I. Il ne suffit pas de connaître vos droits , il faut aussi
conoaitre vos devoirs; car la pratiqua du devoir n'est pas moia'i nécessaire que la jouissance du droit au maintien de l'ordre voulue de Dieu, et hors duquel vous n'avez rien à espérer sur la terre.
Le droit est la garantie de votre existence individuelle et (le votre liberté ; il est votreliberté mime ; il fait que TOUS êtes une personne et non une pure chose dont le premier venu est maître d'user à .sa fantaisie.
Mais est-ce tout que d'exister ? est-ce tout que d'être libre? Rien ne subsiste isolément dans l'univers, ne s'appuie sur soi , ne se nourrit de soi. On donne pour recevoir, on reçoil pour donner, et la vie tarirait de toute part sans le don mutuel et incessant de tous à chacun et et de chacun à tous.
€ Qui pourrait se passer entièrement de l'aide et du aecoors dautrui? Nous en avons besoin dans l'enfance, nous en avons besoin dans la maladie, nous en arons besoin en tout et toujours. Représentez-vous un homme seul, sans relations avec ses semblables, n'en recevant rien, ne leur donnant rien : ce serait le sauvage au milieu des bois; ce serait bien moins que le sauvage, car le sauvage vit en famille, en société : ce serait bieu moins que l'animal qui a sa famille et ses petits dont il prend soin, et souvent encore est associe, soit pour la défense réciproque, soit pour un travail commun avec des individus de même espèce.
L'homme isolé des autres hommes, dépourvu de lois et de langage et d'intelligence t^t d'amour, serait au sein de la création, une sorte de monstre qu'on regarderait avec
Ifroi Or
Or. si la sympathie, rinstinct, rapprochent les animaux
selon leurs lois propres, le Devoir coordonne et unit les créatures libres. Il est la base de la société, Imdispensable condition de Texistence commune.
Le droit concentre chacun en soi : c^ayant pour but immédiat la conservation de Tindividu, tout droit, par son essence, est individuel ; et le peuple, sous ce rapport, n'est qu'un individu collectif. Réclamer un droit, c'est demander quelque chose pour soi. Le pur droit, séparé du devoir, serait l'égoïsme pur, et par conséquent, selon le viel axiome , la suprême injustice. '
Qu'est-ce. en effet, que l'injustice, sinon la préférence absolue de soi aux autres , ou le sacrifice des autres à soi?
Le devoir, au contraire, porte chacun au dehors de soi ; car il a pour but la conservation, le bien de tous. Accomplir un devoir, c'est faire quelque chose d'utile à autrui. Le devoir pur est le pur dévouement, ou la justice et l'amour suprême. Qu'est-ce, en effet, que la justice, et qu'est-ce que Famour, sinon la préférence des autres à soi, ou le sacrifice de soi aux autres ?
» Le droit est sacré, puisqu'il est le principe conservateur de l'individu, élément primitif de la Société et sa racine nécessaire.
» Le devoir est sacré, puisqu'il est le principe conservateur de la Société , hors de laquelle nul individu ne se développerait ni ne subsisterait.
que la terre serait heureuse, que le genre humain avancerait rapidement dans la voie où il ne doit s'arrêter jamais, si le droit était respecté toujours et le devoir toujours accompli !
IL Nulle société possible sans le devoir : car saiLs lui
nul lien entre les hommes. Il comprend comme vous Tavez vu la justice et la charité.
Ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu'autrui nous fit, voilà la justice.
Faire pour autrui en toute rencontre, ce que nous voudrions qu'il fit pour nous, voilà la chanté.
» Un homme vivait de son labeur, lui, sa femme et ses petits enfants ; et, comme il avait une bonne santé, des bras robustes, et qu'il trouvait aisément à s'employer, il pouvait sans trop de peine pourvoir à sa subsistance et à celle des siens.
Mais il arriva qu'une grande gône étant survenue dans le pays, le travail y fut moins demandé, parce qu'il n'offrait plus de bénéfice à ceux qui le payaient, et en même temps le prix des choses nécessaires à la vie augmenta.
L'homme de labeur et sa famille commencèrent donc à soufÊîr beaucoup. Après avoir bientôt épuisé ses modiques épargnes, il lui fallut vendre pièce à pièce ses meubles d'abord, puis quelques uns de ses vêtements ; et quand il se fut ainsi dépouillé, il demeura privé de toutes ressources, face à face avec la faim. Et la faim n'était pas entrée seule au logis: la maladie y était aussi entrée avec elle.
Or, cet homme avait deux voisins, l'un, riche, l'autre, pauvre.
11 s'en alla trouver le premier et lui dit : « nous manquons » de tout, moi, ma femme et mes enfants : ayez pitié de » nous. » Le riche lui répondit: « que puis-je à cela? Quand vous avez travaillé pour moi, vous ai-je retenu votre salaire, ou en ai-je différé le paiement? Jamais je ne fis aucun tort ni à vous ni à aucun autre : mes mains sont
pures de toute iniquité. Votre misère m'afOige , n chacun doit songer à soi dans ces temps mauvais : sait combien ils dureront. »
Le pauvre père se tut, et le cœur plein d'angoisse s'en retournait leutement chez lui, lorsqu'il rencoi l'autre voisin moins riche, Geluî-d le voyant pensil triste, lui dit: « Qu'avez-vous ? Il y a des soucis survc front et des larmes » dans vos yeux. »
Et le père, d'une vois altérée, lui exposa son infortn Quand il eut achevé : « Pourquoi, lui dit l'autre, v
> désoler de la sorte ? ne sommes-nous pas frères !
* comment pourrais-je délaisser mon frère en sa détre! » Venez et nous partagerons ce que je tiens de la bo » de Dieu. »
La famille qui souffrait fut ainsi soulagée jusqu'i qu'elle put elle-même pourvoir à ses besoins.
» Plusieurs années passèrent après lesquelles les d< riches comparurent devant le juge souverain des acti humaines. Et le juge dit au premier: « Mon œil fa si » sur la terre: Tu t'esabstenu de nuire à autrui, de vit
* son droit; tu as accompli rigoureusement la stricte loi B la justice; mais en l'accomplissant, tu n'as vécu i » pour toi ; ton âme sèche et dure n'a pas compris la
* de l'amour. Et maintenant, dans ce monde nouveau » tu entres pauvre et nu, il te sera fait comme tu as
> aux autres. Tu as réservé pour toi tous les biens » t'avaient été répartis ; tu n'en as rien donné à tes frèr
* il ne te sera rien donné non plus. Tu n'as songé q V toi, tu n'as aimé que toi ; va, et vis de toi même. »
Et se tournant vers le 3ecsnd,]ejuge lui dît:
» Parce que tu n'as point été seulement juste, et <]
"» la charité pénétra ton cœur ; parce que ta raain s'ou-
» vrit pour répandre sur tes frères moins heureux les
> biens dont tu étais dépositaire, et qu'elle essuya les » larmes de ceux (|ui pleuraient, de plus grands biens te » seront donnés. Va et reçois la récompense de celui qui » a pleinement accompli le dei?oer, la loi de justice et la » loi d'amour. >
III. Nous n'avons qu'un jour à passer sur la terre, faisons en sorte de le passer en paix. La paix est le fruit de l'amour; car pour vivre en paix il faut aimer ses frères.
> Deux hommes étaient voisins, et chacun d'eux avait une femme et plusieurs petits enfants, pt leur seul travail pour les faire vivre.
Et l'un de ces deux hommes s'inquiétait en lui-même, disant: « Si je meurs ou que je tombe malade, que deviendront ma femme et mes enfants? »
Et cette pensée ne le quittait point, et elle rongeait son cœur comme un ver ronge le fruit où il est caché.
Or, bien que la même pensée fut venue à l'autre père, il ne s'y était point arrêté ; « car, disait-il, Dieu, qui con-
> naît toutes ses créatures et qui veille sur elles, veillera » aussi sur moi, et sur ma femme, et sur mes enfants. »
Et celui-ci vivait tranquillement, tandis que le premier ne goûtait pas un instant de repos et de joie intérieurement.
Un jour, qu'il travaillait aux champs, triste et abattu à cause de sa crainte, il vit quelques oiseaux entrer dans un buisson, en sortir et puis bientôt y revenir encore. Et 8*étant approché il vit deux nids posés côte à côte, et
dans chacun plusieurs petits aouvellement éclos et encore sans plumes.
Et quand il fut retourné à son travail, de temps en temps il levait les yeux, et regardait les oiseaux qui allaient et venaient portant la nourriture à leurs petits.
Or, voilà qu*au moment où Tune des mères rentrait avec la becquée, un vautour la saisit, Tenlère, et la pauvre mère se débattant vainement sous-la serre, jetait des cris perçants.
A cette vue, Thomme qui travaillait sentit son âme plus troublée qu'auparavant ; car, pensait-il, « la mort de la » mère, c'est la mort des enfants. Les miens n'ont que » moi non plus. Que deviendront-ils si je leur manque?»
Et tout le jour il fut sombre et triste, et la nuit il ne dormit point.
Le lendemain, de retour aux champs , il se dit : « Je veux voir les petits de celte pauvre mère : plusieui*s sans doute ont déjà péri. » Et il s'achemina vers le buisson. Et regardant, il vit les petits bien portant; pas un ne semblait avoir pâti.
Et ceci l'ayant étonné, il se cacha pour voir ce qui se passerait. Et après un peu de temps, il entendit un léger cri, et il aperçut la seconde mère rapportant en hâte la nourriture qu'elle avait recueillie et elle la distribua à tous les petits indistinctement, et il y en eut pour tous, et les orphelins ne furent point délaissés dans leur misère.
Et le père qui s'était défié de la Providence, raconta le soir à l'autre père ce qu'il avait vu.
Et celui-ci lui dît : Pourquoi s'inquiéter? Jamais Dieu n'abandonne les siens. Son amour a des secrets que nous
ne connaissons pas. Croyons, espérons, aimons, et poursuivons notre route en paix. Si je meurs avant vous, vous serez le père de mes enfants ; si vous mourez avant moi, je serai le père des vôtres. Et si Tun et l'autre, nous mourrons avant qu'ils soient en âge de pourvoir euxmêmes à leurs nécessités, ils auront pour père, le père qui est dans les Cieux.
De la fraternité liaiiialne.
« S'il n'existait qu'un homme sur la terre, aucun des maux de Tordre moral que la i^eligion tend à prévenir, ou auxquels elle s'efforce de remédier, aucun des désordres que les lois répriment, ne troublerait Tharmonie de l'œuvre de Dieu. Ces désordres et ces maux ne sont, en réalité, qu*uae violation du devoir, ou la violation des rapports naturels entre les hommes ; que tous les hommes donc fussent si parfaitement unis, qu'ils ne formassent, pour ainsi parler, qu'un seul être moral, un seul homme, le mal disparaîtrait du monde.
Or, cette union parfaite, dont la destruction du mal serait la conséquence, et qui dès lors, est ici bas le but providentiel de l'humanité, quel en est le bien? Qui l'opère ? Si ce n'est l'amour de Dieu, source étemelle des biens, dans son unité iniSnie, et l'amour de ceux qu'a chacun de nous il a donné pour frères ?
Aussi : selon la parole évangélique également profonde et consolante ; aimer c'est accomplir la loi, et ce précepte résume tous les autres.
> Quel plus doux nom que celui de frère ! Il exprime, il renferme en soi le divin mystère de Tamour, qui fait que tout ensemble, on est plusieurs et Ton n*est qu'un, que d'innombrables vies ne forment qu'une seule vie, que des êtres à jamais distincts, s'entrelacent par leurs racines dans les profondeurs de l'Être éternel, s y touchent par tous les points, s'y sentent l'un dans l'autre, parce qu'au sein de cette immense unité tout est un.
» Quant le Christianisme naquit, il y avait des nations, des peuples, des races, le plus souvent ennemies entre eUes; il y avait des individus séparés parles intérêts, concentrés en soi par l'cgoïsme ; il y avait des maîtres et des esclaves, des classes dominatrices et une plèbe asservie ; nul ne se représentait le genre humain comme une grande famille. Partout régnait le principe du mal, le principe qui divise.
» La parole de Jésus promulguant la loi de fraternité, la loi de la vie, fut donc vraiment la bonne nouvelle du salut pour le monde.
Aussi, avec quelle force cette puissante et suave parole retentit-elle au fond de la conscience humaine! Quel ressort et quelle énergie lui rendit-elle soudain ! Les pauvres, les faibles, les opprimés, le peuple enfin, toujours plus accessible que ses maîtres, au vrai et au bien, fut le premier à la comprendre. Le premier il eut le sentiment de la dignité de l'homme et de ses devoirs ; et lorsque remontant jusqu'à Dieu, il eut retrouvé en lui la lumière qui manquait à son intelligence, le moyen
il'iinioti et le point {l'appui qui manquait à sa force, il fallut'quG grands, princes, rois, empereurs, tout cédât et rfc.utinûl Tempirede la lui chrétienne.
» Sans doute, elle fut bien loin de produire d'abord tou3 ses â-uits : les passions la violèrent, Tt^goïsme qu'elle combat réagit contre elle, l'obscurcit à l'aide du sophisme, la coiTonipit et la dénatura pratiquement : mais, je le demaude, malgré ces innombrables transgressions et ces prévarications solenuelles, y eût-il depuis dix-huilsiècles, ' une époque oii elle fut pliw vivante, plus idontifiée avec la conscience et la raison de Ibomme?
Elle fut, pai' un admirable instinct, proclamée en tête des lois : on sentit qu'on ne pouvait sans elle rien constituer de durable, qu'à elle seule il était donné de réaliser le gi-anil avènement auqueU'huuiauité aspire invinciblement
» L'égalité n'est qu'un simple fait, le fait d'identité d'origine ; la liberté exprime le droit ; la fraternité représente le devoir. Ot, si le droit cojiserve dans l'intégrité de son être chaque individu pris à part, le devoir unit entre eux les individus que le droit seul laisserai! isolés. La liberté n'impose aucun dévouement, ne commande aucun sacrifice. Mais elle n'est point la vie ; la vie, c'est l'amour, l'énergie sympathique qui, ramonant les individus à l'unité, fait qu'ils se pénétrent pour ainsi dire et se confondent en un seul être ; la vie, c'est la fralei'nité.
