‹ Le peuple du ValaisChapitre 60 sur 66 · III.— LE RAMEAU ORIENTAL · texte numérisé non relu

III.— LE RAMEAU ORIENTAL

Cette afiînnation de l'unité de la race ne saurait pourtant nous entraîner à prétendre que la division historique du pays du Valais en deux parties tiraillées pendant treize siècles par deux influences rivales ou ennemies, chacune préoccupée de se ménager un appui chez son propre voisin extérieur, l'évèque chez les Confédérés, i'abbaye de Saint-Maurice sur la Maison de Savoie, ait pu rester sans effet. L'esprit des Valaisaus orientaux et occidentaux eût-il été parfdtement commun et identique â son origine que les conditions du soi, légèrement plus favorables chez l'un que che/. l'autre, la nature distincte des rapports, des afflnités de voisinage, le courant inévitablement varié de la politique féodale n'en auraient pas moins eu certiûnes conséquences opposées.

Il est surtout à retenir que, des circonstances particulières ayant permis aux gens du Haut de s'affranchir avant leurs compatriotes du joug de la haute féodalité, une avance marquée en est infailliblement résultée pour eux dans l'éducation politique. Ainsi libérés et organisa dès la fin du moyenâg:e en sept petites républiques autonomes, constituées des débris de ces domaines seigneuriaux, ces Valaisans orientaux possèdent, en dépit de leurs allures peut-être nn peu plus i-ustiques, une entente innée et très sûre des affaires publiques

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que l'on aurait quelque peine à rencontrer au même degré chez les occidentaux. Exercés à faire fiikiiiir leurs ciiefs, ils sont ac^Mutumés à exiger, partant à obtenir.

Ces paysans, ees montagnards, constate M. Edouard Rod dans l'article que nous avons déjà cité, furent, à l'occasion, de profonds politiques et de grands capitaines. Ils eurent de la ruse et de l'héroïsme, autant que les tyranneaux des républiques italiennes du XV* siècle, ils furent aussi cruels, quelquefois aussi peilldes. Et dans leur genre — pour autant que leur sol le permettait ^ ils furent aussi magniliques.,.. »

Cependant les conditions du sol, nous allons le voir, ne forent pas l'entrave unique et directe à cette magnificence. Ce régime de petite fédération par dixains, c'est-à-dire par minces cellules réfïionales, avait imprimé à ce peuple pauvre tous les instincts d'étroitcsse politique et de mesquine économie dontnos observations ont dégagé cent exemples. Mais d'autre part, n'est-ce point également lui, qui, de tout temps, les affranchit de la dictature et des souverainetés absolues î attendu que les démocraties montagnardes tiennent plus à l'égalité dans la pauvreté qu'à une liberté et à une aisance qui leur serait octroyée par la grandeur d'un seul ou la munificence de quelques-uns.

Aussi, dés leur naissance, voit-on les communes profiter des dissensions des seigneurs. Par exemple, au XIV' siècle, nous les trouvons en opposition violente contre l'évêque Guichard Taveili, protégé et serviteur des comtes de Savoie ; pour s'en débarrasser, elles se servent des de la Tour, lesquels, en vue des intérêts de la haute féodalité, précipitent Guichard du haut des roehei-s que couronne son cbftteau de la Soie ; puis, à la nouvelle de cet assassinat, elles se soulèvent sous prétexte de venger leur évèque, et bannissent les de la Tour. Moins d'un demi-siècle plus tard, la maison de Rarogne, dont le domaine franchit les grands glaciers des Alpes Bernoises et va se dérouler au nord jusqu'aux portes de Zurich, est toute-puissante en Valais : le baron Guiscard de Rarogne est capitaine général du pays, son neveu Guillaume occupe le siège épiscopal, que la

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