‹ Le peupleChapitre 117 sur 188 · LE CHRIST N'A PAS SAUVÉ L'ANIMAL · texte numérisé non relu

LE CHRIST N'A PAS SAUVÉ L'ANIMAL

tandis que chacun n'y veut faire entrer que les siens.

Le christianisme, malgré son esprit de douceur, ne renoua pas l'ancienne union. Il garda contre la nature un préjugé Judaïque ; la Judée, qui se connaissait, avait craint d'aimer trop cette sœur de l'homme; elle la fuyait en la Qiaudissant. Le duristianisme, fidèle à ces (u^intes, tint la nature animale à une distance infinie de l'homme, et la ravala. Les animaux symboliques qui accompagnent les évangélistes, le froid allégorisme de l'agneau et de la colombe, ne relevèrent pas la bête. La bénédiction nouvelle ne l'atteignit pas ; le salut ne vint pas pour les plus petits, les plus humbles de la création. Le Dieu-Homme est mort pour l'homme, et non pas pour eux. N'ayant point part au salut, ils restent hors la loi chrétienne, comme païens, comme impurs, et trop souvent suspects de connivence au mauvais principe. Le Christ, dans l'Évangile, n'a-t-il pas permis aux démpns de s'epiparer des pourceaux?

On ne saura jamais les terreurs où, plusieurs siècles durant, le mpyen âge vécut, toujours en présence du Diable ! La vision du Mal invisible, mauvais rêve, absurde torture ! et de là une vie bizarre qui ferait rire à chaque instant si l'on ne

188 fLE DIABLE VU DANS LESJANIMAUX/

sentait qu'elle fut triste à en pleurer... Qui douterait alors du Diable? Je Tai vu, dit Tempereur Charles. Je Tai vu, dit Grégoire VIL Les évêques qui font les papes, les moines qui prient toute leur vie, déclarent qu'il est là derrière eux, qu'ils le sentent, qu'il n'en bouge pas... Le pauvre serf des campagnes qui le voit sous figure de bête, sculpté au porche des églises, a peur en revenant chez lui de le retrouver dans ses bêtes. Celles-ci prennent le soir, aux mobiles reflets du fOyer, un aspect tout fantastique; le taureau a un masque étrange, la chëyre une mine équivoque, et que penser de ce chat dont le poil, dès qu'on le touche, jette du feu dans la nuit?

C'est l'enfant qui rassure l'homme. Il craint si peu ces animaux qu'il en fait ses camarades. H donne des feuilles au bœuf, il monte sur la chèvre, manie hardiment le chat noir. Il fait mieux, il les imite, contrefait leur voix... et la famille sourit : € Pourquoi craindre aussi. J'avais tort. C'est ici une maison chrétienne, eau bénite et buis bénit; il n'oserait approcher... Mes bêtes sont des bêtes de Dieu, des innocents, des enfants... Et même, les animaux des champs ont bien l'air de connaître Dieu ; ils vivent conmie des ermites. Ce beau cerf, par exemple, qui a la croix sur la tête, qui va.

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