V Ne l'oublions pas. chacun de nous a son devoir, un grand et sacré devoir qu'il lui est ordonné d'accomplir au milieu de ce mouvement universel de l'humamlé. Que serait-ce, en effet, que la fraternité! qu'une vide maxime, un mot stérile et vain si, du fond de notre cœur, l'aruour fii^teruel ne s'épandait comme une effusion de vie autour
de nous, sur ceux qui pleurent et languissent, et souffrent, sur le vieillard délaissé, sur Tenfant doftt.les pauvres petits membres, amaigris par la faim, tremblottent de froid au coin de la rue ; sur son père à qui le travail manque ; sur sa mère en qui tout est épuisé . el les larmes même ?
» Et retenez-le bien, ce n*est pas seulement le superflu de son luxe que le frère doit au frère ; ce n^est pas Thumiliante aumône que le riche dédaigneux laisse tomber dans la main du pauvre ; il lui doit tout ce que se doivent ceux qui, sortis du même sein, ont dormi dans le même berceau , ont été allaités par les mêmes mamelles ; il lui doit non seulement les secours matériels , mais les soins affectueux et la tendre compassion et les suaves paroles qui guérissent les blessures de Tâme, ou au moins appaiseut les douleurs.
» Quand la fraternité sera dans vos cœurs,elle ne tardera pas à s'introduire dans vos lois. Si celles-ci sont maintenant si dures, si impitoyables, n'est-ce point que vous mêmes, vous êtes sans pitié V Les préceptes d'humanité viennent mourir stérilement dans Toreille des hommes, parce qu'ils y arrivent, après s'être flétris en passant sur des lèvres que l'égoïsme a desséchées. Voulez-vous renouveler la face de la terre, renouvelez-vous entièrement. Dilatez vos entrailles ; qu'elles deviennent un sanctuaire d'amour, et le monde sera bientôt régénéré. >
■« Devoir ri l'Intérêt.
« C'est le devoir qui est le principe du mérite et du démérite ; car l'idée du devoir eatraîno l'idée du sacrifice, comme l'idée du sacri&ce est celle même de la vertu.
Je sais bien qu'on a prétendu confondre le devoir avec l'intérêt et qu'il y a toute une sagesse morale qui repose sur cette assimilation. Mais, dans la doctrine du Christianisme, un abîme les sépare l'un de l'autre. Car bieu 'il y ait à remplir son devoir un intérêt lointain et final, t un intérêt ijivisible auquel on est libro de ne pas lire et auquel la passion ne croit pas. Ce qui est clair pour elle, c'est l'objel présent qui la sollicita; tout le reste s'évanouit pour ne laisser aux pnses dans l'àme fascinée, que la jouissance et le sacrifice ; et si la passion est vaincue, elle ne l'est que par un acte de foi douloureux à l'idée du devoir. C'est mou devoir : tel est le mot suprême de conscience. Jamais la conscience n'a dit: c'est mon
■St.
« Tout ce qui s'est fait de grand dans le mondo s'est fait cri du devoir ; tout ce qui s'est fait de misérable, s'est fait au nom de l'intérêt. L'histoire de l'homme aussi bien ;e son cœur ne permettront Jamais de confondre deux iljjles qui sont plus que dissemblable», puisqu'ils sont lemis, et au jour même où Dieu couronnera les bons, rien ne brillera plus sur leurs têtes que la naïveté de leur dévouement.
^-jpi'il ^iroii
^■i* ce ■|ltérj
^^e Kolj
» Faut-il être pauvre ? En vain me direz- vous que c'est mon intérêt, que tout le monde ne peut pas êti*e riche, qu'en voulant sortir de ma position, je donne à ceux qui sont plus pauvres que moi le droit de sortir de la leur et de me dévorer. Ce raisonnement fut-il irréprochable, il me semble à moi. pauvre, une dérision. Pourquoi ne maudirais-je pas mon sort? Pourquoi, fut-il sans remède, n*accuserais-je pas la Société, la nature et Dieu qui les institua? Pourquoi m'interdirais-je Tenvie et la haine contre les favoris du hasard? Ah ! voulez -vous me toucher, prenez-moi par le côté généreux de mes entrailles. Ditesmoi que la pauvreté est un grand sacrifice, que je suis un soldat aux frontières de la Société, que j'y dois mourir s'il le faut, que c'est ma vocation, ma gloire ; que la vertu et non la terre sont le bien de l'homme ; que Dieu luimême, venu parmi nous, est né dans la cabane du pauvre, qu'il a vécu avec eux, qu'il en a partagé les travaux et les humbles joies. Dites-moi que le temps n'a qu'une heure et que le témoignage d'une bonne conscience a l'éternité. Je vous entendrai peut-être par le seul effort du cœur, et si j'ai la foi, je vous entendrai par tous les pores de mon âme. Je bénirai la place où Dieu m'a mis ; je démêlerai des grandeurs, et j'y susciterai des joies.
« L'espérance aussi planera par dessus le sacrifice ; mais toute divine qu'elle soit et différente d'un intérêt visible et terrestre, elle ne viendra pourtant qu'après l'amour, à la seconde place, fille de la vertu et non pas sa mère.
« Vous donnerais-je d'autres preuves? Dites-moi si, pris de compassion et d'amitié pour vos secrètes blésâures, je voulais vous persuader d'être chaste, oserais-je bien vous dire que c'est votre intérêt? Votre intérêt !
Sans (ioute ; vous savez bien qu'ea vous abandoQnant sans mesure à la soif Hes sens, vous appellerez sur tous (les inSnnitéâ honieuses, suivies d'une mort prématurée. Mais lie même qu'il y a un art de diriger l'acquisition d'une fortuoe. n'y a-t-il pas aussi un art d'épargner ses sens en Jes satisfaisant , de conserver sur ses lèvres et dans ses yeux la dignité d'un liomme pur, tout eii goûtant les délices du mal ? Le monde ne dit pas au jeune homme : < Vautre-toi dans la fange » Il lui dit : « Aie la sagesse fr du vice. Sache que le plaisir est une plante rare et délicate qui s'épuise vite : ne commets pas la faute de la flétrir en un jour : ménage-la comme une divinité que la nature a mise en toi: bois avec mesure en faisant une libation aux dieux, afin de t' arrêter au point où l'infamie succède à la jouissance, et où la mori punit l'excès du vice. » Voilà le langage du monde et comment il couvre de voiles et de fleurs et du bandeau nuptial toutes les corruptions et tous les périls de la volupté.
< Mais moi. si quelquejeune âme a touché mon coeur de endresse et que je veuille faire tomber de ses mams la coupe trompeuse du mal, je lui dirais : « Ami, enfant de ta ûière et frère de ta sœur ; enfant de ta mère qui l'as mise au monde dans la continence sacrée du mariage, frère de ta sccur dont tu gardes et dont tu respires la vertu ; ah I ne déshonore pas en toi-même ce grand bien qui t'a fait homme. Sots chaste, ami, conserve dans une chair Iragile l'honneur de loji âme, la source religieuse d'où s'épanche la vie et où fleurit l'amour. Prépare à la couche future des amitiés saintes ; suis chaste pour aimer longtemps et pour aimer toujours. 11 y a au monde, entre ta mère et ta sœur, entre tes aïeux et ta postérité, une
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frêle et douce créature qui t'es destinée de Dieu ; cachée à tous les regai'ds, elle nourrit en silence la fidélité qu'elle te promettra ; elle vit déjà pour toi qu'elle ignore, elle t'immole ses penchants, elle se reproche tout ce qui pourrait déplaire au moindre de tes désirs : Ah ! garde lui ton cœur comme elle te garde le sien ; ne lui apporte pas des ruines en échange de sa jeunesse; et puisqu'elle se sacrifie pour toi par un amour anticipé, fais à ce même amour, dans les replis de tes passions, un juste et sanglant sacrifice. »
« Voilà le langage que peut susciter la vertu. ' Arrière donc, une fois pour toutes, cette idée de l'intérêt appliquée à l'accomplissement du devoir.
« Si vous tenez à connaître ce que vaut un homme , considérez le à l'épreuve du devons ©t s'il [ne vous rend pas le son du sacrifice , quelle que soit la pourpre qui le recouvre, détournez la tête et passez : Ce n'est pas un homme. » (Lacordaire).
La lilbcrté.
« Ne vous laissez pas tromper par de vaines paroles. Plusieurs chercheront à vous persuader que vous êtes vraiment libres, parce qu'ils auront écrit sur une feuille de papier le mot de liberté et l'auront affiché à tous les carrefours.
1 placard qu
rue. Ella est une puissance vivante qu'on sent en soi et autour de soi, le génie protecteur du foyer domestique, la garantie des droits sociaux, et le premier de ces droits.
L'oppresseur qui se couvre de son nom est le pire des oppresseurs, il joint le mensonge a la tyrannie , et à l'injustice la profanation; car le nom de la liberté est saint.
Gardez-vous donc de ceux qui disent ; « liberté , liberté, ■ ot qui la détruisent par leurs actes , C'est vous, dit-on. qui cboisissez ceux qui vous gouvernent et qui vous commandent de faire ceci et de ne pas faire cela. Mais ceux que vous avez choisis imposent vos biens, vos indusiries, votre travail ; ils vous défendent de disposer de vos enfants comme voua l'entondeî:. de confier à qui vous plaît le soin de les inslruire et de former leurs mœurs. Si, alors qu'ils vous ont odieusement trahis, vous n'avez pas le droit de les déposer et de les chasser, comment êtes-vous libres?
Pourez-vous. en vous couchant le soir, vous répondre qu'on ne viendra point, durant votre sommeil, fouiller les lieux les plus secrets de votre maison, vous arracher du sein de votre famille et vous jeter au fond d'un cachot, parce que le pouvoir, dans sa frayeur, se sera défié de vous.
La liberté luira sur vous quand à force de courage et de persévérance, vous aurez reconquis votre droit contre les fourbes qui ont Irahi vos intérôts.
La liberté luira sur vous quand vous aurez dit au fond do votre âme : c Nous voulons être libres. > Quapd. pour
le devenir, vous serez prêts à sacrifier ioi^t et à tout souffrir.
La liberté luira sur vous lorsque , au pied de la croix sur laquelle le Christ mourut pour vous, vous aurez juré de mouni* les uns pour les autres. »
l^es Dcvolr« de Famille.
I. Outre les devoirs généraux, il en est de particuliers, et premièrement les devoirs de famille.
« La famille, permanente comme la société, en est Télé* ment primitif. Les relations qui la constituent antéi ieures aux lois positives, dérivent directement de la nature même. Un être incapable de se reproduire est un être incomplet ; la femme est donc le complément de l'homme. Ils s'appellent , se supposent l'un l'autre , ne forment en deux corps qu'une même unité , et les enfants qui procèdent d'eux , ne sont en réalité qu'un prolongement, une continuation de leur être commun ; ils revivent en eux et par les générations successives se perpétuent indéfiniment.
Ainsi, le mariage n'est point une institution arbitraire ; il est l'union physique et morale d'un seul homme et d'une seule femme qui se complètent l'un l'autre en s'unissant, et toute atteinte portée au mariage, à son unité, à sa sainteté , est une violation des droits naturels, une source de désordres et de maux sans nombre.
^Hu8 d'une fois on a vu se répandre dans le monde
(i'abjecles et licencieuses doclrines destructives du lien conjugal Repoussez avec horreur et di^goût ces hideux enseignements qui vondraient ravaler 1 bonime au niveau de la brute, et môme au dessous de la brute ; car en plusieurs espèces d'atiimaux , on aperçoit dèjk comme une faible ombre de ce que devient, en «"élevant, l'union sainte d'où dépend la perpétuité du genre bum'aîn.
Entre l'homme et la femme, l'époux et l'épouse, les droits sont égaux . les aptitudes et les fonctions diverses. La femme n'est point la servante de l'homme, encore moins son esclave; elle est sa compagne, son aide, les os de ses os, la chair de ya chair. A mesure que le sens moral se développe chez un peuple . elle croit on dignité et en liberté, en cette sorte de liberté qui n'est point l'exemptioii du devoir et de la règle . mais l'affranchissement de toute dépendance servile.
Maris , vous devez à votre femme respect , amour et protection j femmes, vous devez à votre mari , déférence, amour et respect. En lui donnant la force, Dieu fa chargé des plus rndea travaux; en vous donnant la grâce, la tendresse et la douceur, il vous a déparli ce qui en allège le poids et fait, du labeur même, une intarissable source de joies pures.
Lorsque votre main essuie son visage, mouillé de sueurs , toutes ses iatîgues ne sont-elles pas à l'instant oubliées ? Lorsque son âme est triste et sa pensée soucieuse . une de vos paroles , un de vos regards , no ramène-t-il pas le calme en tma cœur et le sourire sur ses lèvres?
II Mais la an du mariage ii*e8t pas aeulemeDt d9
rendre aux époux la vie plus facile et plus douce : son but principal est de perpétuer par la reproduction des individus la grande famille humaine. Pères , mères , qoi de vous pourrait exprimer Tinénarrable joie dont vous tressaillîtes, lorsque, pressant sur votre sein le premier fruit de votre amour, vous vous sentîtes renaître en lui ?
« De nouveaux devoirs viennent à ce moment se joindre aux devoirs primitifs destinés à unir Tépoux à Tépouse. Autrement que deviendraient les faibles créatures qui tiennent d*eux Texistence ? La mère leur doit son lait, et les soins assidus et le dévouement infatigable d'où dépend leur conservation dans les premières années. Le père leur doit, avec sa tendresse et sa protection vigilante, le pain et le vêtement ; il doit pourvoir à tous leurs besoins, jusqu'à ce qu'ils puissent y pourvoir euxmêmes.
Or, comment y pourvoira -t- il, s'il s'abandonne à l'oisiveté , ou si , dominé par ses convoitises , il dissipe pour les satisfaire , le produit journalier de son travail? Celui que Tbabitude et la passion entraînent à de pareils désordres, qu'est -il, sinon le meurtrier des siens ? Savez-vous ce qu'il boit dans ce verre qui vacille en sa main tremblante d'ivresse? Il boit les larmes , le sang , la vie de sa femme et de ses enfants.
Les animaux s'oublient eux-mêmes pour ne songer qu'à leurs petits : voudriez-vous descendre, dans l'abrutissement, plus bas que les bêtes des forêts ?
