souvenirs et sans poésie, où l'on ne va qu'une fois par semaine, à heure fixe, où l'on ne se sent jamais « chez soi... »
Mais l'église catholique, dans les pays du sud, et surtout l'église de Rome ! Toujours accueillante, elle offre à chacun ce qu'il désire : à celui-ci l'émotion religieuse, à celui-là la sensation artistique, la musique, la couleur, le parfum ; à d'autres encore l'aventure amoureuse, la « curiosité » ou tout simplement la rêveuse flânerie L Et c'est parce qu'elle accueille tous les hommes qu'elle en retient beaucoup... Ouverte tout le jour et souvent la nuit, ne forçant personne à rester, elle s'impose précisément par cette douce et muette invite.
Quittant la rue bruyante, poussiéreuse, aveuglante de lumière, montez l'escalier, et le mendiant accroupi à la porte soulèvera pour vous, du bout de sa béquille, la lourde tenture qui retombera sans bruit, vous enfermant ainsi doucement dans l'ombre et le silence. Et dès lors vous êtes chez vous, libre de tous vos actes et de tous vos gestes, aussi bien
1 Sans parler du droit d'asile : II, 210 et 211.
quand il y a foule que lorsque vous êtes seul ; libre à vous de prier à l'ombre d'un pilier ou de vous promener en amateur le Baedeker à la main i, au risque de glisser insensiblement de l'art à la dévotion. Les dalles usées par ce perpétuel va et vient, les pierres tombales avec leurs figures en demirelief, les vitraux qui tamisent la lumière en une gerbe de fleurs, les autels chargés d'objets précieux, éblouissants de lumières, comme un phare dans la nuit, et les chapelles paisibles, propices au recueillement, au prosternement mystique devant la Madone ou quelque saint favori, voilà l'Église de tous les jours; supposez maintenant quelque grande cérémonie (elles ne manquent pas) et vous aurez, d'une chapelle à l'autre, la procession des crucifix, des étendards, des costumes bigarrés, brodés d'or, des enfants de chœur qui portent les lourds chandeliers d'argent ou qui balancent les cassolettes d'encens ; devant l'autel, l'évêque se prosterne, puis se tournant vers la foule, il lui montre d'un grand geste l'hostie dans l'ostensoir d'or; et, derrière l'autel, c'est le chœur invisible qui fait monter au ciel le Gloria, ou Y Ave Maria, ou le Miserere...
ce Théâtre!... » Eh bien oui, beaucoup vont là comme ils iraient au théâtre; mais ils prennent si bien l'habitude d'y aller, qu'ils ne sauraient plus aller ailleurs. L'Église plaîl à ces sceptiques en charmant leurs sens, elle les pénètreà leur insu, et quand surgira l'heure trouble du désespoir, c'est à elle encore qu'ils iront et cette fois elle les gardera.
Je vais citer tout à l'heure des sonnets de Belli qui sembleront ne pas cadrer avec la description qui précède; mais qu'on ne s'y trompe pas ! Les prêtres le savent bien : ces hommes qui vont à l'église pour y pincer des femmes, ces
* i»;hi> î.i cathédrale <i«' Cologne, par contpe, dès que L'office eut com mencé (pauvre petite messe d'une centaine <!«' personnes), le Suisse me pour nivii <ir nef en oef, m'interdisani de stationner i«-i ou là et m'enjoignant h la fin <!•' cacher mon Uoodeker dont La reliure rouge semblait le provoquer. Que p lire ' Hausser les épaules et sortir, eu rêvant
de Rome
femmes qui s'insultenl cuire elles ou qui s'endorment pendant la messe, tous ces gens-là, pour lesquels l'église ne semble être souvent qu'une place publique, ils ne sauraient aller ailleurs; V Église les possède. Et puisque telle est la réalité, qu'importe aux prêtres que les moyens soient plus ou moins honnêtes, la foi plus ou moins pure?
Une de ces attractions de l'église, c'est l'amour : tantôt la caresse grossière, obscène même ' et tantôt l'œillade furtive des amoureux,
Ecco er fine de tante bbaraonne 2
De regazze, che vvanno pe' le ccliiese.
Ouest' è'r carnovaletto de le donne.
Tutte scianno più o mnieno er zu' racchietto 3, E lli, ssiconno er genio der paese, Fanno l'amore senza dà sospetto.
Il y a un plaisir tout particulier à se mêler ainsi, le cœur tremblant d'espoir, à la foule indifférente, et à attendre la bien-aimée, à l'ombre d'un pilier, devant quelque Madone...
