VI. — RANG ET AVEHIR DE LA RACE
De cet exposé un peu plus complet peut-être que ne l'eût exigé la clarté de ma démonstration, il résulte que le Haut- Valais doit à son passé historique des chefs et des meneurs politiques, et que le Bas- Valais, réduit è laisser les individualités sans appui, a tourné son intelligence vers la contemplation, la recherche, l'observation et la critique. Mais dans l'nn comme dans l'autre des deux cas, c'est la région supérieure qui est la source de tout effort.
Toutefois, de nos jours, l'effort est-il suffisant pour qu'un homme parvienne à se révéler surtout dans ces régions supérieures où le fait d'alimenter annuellement son grenier sans acheter rien et d'hiverner quatre vaches constitue une grosse fortune t Dès que toutes les énergies sont absorbées paf le souci de la vie matérielle et que le plus fortuné épuise sa pensée à maintenii- son équilibre, en blâmant celui qui introduit la moindre nouveauté dans le manger, dans le vêtement, dans l'habitation, dans les préoccupations de l'esprit, quel résultat peut-on espérer f On aura par-cipar-là desgens qui réfléehissent,mais de là à innover I Car on ne sera pas injuste à l'égard de l'innovateur, on sera féroce. Et comme toute la classe dirigeante recherche
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les faveui"s dQ peuple, elle se garde de dissiper de telles .préventions. De là une action routinière et immobile ehez le peuple et une inaction invétérée ehez les chefs. Il n'y aurait peutêtre pas à cela dang:er proprement dit, si le pays ne se modifiait sans eus, ne se développait de mille manières en dehore d'eux et presque malgré eux.
Or, si, après quarante années durant lesquelles la trouée du Siraplon fut sans cesse prévue, la i-ace n'a presque rien su prévoir, préparer, exécuter et modiflei- en vue de la transfoi'mation qui en résulterait, c'est qu'elle ne peut venir à bout de son impuissance et qu'elle est résignée à céder le pas à d'autres races pour la direction des entreprises techniques qui semblent devoir se multiplier en Valais. Que peut-on raisonnablement attendre de ce peuple bouclé dans l'étroite ceinture du clan et qui, en lutte continuelle avec l'avalanche, le tondent, l'éboulement, n'a su ni perfectionner ni simplifier aucun de ses moyens de l'ésister aux caprices des lois de la nature? D'ailleurs, comment aurait-il pu le savoir, dirigé qu'il est par une classe supérieure de prêtres et de légistes peu soucieux de le voir grouper ses efforts et tout au plus capables de lui donner, les premiers un enseignement moral, les autres des avis captieux et tarifés î De telles classes supérieures ne créent pas de moyens d'existence. Sans doute elles essaient de se ressaisir, mais la mine de l'ancien patriciat. la pléthore et la dépréciation des juristes, la gène qui en est résultée ont plus contribué à cette détermination que la sagesse et la préoccupation de l'avenir du pays. Au surplus, si l'espace d'une génération suffit pour mettre l'ingénieur à la place de l'avocat, le géomètre à celle du notui'e, l'agi'onome à celle du spéculateur parasitaire, le même espace ne peut suffire à l'édiflcation des fortunes, sans lesquelles un patronat si subitement éclos est vite embaiTassé, non plus qu'à la suppression des instincts ataviques formés par un milieu isolé des grandes affaires et imbu des usages et des préjugés d'un pays fermé.
Il nous est ainsi permis de prévoii-, quoiqu'il nous en coûft,
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que le rôle de la race dans la direction de ses futures destinées sera plutôt effaeé. Ce qui se passe nous montre l'agriculture elle-même se développant sous l'initiative d'immigrants et à l'aide de fonds étrangers au Valais. Les entreprises minières, de forces électriques et de chemins de fer régionaux ne sont pas davantage conçues par des Valaisans. Tout au plus est^il permis de prévoir que les techniciens indigènes feront d'excellents lieutenants au service des mêmes entreprises et que le peuple formera une vaillante armée de manosuvres.
Telle est, exposée dans ses diverses manifestations, la vie de ce peuple jadis refoulé dans la plus profonde impasse de la chaîne alpestre et que demain l'outil du mineur aura placé au bord d'une des principales routes du monde.
Il était t«mps, me semble-tr-il, que quelqu'un s'attachât à le suivre dans les différentes manifestations de sa vie sociale et de noter ce qu'il a été, ce qu'il est resté jusqu'à ce jour et, dans une certaine mesure, ce qu'il saura devenir lorsque des rapports suivis avec d'autres races commenceront à le modifler un peu plus profondément que n'est parvenue à le faire cette ère de cinquante années de chemins de fer.
C'est ici le lieu de se demander si la part active de ce peuple dans l'avenir sera mesurée au rang auquel les conditions générales du sol et la position géographique du pays lui permettraient de prétendre t — Nos remarques attestent qu'on n'est que médiocrement fondé A le présumer.
Sans doute, le peuple du Valais, pris dans son ensemble, est actif, valeureux, endurant, tenace et nous voudrions pouvoir compter qu'un rang digne de son passé lui soit réservé dans son développement à venir. Puissions-nous nous tromper en exprimant ces doutes, car il y a évidemment dans cette race robuste et forte des réserves de volonté, d'énergie et de puissance ! Mais ne venons-nous pas de constater que le soldat est paralysé éh son moindre mouvement pai' la présence même d'un trop