« Quand vos enfants auront reçu de vous la nourriture du corps , ne croyez pas avoir rempli tous vos devoirs
envers eax. Vous avez à en faire des hommei); qu'est-ce que l'honime , si ce n'est un être moral et intelligent? Qu'ils apprennent 'JoDO de vous k discerne!" 1 bien du mal , à aimer l'un et à raccoraplir. à fuir l'autre et k le détester.
Cultivez dàs le plus jeune âge et développei; en eux les instincts élevés de notre nature, sur lesquels se fonde l'existence sociale, le sentiment de la Justice et de l'ordre . de la commiséralioti et de la charité.
L'enseignement doinié sur les genoux d'une mère et les leçous paternelles, confondus avec les souvenire pieux et doux du foyer domestique, ne s'effacent jamais de l'âme entièrement.
El ne vous figurez pas que des discours soient tout : les discours ne sont rien sans l'exemple. Quels que soient vos coa'^cils et vos exhortations . il» demeureront stériles, si vos œuvres n'y répondent. Vos enfants seront tels que vous, corrompus ou vertueux, selon que vous serez vous-mêmes vertueux ou corrompus.
Comment seraient-ils probes , compatissants, humains, si vous manquez de probité . si vous êtes sans entrailles pour vos frères'? Comment réprimeraient-ils leurs appétits grossiers s'ils vous voient livrés 5i l'intempérance? Comment conserveraient- ils leur innocence native si vous ne craignez point de blesser devant eux la pudeur par des actes indécents et par d'obscènes paroles?
Vous êtes le modèle vivant sur lequel se formera leur nature fiexiMe. Il dépend de vous de faire d'eux ou des hommes ou des brutes.
Et comprenez bien ceci ' Nous naissons toii« dans l'ignorance, et l'efTet de l'igaorancc est la misère el
rabaissement. Celui qui ne sait rien , que peut-il être en ce monde et à quoi est-il propre ? il n*est qu'un $implo instrument matériel pour lui en partie stérile ; car la force physique n*a de valeur que celle qu'elle emprunte de Tintelligence qui la dirige. L*homme ignorant est donc à peu près une pure machine entre les mains de ceux qui Temployeut pour leur intérêt personnel. Or, voudriezvous que telle fut la condition de vos enfants ? Voudrieïvous qu'à jamais déchus de la dignité humaine , ils végétassent dans un labeur aveugle et presque sans fruit, semblable au bœuf qui creuse son sillon au profit do maître qui Texcite et le guide ?
Vous devez donc à vos enfants Tinstruction , comme vous leur devez le pain , laliment de l'esprit aussi bien que Taliment du corps.
Aujourd'hui , il est vrai, les sources ne vous manquent pas : on vous offre de tous côté3 Tinstruction : on la rend à tous obligatoire. Vous avez donc un choix à faire. Ne confiez jamais vos enfants à ceiuv qui, aujourcThuij enseignent tout, excepté ce qui peut faire des hommes de devoir,
11 y a une grande puissance dans la conscience du devoir. Pères, mères, tels sont ceux que Dieu vous impose envers vos enfants.
111. Enfants , apprenez aussi quels sont les vôtres envers vos parents ; car vous ne serez heureux et bénis qu'en y restant fidèles.
Honorez et aimez le père qui vous a transmis la vie , la mère qui vous a nourri dans son sein et allaité de ses mamelles. Y a-t-il un être plus maudit que celui qui brise
len d'amour et de respect établi par Dîou môme entre
I et coux desquels il tieut le jour?
"Vous êtes h vos parents un grand sujet de soucis- N'oDl-ils pas sans cesse devant les yeux vus besoins de toute sorte : et ne faut-il pas qu'ils fatiguent sans cesse pour y subvenir? Le jour, ils travaillent pour voua; et la nuit encore, pendant que vous reposez, souvent ils veillent, pour n'avoir pas le lendemain h vous répondre quand vous demanderez du pain : « attendez, il n'y eu a pas. •
Si vous ne pouvez maintenant partager leur tàclie, efforcez-vous au moins de la rendre moins rude parle soin que vous prendrez de leur complaire et de les aider, selon votre âge , avec une tendresse toute filiale.
Vous manquez d'expérience et déraison; il est donc nécessfûre que vous soyez guidés [lar leur raison et leur expérience; et ainsi, selon l'oidre naturel el la volonté de Dieu, vous devez leur obéir, prêter à leurs conseils el à leur enseignement une oreille docile.
« Dieu vous a-t-il donné des frères, des sœurs : que rien n'altère jamais la paix entre vous, ni l'affection que vous vous devez mutuellement. Vous files sortis des mômes entrailles, le même laii vous a nourris : est-il un tien plus fort et plus sacré que celui-là? Faites en sorte que les années le resserrent toujours davantage. Notre sentier sur la terre est difficile el rurlej pour y marcher avec assurance, pour ne pas trébucher à chaque pas. appuyezvous les uns sur les autres.
Plusieurs .se perdent par un choix léger de leurs amis et de leurs compagnons ; ne vous liez qu'avec ceux qui marchent dans la route du bien, dont la conduite est
irréprochable. Les autres bientôt vous pervertiraien leurs discours et par leurs exemples ; ils flétriraiej - i VOUS cette délicate fleur d'innocence qui répand a
i' jeune âge comme un doux parfum.
!' ^ « Il vient UQ temps où la vie décline, où le corps
: ( faiblit, les forces s'éteignent ; enfants, vous devez
à vos vieux parents les soins que vous reçûtes (
'- mère en leurs nécessités, qui demeure sec et froic
vue de leurs souffrances et de leur dévouement, je
! j dans vos premières années. Qui délaisse son père
j; I le dis en vérité, son nom est écrit au livre du souvi
i I juge parmi ceux des parricides.
i; î « Et retenez bien cette dernière parole; vous tous p<
I mères, frères, sœurs : S*il est sur la terre de vraies j
un bonheur réel, ce bonheur, ces joies, se trouve] ; sein d'une famille bien ordonnée, dont le devoir
étroitement les membres, car le bonheur ici bas ne siste point dans la jouissance ininterrompue de ce qu
^ . hommes appellent des biens , mais dans le mutuel ai
i qui doit adoucir les maux inséparables de notre exist
J présente. »
Devoirs envers la Patrie*
L'ordre social naturel à l'homme établit entre familles des relations d'où naît un nouvel ordre de dev( les devoirs envers la patrie.
« La Patrie, c'est la commune mère, l'unité <
laquelle 80 péinVlreul el se confomieiil les inrlmdus iaulég, c'est le [iQtQ sacré qui csprime la t'iision volontaire de tons les intérêts en un seul intérêt. île toutes les vies en une seule vie peipétuelloment durable.
» Et celle rut>ion, source féconde d'Uié].-uisables biens, principe d'un progrès cunlînu impossible sans elle : cette fusion dont l'efTet est d'accroître indë&iiimeot la force de conservation et la puissance de 'lévelupperaenl. l'énergie productive, la sécurité, la prospéillé. coiaiiiejit s'opère t-elle? par le dévouement de chacun à tous, le sacnSce de soi, par l'amour Infini, qui. étouffant l'abject égoï^me, accomplit la parfaite union des mi^mbres du corps social.
Or, vous le savez iléjà, la vraie société fondée sur l'égalité [lalurelle, n'est, par son essence et ne doil être de lait, que l'organisation de la fraternité. Toute autre institution politique qu'elli' qu'eu soit la forme, renferme quelque chose de funeste et d'illégitime: d'il légitime, car elle viole des droits imprescriptibles: de fîmes le. parce qu'on les violant, elle attaque la base même de l'ordre, et provoque ainsi des luttes intestines, des guerres terribles que rien n'empêchera d'éclater tôt ou lard.
Votre premier devoir envers la patrie est donc de travailler avec un zèle qui jamais ne se lasse, à établir, dans son iutégnté, le granil principe de l'égahté absolue des droits d'où émanent toutes les libertés publiques et privées, de combattre sans relâche le privilège, juann'k ce que vous l'ayez complètement vaincu.
l£ privilège, gardez-vous, par dessus tout, de l'établir jamais. (1)
(t) Ceci était écrit il y a plm de 50 ans. Voyons quel nooa en avons conservé.
Vous le pourriez, sans doute, au retour d*une législature nouvelle.
Mais jusque là vous êtes contraint de vivre encore som leur domination. Vous n'avez pas été consulté sur les lois qu'ils ont faites à leur profit La Constitution qui régit Toi^anisation présente n'a pas reçu le privilège de votre sanction; vous ne Tauriez jamais admise , car elle créait des immunités que vous auriez justement repoussées. Elle sanctionne l'abdication de vos droits inaliénables, de juger ceux que vous aviez commis à la défense de tous vos intérêts.
C'était la condition du mandat réciproquement souscrit; et leur Constitution repousse la réciprocité ; elle n'admet pas le mandat impératif ; c'est un contrat dont un seul accapare tout le profit ; c'est une odieuse duperie.
Demain sonnera l'heure de votre souveraineté : et ceux-là même qui vous ont tant de fois trompé, trahis, dépouillé , oseront vous offrir encore le tribu de leurs adulations et de leur dévouement; vous seriez assez stupides pour les croire . et vous renouvelleriez leurs mandats !
Vous n'ouvrirez les yeux sur leurs fourberies que quand ils auront anéanti l'industrie nationale, ravi le travail à vos bras, vous auront plongé dans la dernière misère, conduit l'État à la ruine et à V inévitable Banqueroute,
La France, si riche naguère, si féconde en ressources, si renommée par son crédit, n'aura rien perdu de sa richesse : mais celle-ci n'aura servi qu'à édifier la fortune de nos habiles législateurs et à plonger le peuple dans une plus profonde détresse.
Voilà, Peuple imbécile, où vous mène votre inepte confiance. Vous voua déclarez impuissant devant ce triste système qu'on nomme ironiquement le gouvernemenl populaire!
Il faudra bien cependant qu'on s'arrête uu jour dans cette voie. Comment en sortir?
On ne le pourra que par l'application des rcpipaniMblIlléM.
Le principe même du gouvernement démocratique implique rigoureusement l'idée des responsabilités; et la conduite des pouvoirs aujourd'hui est un contre-sens formel au principe républicain.
Les Républiques anciennes ne l'entendaient pas ainsi ; leur démocratie plus rigoureuse et plus logique n'hésitait pas à punir du châtiment des traîtres ; de l'exil , de la ruine et parfois de la mort , les tentatives de domination ou les actes de forfaiture aux intérêts du peuple. Athènes, Sparte, Carthage, nous onl laissé de nombreux exemples de châtiments pareils.
Des faits analogues se sont rencontrés sous le règne de la ten'eur Jacobine. Je ne dis rien de la justice de ces applications, je ne constate que les faits: Us sont du moins en harmonie avec les principes. Si nous vivions aujourd'hui sous un tel régime, qui pourrait compter le nombre des misérables que la justice du peuple aurait inexorablement frappés ?
L'une des plus graves préoccupations des pouvoirs le Nation doit être sans contredit la question de la guerre. Celle-là, ô Peuple, vous ne la jugez pas indifférente ; c'est vous qui en portez tout lo fai^deau , c'est votre
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travail qui supporte les charges de Timpôt ; mais le plus lourd entre tous est celui du sang.
La guerre dévore le peuple ; c'est lui qui forme presque exclusivement Tannée ; les hommes du privilège , (ce n'est pas un mystère), parviennent souvent à y soustraire leurs enfants.
L'armée, qui ne devrait servn* qu'à la défense du territoire, et à la protection des droits de tous, se trouve engagée bien souvent dans des conquêtes stériles ou odieuses.
Cependant, qui décide de l'opportunité de ces entreprises ? Est-ce le peuple, le vrai peuple î Oui, dit-on, par l'entremise de ses délégués ; Mais si, comme le démontre trop souvent Texpérience, ceux-ci ne prennent guère souci de ceux qu'ils représentent ; si le peuple était consulté, s'il prenait le droit qui lui appartient de se faire écouter ; qu'il en serait autrement ! . . . •
Les guerres injustes ont toujours une ou plusieurs individualités responsables qui n'obtiennent que par tromperie l'assentiment des masses. Ces responsabilités, on peut toujours les atteindre ; et, sous un régime démocratique, elles ne devraient jamais demeurer inpunies. Le châtiment qu'elles méritent est celui des traîtres et des assassins.
Notre époque a vu le spectacle de pareils forfaits ; elle nous a montré en même temps la honte de la plus odieuse impunité
Je cite ici une page remarquable qui se rattache à toutes les Révolutions Populaires.
* Aucune révolution ne durerait quinze jours, sans le
- JT5-
lombre Ae ceux qui, durant ces quinze jours, nut mènté la potence au moins quinze fois. Joseph du Maistre dit qu'un peuple ne choisit jamais ses maîtres ; cela est vrai ; mais l'on peut ajouter que, s'il les choisissait, il ne saurait, avpc toute sa stupidité, les prendre pires qu'il ne les reçoit pour sa honte et pour son châtiment. Lorsqu'on regarde quelque riWolle un peu considérable que ce soit, il laut bien conclure avec ce puissant philosophe, que rien, dans le cours des choses, ne montre mieux qu'un peuple on révolution, la Justice régulière qui préside au gouvernement de l'univers.
» L'espritattentif, qui compte et qui pèse les torts réciproques: les punitioûs communes et extraordinaires, le commencement, la suite et la fin de ces drames aux péripéties diverses, marchant tous au même dénouement par des coups de destinée aussi frappants qu'inattemlus, a de quoi se divertir de la sagesse des politiques et de la présomption des ambitieux. Dieu ne semble réellement pas tajit mépiiser la volonté d'un seul homme que les efforts de tout un peuple. On voit sous l'acliou de ces lois, inconnues mais immuables et certaines pourtant comme celles qui font mouvoir les mondes dans les espaces, on voit les cœurs et les volontés se transformer en un clind'œil ; les passions se soulever ou s'abaisser comme la mer sous un souffle soudain qui vient on ne sait d'où ni pourquoi ; les l'évolutions les plus violentes tourner en avantage k ce qu'elles voulaientanéantir ; les plus assurés triomphes n'être qu'une voie rapide au dernier abaissement, h la dernière infortune ; et, en définitive. l'ancien ordre rétabli sur ses bases, qu'on avait cru détruire, et qu'on a seulement rajeunies.