Pendant les huit derniers jours de Carême on explique le catéchisme dans diverses églises afin de préparer les fidèles à la communion de Pâques; par ordre du pape, les ostéries et les cafés demeurent fermés depuis le commencement du prêche jusqu'à Y Ave Maria, « Quand tous les lieux sont fer-
1 Se sa, a le donne, lli mmezz' a lo scuro, Quarche ppizzico ar culo è nnescessario.
D'autres vont le soir à l'Oratoire du Père Caravita, où il fait noir comme dans une cave, et taudis que les fidèles se flagellent
Allora noi in d'un confessionario, Ce dassimo una bbona ingrufatina Da piede a la stazzione der Zudario.
2 Foule.
1 Amoureux.
ce mes où l'on peut manger et boire, par rage et par ennui (( on s'en va à l'église, et Christ y fait toujours quelque petit ce profit » (IV, 147).
Le gros contingent est fourni par les femmes ; elles arrivent souvent trop tard, ce qui leur vaut d'énergiques rebuffades de la part du curé1. A la messe, on vient, on va en oute liberté; jadis il y avait des bancs; maintenant qui veut s'asseoir doit payer sa chaise 2 ; on s'agenouille par terre ou sur les marches d'un autel, et bien qu'il y ait suffisamment place, les querelles sont fréquentes entre femmes.
Sposa 3, è bbona la messa ? — È bbona, è bbona. — Bbe\ mmettémosce cqua, ssora Terresa... — No, Ttota; io vado via, ché ggià ll'ho intesa. — Bbe' llassateme dunque la corona *.
Sposa, fa terne sito 5. — Io me so' ppresa Sto cantoncello pe' la mi perzona. — Dico fateve in là, ssora minchiona, Che ! ssete la padrona de la cchiesa ? —
E in che ddanno ste spinte 6 ? — Io voj jo er loco, Pe' ssenti mmessa. — Annatevelo a ttrova. — Presto, o mmommo 7 vve fo vvede un ber gioco. —
Oh gguardate che bbell' impertinenza !
Se sta in casa de Ddio, e mmanco ggiova. Tutti vonno cainpù dde propotenza.
Dans ('('lie promiscuité, on risque paraît-il de recevoir parfois un « postillon » dans l'œil, ce que le Romain appelle
•il, 181.
* Sposa es I ii' ii'Mii par Lequel «mi Interpelle toute femme Inconnue.
* Le chapelet,
litea-moi pie r> Que lignifient ce p
7 'Mi ,K.I.
une « huître » et le sacristain a peine à prévenir une bataille '.
La conduite de ces sacristains n'esl pas toujours exemplaire : « Les sacristains de Rome"? quelle croix! Où trouver « pire engeance? L'un est ruffian, l'autre taux comme un « chat et le troisième fait l'espion..., en somme, fine fleur u de canailles. Ils jouent aux cartes dans la sacristie; ils « vident les burettes de vin, et vendent les billets- aux > chrétiens pasqualins. En louant les chaises, ils amorcent « l< m tes les femmes; ils servent la messe d'une façon déplo- 8 rable, et chez eux ils font la salade avec l'huile des lampes i de Christ » (III, 124).
Au prêche (predica) on entend souvent des prédicateurs de grand renom, d'une éloquence brutale qui empoigne 5 mais hélas, l'ignorance des auditeurs est telle que la plupart du temps ils comprennent de travers3 :
Un gran predicatore ha ppredicato Oggi a la cchiesa de Sant' Agostino !
Pe' pperzuade a ttutti ch' er peccato Nun è una cosa bbona, Ggiuacchino, Sto bbon zervo de Ddio parla latino, E sse smazza*, che ppare un spiritato.
T'abbasti cuesto cqui, cche a l'improviso
Ha ddato sopr' ar purpito un cazzotto,
Ghè mm' ha ffatto strillà : « Ppozzi esse impiso î 5 »
Che aratore «, per dio! che omo dottoî Sino è arrivato a dcli cche in paradiso Nun pe entracce oramai che un cacasottoî 7
1 Voyez pages 201 et 202.
1 il se démène.
Expression napolitaine : « Puisses-tu être pendu ! » 1 Oratore.
7 Un enfant qui se salit encore.
ou bien ailleurs :
Inzomma, da la predica de jjeri, Ggira che tt' ariggira, in concrusione Venissimo a ccapi cche sso' mmisteri.