‹ Le peuple du ValaisChapitre 17 sur 66 · BIENS DE BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

BIENS DE BOURGEOISIE

Cette région exceptionnelle mise à part, considérons la propriété dans le reste du pays. Pour la répartition et l'usage des biens communs de haute montagne, nous continuerons de prendre pour type la vallée de Bagnes, où les principales modalités à observer se trouvent rapprochées dans une même commune, propriétaire de vingt « montagnes ».

De ce nombre, trois seulement ont été exploitées jusqu'ici au bénéfice de la municipalité, qui, tous les six ans, les afferme par voie d'enchère. L'adjudicataire en sous-loue ensuite les droits de pacage par lots de six vaches laitières ; il engage les bergers et pourvoit à leur entretien durant la saison estivale. C'est la forme la plus simple, et il est véritablement surprenant qu'une commune qui, depuis des siècles, continue d'appliquer ce régime rationnel d'administration à deux de ses alpages, consente encore à se passer de toute ressource en numéraire plutôt que de l'étendre aux autres.

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Dans ces derniers, le ri^g^ime adoptfi est le résultat de répartitions ti*s anciennes consenties par la commune bourgeoise ou seigneuriale entre ses ressortissants ; malgré leur inégalité d'étendue, de rapport et d'agrément, le peuple l'a obstinément maintenu, comme il maintient volontiers tant d'abus qu'a consacrés l'usage '.

Toutefois, au moment de ces répartitions primitives, il avait été tenu compte du fait que ces « alpages », variés d'altitude, de fertilité et de conditions de sécurité pour le bétail, ne pouvaient être taxés A une valeur uniforme. Il en est inévitablement l'ésulté entre le lot de Jacques et celui de Paul une différence qu'un tirage à la courte paille devrait seul pouvoir régler. Avec le temps, l'avantage allait infailliblement tourner au profit du richard toujours à l'aftftt d'un échange avec les moins fortunés, et c'est ainsi qu'aujourd'hui il existe des pâturages de riches et dps pâturages de pauvres gens. Et, d'ailleurs, pourquoi n'en conviendrions-nous pas : très souvent, les groupements des bètes, qui ne sont qu'une fonne eomme une autre de l'union des intérêts, arrivent à régler les groupements des hommes. Se faire entendre, parvenir à faire goûter ses propositions dans un groupe de consorts de montagne, n'est-ce point le pi'emier pas vers les délibérations d'un conseil communal t On devine

' fi La puissance du commun est la moins Fructueuse de toutes, chacun sait cela. Appliquée aux pftturages, sans conti'ôle ni réglementa lion quelconque, elle engendre fatalement leur ruine. Chacun craint de ne pas profiter dii communal autant que son voisin. De la nait l'abus... Âfais nos montagnards se montrent foncièrement attaché» aux communaux ; pour eux, le communal maintient entre tous des liens égalitaires et fraternels ; il rend l'extrême misère impossible en dispensant de travailler pour autrui; il procure une précieuse indépendance; c'est encore lui gui a permis de développer dans nos Alpes une instruction moyenne supérieure à celle que l'on a constatée chet les populations privées de propriétés communes depuis longtemps ». Briot. LesAlpes françaises, p. 140-141.

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dès lors ce que doit faire tout paysan un peu ambitieux : pour s'affranchir d'un milieu rebelle à ses propositions, il n'hésitera pas à permuter jusqu'à ce qu'il en ait rencontré un nouveau, plus disposé à se placer son influence.

C'est pourquoi la répartition primitive ' a eu tout loisir de devenir méconnaissable, et de s'embrouiller à l'influi par des sous partages, des échanges, des cessions, des rétrocessions de droits. Car nos Valaisans, en bons « issus de communautaires ", se partagent toute chose, voire les immeubles et les droits d'alpage, en autant de lots qu'il y a d'héritiers dans la succession '. Le temps aidant, un tel émiettement est aiTivé à faire qu'un seul particulier compte des fractions de droits de vache sur une dizaine, une quinzaine de montagnes. Et, comme il possède, par exemple, un quart de vache à la Chaux, une moitié de vache au Scex-Blanc et une vache entière à Cervay, ce n'est qu'au prix de transactions perpétuelles qu'il parvient à réunir ses trois ou quatre vaches dans le même troupeau. Depuis de nombreuses années, les bourgeois fixés hors de la commune réclament une répartition plus équitable et plus rationnelle de cette propriété de tous, car quiconque n'y séjourne pas ou n'a point de vache à élever, perd de ce fait son bénéfice à l'exploitation de la montagne. Aucune indemnité ne lui est allouée, tandis que tel de ses co-bourgeois, assez protégé'par le sort pour faire hiverner dix à douze vaches, accapare ce privilège de les faire entretenir pendant toute la bonne saison par la communauté et s'enrichit ainsi des droits perdus. par le pauvre ou l'absent.