> Cela prouve;, je crois, plusieurs choses : qu'un pev se révolte encore plus pour sa punition que pour cellï ses tyrans ; que ces tjrraas ne sont jamaisaussi mt^lu qu'on les fait noin ; que toute société viable et ré lière, par les lois, par les mœurs, de façon ou d'au comporte toi^ours assez de liberté pour qu'on y pu vivre aisément ; eniln qu'aucun progrès ne se fait voie révolutioQoaire, parce qu'il faut toujours reveni l'ordre, qui est le point de dépai*t de toute révolut: Pestes, guerres, famines, tremblements de terre, r^ lutions : fléaux de Dieu qui battent le monde, sans le monde puisse savoir jusqu'où il sera battu, quant comment il cessera de l'être ! Put? quaud le redouU batteur est satisfait, d'ordinaire il brise son arme ; e conquérant, ou le révolutionnaire, est ladernièrevict qu'il foudroie, sur tant de vicLimes amoncelées.
> Ne craignez point, ne vous plaignez pas : la main frappe lient le van et uettoiera l'air, elle saura sépare bon grain de l'ivraie. Quelques méchants paraîti triompher, beaucoup de Justes seront morts : ne v plaignez point! Là-haut se donnent les couionnes l'enfer est éternel comme Dieu. Seulement, qui que v soyez, soyez prêt à partir, et, pour bien mourir, vi bien . Voilà tout le pouvoir et toute la sagesse l'homme.
» J'avoue que , pour moi , dans ces idées réside à près tout l'intérêt des révolutions (1).
— ITT —
lien devoir» de l'homme ont pour bafiie
la Reilgpion.
I. « L'easemblo des devoirs d*où découle la vie, et des vérilés qui sont le fondement éternel de ces devoirs, forme ce qu'on appelle la Religion ; lois non seulement des hommes entre eux, mais de toutes les créatures entre elles. Nier la Religion, c'est nier le devoir; et puisqu'il existe de vrais devoirs, il existe une vraie religion ; et puisque les devoirs sont par leur essence mvariables et universels, la religion est aussi par son essence invariable et universelle. Pour remplir ces devoirs, il faut y croire et par conséquent croire aux vérités sur lesquelles ils reposent. La religion implique donc la foi comme sa base première, comme indispensabla condition de la vie morale, condition elle-même de l'existence de toute société.
» Ne l'oublions jamais, nulle société, nulle vie sans le devoir, et la religion n'est, dans ses préceptes, que le devoir même et , dans ses doctrines , que l'ensemble des vérités qui forment la base immuable et éternelle du devoir.
» Celui qui se déclare sans religion se déclare donc en dehors du devoir, en dehors des sentiments, des croyances unanimes ; il nie l'intelligence et la conscience humaine, la nature et les lois de la nature ; il nie la société, il se
nl6 lul-mômo ; car sans la société , comment subsisterait- Uî que serail-il?
Si chaque huoimâ ne devait rieo aux anlres hommes, les autres non plus ne lui devraient rien. Perpétuellement et raHicaleiiient en guerre avpc eux comme avec tous les êtres, il offrirait au sein de l'univers l'effrayant assemblable il une convoitise illimitée et d'une impuissance iiiânie.
Le premier fruit du devoir, do l'exactitude à le remplir est au contraire raotuelle jouissance d'mi bien-être audessus de tous les biens, le calme intérieur et la paix; et cette joie pure qui console l'âme des traverses de Is vie et la transporte comme dans un monde meilleur.
La vertu est d'abord sa propre récompense; et te vice engendre ta punition qui le suit infailliblement. De combien de soucis, d'inquiétudes, de maux de toutes sortes n'est-il pas la source? vites-vous jamais le méchant heureux? La richesse, le pouvoir peuvent être son partage ; mais ni le pouvoir, ni ta richesse ne sentie bonheur, et si vous saviez quelles plaies hideuses recouvrent d'ordinaire les vêtements d'or et de soie, si elles vous étaient soudain dévoilées , vous reculeriez d'épouvante.
Gardez-vous de juger sur tes dehors ; certaines plantes vénéneuses croissent dans la pourriture, souvent elles brillent des plus vives couleurs; ouvrez-les, qu'y a-t-il dedans ? une poudre infecte et noire.
Dans la société mauvaise ot anti-chrétienne où vous vivez, il ne suffit pas toujours de régler ses actions sur la loi morale pour prospérer. L'obéissance à cette loi ne laisse pas néanmoins de porter son fruit immédiat. Jetas les yeux près de vous : regardez cette famille dont les
membres, fidèles au devoir, tiii s'en écartent en aucune chose ; où lo profluit du travail commun, consacr-^ à pourvoir aus communs besoins, n'est jamais dissipé en honteux plaisirs; où le père ne donne que du bons exemples; où la femme, occupée dos soies domestiques, dévouée avec tendresse a son mari, à ses enfants, est pour eux l'objet d'une tendresse et d'un dévouement semblables. Cette famille, sans doute n'est point à l'abri de la pauvreté ; qui cependant ne préférerait son sort à celui d'une famille plus favorisée de la fortune, mais en proie au désordre et à l'incondulte, où les querelles intestines, la jalousie, la haine naissent chaque jour, à chaque heure, de la violation des devoirs mutuels? on i-espocte celle-là . on se sent comme attiré vers elle par un sentiment affectueux et doux ; on méprise celle-ci, et on la fuit comme on fuij'ait un reptile immonde.
< Mais le devoir rempli fidèlement produit encore un autre efi'et par le merveilleux enchaînement des lois qui constituent l'ordre : il réalise le droit.
Peuple, c'est par lui, uniquement par lui que tu parviendras à recouvrer ceux dont l'injustice t'a dépouillé.
Qui de vous pourrait lutter seul contre la puissance des oppresseurs ? ils ïn briseraient comme un vase d'argile. Pour les vaincre, il ust nécessaire que vous soyez unis ; et quelle union possible si l'amour n'en est le lien, si, pleinement soumis à la loi du devoir, chacun de vous respii'ant en ses frèi-ea, n'est prêt à se dévouer, à mourir pour eux î
Vousavez d'abord àreconquérir votre dignité d'homme, le libre exercice de voire inaliénable souveraineté. Or, pour cela que faut-il î uno volonté commune et un efiort
commua; c'est-à-dire la conscience du droit d'autrui, comme de son droit propre, la fusion parfaite des intérêts en un seul intérêt.
Mais aucune association n'est possible, aucune ne saurait prospérer si elle n'a pour base la confiance mutuelle, la probité et la conduite morale de ses membres.
La pratique rigoureuse du devoir est donc une condition indispensable de l'association. Bien plus, le devoir en est le principe générateur ; elle naît de lui spontanément; car, en réalité, qu'est elle, sinon la fraternité même organisée pour atteindre plus pleinement son but? Celui qui n'aimant que soi, ne songe non plus qu'à soi, avec qui s'associerait-il? Et comment concevoir que ce qui sépare puisse unir jamais? les mots mêmes sont contradictoires.
II. « Aux époques des grandes agitations Politiques, on a gravé avec emphase sur les monuments de nos citées cette inscription mémorable : Liberté , Egalité, Fraternité, C'est bien en efiet une partie de la charte primitive qui a uni les hommes entre eux , et fondé le genre humain; mais cène Test pas toute entière. C'est la charte des droits non celle des devoirs. Or, l'homme vivant en société no peut pas plus se passer de devoirs que de droits.
> Si la liberté lui est nécessaire pour rester une créature morale, pour ne pas être étouffé dans les étreintes d'une domination exagérée et injuste, l'obéissance lui est nécessaire aussi pour se soutenir à l'aide d'une loi commune et sacrée au foyer vivant qui le fait une nation.
« Si l'égahté lui est nécessaire pour ne pas déchoir du
ïig où Dieu l'a placé pai' uae origine qu'il partage avec tous SOS semblables, la hiérarchie lui eHt nécessaire aussi pour ne pas tomber, faute <t'ua chef ou d'un cominaudemenl. dans l'impuissance de la dissolution individuelle. » Si ta fraternité lui est nécessaire pour qu'un sentiment de conliauce et d'amour élargisse les liens étroits de l'ordre social, pour que l'humanité demeure une grande famille issue d'un père commun, la vénération lui est nécessaire aussi pour reconnaître et affermir l'autorité de l'âge, la magistrature do la verlu, la puissance des lois en ceux qui eu ont le caractère, soit comme législateurs, soit comme souverains.
« Ecrivez donc, si vous voulez fonder do durables institutions, écrivez au-dessous du mot de Liberté, le mol d'obéissance ; au-dessous du mot A' Egalité, le mot de hiérarchie ; au-dessous du mot Fraie?-niié, le mot de vénération ; au-dessous du symbole auguste des droits, le symbole divin des devoirs.
4 Je vous l'ai dit ailleurs : le droit est la face égoïste du la justice, le devoir en e^l la face généreuse et dêvonée. Appelez-en au dévouement, afin que le dévuueraeut vous réponde , et que votre édifice triomphe des passions ardentes qui, depuis l'origine de la société, ne cessent ^d'eu conjurer laruine.
^^^B La société humaine n'est pas seulement haïe pour eile- ^Hme, îi cause des vertus civiles qu'elle impose, elle l'est encore pai- une autie raison qu'il importe que vous sachiez. Dieu, qui a élé le fondateur de la société, en est le couservsteur. Il la maintient par la force de son nom qui s'y est perpétué sous la garde des traditions dogmatiques et des observances religieuses. Nul peuple n'a pu
vivre sans ce nom vénéré ; nulle cité ne 6'est bâtie que sur la pierre angulaire du temple. Et c'est en vain que l'impie espère abolir la mémoire de Dieu tant qu'il n*aura pas aboli la société qui en a le dépôt et qui vit de ce trésor héréditaire de Thumanité.
La société humaine et la société religieuse sont deux sœurs nées le même jour delà parole divine; Tune regardant le temps, l'autre Téternité, distinctes par leur domaine et par leur fin, mais indissolublement unies dans le cœur de l'homme , s'y soutenant l'une par Tautre , tombant ensemble, se relevant ensemble, bravant ensemble, par leur commune immortalité, la haine qui les poui*suit toutes deux. Ne perdez pas ce point de vue si vous voulez vous rendre compte du levain d'anarchie qui soulève le cœur de Thomme contre la société.
La société n'est pas autre chose que Tordre, et Tordre a en Dieu sa racine invulnérable. Quiconque n'aime pas Dieu a par cela seul une cause permanente d'aversion contre TEtat social qui no saurait se passer de Dieu > (1)
Influenee sociale des idées ehrétienneii,
1. € Un écrivain célèbre de ce temps avait dit : Le Christianisme est le plus grand événement qui ait traversé
(1) Lacordaire.
monde ; un autre a dit autrement et peut-être mieux :
t Christianisme est le plus grand phénomène qui se soit
[nralisé dana le monde, le plus ^^rand phénomène intellectuel, le plus gi-aud phénomène moral, le plus grand phénomène social, quelque chose, en un mol, d'unique et par conséquent , encore une fois , de divin. »
Les sociétés modernes ne songent pas assez aux bienfaits répandus sur elles par les doctrines Evang^Iiques. Ces doctrines qui ont régénéré le monde passent de nos jours sans nous étonner et ne frappent pas plus nos regards que la lumière du soleil h laquelle ils sont chaque jour accoutumés.
« II faudrait, pour apprécier de tels bienfaits, nous abstraire par la pensée de tout ce que nous savons déjà, refaire autour do nous la nuit profonde et horrible qui enveloppait le monde avant l'apparition du Christianisme et revoir l'étonnement dont il fut alors saisi.
Plaçons-nous, s'il se peut, au centre de celte société corrompue et dégradée, sous le règne de Tibère et de Néron. Voilà le vrai point de vue pour assister au lever de la lumière Ëvangélique sur le monde.
« En ce temps-là on homme, — si ce n'était qu'un homme! — parcourait humblement les campagnes de la Judée, répandant les bienfaits d'une morale sublime, guérissant les malades et consolant toutes les afflictions. Il n'avait pas puisé la science aux Ecole de la Grèce et do Rome ; il n'appartenait à aucune secte, ni à aucune école ; il ae dogmatisait ni ne dissertait ; maïs, se disant envoyé de Dieu qu'il appelait son Père, il s'annonçait comme le médiateur promis au monde depuis le commencement et désiré de toutes les nations dont il devait être le Balut.
<: Venez à moi, disait-il, tous tous qui êtes fatigué» et » dans la peine, et je vous soulagerai. Prenez mon joug ■i sur vous ; apprenez de moi que je suis doux et humble > de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. >
il annonçait, à la foule ravïe,des béatitudes que le monde d'alors n'avait jamais connues, et répandait partout ces leçons de haute et pure morale qui ont depuis dix-neuf siècles régénérés les sociétés humaines et sont devenues la seule base des droits et des devoirs de l'homme. >
Ces leçons sublimes ne semblent plus nous étonner aujourd hui qu'elles sont devenues la base de nos mœurs, de notre droit et de notre civiUsation ; elles nous semblent devenues naturelles, et notre raison s'imagine qu'elle même en fait la conquête. Mais ce qu'on ne parviendra jamais à eflFacer de la conscience humaine, c'est le prodigieux effet qui est sorti de cette doctrine à l'heure môme de sa promulgation ; effets d'autant plus remarquables qu'ils se sont manifestés à une époque où le courant des idées semblait flevoir y apporter des obstacles matériellement insurmontables. C'était en effet le renversement de toutes les doctrines alors régnantes.
11 ne s'agissait pas de modifier, de corriger seulement des idées prédominantes dans tous les esprits, du vulgaire ignorant aussi bien que des maîtres de la science ; le Christianisme, on ne saurait trop le remarquer, n'a pas été un développement et un progrès de l'esprit philosophique et religieux qui régnait alors, mais bien un fait subit, en opposition avec toutes les idées reçues, au point que le terme employé par tous pour taxer au vrai celte étrange invention fut celui de folie : insania, amenlia. deiïientia, furoyns insipientia
• Lorsque le Ghristianisriie apparut, jamais lo monde n'avait été plus ratioualiste el plus superstitieux à la fois, et il Fut iiaLurelletnent l'objet du mépris des philosophes el di38 savants.
