‹ Le peupleChapitre 123 sur 188 · LES SIMPLES N'AIMENT PAS DECOMPOSER · texte numérisé non relu

LES SIMPLES N'AIMENT PAS DECOMPOSER

côté, ordinairement timides devant la foule, muets devant les gens d'esprit, éprouvent en présence du génie une sécurité complète. Cette puissance qui impose à tout le monde, elle l'es rassure au contraire. Ils sentent qu'ils ne trouveront là nulle moquerie, mais bienveillance et protection. Mon, ils se trouvent vraiment dans leur état nafairel, leur langue se délie, jet Ton peut voir que ces gens qu'on a nommés simples, parce qu'ils ignorent le langage convenu, n'en sont bien souvent que plus originaux, surtout tjrës-imaginatifs, doués d'un singulier instinct pour saisir des rapports fort éloignés.

Us rapprochentet lient volontiers, divisent, analysent peu. Non-seulement toute division coûte a leur esprit, mais elle leur fait peine, leur semble un démembrement. Ils n'aiment pas à scinder la vie, et tout leur paraît avoir vie. Les choses, quelles qu'elles soient, sont pour eux comme des êtres organiques, qu'ils se feraient scrupule d'altérer en rien. Us reculent du moment qu'il faut déranger par l'analyse ce qui présente la moindre apparence d'harmonie vitsde. Cette disposition implique ordinairement de la douceur naturdle et de la bonté ; on les appelle bannes gms.

Non-seulement ils ne divisent pas, mais dès

ILS B£C0M1M)SËNT FACILEMENT. |97

qu'Us trouvent une chose divisée, partielle» ou ils la négligent, ou ils la rejoignent en esprit au tout dont elle est séparée; ils recomposent ce tout avec unie rapidité d'imagination qu'on n'attendrait nullement de leur lenteur natureOe. Os sont puissants pour composer en proportion de leur impuissance pour diviser. Ou plutôt, il semble , à voir une opération si facile qu'il a'y ait là ni puissance, ni impuissance., mais un fait nécessaire, inh^ent à leur existence. En effet , c'est en cela qu'ils existent comme simples.

Une main parait dans la lumière. Le raisonneur conclut que sans doute il y a dans l'ombre un homme dont on ne voit que la main; de la main, il conclut l'homme. Le simple ne raisonne pas, ne conclut pas; tout d'abord, en voyant la main, il dit : c Je vois un homme. > Et il l'a vu en effet des yeux de l'esprit.

Ici, tous deux sont d'accord. Mais, dans mille occasions , le simple qui, sur une partie, voit un tout qu'on ne voit pas, qui, sur un signe, devine, aiBrme un être invisible encore, fait rire et passe pour fol.

Voir ce qui ne parait aux yeux de personne, c'est la seconde vue. Voir ce qui semble à venir, à naître, c'est la prophétie. Deux choses qui font

i98 ILS SYMPATHISENT A LA VIE.

rétonnement de la foule, la dérision des sages, et qui sont généralement un don naturel de simplicité.

Ce don, rare chez les hommes civilisés-, est, comme on sait, fort commun chez les peuples simples, qu'ils soient sauvages ou barbares.

Les simples sympathisent à la vie, et ils ont, en récompense , ce don magnifique , qu'il leur suffit du moindre signe pour la voir et la prévoir.

C'est là leur parenté secrète avec J'homme de génie. Us atteignent siouvent sans eflbrt, par simplicité , ce qu'il obtient par la puissance de simplification qui est en lui; ensorte que le premier du genre humain et ceux qui semblent les derniers , se rencontrent très-bien et s'entendent. Ils s'entendent par une chose, leur sympathie commune pour la nature , pour la vie, qui fait qu'ils ne se complaisent que dans l'unité vivante.

Si vous étudiez sérieusement dans sa vie et dans ses œuvres ce mystère de la nature qu'on appelle l'homme de génie, vous trouverez généralement que c'est celui qui, tout en acquérant les dons du critique, a gardé les dons du

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