Jusqu'ici, vaines ont été toutes les démarches, réclamations, pétitions, protestations. Les autorités communales, sachant

' Elle repose en effet sur des conventions l'oiitlnièi'cs enlretenuea depuis de longs siècles. Le catalogue des Archives de Bagnes constate que le statu quo actuel était déjà en pleine vigueur l'an

' Ch.-L, de Bons. Topographie du canton du Valais.

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trop bien que ce sont les citoyens présents qui les nomment, ont persisté à faire la sourde oreille. Quant à l'autorité cantonale, elle n'aurait garde, à moins d'y être contrainte par la force ou la nécessité politique, d'établir un tel précédent d'intervention dans le domaine communal ; car ta commune valaisaane, organisme quasi-souverain, n'est pas moins jalouse de son autonomie que de sa routine séculaire '.

De la sorte, la routine réussît à prévaloL- indéfiniment, à moins d'une impulsion bénévole des uns ou des autres. C'est ce qui eut Heu jadis â Oi-sières, sur la route du Grand Saint-Bernard, à quelques kilomètres à peine de Bagnes. Là, une répartition plus équitable, au moins dans sa forme et son principe, a été obtenue et chaque « feu » dispose d'un droit et demi de vache, estimé à 50 francs ; celui qui n'use pas directement de cette part de pâturage conserve la faculté de la louer, à cette condition toutefois que le locataire soit aussi un bourgeois. A ta disparition du elief de famille, son droit est transféré à un seul de ses enfants '.

L'administration générale de cliacun de ces alpages est absolument routinière. Le plus aisé ou le plus autoritaire des consorts tient les comptes et parfois s'arroge pour sa vie entière cette place d'honneur. Dans les assemblées générales ou aux jours de « mesure », on le voit apparaître muni de certain étui et, dès l'entrée en séance, ajuster des lunettes qui ne' chevauchent pas une fois son nez hors de cette circonstance.

' l.e Grand Conseil avail volé en 1880 une loi tendant à la réglementation de l'exploitation des alpages. Elle est demeurée inappliquée.

* A Liddes, les Tonds se subdivisent k peu près comme à Bagnes. Un bourgeois en droit à'alper une vache et qui compte quatre enfants leur laisse â chacun un pied de vache, en sorte que celui qui entend se servir de la montagne doit, ou s'arranger pour réunir à son pied les trais qui lui manquent, ou se résigner à n'alper que du petit bétail, jusqu'à concurrence de son droit.

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Chaque année l'assemblée des consorts désigne un recteur, pris parmi les plus anciens de ceux auxquels n'a point encoi'e échu la corvée. Ce délégué a pour ebarge d'assurer les vivres aux bergers, le pain de seigle principalement — car, bormis la viande salée et le lard du dimanche, ce pain constitue avec le lait toute la nourriture des pâtres. Le recteui' doit également recevoir ceux-ci le jour de la désalpe et leur tenir prêts pain, fromage et vin, ce qui n'est point à négliger pour ces gosiers saturés de laitage et privés depuis trois mois de toute boisson forte. La viande du dimanche et le tabac sont directement assurés par les consorts aux bergers supérieurs, chargés de la traite de leurs propres vaches ; c'est à ceus-ei de feire la petite part aux subalternes.

Le matin du jour de mesure, le tenem- de comptes, important et grave, est venu s'installer de très bonne heure devant le chalet, auprès d'une balance à profondes écuelles où seront successivement pesés, au nom de chaque béte laitière, les produits de sa traite du soir et de celle du matin même — cette dernière opérée par le propriétaire ou sous ses yeux. Après le pesage, le propriétaire, muni de sa latte de bois, s'approche de l'homme aux lunettes, lequel se hâte d'y tracer, à la sanguine ou au couteau, les signes conventionnels.