Ou a réptitiï bien souvent, el nous ne le dissimulons pas, que ce sont d'abord les petits, les faibles, le& pauvre;:, les ignorants si vous voulez , le peuple on un mot , qui allèrent les premiers au Christianisme; c'est que c'était bien évidemment la religion de l'humanitù ; mais après le peuple , la philosophie et ta scii>nce à leur plus haute puissance, sont venues à leur tnur et lui ont apporté ta témoignage raisonné et sincère de leurs convictions jusqu'au martyr.
4 Dans le second âge du Christianisme, la pureté et la grandeur des mœurs publiques et lessubUmités intellectuelles remplacent la vertu des niœur.-i privées et la beauté morale évangélique. Ce n'est plus l'Eglise militante, esclave, démocratique dans les cachots et dans le sang ; c'est l'Église triomphante, libre de sa parole à la trihune. Les docteurs succèdent aux martyrs; ceux-ci n'avaient eu que leur foi, ceux-16 ont leur foi el leur génie. La partie ■ choisie du monde païen qui n'avait cédé ni à la simplicité apostolique [ii b l'autorité des bûchers, écoute, s'étonno, el bientôt se rend en retrouvant dans la bouche des Pires les systèmes des sages plus clairement el plus éloquemment expliqués.
« Les hautes Écoles chrétiennes ressemblaient aux Ecolfs plûlosophiques; les chaires comptaient une suite non interrompue de professeurs émiiienls qui ne le cèdent en rien aux anciens rhéteurs et y ajoutent le témoignage de convictioas profondes et smcères de la vérité.
« Ces Pères de TEglise, la plupart sortis des Ecoles philosophiques et nés de familles païennes, furent nonseulement des professeurs éloquents, mais encore des hommes politiques.
On ne pourrait citer à Tappui que des noms que tout le monde connaît et vénère ; ceux d*Âthanas, de Grégoire, de Nazianze» de Basile, de Flavien, de Jean Chrysosiome viennent aussitôt à la pensée (1).
Ce n^était plus cette doctrine qu'on pouvait taxer de folie, mais bien Tobstination de ceux qui ne voulaient pas voir réclatante lumière qui se répandait sur- le monde.
C'est cette folie cependant qui retira le monde de cette sentine de corruption et d*infàmie ou il croupissait depuis de longs siècles ; et ce que n'avaient pu ni la science, ni la philosophie, ni la force matérielle, la folie du Catholicisme Ta pu ; elle est parvenue sans violences, sans éclats et sans bruit, à transformer les sociétés et à les porter à un degré de civilisation inconnu jusque-là.
JI. Aujourd'hui on appelle, au nom de la philosophie et de la science, une autre transformation de la Société.
On rejette les doctrines qui de tous temps ont fait la base des progrès vers la civilisation; on veut tenter un perfectionnement au rebours , on retourne au Paganisme.
Les sociétés modernes, imprégnées des doctrines du catholicisme se laisseront- elles gagner par quelques rêveurs qui prétendent les faire reculer de plus de dix-huit siècles ?
(1) Etudes historiques , p. 4d9.
L'épreuve tentée déjà bien des fois n'a jamais aboali <iu'à élever des ruines. Il s'agit de modifier Tesprit d'un peuple éminemment religieux.
Si on considère on ce moment la population française, on la trouve composée de plus tie35 millions de catholiques. Je sais bien que sur ce nombre il on est beaucoup qui ne le sont que de nom ; tous ont été élevés au sein de cetto doctrine. Ils eo ont reçu le signe k la naissance, dans la jeunesse, au jour do l'union conjugale; beaucoup, au conflit des agitations et des passions, ont vu s'en effacer plus ou moins le souvenir : mais combien de ceux-ci, qui h l'heure dernière du temps, ont refusé le retour a la foi de leur enfance? le nombre, tout le monde le sait, en est infiniment restreint.
Eli bien donc, l'éprouve se fait ; quelques milliers d'invidus Iravaillent an renversementdu Christianisme. Leur action, toutefois ne date pas d'hier, longtemps ils ont agi dans l'ombre ; honteux de leur audace et de la conscience de leur impuissance, ils se dissimulaient sous les apparences les plus infimes et les plus innocentes, cherchant des adeptes dans toutes les classes, flattant surtout les masses ignorantes, les fascinant du prestige de leur puissance, lesliantàleiu' secte par des serments terribles et s'en servant comme d'instruments aveugles pour des actions atroces et criminelles.
Tous les états européens sont engagés, plus ou moins. dans cette œuvre antisociale ; les tentatives de révolution opérées partout avec des succès variables, mais eulraîuant toujours désordre et anarchie, révêlaient évidem ment la main du Mai^Oidsme. Mais quand ces excès amenaient une réacLion, quand, effrayées de ces audaces, les nations
se réveillaient émues et indignées, tout mouvemeul cessait, le silence et le vide était partout, et les féroces agitateurs d'hier devenaient de paisibles citoyens d'apparence débonnaire; la secte se cachait, s'agitait en silence, dans ses repaires occultes , mais ne désarmait jamais.
Son existence a toujours dépendu de la faiblesse du parti de Tordre, il eut suffi souvent d'un peu d'énergie et d'audace de celui-ci pour l'anéantir ; mais Tincrojable habileté et la souplesse de la secte Ta seule maintenue ; se conservant des adeptes jusqu'au sein du parti adverse, elle était initiée à ce qui s'y passait et sachant que rien ne se tramait contre elle , son audace s'en est accrue. Elle ne s'impose plus de limites aujourd'hui, et les coups qu'elle va porter au catholicisme en seront plus violents.
De quel terme appeler la prétention de faire reculer la Société aux doctrines païennes ? On a taxé jadis do folie la doctrine catholique qui a régénéré le monde ; mais l'idée de ceux qui veulent aujourd'hui rétrograder de dix-huit siècles est une toute autre folie.
Supposons cependant le succès de cette prodigieuse aberration, admettons la diffusion sur le monde de toutes les turpitudes, laissons régner en maître toutes les passions humaines, le vol, le pillage, l'assassinat, tous les crimes perpétrés avec tous les engins de la science, et considérons l'affreux monceau de ruines accumulées en quelques instants.
Et puis, à rétonnenient stupide des victimes de tant d'atrocités, succédera bientôt une réaction terrible; mais à la vue du petit nombre des misérables auteurs de ces
désordi-es. surgira une force répressive qui, par l'antiantiBseaieiit et. l'exU des coupables paralysera toutes les forces de la révolution.
11 faudra pour cela ua pouvoir fort qui ne pactise plus avec l'erreur et montre contre elle autaot d'audace qu'elle en a montré elle-même dans la guerre contre la Société.
Il faudra la Dictature d'un honnête homme ; le pouvoir absolu aux mains du droit et de l'honneur.
m. Mais que devient le peuple sous le coup de ces révolutions? lui, au nom duquel elles se sont faites; quel fruit lui en revient-il?
Le peuple est invariablement la dupe de la fourberie des meneurs, et toujours lavictime ignorante des révolutions. Le prétexte est le relèvement de sa misère, sa misère en est invariablement accrue.
Il ne cessera d'en être ainsi tant qu'il se confiera aux promesses de ceux qni l'exploitent et se servent de lui pour s't^lever au pouvoir au lieu de le servir.
Les conseils cependant ne lui font pas défaut, l'expérience de tous lesjours lui démontre l'indignité de ceux qui le guident. U faudra bien qu'un jour il ouvre les yeux et reconnaisse que ses amts ne sont pas les âalteurs qui le poussent au crime, mais bien ceux qui lui montrent la voie du devoir et de la soumission à Dieu et i ses lois.
« Les peuples et les gouvernements ne doivent jamais » perdre de vue cette règle de conduite si utile aux > hommes sages : Se défier de qui les âatte, ets'attacher » & qui les avertit et les reprend. Qu'ils fassent attention 9 lorsqu'on les caresse avec une tendresse affectée et
» que Ton soutient trop chaudement leur cause, c est le » signe qu'on veut faire d*eux des instruments pour » quelques intérêts qui ne sont pas les leurs. >
(J Balmès.)
» Malheur h ceux-là , bien fous et bien méchants, qui
> avec quelques mots vides ou retentissants : le progrès,
> les lumières, ou la régénération, ont jeté eu France; » en Europe, les germes d'une épouvantable anarchie... j> Ceux qui méritent à tout jamais le mépris et Texécra- » tion de la France, ce sont ces habiles qui, pour parvenir » au pouvoir et se le partager, ont dit un jour au peuple : 1^ Tues souverain ! . . . Anathème et honte sur ces cour- » tisans de popularité qui, du milieu d'une oisiveté » voluptueuse, spéculent sur les misères du pauvre et » l'excitent à la haine et à la vengeance. »
(Eugène Sue).
« Vous connaissez maintenant les vraies lois de Thnmanité, les lois d où dépend son progrès et, par suite, lamélioration présente et future de votre sort, du sort du peuple. Car, répétons-le encore, le peuple que les maîtres dans leur orgueil comptent pour si peu, qu*ils regardent avec tant de dédain, qui n'est à leurs yeux qu'un instrument de leurs convoitises, un champ qu'on exploite, un animal qu'on selle et qu'on bride pour monter dessus, le Peuple, c'est le genre humain, >
Trop de fois vous avez été convié à l'association par des hommes qui, habiles à vous tromper, n'avaient en vue que leur propre intérêt et faisaient miroiter à vos yeux
estige d'un bien-ôlre subit, matériellement irréalisable.
B Ne reconnaissez jamais pour base de l'union que la pratique irrévDcable delà double toi réciproque des droits et des devoirs qui vous a été exposée. Ne vous laissez pas" entraîner au mirage des illusions trompeuses. Gardezvous de rêver l'impossible, ce qui ne peut être, ce qui ne sera lamais. Loin de remédier aux maux qui surabondent en ce monde, vous ne feriez que les rendre et plus nombreux et plus pesant.*.
» L'égalité parfaite , absolue . non des droits ( celle-ci constitue l'ordre même) mais des positions et des avantages annexés à chaque position, n'est point dans les lois de la nature, qui a distiibué inégalement les dons entre les hommes, les forces du corps et celles de l'esprit. Sans cela, que serait la société? Comment subsisterait-elle, comment se développerait-elle ; si la diversité des intelligences et des aptitudes ne produisait comme une série de destinations correspondantes aux fonctions qu'elle implique depuis les plus humbles jusqu'aux plus élevées! Ceux-ci labourent les champs, ceux-là cuUivenl la science, et tous contribuent à leur manière au bien commun. Le mouvement même de la vie sociale oppose un obstacle invincible à l'égalité des fortunes : établie le matin, te soir, elle n'existerait plus ; l'industrie, plus ou moins intelligente, plus ou moins act.ve, la bonne ou mauvaise économie, l'auraienl déjà détruite. Etl'ou ne doitpass'en plaindre ; car ce continuel effort de chacun, cet instinctif emploi de ses facultés pour augmenter son propre bieii- * être est une des conditions du bien-être général.
Ne pensez pas non pius que votre état si miser ble
puisse complètement changer tout d*un coup. Ce changement total et subit est, quoique vous fassiez, impossible. Il impliquerait une violence telle, qu*au lieu de réformer la société, il briserait les ressorts de^ la société elle-même. >
li^aTealr de l'Idée rellf leiuie dans l'hiiBBaBité.
1. Ainsi que je Tailait remarquer déjà, les conditions de la stabilité sociale qui sont la base des droits et des devoirs réciproques n'ont leur sanction que dans la Religion, en dehors de laquelle tout est indifférent, le bien et le mal, le juste et l'injuste.
A travers tous les égarements de l'esprit humain, rhommage rendu à la Divinité a toujours et partout fait le fond de notre * nature. La première pierre de toute société a été un autel ; et quand cette pierre a été renversée, toute société l'a été aussi. Il n'a jamais été donné à l'homme de pouvoh* se conserver sans cet élément indélébile et primordial de son espèce.
L'antiquité a reconnu dans tous les temps cette vérité et l'a proclamée par la voix de ses philosophes.
A II n'est aucun animal hormis Thomme, dit Cicéron,
» qui ait connaissance de Dieu, Mais, parmi les hommes, il n'est pas de nation si sauvage qui, .«i elle ignore quel Dieu il faut avoir, ne sache du nioiiB qu'il en faut avoir un. >
• Vous pourriez trouver, dit Plutarque, des cités privées de murailles, de maisons, de gymnases, de lois, de monnaies, de lettres, mais un peuple sans Dieu, sans prières, sans sez-meiits, sans sacrifices, nul n'en vit jamais. »
L'incrédulité de l'autre siècle s'est trouvée contrainte
de la reconnaître ; « Il ne paraît pas que l'on puisse
raisonnablement supposer qu'il y ait un peuple sur la terre
totalement étranger à la notion de quelque divinité. »
(Barou d'Holbacq. — Système de la nature.)
La doctrine d'un Dieu, de l'immortalité de l'âme, et d'un état futur de récompenses et de châtiment paraît se perdre dans les ténèbres de l'antiquité ; elle précède tout ce que nous avons de cei-tain. Dès que nous commentons à débrouiller le chaos de l'histoire ancienne, nous trouvons celle croyance établie dans l'esprit des premières [latioos que nous connaissons.
Aujourd'hui, nulle intelligence supérieure ne s'en est aâranchie.
« Il y a, dit Guizot. dans la nature et les destinées de l'homme, des problèmes qui ne peuvenlavoir leur solution dans cette vie. qui dépendent d'un ordre de choses sans relation avec le monde visible ; mais qui enflamment sans cesse l'esprit humain du désir de les comprendre. La solution de ces problèmes est l'originci de toutes religions; sou premier objet est de découvrir les symboles et les
doctrines qu'elle renferme, ou qu'elle est supposée renfermer.
« Une autre cause force encore le genre humain à embrasser la religion D*où naissent les vérités morales? où conduisent-elles? Cette obligation qu'on s'impose de faire bien, est-elle un fait isolé sans auteur et sans but? ne cache-tellepas, ou plutôt ne révôle-t-elle pas à rhomme une origine, une destinée en dehors de ce monde? Avec ces questions spontanées et inévitables, la science des vérités morales conduit Thomme au seuil de la religion, et lui montre une sphère d'où il ne l'a pas tirée.
