ROM
prostitution. Cependant, puisque nous voilà à mi-chemin, il ne sera pas inutile de résumer brièvement la route parcourue :
Ce peuple est le descendant le plus direct des anciens maîtres du monde ; il en a hérité réellement ou du moins virtuellement la loyauté, la sobriété, la fierté farouche, le sens précis des choses. A travers la fermentation du moyen âge, il aurait pu, comme d'autres en Italie et en Europe, se débarrasser des vices de la décadence et sortir rajeuni de ces angoisses, de ces ténèbres sillonnées de lueurs nouvelles. Vivant à Rome, au sein d'œuvres grandioses, il devait (semble-t-il) s'instruire d'une leçon constante et hausser son âme à la majesté des choses. Gela n'a pas eu lieu; en partie précisément parce que le moyen âge n'a pas été ici ce qu'il fut ailleurs ; à Rome, le moyen âge n'a jamais rompu complètement avec la tradition, et la Renaissance morale y a avorté parce que le passé n'y est jamais mort tout à fait. — Ensuite, fait capital, la cour des papes a été la négation même du mysticisme et des aspirations idéales. A Rome, le paradis s'est vendu de toutes les façons et à bon marché ; une gloire factice qui venait du dehors et non point du dedans ; pas de lutte pour l'existence, ni en politique (comme à Florence), ni dans la vie pratique (comme à Gènes et à Venise), ni dans la vie intellectuelle; l'énergie d'un peuple s'y est endormie dans la paresse d'une mendicité fructueuse.
Le Romain a donc gardé du passé la conception toute matérielle de l'amour et de la femme, les appétits sanguinaires; et une fierté qui n'est, plus justifiée par aucun exploit. Ses dieux ont changé de nom, mais su religion est demeurée du pur paganisme. Le gouvernemenl lui donne du pain quand la famine est trop grande, des divertissements grossiers en Carnaval et des spectacles somptueux à Saint-Pierre;
mais il ne lui accorde injustice, ni instruction, ni travail, ni
liberté, el l'étal d'âme du Romain se résume en deux mots : pe mu me el fatali: me.
Pourtant, un événemenl a l'ail brèche dans la Rome des papes : c'esl la Révolution française; el voilà que depuis cinquante ans quelques apôtres parlenl à ce peuple en un langage qu'il avail désappris mais qu'il comprend de mieux en mieux. Ils lui parlenl de liberté, de l'Italie et de Rome Capitale rendue à sa mission dans l'histoire, Les Romains se l'éveillent; secouant i\(^ fers indignes, ils regardent au delà de leurs murs et cherchent à l'horizon les drapeaux tricolores. Désormais, puisqu'ils ont la foi, puisqu'ils ont leurs martyrs, qu'importent la police et les armées pontificales et autrichiennes? Les prisons s'emplissent de jacobins; on fusille les patriotes sur la Place Colonne, mais le pape tremble dans son palais, au milieu de ses gardes ; et Garibaldi, qui se sait attendu, s'engage en souriant sur la route qui mène à Rome.