‹ Le peuple du ValaisChapitre 18 sur 66 · III. — BIENS PARTICULIERS · texte numérisé non relu

III. — BIENS PARTICULIERS

Pai' ce qui a dÉjà éW dit de la distribution {générale du sol, de sa nature pariée, de sa constitution, que viennent modifier chaque jour les torrents, les érosions et les allurions, on a pu déjfi se rendre compte de la façon dont peut s'en effectuer le morcellement. Cette capricieuse alternance de coins de terre opulents ou stériles, arides ou fangeux, riches ou pauvres, froids ou ensoleillés, caillouteux, vaseux, sablonneux, herbus, boisés ou couverts de ronces, le tout étage sur de rapides pentes qui se déroulent de la crôte des montagnes glacées au fond des gorges et des vallées, tous ces biens, disons-nous, doivent être d'un partage hasardeux que l'effort humain s'épuisera de tout temps à tenter de rendi-e égal. L'éloignement des centres de consommation et la difficulté des échanges ayant longtemps contraint le fils à compter exclusiveihent sur l'héritage paternel, l'unité du domaine et le droit d'aînesse n'ont pas trouvé grâce devant cette loi de la nécessité. La configuration du pays, comme nous le verrons loi-sque nous aurons à nous occuper de l'expansion de la race, n'a pas permis au Vaiaisan d'émîgrer aussi facilement que d'autres montagnards. Les jeunes gens de haute taille, les sans famille, les insoumis, émigraient pour s'engager dans les armées étrangères ; placés dans des conditions différentes, les fils restaient au foyer et, dès le mariage de l'un d'entre eux, ils procédaient, non pas à une répartition des biens constituant le patrimoine, mais au morcellement de chaque parcelle et de chaque objet divisible. Un père, par exem-

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pie, possédait deux « mayens ». Bien qu'il n'eût (|ue deux enfants, ceux-ci, au lieu d'en prendre un (.'hai-un, pi-éf6raient se les parfaf^er tous les deux, ti'availlaient à la limitation de l'espace intérieur du chalet et se (aillaient en lambeaux chaque parcelle de pré.

Chacun tenant à posséder une fraetion do ce qu'il y a de meilleur, Tobligration en découlait d'accepter une part du médiocre etdu mauvais. Ce procédé routinier tend vaj^ement à disparaître dans les vallées du Bas-Valais et dans celle de Viége, où pénètre plus aisément le numéraire, régulateur pai- excellence de tous les droits ; il est encore en pleine floraison dans quelques vallées du Centre Un vignei'on de VétroK, où les montagnards de Nendaz ont leur colonie vitieole, nous dit qu'il n'est pas rare de voir figurer, dans les actes de vente ou ài} succession passés entre Nendards, des fractions de masol variant du vingtième au quarantième. Ces maisonnettes tombent ainsi, je ne dirai pas au rôle de casernes, mais plutôt ik celui d'un de ces fourgons de chemin de fer qui. en temps de gueiTe, ont leur compte de trente-deux hommes ' On est trentedeux à pfttir de cet ordre de choses, mais la routine l'exige, si bien qu'on porte jusque dans cette manie du pai-tage l'instinct atavique de la communauté, du clan, de la tribu.

Sur ce sol exceptionnellement varié, l'homme, devenu conscient de la valeur de la moindre chose, pourra toutefois se montrermesquin dans sa jalousie etsapai-cimonie.sanspourautant

' Qu'on lise plutôt cette annonce cueillie dans le Bulletin (>/■/*'cief de janvier 1903: v Avis d'enchères. — Poursuite N» 873. — Vélroz, maison sous art. 425, n" 49. Confins au nord N. N. ; à i'esl un chemin ; au sud et à l'ouest N. N. part s'élevant au i/5 de 2/3 du quart. Taxé 14 francs.

u Immeuble saisi à Marte-Antoinette A..., fille de X.. de Nendasr. — Enchère à la maison do commune de Vétroz, le 14 février 1902, à 4 heures du soir. »

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ee départir de l'esprit de communauté. Même, il est perniis de l'echercher plutôt dans ces mesquines tendances une des raisons de la persistance de cet esprit Car plus nombreux seront les propriétaires groupés sur un nn>me coin de terre, plus l'identité des besoins les rapprochera.