€ Ainsi les sources certaines et infaillibles de la religion sont : d'une part, les problèmes de notre nature, de l'autre la nécessité de chercher pour la morale une sanction, une origine et un but. Elle prend donc d'autres formes que celles d'un pur sentiment ; elle semble être une réunion de doctrines, de préceptes et de promesses. C'est ce qui constitue véritablement la religion. C'est là un caractère fondamental ; ce n'est pas seulement iine forme de la sensibilité, un effet de l'imagination, ou une variété de la poésie. Ainsi ramenée à ses vrais éléments, à sa nature essentielle, la religion ne paraît plus une affaire purement personnelle, mais un principe puissant et fécond d'association. Est-elle considért^e comme système de croyance, comme système de dogmes? La vérité n'est pas l'héritage d'un individu, elle est absolue et universelle; les hommes doivent la rechercher et la professer en commun. Est elle considérée par rapport aux préceptes qui sont associés à ces doctrines? une loi obligatoire pour un seul individu , Test pour tous ; elle doit être pro-
mlguée et il est de notre lievoir de travailler a soumettre tous les hommes à con sceptre. Il en est de même pour tes promesses que la religion fait au nom de ses symboloe pt de sps préceptes ; elles doivent être répaudoes, et tous les hommes invités à partager leurs bienfaila.
« Une société religieuse résulte Daturellement des éléments essentiels de la religion et en estune conséquence si nécessaire, que lo mot choisi pour exprimer le plus énergique senliment social, le désir le plus intense de propager des idées el d'étendre la société, est le mot Pfosélytisme, terme qui est spécialement appliqué à la croyance religieuse el qui. en fait, lui est consacré.
» Quand une société religieuse a été formée, quand un certain nombre d'hommes sont unis par une croyance religieuse commune, gouvernés par les mêmes préceptes religieux, el qu'ils jouissent des mômes espérances religieuses une forme de gouvernement est nécessaire. Aucune sociélé ne peut durer une semaine, une heure sans gouvernement . Du moment qu'une société est formée, par le fait même de sa formation, elle exige un gouvernement. Un gouvernement qui proclamera la vérité commune, qui est le lien delà société, qui promulguera et maintiendra les préceptes que cette vérité doit produire.La nécessité d'un pouvoir supérieur, d'une forme do gouvernement est renfermée dans le faitde l'esistence d'une société religieuse comme dans celui de toute autre société. »
Les autorités abondent h l'appui des rigoureuses nécessités de l'idéo religieuse pour fonder et asseoir sur des bases solides legiiuverneraent des sociétés. J'en veux
citer encore de notre temps quelques-unes que ne pourront ni n*oseront récuser ni la Littérature, ni la Science, ni la Philosophie.
« Je ne me sépare pas de mon temps, ainsi que des esprits inattentifs le pourraient croire; écrivait en 1831, Chateaubriant. Le Christianisme est passé, (^t-on. Passé ? oui, dans la rue où nous abattons une croix, chez nos deux ou trois voisins, dans la coterie où nous déclarons du haut de notre supériorité, qu*on ne nous comprend pas, qu*ou ne peut pas nous comprendre, que pom* peu qu^une génération ne soit pas au maillot, elle est incapable de suivre le vol de notre génie et d*entrer dans le mouvement de Tunivers. Grâce à ce génie, nous devinons ce que nous ne savons pas ; nous plongeons un regard d*aigle au fond des siècles ; sans avoir besoin de flambeau, nous pénétrons dans la nuit du passé ; Tavenir est tout illuminé pour nous des feux qui faisaient clignoter les faibles yeux de nos pères.
« Soit: mais nonobstant ce, et sauf le respect dû à notre supériorité, le Christianisme n'est pas passé : il vient d'affranchir la Grèce, et de mettre en liberté la Belgique, il se bat dans la Pologne. Le clergé catholique a brisé sous nos yeux les chaînes de l'Irlande ; c'est ce même clergé qui a émancipé les Colonies Espagnoles et qui les a changées en Républiques. Le Catholicisme , je l'ai dit, fait des progrès immenses aux États-Unis. Toute l'Europe ou barbare ou civilisée , s'enveloppe, dans différentes communions sous la forme évangelique. S'il était possible que l'univers policé fui encore envahi , par qui le serait-il? Par des soldats , jeûnant , priant , mourant au nom du Christ.
' La Philosophie <\e l'Allemagne si savante, si éclairée, à part une poigTiée de rêveurs atteints d'un grain de folie, est chrétionii». La Philosnptiie de l'Angloterro est chrétienne. Ne tenir aucun compte, au moins cornino un fait, do cette pensée chrétienne qui vit encore parmi tant de millions d'hommes dans toutes les parties du monde, de celte pensée que l'on retrouve au Kamtschatka et dans les sables de la Thèbaïde, sur le sommet des .\lpes, du Caucase et des Cordillières; nous persuader que cette pensée n'existe plus, parce qu'elle a déserté notre petit cerveau, c'est une grande pauvreté. »
Il y a deux hommes que notre siècle ne reniera pas : sortis de ses entrailles, leurs talents et leurs principes sont loués, encensés, admirés de ce siècle, Ces deux hommes marchent à la tète de toutes les opinions politiques et de toutes les doctrines littéraires nouvelles.
Ecoutons Lord Byron et Benjamin Constant sur les idées religieuses :
« Je ne suis pas ennemi de la religion, au contraire ; et pour preuve, j'élève ma fille naturelle à un catholicisme strict dans un couvent de la Romagne : car je pense que l'on ne peut jamais avoir assez de religion quand on en a ; je penche de jour ea jour davantage vers les doctrines catholiques. »
(Mémoires de Lord Byroo, Tom. V, P. 172).
Je lis ailleurs à propos de lord Byron, l'homme le plus sceptique de notre âge :
Il a écrit sur sa Bible ces lignes qui y ont été trouvéus après sa mort : * Dans ce livre auguste est le mystère
des mystères. Âh 1 heureux entre tous les mortels c à qui Dieu a fait la grâce d'entendre , de lire, de i noncer en prières et de respecter la parole de ce Ut heureux ceux qui savent forcer les portes et en violemment dans ses sentiers ! Mais il vaudrait mi qu'ils ne fussent jamais nés, que de lire pour do<
ou pour mépriser » (Œuvres de Lord Byron, mé
ges, Tom. 11, P. 486).
« Pendant son exil en Allemagne, sous le goui nement impérial , Benjamin Constant s'occupa de ouvrage sur la Religion. Il rend compte à Tun de amis de son travail dans une lettre autographe que sous les yeux. Voici un passage assurément bien ren quable de cette lettre :
Hardenberg , 11 octobre 181 J
« J'ai continué à travailler du mieux que j'ai pv
milieu de tant d'idées tristes ; pour la première fois
verrai, j'espère, dans peu de jours la totalité de mon é
totre du Polythéisme rédigé. J'en ai refait tout le p
. ^ i' et plus des trois quarts des chapitres. U l'a fallu p
^A ! arriver à Tordre que j'avais dans la tête et que je ci
{ ■' avoir atteint ; il l'a fallu encore parce que comme vi
• • savez, je ne suis plus le philosophe intrépide, sûr q
n'y a rien après ce monde, et tellement content de monde, qu'il se réjouit qu'il n'y en ait pas d'autre. N ouvrage est une singulière preuve de ce que dit Bod qu'un peu de science mène à l'athéisme, et plus de sciei à la religion.
A C'est positivement en approfondissant les faits, en recueillant de toutes parts, et en me heurtant contre
difficultés sans nombre qu'ils opposent à Tincrédulité, quo je me suis vu forcé de reculer dans les idées religieuses. Je Tai fait certainement de bien bonne foi ; car chaque pas rétrograde m'a coûté. Encore à présent toutes mes habitudes et tous mes souvenirs sont philosophiques, et je défends poste après poste tout ce que la religion reconquiert sur moi. Il y a môme un sacrifice d'amourpropre ; car il est difficile, je le pense, de trouver une logique plus serrée que celle dont je m'étais servi pour attaquer toutes les opinions de ce genre. Mon livre n'avait absolument que le défaut d'aller dans le sens opposé à ce qui, à présent, me paraît vrai et bon. »
« Je consens à passer pour un esprit rétrograde avec Herder, avec l'Ecole philosophique transcendante de l'Allemagne, enfin avec Benjamin Constant et Lord Byron... » (1).
Jos. Proudhon a écrit quelque part : « Dieu est le > spectre de ta conscience, > (2)
Au milieu de ses éclats de fureur et de rage contre Dieu, cet homme trouve parfois des éclairs de calme, d'apaisement et de raison. En parlant du Catholicisme, il laisse tomber ces paroles :
« Oh ! combien le catholicisme s'est montré plus pru> dent, et comme il vous a surpassé tous, saints simoniens
(1) Etttdes historiques, p. 296.
(3) € Nul ne peut nier Dieu sans se condamner lui-même ; nul ne peut liiir Dieu sans se fuir lui-même. » (Donoso Gortês.)
républicains, universitaires, économistes, dans la connaisance de Thomme et de la Société I Le prêtre sait que notre vie n'est qu'un voyage et que notre perfectionnement ne se peut réaliser ici bas ; et il se contente d'ébaucher sur la terre une éducation qui doit trouver son complément dans le ciel. L'homme que la religion a formé, content de savoir, de faire et d'obtenir ce qui suffit à sa destinée terrestre, ne peut jamais devenir un embarras pour le gouvernement : il en serait plutôt le martyr ! religion bien aimée, faut-il qu'une bourgeoisie qui a tant besoin de toi, te méconnaisse ! »
L'incrédulité allemande a voulu, elle aussi tout à l'heure, s'intéresser à l'avenir des sociétés humaines: Le docteur Strauss , partant bravement de l'idée que Jésus- Christ est renversé à tout jamais, se demande s'il ne se présentera pas sur le théâtre vide de l'humanité, quelque homme capable d'égaler et môme de surpasser Jésus- Christ ? Cette question posée, une sorte de justice tardive et éloquente s'empare de l'écrivain, et dans une page que l'on relit volontiers, la seule où l'âme se fasse sentir, « il » déclare qu'il n'est pas probable qu'aucun homme puisse » un jour égaler Jésus-Christ : mais ce dont il est absolu- » meut certain, c'est qu'aucun homme ne le surpassera y> jamais. »
« La société est aujourd'hui tourmentée d'un besoin de croyance qui se manifeste de toutes paris. Vainement on veut contenter l'avidité des esprits en s'efforçant de les rendre fanatiques d'une vérité matérielle qui les trompe encore. Ce faux enthousiasme ne mène pas loin la jeunesse ; elle ne peut ni se débarrasser de la tristesse
qui la surmonte, ni combler le vide qu'a laissé en elle t'abHeiicc île loule foi. Ou n'ailinire pas longLemps un peu de boue sensitive, dut ce peu de boue être composé il'esprtt ot de matière. Quelle oiisëre si cette vie d'uu jour n'étail que la conscience du néant ! ■■.
> Si le Cluistiaiiisme pouvait périr la Société aurait vécu. Elle finirait par l'excès de la licence et par l'eicès de la tyrannie, et si l'eicèp de la licence 'lans un temps, de la tyrannie dans l'autre, n'eut été miraculeusement arrêté, il n'est pas douteux que la France, cette fiUe aînée de la civilisation chrétienne, n'eut été réduite, en moins d'un demi siècle, à la condition la plus sauvage et la plus abjecte de l'existence humaine.
Sans doute, la génération qui aurait vu les premières douleurs de l'agonie du corps social n'assisterait pas à ses dernières convulsions. Les siècles sont les Jours des nniioii-^ ; mais l'ialervalle serait rempli par la lutte sanglante des ambitions , et le choi: incessant de la force contre la force ; état terrible qui a été celui de l'empire romain jusqu'à ses derniers moments et qui pourrait devenir le nôtre. »
II. « En lisant le récit de la spoliation des temples sous le règne de Ttiéodose, vous aurez cru assistera la destruction des églises perpétrée de nos jours. Mais l'écroulement de nos églises n'a point amené la chute do la religion du Christ; taudis que la religion de Jupiler, ruinée d'ailleurs, disparut avec ses temples.
La vérité ne tient point à une pierre , elle subsiste imiépeudamment d'un autel; l'erreur ne peut vivre si elle n'est enfoncée dans les ténèbres d'un sanctuaire.
— ao2 —
» Le Christianiâme, au temps de Théodose et de ses fils, se trouYait prêt à remplacer le Paganisme
Le Christianisme n*a point d*héritiers dans notre siècle. La philosophie qui se présenterait pour succéder à la foi ainsi qu'elle s'offrit pour tenir lieu de ridolâtrie, qu'aurait-elle à nous donner? une théurgie? qui l'admettrait ? Et cette théurgie que cacherait- elle sous ses voiles, sinon ces mêmes vérités de l'essence divine que les enseignements publics de l'Église ont mises à la portée du vulgaire ? Les mystères des initiations sont révélés à tous dans le symbole que répète aujourd'hui l'enfant du peuple.
» Si l'on imaginait d'établir autre chose que les vérités reçues do la foi, le Panthéisme, par exemple, le pourrait on ? Le Christianisme est la synthèse de l'idée religieuse ; il en a réuni les rayons.
L'idolâtrie reviendrait-elle encore une fois tenter d'envahir la Société ? N'y a t-il pas folie de le penser? Comment le peuple y croirait-il ? La philosophie s'en est trop longtemps moqué ;• mais on pourrait revoir s'agiter parmi les sectes toutes les aberrations de l'esprit et les désordres de mœurs dont les siècles antérieurs au Christianisme ont offert le spectacle.
Enfin, tout système philosophique s'implantant sur les ruines du Christianisme n'aurait plus le moindre ascendant sur les masses populaires.
Ces choses étant impossibles, on n'aperçoit réellement derrière le Christianisme que la Société matérialiste avec tous les désordres, les turpitudes, toutes les choses infâmes que l'antiquité nous a dévoilés.
L'homme , privé de ses facultés divines , perd la plus
riche moitié de son être ; borné à son corps qu'il ne peut ni rajeunir ni faire vivre, il se dégrade dans l'échelle de l'intelligence. Nous deviendrions, par l'absence de religion, des espèces d'Indiens ou de Chinois.
La Chine et Tlnde, l'une par le matérialisme, l'autre, pour une philosophie pétrifiée^ sont de véritables nations momies ; assises depuis des milliers de siècles, elles ont perdu l'usage du mouvement et la faculté de progression, semblables à ces sphinx couchés et silencieux qui gardent encore le désert dans la Thébaïde.
