‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 65 sur 111 · Bardoux · texte numérisé non relu

Bardoux

Les légistes, en fondant l'ordre judiciaire et le barreau, créèrent un esprit de corps, qui conserva les traditions et permit la suite dans les desseins. Étant les délégués du Tiers État, avant que les marchands et commerçants eussent partagé avec eux cet honneur, ils furent le bon sens dé la Nation et les représentants naturels des masses non privilégiées. Grâce à la multiplicité croissante des offices, ils étendirent sur tous les points leur influence : en haut, près du trône, mêlés aux grandes affaires; en bas, près du marchand et du paysan, surveillant et défendant leurs intérêts respectifs , ils partagèrent leur aversion du pouvoir seigneurial et surent inspirer aux rois la volonté de le détruire, ou les moyens de le mater. « L'État fut leur idole ; ils lui constituèrent une doctrine et firent tout plier devant elle. Us usèrent la seigneurie par des procès incessants, par cette résistance de tous les jours qui maintient les imprécations et les colères; et, quand sonna, sans qu'ils l'eussent pourtant prévue, l'heure de la Révolution , l'édifice féodal était si bien miné, qu'il s'écroula en quelques instants ^ »

Le premier travail des légistes avait consisté à unifier et à redresser, selon le droit naturel ou ancien, le droit féodal, qui n'était, presque partout, que le chaos de la violence et l'arbitraire. Louis XI devait favoriser leur œuvre, qui concourait à son projet d'affaiblir incessamment les

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