Le pai-tage se fait généralement en septembre, le jour même de la désalpe. On commence par peser tous les fromages du grenier, dont le poids est divisé par le nombre de bêtes laitières et l'on obtient la moyenne, soit le quot, qui nous semble correspondre à pe,u près à ce que, naguère, on appelait dans les Alpes vaudoises un bérar. Le quot est ainsi l'unité qui sert de base au partage. Lorsqu'une vache ne fournit pas le quot, son maître est abouché avec un autre pour la fi-action, et quelquefois, faute d'entente, deux grincheux se partagent net une pièce de fromage. Ce quot peut être évalué à dix-huit livres de fromage, plus un sérac.

De même que nous avons pris la plus considérable des hautes

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vallées alpesties poui' typft de l'exploitation et de la répartition l'ommunautaires des pâturages supérieurs, de même nous choisirons, pour typti de l'exploitation et de la répartition des pâturages en plaine, celle qui en possède la plus grande étendue, la commune de Fully. Cette importante subdivision administrative représente en raecourci tous les types de la Eone inférieure avec leurs qualités, leui-s défauts, leurs travers, et leur mode d'existence, de même que l'autre réunissait tous ceux de ia montagne sur ses vingt alpages et dans ses nombreux hameaux.

Il y a quatre-vingt-dix ans, Etienne Schiner, parlant de cette région, écrivait :

" Proche du Rhône, dans la plaine, se trouvent de grands pâturages où les ti'oupeaux peuvent paître tout l'été ; on les appelle a les Iles » ou n les Ghampagnes ». Ce sont de grandes étendues de broussailles, de vemes et de saules, parmi lesquelles l'herbe croît en abondance et fournit ainsi un excellent pâturage aux animaux qu'on y envoie le matin et que le berger ramène le soir. On entretient aussi, dans la plaine du pays surtout, de grandes bergeries de (îochons, »

Visant pins particulièrement la partie de cette vallée élargie sur le ti'onçon riverain de Sion à Martigny, le même auteur ajoutait : o E y a une grande étendue de plaine dans le Valais qui serait très fertile si les habitants, possessem-s de ces terrûns humides, voulaient se donner la peine de les « saigner », c'est-à-dii'e donnei' un écoulement aux eaux, ce dont ils viendraient facilement à bout. »

Depuis l'endiguement du Rhône, commencé à l'aide des subsides de la Confédération après le pacte centralisateur de.l848, la physionomie de cette plaine a rapidement changé : une partie considérable de ces terrains humides ont été • saignés ». selon la pittoresque expression de l'auteur cité; toutefois, les résultats acquis ne font que mieux mesurer l'importance de ce qui reste à faire aussi bien pour la conservation de ces terrains conquis sur les méandres du fleuve que pour la

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poursuite efficace de leui- dessèchement. Cependant la description que nous trace M. Lenthéric, dans son importante monographie du Rhône, nous révèle bien le changement qui s'est opéré en quatre-vingts ans dans la culture de ces i-égions : -

« L'opiniâtre labeur des habitants du Valais, dit cet auteur, a créé de distance en distance, dans cette gorge étroite et abrupte, de véritables jardins... Sur les flancs rugueux qui bordent le Rhône, tout ce qui n'est pa.s rocher escarpé et inaccessible a été défriché et couvert de cultures. Dans la partie supérieure, au-dessus de Brigue, l'ancien lit du glaciei' du Rhône primitif forme une 'belle pelouse soigneusement entretenue qui va se perdre dans les grands bois de mélèzes ou de sapins. Au-dessous de Brigue, la pente générale du thalweg s'adoucit. L'altitude n'est plus que de 600 mètres envh'on. Le fleuve, toujours torrentiel, coule au niveau des terres riverdnes qu'il baigne et inonde même sur d'assez vastes étendues. Dans certaines parties abritées, près de Sion et de Martigiiy, le climat est aussi tempéré que dans les plaines de la Provence, et on peut y cultiver sans mécompte la vigne, le figuier et même l'amandier.