« Religieusement parlant, on est donc obligé de conclure de ces investigations impartiales, qu'après le Christianmne, il n'y a plus rien, » (1)
l^e ChrliitlaBisine est -il a«d«ard'liai
en déeadenee?
Un écrivain célèbre, au commencement de ce siècle, a cru devoir agiter cette question : Quelle sera la religion qui remplacera le Christianisme f
Mais une question préliminaire doit être d'abord examinée : Le Catholicisme esiril réellement aujourd'hui à son
(1) Etudes historiques, (Pasaim.)
déclin ? Est-il destiné à partager le sort de toutes les institutions que Thomme a touchées et à laquelle il a communiqué les défaillances de .sa nature ?
On ne peut le penser.
La vérité ne peut être anéantie parce qu'aucune vérité ne se perd ; mais elle peut être défigurée, abandonnée, niée, dans certains moments de sophisme et d'oi^eil pai* ceux qui, ne croyant plus au Christ, sont devenus comme des enfants ingrats envers leur mère.
Le Christianisme intellectuel, philosophique- et moral a ses racines dans le ciel et ne peut pérh\ Quant à ses relations avec la terre, il n'attend, pour se renonveler, qu'une chose que Dieu lui rendra à son heure : la liberté.
Tout tend aujourd'hui à recomposer l'unité catholique; avec des notions plus précises et une intelligence de la vérité mieux comprise, l'accord sera bientôt fait ; quand sonnera l'heure marquée par la Providence , les nations dissidentes en reconnaîtront la nécessité.
Comment y parviendront-elles ? par la raison, ou par l'épreuve ; mais la voie de celle-ci est toujours la plus pénible; car bien souvent c'est le châtiment et le malheur qui éclairent et déterminent.
Il y a eu de notre temps des heures où , au regard de l'homme, le Catholicisme a paru réellement à la veille de sa ruine : mais ce n'a été qu'une crise dont il est sorti plus fort, plus vivace, plus puissant. Les signes, qui aujourd'hui semblent le menacer encore, appellent plutôt le sourire et le dédain que l'inquiétude et la crainte. La nécessité du Catholicisme est plus que jamais incontestable.
J'empruQte à une voix éloquente la répouso à ceus qui découvrent aujourd'hui dans l'œuvre ilivine et sociale des signes de décadence et de prochaine dissolution :
» Ma pensée, à moi, est que Jésus-Christ esta l'apogée de sa gloire et de sa force ; et. s'il plaît à Dieu, je vais avoir l'honneur de le démontrer.
■ Trois choses constituent la puissance, et le progrès de ces trois choses constitue le progrès de la puissance. Savoir: l'état territorial, l'état numérique et l'état moral. Or, j'affirme que, sous ce triple rapport, Jésus-Christ n'a jamais atteint un point plus élevé que celui où nous le contemplons aujoud'hui.
» Premièrement, quel était le territoire de Jésus-Christ sous Constantin ? Il élait à peu près renfermé dans les limites mêmes de l'Empire, entre le Rhin, l'Euphrate el l'Atlas. S'il passait au-delà, cet excédant se compensait pai les nombreuses parties de l'Empire ilont l'Evangile n'avait pria qu'une imparfaite et précaire possession. Or, maintenant que voyez-vous? Jésus-Christ, il est vrai, a perdu quelques unes de ses terres primitives, occupées par les Musulmans ; aussi faut-il remarquer qu'il existe des chrétientés sur toute la surface du sol islamique, et que l'islamisme lui-même reconnaît Jésus-Christ et ses aïeux. Mais jetez vos regards à l'Occident, à l'Orient, au Nord, au Midi et dans toutes les directions du globe, vous reconnaîtrez les pas conquérants du Sauvem'. Il a franchi le Rhin; il s'est soumis l'Allemagne, la Pologne, toutes les Russies, les trois Royauaies Britanniques, et a porté jusqu'au Pôle, à travers les montagnes et les glaces de la Suède, le soleil de sa domination. L'Océan atlantique
s'est ouvert rievant lui ; il a pass^ le Cap de Bonne Espérance, attaché au sceptre de se» enfants cette fameuse presqu'île de l'Inde qui était regardée dans l'autiquilé comme le réservoir de tous les trésors de la ualure. Il a fundé des établissements le long des côtes de l'Alriiiuet et rejoint par la Mer Rouge les vieilles possessions dô l'Abyssinie. Il a fait le tour des deux Amériques, et d'un pôle à l'autre le rangeant sous ses lois, il y suscita pôl^ mêle des Républiques, des missions et des Evêcbés. D t repris l'Espagne sur Mahomet et il secoue partout la terre de l'Islam. Tout kl'heure encore, lorsque le chef de la mai> son des Bourbons était sur le point de descendiB du trône et d'emporter dans l'exil sa noble vieillesse, nous avons vu Jésus-Christ, par le bras du vieux Roi franc, enlever deux royaumes à l'infidélité, le royaume de la Grèce et lo royaume de l'Algérie. Encore plus récemment, la Cbind lui a ouvert ses portes si longtemps fermées ; l'Australie se peuple k l'oiubre de sa croix ; les îles de l'Océanie transfumieiit leurs sauvages habitaiitt^ en humbles et doux adorateurs de sou Evangile. 11 n'y a plus de mers, pliu de solitudes, plus de montagnes, plus de lieux inaccessibles ou Jésus-Christ n'arbore les hardis pavillons de ses enfants confondus avec le sien.
► Retournez malntenanten arrière jusqu'à Cou-stantiii,, pesez le inonde chrétien de cette époque avec le monde chrétien do la nôtre, et jugez du progrès territorial qu'a fait Jésus-Christ.
Il en est de même quant à l'étal numérique : L'EgUM catholique compte 160 millions de fidèles, le Schisme, grec fJO millions, le Protestantisme ttO autres millions. C'est un total de 280 millions d'hommes qui recon»
naissent Jésus- Christ pour leur sauveur et leur chef spirituel.
» Sans doute il en est dans ce nombre tpii ne portent pas son Joug avec une conviction actuelle et présente de leur esprit, mais ce n'est pas à tel moment de sa vie qu'il faut estimer le chrétien ; c'est dans l'ensemble et surtout à l'heure de la mort. Parmi tant d'hommes qui se croient incrédules, il en est peu qui résistent à Jésus-Christ jusqu'à la fin. et ne lui demandent pardon de leurs égarements, bien plus que de leur apostasie. Leur âme, d'ailleurs, fut formée pour l'Evangile, ils en vivent encore au moment où ils croient le méconnaître.
» A aucune époque l'état numérique de Jésus-Christ ne fut plus florissant, et il tend chaque jour à s'accroître par le développement despopulationschréliennes. Tandis que les races musulmanes s'appauvrissent et que les restes des peuples idolâtres végètent dans leur immobilité, te sang chrétien béni par Dieu fleurit outre mesure : de perpétuelles émigrations on p'irteni au loin la surabondance, et avec elle les semences précieuses de la foi.
» Si voua remarquez une dispTOportion entre le territoire et la population de Jésus-Christ, il est facile de se l'espliquer : La puissance des chrétiens va plus vite encore que leur sang: ils conquièrent et gouvernent l'espace avec une poignée d'hommes, et leur génie le remplit avant leur postérité. Je ne pense pas que cette observation imise à Jésus-Christ. Mais il en est une aulre où vous m'attendez certainement 'et où je vous attends moi-même. Quoi qu'il en soit, direz-vous, du progrès territorial et numérique de Jésus-Christ, phénomène qui s'explique par l'ascendant des races chrétiennes, vous
ne pouvez pas nier l'invasion et le progrès de l'iiicr^ dulité au sein du Chnstianisme . Si Jésus-Cîirist a renversé les cultes antérieurs au sieu , l'incréilulit^ , plus puissante que lui, renverse à son tour l'ouvrage qu'il avait édifié , et le renverse avec une circitn»tancc plus terrible encore, puisque c'est le douto et la libation qui prennent la place de la foi. Comme ces terres épuisées par une siib^itance qui a dévoré tout* leur sève, et qui ne peuvent plus rien produire, la terre où a passé Jésus-Chhït est une terre maudite, elle nù porte plus que le doute et la négation. Ainsi allons-nous k un état pire qu'aucun de ceux dont l'humanité a été le témoin et la victime. Comme ce conquérant qui fit raser Jérusalem et semer du sel sur ses ruines, le Christ a épuisé les convictions du genre humain et semé dans son intelligence le sel de l'incroyance absolue. Malheur à nous, sans doute, malheur à noua, qui ne pouvons plus croire !
Mais à qui sommes-nous redevables der cette incapacité, sinon h la tyrannie du Christ qui o'a pas été assez fort" l>our courber ^jamais nos esprits sous ses dogmes, qui l'est assez pour ne plus nous permettre aucune autre foi que la sienne ?
« J'en conviens, après dix -sept siècles où Jésus-Christ ne l'ut pas nié, il l'a été enlin au siècle dernier : il l'est encore aujourd'hui. Mais loin que cet accident menace l'cBiivre du Christ, elle en lire un éclat qu'il vous sera facile de reconnaitro et d'apprécier. Trois pays étaient le siège lie la révolte sociale contre Jésus-Christ : L'Angleterre, la France et l'Allemagne. Quant à l'Angleterre, il y a longtemps déjà que l'incrédulité n'y possède plus ni
puissance ni renom. Si vos oreilles niit été attentires aux échos du Parlement britannique, celle expression la plus haute <les pensées nationales, il ne sera pas venu jusqu'à vous, depuis la naissance du siècle présent, une parole qui ait été une injure ou une menace pour le Christ. L'Angleterre a émancipé les catholiques ; elle a rappelé h la tribune de son Parlement la voix proscrite, des tenants <Jo la Paj^auté ; elle a imvert ses campagnes à la charrue des moines, et ses écoles k la science liu clergé romain. Les vieux murs d'Oxford ont entendu le.s plu.s célèbres docteurs de l'anglicanisme y parler de Jésus-Christ comme l'antique Eglise: Us ont vu la retraite de plusieurs d'entre eux qui ont passé de la chaire dans l'humihté d'une cellule pour y réciter l'office a la façon des religieux, el demander au pied du Crucifix, le retour de leur âme et de leur pays à la Weille foi des Ango-Saxons. Des chapelles catholiques, et même des cathédrales, sont sorties brillantes de la terre de proscription et Jésus- Christ s'est promené triomphalement avec se.s évêques et ses prêtres dans les rues oii lespieiTesetl'épéeravaient poursuivi,
L'Angleterre enfin est ravie à l'incrédulité, elle qui, la première, l'avait couverte de la protection de ses lords et de ses gens d'esprit.
« Si nous regardons ensuite la France, sans doute, nous n'y remarquerons i>as avec la même pléintude les signes d'un retour à la foi. Cependant nul de vous, instruit du passé et du présent, ne comparera ensemble les deux situations. Au dernier siècle, l'iucréduUté était maîtresse absolue des esprits ; elle seule tenait la plume et portait la parole avec éloquence : ses livres étaient des
et permeltait à Jésus-Christ rie reprendre lo sooptn d'une parole trop longtemps affaiblie par un respect qui n'était plus mérité.
< L'incrédulité a reçu un coup plus profond oacore que tous ceux-là. Car les causes que je viens d'éDum4r«r n'agissent que dans les rangs élevés du moiide : elles ne fitippeut pas au cœur du genre humain, el. ce coup du milieu esl nécessaire à toute grande action. Le milieu du monde, le cœur du gonre humain, c'est le peuple. 11 fallait donc que le peupleeutunsigneconlrei'incrédulilé, et ce signe lui a été donné, afin qu'il ne manquât rieu aux causes du salut que Dieii nous prépare.
V Ce signe, le voici : L'âme et le corps du peuple u'onl rien à gagner à l'incréduhté, et le peuple s'en esl aperçu. Le peuple avait un Dieu dans le ciel ; quand la terre si iiigrale pour lui, le courbait trop ba.^, il se relevaù les mains jointes, al en appulaiii à Dieu de sa misëve prétonte. il sentait la dignité et ia consolation lui venir de lui. Le peuple avait un Dieu, non pas seulement dans le ciel, ■nais plus proche île lui, un Dieu qui s'était fait homme et pauvre, qui était né dans une écurie, dont le corps avait couché sur la paille et qui avait souffert de la vie plus que lui, Le peuple avait un Dieu, non pas seulement dans le ciel, non pas seulement dans sa chair et dans sa pauvreté, mais il avait un Dieu sur cette même croix que porte le peuple, et lorsqu'il se regardait les bras étendus dans son supplice, il trouvait k sa droite son Dieu crucifié pour lui el lui tenant compagnie. Le peuple avaitun Dieu yivant dans l'église pour l'enseigner, le défendre et le consoler.
> Le peuple avait un Dieu dans le ciel et sur la terre :
vous lui avBK otâ lo Dieu du ciel, et vous ne lui avez pas garii6 le Dieu de la terre. Qu'avez-vous donc mis à la place? Quel autre Dieu lui avez-vous fait? Oh ! J'ai tort , voua lui avez donné pour Dieu le doute, et pour déesse la négation ! Vous lui avez dit : peut-être ! Et trouvant que c'était trop, vous avez repris avec autorité, vous avez dit : noni de quoi se plaindrait-il ? il n'a plus île Dieu, plus de Christ, plus d'Evangile, plus d'Eglise ; mais vous lui restez, et avec vous les vers qui rongeront son cadavre. N'est-ce pas assez pour satisfaire une âme?
» Mais peut-être, ne pouvant pas supporter vous mêmes le spectacle de celte implacable spoliation accomplie de vos mains, vous vous retournerez vers le corps du peuple et lui vanterez ce qu'il vous doit de bieii-être en échange du bien-vivre, Ah! Je vous y attendais ! Le corps du peuple 1 Mais écoutez donc le bruit de Manchester, de BirmJQgbam, des Flandres, le crï non pas de la pauvreté et de la misère, ce sont des mots et des choses d'autrefois mais le cri du paupérisme, c'esl-à-dlre le cri de la détresse arrivée à t'élat de système et de puissance, et sortant par une malédiction mattendue du développement même de la richesse ! L'Economie politique de l'incrédulité a été écrasée par les faitsi sur tous les IhéMres de l'industrie et de l'activité humaine, elle se débat contre ces résultats aussi terribles qu'imprévus
• En un mot, TSme et le corps du peuple n'ont rien gagné à l'incrédulité , et à l'heure qu'il est , le peuple n'a plus d'illusion, i>
(Lacordaire).