C'est pourquoi, par-dessus tant de naïves petitesses, nous ne cessons de voir planer le prodigieux génie de la collectivité. Il faut l'admirer sui'tout dans les tra^raux destinés à l'irrigation, représentés sur les flânes de ces vallées par ces canaux que les naturels du pays connaissent spécialement sous le nom de bisses et qui, tantôt par des conduits en planches, tantôt par de longs tunnels, vont porter la fécondité par delà les précipices, les torrents, les avalanches et tous les obstacles que leur oppose une arbitraire nature.

Il En Valais, écrit le peintre Albert Franzoni, aut«ur d'un curieux ouvrage illustré sur rdçMedwe (>M ibisseï deSaviè%e\ en Valais, où la nature nous offre une si grande variété de richesses et les plus beaux et frappants contrastes, l'on ne saurait s'expliquer l'existence de certains villages sans la présence de ces bisses qui portent la fertilité partout où ils passent...

Nous ne savons si ces canaux existaient à l'époque romaine, comme on a grand motif de le croire (au moins pour quelquesuns d'entre eux), mais, aucun vestige ne présentant le caractère des constructions de cette époque, il serait difficile de se prononcer là-dessus. Le document le plus ancien serait, suivant Blotnitzky, le testament de l'évêque Guichard Tavelli, écrit le 11 décembre 1366 en son château de la Soie, en faveur d'Antoine et de Pierre de la Tour. »

Demandons encore à M. Pranzoni la peimission d'emprunter à son livre cette courte citation :

0. n faut ici étayer, suspendre le canal, le garantir des ava-

' Genève, Eagimann, éditeur.

laiiches, l'encastrer dans les endroits où le terrain g;lisse, l'appuyer aux parois de rocher, quand la chose est possible, ou bien lui creuser un pacage par des tunnels assez longs. Une partie de l'œuvi-e achevée est maintes fois détruite ; le montagnard la refait, contemplant avec résignation le malheur. H est impossible de se rendre compte de la hardiesse de ces travaux sans les avoii' parcourus. Nous n'aurions sans cela aucune idée des dangers que le constructeur a dû surmonter pour mener à bien son entreprise. »

Ces canalisations, plus ou moins pittoresques selon les sites où elles sont établies, ont parfois cinq à six lieues de parcours. Au moyen de ces aqueducs, les Valaisans an-osent non seulement les prés et les jardins, mais presque toutes les vignes — ce qui ne se pratique guère ailleurs.

Mais nous avons maintenant une idée suffisante de la répartition du sol privé dans tes diverses parties du pays ; ces constatations établissent que le Valais renferme, c'est incontestable, de nombreux et riches éléments de prospérité, mais dont chacun est d'ordinaire représenté dans une proportion si restreinte, à dose si strictement mesurée, qu'on peut dire que la nature y a procédé par échantillons. Le soi qui porte chaque produit n'est pas uniquement soumis â l'influence de l'altitude ; il l'est tout aussi bien à celles qui résultent de la structure du ro(', de l'exposition générale ou particulière, sectionnée encore par mille accidents déflnitifs ou périodiques.

Les productions fruitières arborescentes, qui sont loin d'atteindre l'extension qu'on serait autorisé à espéi'er, forment dans quelques vallées un apport supplémentaire, et suscitent une sorte de travail qui constitue l'embellissement des autres. Dans les bonnes parties de la vallée principale, elles pourraient constituer une ressource quasi essentielle. Les fruits du Valais se sont acquis, depuis peu d'années, une i-éputation prépondérante sur les marchés suisses, et ce succès ne peut manquer d'y assurer le développement de l'arboriculture, bien méconnue encore.

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parmi cps populations que la i-outine du morcellement oblige à consacrer plus de temps aux dfîplaeements et aux transports qu'au labeur proprement dit. C'est que, sous ce climat, la culture des arbres fruitiers n'offre pas, comme tùlleurs, des facilités qui les rapprochent de la cueillette. Elle exige du travail, et ce travail exige du temps. Or, nous voyons que, si le temps n'est pas toujours compté, il manque parfois, surtout dans la bonne saison, et que ce défaut de temps — phénomène intéressant à noter comme coni^lusion de cette partie de notre étude — tient au régime de la propriété.

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