B Des deux côtés du fleuve s'étendent des bas-fonds marécageux couverts de plantes palustres. Au milieu de ces cloaques, que l'on colmate depuis quelques années seulement, et qui seront bientôt transformés en prairies et en tcires de première valeur, des chevaux à demi-sauvages et des taureaux roux, presque noirs, paissent en liberté, tantôt groupés en troupeaux sur de petits Ilots de sable couverts de joncs et d'oseraies, tantôt à demi noyés dans les marais, ayant de l'eau jusqu'au poitrail et, sans les hautes montagnes qui limitent de tous côtés l'horizon, on se croirait au milieu d'un steppe de la Camargue provençale'. »

■ Lenlhéric. Le Rhône, t. I, p. 173.

Ce tableau nous permet d'introduîi-e notre propre exposé de l'évolution du régime de la propriété collective en propriété privée.

Cette « Camargue » était, il y a peu d'années, propriété communale et indivise, mais l'endiguement du Rhône- ne devait pas tarder à livrer graduellement les parties colmatées à la culture et il ne resterait plus qu'à savoir par qui et de quelle façon serait travaillé désormais ce teirain communal. Une bonne partie pouvait être maintenue en prairie, mais les plus riches, qui avaient des vaches," des chevaux à mettre en liberté dans ces steppes, ne se hâtaient point de modifier un état de choses dont ils avaient longuement 'bénéficié et que cette conquête de terrains, obtenue à l'aide de subsides fédéraux, allait leur rendre plus favorable encore. Pour peu qu'il eût quelque argent à avancer, le Fulliérin multipliait à loisir le nombre de ses petites vaches et se livrait en plus à l'élevage du cheval. Kiea n'était si aisé, si avantageux et plus conforme à son tempérament. Son sécateur en poche sous le vague préteste d'aller visiter ses vignes, il descendait le matin à l'écurie, chassait chevaux et vaches jusqu'au delà des jardins et des vergers qui entourent le village, fermait la porte à claire-voie du chemin et laissait patauger ces animaux en paix, les vaches jusqu'au soir, le cheval jusqu'à ce qu'il en eflt besoin pour quelque course.

Pendant que les jours, les semaines, les mois s'écoulaient de la sorte pour l'homme aisé, l'enfant de son voisin pauvre trottait pieds nus ou somnolait au soleil faute de la moindre occupation. Ces vastes étendues de biens communs, l'homme sans pécule eut été bien embarrassé d'en tirer profit puisque aucune indemnité sérieuse n'était consentie à qui n'avait pas d'animaux à y mettre. Et, comme le coteau avait été aliéné aux montagnards, il arrivait que la population de la plus riche commune du pays s'étiolait ainsi dans le désœuvrement en face de cette plmne fangeuse qui eût pu lui apporter l'aisance et qui ne lui donnait que des fièvres

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périodiques'. Il faut bien avouer qu'en principe chaque « feu» recevait cinq francs pour son droit de pacage sur la montagne que la commune possède au flanc des massifs des Diableiets et sur les « champagnes ", mais ise n'était là qu'une aumône inavouée et on conçoit l'avantage que le riche pouvait tirer de la plus-value de ee droit.

Pourtant, en présence des réclamations réitérées du plus grand nombre, force fut bien aux autorités et aux propriétaires aisés de consentir à un commencement de répartition. Celle-ci porta premièrement sur les biens arables les plus éloignés du fleuve et tes plus rapprochés des habitations. Toutefois cette concession faite fut aussi limitée et aussi illusoire qu'il plut aux riches de la rendi-e ; ils s"en tinrent au minimum : chaque ménage de la commune fut investi d'un lot de quatre " quartanées », soit de 400 toises. Mais comme le pauvre en était presque aussitôt dépossédé, il ne pouvait tarder beaucoup à venir réclamer sa seconde bouchée ; en sorte que, saas interruption pour ûnsî dire, depuis 1868, date de la première restitution, les (élections communales se firent sur le programme de nouvelles répartitions sans cesse promises par les candidats, souvent ajournées par les élus et réduites à leur plus simple expression lorsqu'elles étaient décrétées,

La classe aisée et les autorités qui presque partout y sont recrutées exclusivement, avaient trouvé une objection paradoxale qu'ils présentaient à toute occasion aux réclamants,

— Gomment voulez-vous mettre en valem" de nouveaux terrains?,,, vous n'avez même pas d'engrais!

