LA HAUTE MONTAGNE ET LA PLAINE
Nous avons bien saisi maintenant les différences de caractère fournies par ces deux variétés principales de la race. L'inventaii-e des hommes remarquables que le pays du Valais a produits et qui sont dignes de demeurer célèbres, tant par leur part prise aux événements politiques décisifs, que par leurs œuvres réelles de pensée, de science ou d'art, va confirmer ces observations, car, en général, le Haut-Valais a surtout
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fourni des hommes d'Etat, des guerriers, des administrateurs, le Bas-Valais des observateurs, des chercheurs, des méditatif.
Mais, cettedistiDctionétablie,il reste àen dégager uneseconde: c'est que presque tous ces hommes, quel que soit leur mode de célébrité, sont nés à une altitude supérieure. Le cardinal Schiner était de Muhlibach, dans le dixain de Conchcs ; la famille Supersaxo qui, en plus de l'agitateur Georges dont nous avons parlé, a fourni au Valais l'un des évëques les plus habiles dans le gouvernement et à qui le pays doit d'avoir été définitivement arraché à l'influence de la Maison de Savoie, était aussi de Conches. Stoekalper sortait de ia vallée saupage du Simplon; Thomas Flatter, le berger de chèvres, devenu l'un des plus illustres professeurs de l'Université de Bâle, descendait des flancs de la vallée de Viège ; son fils Félix fut un illustre naturaliste qui maintint la gloire du nom. De la vallée de Viège est aussi sorti Simon Steiner, parent des précédents, qui, vers la même époque, était professeur à Strasboui^. Dans la même vallée est né l'ingénieur Venetz, qui s'est spécialement occupé des glaciers, dont Jean-Pierre Perraudin, guide et chasseur de chamois du village le plus écarté de la vallée de Bagnes, venait de révéler au monde étonné l'œuvre lente et continue. Le capucin Fun-er, auteur de la meilleure histoire du Valais, était du haut plateau d'Unterbfich. Sion s'attribue en vain les deux peintres Rit?, et Blatter : ils sortent du district de Conches. De Conches également le plus célèbre fondateur de stations alpestres, Alexandre Seiler, à qui la vallée de Zermatt doit sa célébrité universelle. Pour la magistrature, il y a quelques exceptions et ici il faut — nous le reconnaissons — faire une part au type de la plaine. Maurice Barman, de Saillon, fut un des plus actifs directeurs du mouvement lii)érateur du Bas-Valais ; mais l'éclat des magistrats est fait de hasards, de chances et d'empiétements plutôt que de travail, d'initiative ou de talents. Leur œuvre, le plus souvent passive reste éphémère dans la plupart des cas autres que c«lui de Barman ; elle ne leur survit
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guère. Au surplus, le chef militaire du môme mouvement, A\esis Joris descendait de la vallée du Grand-Saint-Bernard. La plaine a produit des magistrats poètes ; Louis Gross, Charles-Louis de Bons, mais le premier était originaire de la vallée du Trient; le monastère de Saint-Maurice, dont les membres les plus actifs sont toujours les montagnards, doit au chanoine Bourban — un montagnard de Nendaz — des recherches et des fouilles historiques sans lesquelles il fût indéfiniment demeuré ignorant de certains détails de sa propre histoire Le chanoine Rion, observateur et botaniste distingué, était du val d'Hérens. Les vallées des abords du Grand-Saiot-Bemard se signalent par une pléiade d'observateurs et de contemplatifs. Nous avons parlé de Perraudin, auteur des découvertes relatives au transport des blocs erratiques par les glaciers ; la même vallée de Bagnes a produit le peintre Félix Cortbey qui a trouvé sa voie artistique en parcourant l'Espagne comme soldat ; Louis Gard, chansonnier satirique, célèbre dans le pays ; les poètes Besse de Larzes père et flis, dont le dernier obtint quelque temps une grande vogue en France comme improvisateur. Sembrancher a donné ntùssance à plusieurs prêtres naturalistes plus ou moins savants, entre autres au botaniste Murith, qui eut plusieurs continuateurs. Etienne Cropt, auteur d'ouvrages divei-s sur le droit cantonal, était originaire de l'Entremont, et Numa Droz, de la Ghaux-de-Fonds, autre montagnard, qui fut plusieurs fois président de la Confédération, expliquait son amour pour le Valais en rappelant que sa famille venait d'Orsières, «ommune alpestre habitée par une race dure et opiniâtre.
L'extrême Bas- Valais a produit les savants annalistes Pierre €t Joseph de Rivaz, de même qu'Isaac de Rivaz que les journaux de la Suisse romande viennent de nous présenter comme le véritable inventeur des voitures automobiles — quoiqu'il dorme dès longtemps à l'abri des « méfdts » de ses disciples. Mais Saint-Gingolph, le village demi-valaisan et demi-savoyard, «st, bien qu'assis au bord du Léman, une bourgade entièrement alpestre, tirant toute sa vie des forêts escarpées qui ta domi-
nent et du lac qui baise ses pieds. Ce n'est plus la plaine, c'est !e lac, dont les bûcherons constructeurs de bateaux de Saint- - Gingolph approrisionnent et dirigrent la flotte avec les gros boîs tirés des pentes du Grammont. Ajoutons si l'on veut que le district de Monthey a produit un héros populaire, le 6ros-Bellet et un prêtre savant, le vicaire Clément, mais cette initiative spontanée et cette énei^ie simpliste appartiennent aux hauteurs de la vallée d'Uliez.