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XXIV EXEMPLE

menses destructions. Ce n'était que petit esprit, petits jeux, amusements de société, charades, acrostiches. II n'y avait là rien pour nourrir rame du jeune compositeur. Mais, justement, la sécheresse, le vide de ces tristes productions me laissaient d'autant plus libre. Jamais, je ne crois, je n'ai tant voyagé d'imagination, que pendant que j'étais immobile à cette case. Plus mes romans personnels s'animaient dans mon esprit, plus ma main était rapide, plus la lettre se levait vite... J'ai compris dès lors que les travaux manuels qui n'exigent ni délicatesse extrême, ni grand emploi de la force, ne sont nullement des entraves pour l'imagination. J'ai connu plusieurs femmes distinguées qui dissent ne pouvoir bien penser, ni bien causer, qu'en faisant de la tapisserie.

J'avais douze ans, et ne savais rien encore, sauf quatre mots de latin, appris chez un vieux libraire, ex-magister de village, passionné pour la grammaire , homme de mœurs antiques, ardent révolutionnaire, qui n'en avait pas moins sauvé au péril de sa vie ces émigrés qu'il

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détestait. Il m'a laissé en mouraot, tout ce qu'il avait au monde, un manuscrit, une très-remarquable grammaire, incomplète, n'ayant pu y consacrer que trente ou quarante années.

Très-solitaire et très-libre, laissé tout à fait sur ma foi par Findulgence excessive de mes parents, j'étais tout Imaginatif. J'avais lu quelques volumes qui m'étaient tombés sous la main, une Mytholc^ie, un Boileau, quelques pages de l'Imitation.

Dans les embarras extrêmes, incessants, de ma famille, ma mère étant malade, mon père si occupé au dehors, je n'avais reçu encore aucune idée religieuse... Et voilà que dans ces pages, j'aperçois tout à coup au bout de ce triste monde, la délivrance de la mort, l'autre vie et l'espérance! La religion reçue ainsi, sans intermédiaire humain, fut très-forte en moi. Elle me resta comme chose mienne, chose libre, vivante, si bien mêlée à ma vie qu'elle s'alimenta de tout, se fortifiant sur la route d'une foule de choses tendres et saintes, dans l'art et dans la poésie, qu'à tort on lui croit étrangères.

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Comment dire l'état de rêve où me jetèrent ces premières paroles de Tlmitation? je ne lisais pas, j'entendais. •• comme si cette voix douce et paternelle se fût adressée à moi^ûième... Je vois encore la grande chambre froide et dé^ meublée, elle me parut vraiment éclairée d'une lueur mystérieuse... Je ne pus aller bien loin dans ce livre, ne comprenant pas le Christ, mais je sentis Dieu.

Ma plus forte impression d'enfance, aprèscelle* là, c'est le Musée des monuments fr^çais, simalheureusement détruit. C'est là, et nulle autre part« que j'ai reçu d'abord la vive impression de l'histoire. Je remplissais ces tombeaux de mon imagination, je sentais ces morts à travers les marbres, et ce n'était pas sans quelque terreur que j'entrais sous les voûtes basses où dormaient Dagobert, Chilpéric et Frédégonde.

Le lieu de mon travail, notre atelier, n'était guère moins sombre. Pendant quelque temps, ce fut une cave, cave pour le boulevart où nous demeurions, rez-de-chaussée pour la rue basse. J'y avais pour compagnie, parfois mon grand<{)èrey

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quand il y venait , mais toujours ^ trôeni^dûment, une araignée laborieuse qui trayaittait près de moi, et plus que moi, & ooup^sûr.

Parmi des privations fort dures et bien audelà de ce que supportent les ouvriers ordinaires^ j'avais des compensations : la douceur de mes parents, leur foi dans mon avenir, inexplicable vraiment, quand on songe combien j^étais peu avancé. J'avais, sauf les nécessités du travaiU une extrême indépendance, dont je n'abusai jamais. J'étais apprenti, mais sans contact avec des gens grossiers, dont la brutalité aurait peutêtre brisé en moi cette fleur de liberté. Le matin, avant le travail, j'allais cbez mon vieux grammairien, qui me donnait cinq ou six lignes de devoir. J'en ai retenu ceci, que la quantité du travail y fait bien moins qu'on ne croit; les enfants n'en prennent jamais qu'un peu tous les jours; c'est comme un vase dont l'entrée est étroite; versez peu, versez beaucoup, il n'y entrera jamais beaucoup à la fois.

Malgré mon incapacité musicale, qui désolait mon grand-père, j'étais très-sensible à rbarmo^

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