U ne m'a pas été possible d'écourter beaucoup cette elle page apologétique du Chiistiauismo moderne , qui
éTënements publics, ses grands hommes marchaient i l'égal des vieilles familles de la munarchie ets'eolretenaiçnt famillièremeut avec les rois do l'Europe; odc conjuralion flagrante et sans contrepoids élevait jusqu'au ciel toute injure contre Jésus-Christ. En somrues-nous là, à l'heure où je voua parle? Jésus-Christ n'a-l^il poial parmi nous ses écrivaius, ses orateurs, son parti, sa jeunesse, sa gloire; et si l'incrédulité subsiste, ne savonsnous pas bien lui faire baisser la tâte, et marcher, dans la force de notre âme, contre ses succès vieillis et ses espérances si mal justitiées?
Le mol d'ordre do la foi, dans ce qu'elle a de plus mihtaut, part de la France : nos missionnaires, nos sœurs de charité, nos frères des écoles chrétiennes le portent jusqu'aux exti'émités du monde. etquiconque aime Jésus- Christ sur la terre tient la main sur notre coaur pour y reconnaître les pulsations de la foi et remercier le Dieu qui frappe et qui guérit.
Je ne dirai rien de lAUomagne ; elle reste, quoique avec quelques niodiûcations, le foyer de la guerre contre Jésus-Christ. C'est là que nos incroyants vont demandi-r les armes que le génie rie la France leur refuse de plus en plus ; mais la chute est grande , et la foudre qui sort des nuages du Rhin n'est pas destinée à faire les mèmea blessures que cettb double langue de IWngleterre et de la France, dont le grand comte de Maistre prédisait il y a un demi siècle, la future alliance au profit de l'Eglise et de Jésus-Christ,
Mais ne nous contentons pas de constater pai' les laita la diminution progressive des forces de l'incrédulité; tachons d'en découvrir les causes afiu d'arriver & dos
ibllclusionà qai puissoQt embrasser l'aTenir autant que
< Dieu donc, témoin de l'obscurassemonl des esprits, a pris par la main trois soleils et les a fait lever doiicemeiit sur l'horizon de l'Eglise : le soleil de l'histoire, le soleil de la science et te soleil de la liberté.
L'histoire était mal connue, de grands travaux, aidés par de grandes révolutions sociales, en ont éclairci les sombres mystères et Jésus-Christ, calomnié daus loa œuvres de son Eglise, a repris dans les réahtés du monde une place qu'on avait voulu deshonorer.
Tandis que l'histoire revenait à lui par les travaux des protestants ni des incrédules autant que par ceux des catholiques, la science ne le servait pas avec nn moindre retour de justice et de fidélité. Creusait-elle dans les entrailles de la terre , elle y retrouvait la première page de Moïse ; descendait elle au fond des temples «t de» nécropoles de l'Egypte, elle y découvrait les points de rencontre do l'histoire Egyptienne avec l'histoire du peuple de Dieu; parvenait-elle à déchiffrer la langue des hiéroglyphes, ces signes, rappelés à la vie de leur expression , rendaient témoignage à la nouveauté du mondn compromise par des calculs d'astronomie; rele- Taît-elle des ruines et des inscriptions, ces ruines et ces inscriptions parlaient pour nous: la nalure, interrogée dans tous les sens, renvoyait par tous ses pores un son chrétien, comme si elle eut été créée ou séduite par Jésus-Christ
La liberté nous rendait aussi, dans son emploi, de signalés services. Elle dénouait en partie les liens dont l'incrédulité avait chargé l'Éghse par la main de ses rois,
et permettail à Jésus-Christ de reprendre la sceptre d'une parole trop longtemps affaiblie par ua respect qui n'était plus mérité.
< L'incrédulité a reçu un coup plus pmfoii') encore que tous ceux-là. Car les causes que je viens d'énuménir n'agîss(?ut que dans les rangs élevés du moade : elles oe frappent pas au cœur du genre humai:?, el ce coup rlo milieu est nécessaire à toute grande action. Le milieu du monde, le cœur du genre humain, c'est le peuple. Il fallait donc que le peuple eut un signe contre l'incrédulité, et ce signe lui a été donné, aûn qu'il ne manquât rien aux causes du salut que Dieii nous prépare.
» Ce signe, le voici : L'âme et le corps du peuple u'ont rien à gagnera l'incrédulité, et le peuple s'en est aperçu. Le peuple avait un Dieu dans le ciel ; quand la terre si ingrate pour lui. le courbait trop bas, il se relevait les mainsjuintes, eten appelant à Dieu de sa misère prè^eutu, il sentait la dignité et la cunsolatioR lui venir de lui. Le peuple avait un Dieu, non pas seulement dans le ciel. mais plus proche de lui, un Dieu qui s'était fait homme et pauvre, qui était né dans une écurie, dont le corp» avait couché sur la paille et qui avait souffert de la vie plus que lui. Le peuple avait un Dieu, non pas seulement dans le ciel, non pas seulement dans sa chair et dans sa pauvreté, mais il avait un Dieu sur cette mêuie croix que porte le peuple, et lorsqu'il se regardait les bras étendus dans son supplice, il trouvait à sa droite son Dieu cruciâé pour lui et lui tenant compaguie. Le peuple avaitun Dieu
E vivant dans l'église pour l'enseigner, le défendre et le
I consoler.
I » Le peuple avnli un Dieu dans le ciel et sur la t
voua lui avez olè In Dieu du ciel, et voua ne lui avez pas gardé le Dieu de la terre. Qu'avez-vous donc mis à la place? Quel autre Dieu lui avez-vous fait? Oh! J'ai tort, vous lui avez donné pour Dieu le doute, et pour déesse la iiégatioQ ! Vous lui avez dit : peut-être ! Et ti-ouvant que c'était trop, voua avez repris avec autorité, vous avez dit : non ! de quoi se plai mirai t-il ? il n'a plus de Dieu, plus de Christ, plus d'Ëvangile, plus d'Eglise; mais vous lui restez, et avec vous les vers qui rongeront sou cadavre. N'est-ce pas assez pour satisfaire une âme?
» Mais peut-être, ne pouvant pas supporter vous tuêmes le spectacle de cotte implacahlo spoliation accomplie de vos maiixs, vous vous retournerez vers le corps du peuple et lui vanterez ce qu'il vous doit de bien-être en échange du bien-vivre, Ali! Je vous j attendais ! Le corps du peuple 1 Mais écoutez donc le brait de Manchester, de Birminghain, des Flandres, le cri tiOQ pas de la pauvreté et de la misère, ce sont des mots et des choses d'autrefois mais le cri du pau|)érisme. c'eal-à-dire le cri de la détresse arrivée a l'état de système et de puissance, et sortant par une malédiction inattendue du développement même de la richesse ! L'Economie politique de l'incrédulité a été écrasée par les faits sur tous les théâtres de l'industrie et de l'activité humaine, elle se débat contre ces résultats aussi terribles qu'imprévus
» En un mot, l'âme et le corps du peuple n'ont rien gagné à l'incrédulité , et à l'heure qu'il est , le peuple n'a plus d'illusion. >
(Lacordaire).
11 ne m'a pas été possible d'écourter beaucoup cette belle page apologétique du Ctuistiauismo moderne , qui
répond si éloqaerament aux craiates pour Fayenir. Non, le Christianisme nest pas à la veille de sa décadence.
II. L'auteur cité plus haut, avant d'aborder la question de la chute du Christianisme, en avait déjà, dans un ouvrage précédent , soulevé une autre : Qt^el sérail aujoufHThtU l'état de ta Société, si le Christianisme n'etU point paru sur la terre ?
Il y répond en déroulant le spectacle des -mœurs de l'empire romain , des atrocités et de la corruption des maîtres du monde; en citant les infamies des grands , la dégradation et l'abaissement du peuple , Tesclavage de la plus grande partie de l'humanité , traitée à l'égal des plus vils animaux.
Puis il cite l'invasion des Barbares destinés, par la Providence, à balayer toute cette pourriture, pour édifier la Société sur de nouvelles bases.
On peut juger de Tabîme où nous serions plongés aujourd'hui , si les Barbares avaient surpris le monde sous le Polythéisme, par l'état actuel des nations où le Christianisme s'est éteint. Nous serions tous des esclaves Turcs, ou quelque chose de pire encore, car le Mahométisme a du moins un fond de morale qu'il tient de la religion chrétienne dont il n'est , après tout, qu'une secte très éloignée.
Mais le Christianisme s'était implanté déjà sur le sol envahi , et les Barbares y arrivaient, touchés eux-mêmes par la Religion.
La seule classe des vaincus respectée par les Barbares, fut celle des prêtres et des religieux. Les monastères
devinrent autant de foyers où le feu sacré des arts se conserva avec la langue grecque et la langue latine. Les premiers citoyens de Rome et d'Athènes. sV'tant réfugiée dans le sacerdoce chrétien , évitèrent ainsi la mort ou l'esclavage auquel ils eussent été condamnés avec le reste du peuple.
« li est donc bien probable que sans le Christianisme , lo naufrage do la Société et des lumières eut été, total. Car, et en supposant qu'il n'eut pas paru sur la ten-e, et que d'un autre côté les Barbares fussent demeurés dans leurs forêts, le monde romain pourrissant dans ses mœurs', était menacé d'une dissolution épouvantable. >
Aujourd'hui la question est toute autre ; on tient compte des prodigieux résultats au point de vue de la cinlisation ef du progrès social émanés du Christianisme ; mais on s'effraie, quelques esprits du moins s'effraient et se préoccupent . de sa décadence progressive . et se demandent quelle sera la forme religieuse qui le remplacera.
Ces âmes anxieuses, qui prévotent la chute du catholicisme, n'aperçoivent à l'horizon aucune forme, aucune secte capable de le remplacer. Ni le paganisme , ni le matérialisme, ni les formes occultes et slupides de filluminisme, devenu aujourd'hui la franc-maçonnerie, ne peuvent prétendre k pareil héritage.
Si les attaques ardentes et insensées de cette dernière sembient lui laisser l'illusion de la supplanter bientôt, elle usera vite sa peine. Elle vivra poul>êti'e quelques jours sous l'égide des lois , des coutumes , des mœurs , conservées dans la Société , grâce au catholicisme luimême : mais rongée par toutes les corruptions et toutes
los hontes ; elle tombera biantnt rlans le mépris et dans la fange , dounaiil par sa chute même le lémoigitag« de la grandeur, delà vitalité et de la nécessité de l'Évaugile , comme seule sauvegarde de la stabilité sociale.
On reconnaît qu'il faut une religion, pour que la Société ne périsse pas , et en ce moment , il semble que sous la décadence de la foi, l'Europe touche à l'heure d'une févuluLiun , ou plutôt d'une dissolution sociale , qui aura la France pour premier théâtre et de là gagnera do proche en proche tous les états voisina.
Si l'on demandait quels sont les peuples qui s« détruiront les premiers, on peut répondre : ceux qui sont les plus corrompus et les plus lâches dans la défense de leurs droits.
Suivant la voie de celte hypothèse, on peut affirmer que la nation la plus avancée , déchirée par dos révolulions , par de longuefi et sanglantes discordes civiles. retournera a la barbarie si elle n'est retenue au bord de rabîmu par une Dictature puissanto qui s'oppose, par la force, à l'envahissement de la révolution.
Mais il faudra néanmoins qu'à cette force répressive vienne s'a<ljoindre un élément do reslauralion sociale, et ce sera cette fois encore, ctimme toujours en parcitlo circooslauce , l'œuvre du Catholicisme.
Ce que tant de fois il a fait , il le réalisera encore. 11 rétablira sur ses bases la Société ébranlée , et fera succéder à l'anarchie l'apsiseinent des esprits et la conciliation.
Les gouvernements modernes doivent inconlestablemenl au Christianisme leur plus solide autorité et leurs révolutions moins fréquentes. Il les a rendus eux-mêmes
rssnguinaires : cela se prouve par le fait , en '. I comparant aux gouvernements anciens.
L'oubli des principes religieux a donné de tous temps, taux discordes civiles, un caractère de férocité brutale ■'que l'antiquité »eule connaissait.
'■ La religion, mieux connue, écartant le fanatisme, a donné plus de douceur aux mœurs cltrétiennes. Ce changement n'est pas l'ouvrage des lettres , car partout où ellesont brillé, rhumanité n'en a pas été plus respectée » * Pour nous, nous sommes convaincu que le Christianisme sortira triomphant de l'épreuve qu'il aura à subir encore. Ce qui te persuade . c'est qu'il soutient parfaitoment l'examen de la raison, et que plus on le sonde, plus ^M on y trouve de profondeur. Ses mystères expliquent ^Brliomme et la nature ; ses œuvres appuient ses préceptes ; ^Eta charité , sous mille formes , a remplacé la cruauté des ^K BDciene ; son culte satisfait davantage le cœur et la H pensée; nous lui devons tout, lettres, sciences, a^i- ^ft culture , beaux-arls ; il Joint la morale à la religion et ^Hrhomme a Dieu.
^^ « Jésus-Christ, sauveur de l'homme moi-al, l'est encore de l'homme physique : il est arrivé comme un grand événement heureux pour contrebalancer le déluge des
*liai'bares et la corruption générale des mœurs. » Quant ou nierait même au Chiistianisme ses preuves uirnaturelles, il resterait encore, dans la sublimité de sa morale , dans l'unmensité de ses bienfaits . dans la beauté de ses pompes , de quoi prouver suffisamment qu'il est le culte le plus divin et le plus pur que Jamais les hommes inent pratiqué.
» Le Christianisme n'est pas venu des hommes. S'il
n*est pas venu des hommes, il ne peut être venu que de Dieu.
c S'il est venu de Dieu, las hommes n'ont pu le connaître que par révélation.
« Le Christianisme est donc une religion révélée. »
Je termine cette modeste étude, qui m*a été une source incessante de joie chrétienne , de consolation et d'ospérance , par le vœu d'un philosophe payeu du IV' siècle , converti au Catholicisme : « Satis me viansse arbitrer et » offUnum hominis implesse, si labor mem aliquos S'* homines , ab erroribus liber atos , ad iter cœlesie » direxerii. » (Lactance.)