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TIRÉ DE MA FAMILLE. XKI

toires de la frontière aussi bien que Walter Scott. Ce qui leur était commun, c'était une extrême netteté d'esprit et de raisonnement. Il y avait force prêtres dans les cousins et parents , des prêtres de diverses sortes, mondains, fanatiques; mais ils ne dominaient point. Nos judicieuses et sévères demoiselles ne leur donnaient la moindre prise. Elles racontaient volontiers qu'un de nos grands*oncles (du nom de Hichaud? ou Paillart?) avait été brûlé jadis pour avoir fiât certain livre.

Le père de mon père qui était mattre de mu-* ^que à Laon, ramassa sa petite épar^e, après la Terreur, et vint à Paris, où mon père était employé à l'imprimerie des assignats. Au lieu d'acheter de la terre, comme faisaient alors tant d'autres, il confia ce qu'il avait à la fortune de mon père, son fils atné, et mit le tout dans une imprimerie au hasard de la Révolution. Un frère, une sœur de mon père, ne se marièrent point, pour faciliter l'arrangement, mais mon père se maria; il épousa une de ces sérieuses demoiselles ardennaises dont je parlais tout à Theure. Je

XUl EXEMPLE

naquis en 1798, dans le chœur d'une église de religieuses, occupée alors par notre imprimerie; occupée, et non profanée ; qu'est-ce que la Presse, au temps moderne, sinon Tarche sainte?

Cette imprimerie prospéra d'abord, alimentée par les débats de nos assemblées^ par les nou-* velles des armées, par l'artiente vie de ce temps. Vers 1800> elle fut frappée par la grande suppression des journaux. On ne permit à mon père qu'un journal ecclésiastique, et l'entreprise commencée avec beaucoup de dépenses, l'autorisation fui brusquement retirée, pour être donnée à un prêtre que Napoléon croyait sûr, et qui le trahit bientôt.

On sait comment ce grand homme fut puni par les prêtres même d'avoir cru le sacre de Rome meilleur que celui de la France. Il vit clair en 181 0« Sur qui tomba son courroux?... sur la Presse ; il la frappa de seize décrets en deux ans. Mon père, à demi ruiné parlai au profit des prêtres, le fut alors tout à fait, en expiation de leur foute» >.

Un matin, nous recevons la visite d'un Mon-

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sieur, plus poli que ne Tétaient gé&èral^nent les agents impériaux, lequel nous apprend que S. M. l'Empereur a réduit le nombre des imprimeurs à soixante; les plus gros sont eonservés, les petits sont supprimés, mais avec bonne indemnîtéy à peu près sur le pied de quatre sols pour quatre francs* Nous étions de ces petits: se ré^ signer, mourir de faim, il n'y avait rien de plus à faire. Cependant, nous avions des dettes. L'Em* pereur ne nous donnait pas de sursis contre les juifs, comme il l'avait fait pour l'Alsace. Vous ne trouvâmes qu'un moyen ; c'était d'imprimer pwr nos çréimciers quelques ouvrages qui apparte-naient à mon père. Nous n'avions plus d'ouvriers, nous fîmes ce travail nous-mêmes^ Mon père qui vaquait aux afikirès du dehors, ne pouvait noifô y aider. Ma mère, malade, se fît brocheuse, coupa, plia. Moi, enfant, je composai* Mon grand-père, très fodble et vieux, se mit au dur ouvrage de la presse, et il imprima de ses mains tremblantes. Ces livres que nous imprimions, et qui se vendaient assez bien, contrastaient singulièrement par leur futilité avec ces années tra^^ques d'im-

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