Les pauvres, auxquels il ne manquait que des vaches, des porcs, des moutons et des chevaux pour produire ce dont on leur faisait reproche de manquer et pour profiter ainsi du libre

' Kn 1644, l'Etat, prenant en pillé la pauvreté du lieu, affranchit en partie les habitants de Fullj de la (aille à merci et lic la mainmorte. — Abbé Rameau: Châteaux et Seigneuries.

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parcours permi ces vastes landes, répondaient évidenunent : — Qu'on nous donne des prés pour l'hiverner ce bétail, alors nous aurons de l'engrais î

Cette résistance devait assurément s'épuiser quelque jour, mais au bout de plusieurs étapes seulement. Après 187S, deux l'épartitions successives ont été opérées. On adopta cette fois une base plus logique qui eût mérité, ce nous semble, de devenir dëflnitive ; le bien communal était attribué à tel chef de ménage, à charge par lui de le faire prospérer pour en disposer à vie. A la disparition de l'usufruitier en titre, la jouissance passait, indivisible, sur la tête d'un même héritier, tandis que les autres étaient nantis soit d'un lot nouveau, soit d'un lot tombé en disponibilité par abandon ou par émigration. Toutefois il faut bien le dire, cette facilite offerte à tout jeune ménage de se livrer à la conquête agricole n'obtint pas ici les résultats espérés. Et l'on ne saurait trop s'en étonner, si l'on observe que nulle part les mariages ne sont plus précoces. Là où chacun s'est préoccupé d'essaimer dès l'adolescence, il est un peu oiseux de recourir à de telles exhortations et surtout de faire appel à l'humeur matrimoniale des adultes; ajoutons que l'effort à entreprendre pour approprier ce nouveau sol à la culture semblait tellement au-dessus des forces du plus grand nombre, tellement en dehors de la routine commune, que la plupart n'osèrent l'entreprendre sans une impulsion directe. On était à la fois trop dépourvu d'initiative pour se passer d'un patronage et trop peu exercé à la sujétion pour en rechercher un.

Quoi qu'il en soit, la commune de Fully, si riche en réalité et si longtemps peuplée de pauvres, se trouverait, aujourd'hui, à la veille de devenu' la plus prospère de tout le Valda, s'il n'ét^t presque fatal que, dès son adaptation à la culture, la terre soit destinée h l'appropriation individuelle et définitive. Il est fort à craindre, en effet, qu'une aussi sage mesure ne puisse être longtemps maintenue ; déjà l'on voit les plus riches et les plus entreprenants s'ingénier à pratiquer le trafic des meilleures parcelles,

BtENS DE BOL'RGEOIHIK tiS

si bien que petit à petit, le soin d'un bénéfice présent étouffant celui de la prospérité générale dans l'avenir, les populations se laissent gagner au principe du partage définitif et à l'investiture de ces biens. De la sorte, si le droit pour h l'csaortissant d'aliéner le lot qu'il détient n'est pas encore acquis, il ne saurait sensiblement tarder à l'êtie.

Nous trouvons dans l'examen de ces faits et dans cette tendance une confirmation nouvelle de cette loi sociale que lu transformatioH de terres incultes en prairie» hi-iguéeit ou en champs labourables, les arrache à mesure nu réffimf tle lu commuuaule'.

Et, tandis que l'homme de la plaiue s'éloipne de ce régime, nous voyons le montagnard s'y maintenir, par cela même que les pâturages en montagne — en haute montagne surtout — ne se prêtent pas à de telles transformations.

Le fait est d'autant plus typique que ces habitants de la plaine n'ont pourtant cessé de pâtir d'un fait antérieur : les solides montagnards des vallées secondaires les avaient déjà dépouillés de leurs arides coteaux dont ils ont su faire un vaste vignoble. Aujourd'hui qu'il leur reste encore d'autres teires incultes susceptibles d'être converties en jardins ou en champs de première valeur, le moment semblerait venu pour les populations de se raviser, car le maintien de ce sol sous le régime de la propriété commune, assurerait centime la misèi-e les générations à venir, en laissant du moins au père inapte ou nonchalant la certitude de voir un fils prospérer grâce à l'effort de ses bras. Mais le dé semble jeté pour que la plaine subisse le sort qu'a subi le coteau. Le Fulliérain d'aujourd'hui, plus vigilant et plus actif déjà que ses ancêtres, a beau chercher tardivement â racheter les vignes des coteaux : il serait assurément plus avisé en s'efforçant de ne pas laisser échapper ce qui reste entre ses mains et de lui conserver ce caractère inaliénable.

