‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 62 sur 111 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

Ils eurent devant les yeux deux adversaires qu'ils ne perdirent jamais de vue : la Noblesse et le Clergé. Contre l'un et contre l'autre , ils voulurent fermement que le Droit désormais ne fût ni féodal ni ecclésiastique. Ils s'attachèrent au droit romain comme à une ancre de salut, parce qu'il était un type d'unité, et la Royauté fut leur point d'appui, parce qu'elle avait les mêmes instincts *.

Les doctrines des premiers légistes s'étaient concentrées sur trois points : affranchissement de la personne humaine, égalité dans la famille, libération progressive de la terre. La liberté humaine comme principe de l'état des personnes, ce point fondamental, c'est la gloire des légistes de l'avoir proclamé. Nous avons cité les paroles de Beaumanoir, qui méritent d'être rappelées : « Au commencement, tous furent francs, d'une même franchise, comme, selon le droit de nature, chacun doit être franc. » Le servage cesse donc de reposer sur un prétendu droit naturel ou divin, et n'est plus qu'un fait du hasard. Par conséquent, l'enfant, non seulement né, mais porté dans le ventre de sa mère pendant la liberté de celle-ci, est considéré comme libre. La filiation par mère libre a des effets civils que ni les vicissitudes du sort ni la volonté ne peuvent faire perdre. Voilà pour l'individu ; voici maintenant pour la famille. Jusqu'au douzième siècle, les mariages contractés par les serfs sans le consentement du mattre étaient annulés. Vers la fin de ce siècle, le pape

Adrien IV, le seul que l'Angleterre ait donné au Saint* Siège, eut l'heureuse idée d'abolir cette faculté d'annulation. Cette mesure libérale s'explique par la nationalité et l'origine de ce pape : Nicolas Breackspear, sorti d'une très humble condition, avait, dit-on, été serf. Les légistes alors, sans parti pris, laissent de côté pour un moment leur lutte habituelle contre la papauté, et poursuivent sur ce point l'œuvre du pape. « Des litiges multipliés s'élevaient sur les formariages^ droit que payait un serf pour épouser une femme franche ou d'une autre seigneurie *. Des difficultés naissaient aussi des parcours , conventions qui réglaient d'avance la propriété des enfants serfs mariés et de seigneuries différentes. La doctrine des légistes restreint successivement le droit de formariage dans son application, et s'efforce de détruire les effets des parcours^ quand ces conventions attaquent la filiation par mère. Grâce à la jurisprudence, toute une classe nouvelle se forme, dans les campagnes, vers la fin du quatorzième siècle ^. » Voilà pour la famille.

Le troisième point regarde la libération progressive de la terre : cette protection donnée à la personne du manant est étendue à sa propriété ; le seigneur n'aura aucun droit sur elle. Bientôt permission est donnée aux serfs de faire entre eux tous les contrats, et, enfin, d'acheter ensemble le fonds d'un homme libre, pourvu qu'ils ap^-

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