‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 63 sur 111 · Paul Lacombe · texte numérisé non relu

Paul Lacombe

partiennent au même seigneur *. La doctrine s'ingénie pour régulariser cette possession et l'affermir entre les mains des vilains. Nous avons expliqué la formation de ces communautés % une des forces que la législation favorisa, parce qu'elles créaient l'esprit de famille et fortifiaient la résistance à la seigneurie; nous avons vu comment s'en dégagea ensuite , bien lentement , la propriété personnelle. Les épargnes s'amassant et croissant peu à peu dès le treizième siècle^ de nombreuses Ordonnances , sous l'inspiration des légistes , autorisent l'acquisition des fiefs par les roturiers au moyen de ces épargnes ; innovation grosse de conséquences infinies : en droit, l'abîme entre la seigneurie et le servage était comblé; l'épargne, fruit du travail, l'avait rempli.

Ce qui se passa alors, dans des proportions plus larges et par groupes, c'est ce qui avait eu lieu dans l'antiquité pour les individus seuls, lorsque certains esclaves, plus intelligents et mieux doués, au moyen d'un petit pécule lentement amassé, avaient conquis leur affranchissement. Ici comme là, l'épargne, cristallisation des efforts constants, l'épargne née du travail et de la volonté, soit dans la geôle, soit sur la glèbe, l'épargne, tirée de la moelle de la vie servile, a mis fin à l'état servile.

Et qu'est-ce, à présent, que la bourgeoisie levant la tête en face des barons féodaux? C'est la conquête pacifique

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