Au reste, bien que cette commune nous ait paru offrir le type du régime économique en coui's dans ta plaine du Valais,

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«e qui s'y pratique a lieu, avec des variantes, dans plus d'une boui^ade de moindi-e importance, ear voici ce que m'écrit un habitant de cette région :

• Ici, il faut faire une grande distinction entre les popula- « tiens de la rive droite et de la rive gauche du Rhône. Les s premières sont plus spécialement viticoles et les secondes " agricoles, pai-ce que celles-là vivent sur le côté exposé au « midi, celles-ci sur le côté exposé au nord et moins printanier « par conséquent. Gela n'empêche pas les gens de la rive gau- « ehe, plus économes, plus âpres au travail, de venir s'acheter « de jolies vignes sur la rive droite, de les y venir cultiver et « même d'y supplanter les gens de l'endroit, »

Et mon correspondant complète ses observations en ces termes : « Pour tout, le riverain ' est plus âpre au travail, plus constant que l'habitant de la plaine. Ce dernier, étant placé dans une contrée où les ressources sont plus nombreuses et plus faciles, tombe plus rapidement dans la mollesse. La mollesse, combinée avec un oi^ueil de supéiïorité, engendre la misère. Dans la gf^ne, l'homme e'^t bientôt contraint d'hypothéquer ou de vendie sa terre, et c'est généralement un nouveau venu ou un riverain qui l'achète, o

Il importe de retenir ces constatations, qui nous aideront à trouver les raisons de l'absorption toujours croissante des populations de la plaine par celles de la montagne ou d'antres régions étrangères moins favorisées.

- BIENS SYNDICAUX

Les groupements d'intérêts que nous pouvons classer sous ^-ette rubrique se rencontrent plus spécialement dans les com-

' D'après le langage local, ce mot est iri appliqué à liahllant des pentes supérieures.

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mutics de quelque étendue où l'administration ne peut ou ne veut pas se charger de la création et de l'entretien de eertains services d'ordre collectif, tels que fontaines de villag:e, fouiw banaux et canaux d'îrri^tion.

Autrefois, les paysans lavaient la lessive, puisaient l'eau et abreuvaient leur bétail à la rivière, aux sources et aux torrents. Puis, comme les sources ne manquaient {généralement pas aux pieds de ces hautes montaf^nes, on se prit, i! y a deux ou trois siècles, à creuser des troncs de mélèze pour les capter, et amener l'eau pure jusqu'aux villages. Voici l'historique d'une de ces institutions : A Vîllette, une femme nommée Riche, propriétaire d'un veiner voisin du village et où jullissait une souI^3e, offrit d'eu faire don aux habitants, à la condition qu'ils feraient poser un tuyau destiné à alimenter son routoir de chanvre, creusé dans le voisinage, La fontaine établie, les intéressés d'alors, au nombre de dix, eurent à payer une contribution de vingt-quati* francs. Cette finance fut maintenue pour tout nouveau venant, jusqu'en 1870. A cette date, trois nouveaux consorts .s'étant présentés, le syndicat de la fontaine leur fit ce prix fmditlonnel. Sur l'objection présentée par l'on d'entre eux que, depuis la dernière admission, taxée à ce chiffre, les anciens consorts s'étaient l'éparti les fonds de la collectivité et que, de la sorte, un pareil taux ne pouvait raisonnablement être maintenu, les trois candidats Unirent par être admis poui" dix-huit francs chacun. Dans la suite, le droit d'admission de nouveaux mrmbres a été graduellement abai'-sé à un versement 6xe qui est aujouid hui de quatre fian s cm quante.

Dès l'origine de ce syndicat les lils de Lonsoits \ étaient admis de droit, sans en exicpter ceux qui ptenaienf femme hors de cette section communale Par contie si la fille dun consort amenait à Villette un épou\ du dehoi-»- il y était accepté moyennant le dix poui cent de la mise de fonds primitive (2 fr. 40) et à la condition de \p fane pié>>entei [.ai sa femme dans l'année même du mariage

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Ces assembiéps de consorts de fontaines sont aussi citées que celles des syndicats d'alpag:es et, comme elles, constituent une sorte de tremplin par leqnel un notable accède au conseil communal sous l'impulsion de la coteiie qu'il a eu le soin de

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