CHAPITRE IX
Bévue de la leconde ^iTtieL.Intrôdu'cliai à;u troitiétif .
Tt été loin, bien loin ^eut-être dans rehtrailïement de mon cœur.
Je Totilaîs caractériser rinstincf populaire, y montrer la source de vie où les classes cultivées doivent chercher aujourd'hui leur rajeunissement; je voulais prouver à ces classes, nées d'hier, usées déjà, qu'elles ont besoin de se rapprocher du peuple d'où elles sont sorties.
Ce peuple, défiguré par ses maux, altéré par son progrès même, j'ai dû, pour trouver son génie, l'étudier spécialement daiis son élément le plus pur, le peuple des enfants et des siinples. C'est là que Dieu nous garde le dépôt de l'instinct vivant, le trésor d'étemelle jeunesse*
216 L'INSTINCT DE LTÎNPANT ITEST PAS PERVERS.
Mais oes^mples^ ces enfantsqae j'appelais dans mon livre à témoigner pour le peuple, il s'est trouvéqu'ils ont réclamé pour eux-mêmes. Et moi, je les ai écoutés; j*ai vengé comme j*ai pu les simples du mépris du monde. J'ai demandé pour Tenfant comment la dureté du moyen-âge continuait toujours contre lui.
Quoi! vous avez repoussé, dans la oroyance et dans la vie, le fatalisme cruel qui supposait Thomme perverti en naissant d'une' faute qu'il n'a pas faite; et quand il s'a^t de l'enfslnt, vous partez de cette idée; vous châtiez l'innocent; vous déduisez, d'une hypothèse diaque jour plus abandonnée , une éducation de supplices. Vous étouffez, vous bâillonnez le jeune révélateur, ce Joseph, ce Daniel, qui seul vous dirait votre énigme et votre rêve oublié.
Si vous maintenez que l'instinct de l'homme est mauvais 9 gâté d'avance, que l'homme ne vaut qu'autant qu'il est châtié, ^amendé, métamprpbmé par la science ou la scolâstique religieuse, vous avez condamné le peuple, et le peuple des enfants, et les peuples encore enfents, qu'on les nomme sauvages ou barbares.
Ce préjugé a été meurtrier pour tous les pauvres fils de l'instinct. Il a rendu les classes cultivées dé-
m L'INSTINCT DES PEUPLES ENFANTS. . 2i7
daigneuses, haineuses pour les classes non cultivées. Il a infligé aux enfants Tenfer de notre éducation. Il a autorisé contre les peuples enfants mille fables ineptes et malveillantes qui n'ont pas peu contribué à rassurer nos soi-disant chrétiens dans Textermlnation de ces peuples.
Mon livre voulait encore envelopper ceux-ci, les sauvages ou les barbares, abriter ce qui en reste... Tout à l'hjeure, il sera trop tard. Le travail d'extermination se poursuit rapidement. En moins d'un demi-siècle, que de nations j'ai vu disparaître! Où sont maintenant nos alliés, les montagnards d'Ecosse? Un huissier anglais a chassé le peuple de Fingal et de Robert-Bruce. Où sont nos autres amis, les Indiens de l'Amérique du Nord, à qui notre vieille France avait si bien donné la main? hélas! je viens de voir les derniers qu'on montrait sur des tréteaux... Les Anglais d'Amérique, marchands, puritains, dans leur dure inintelligence, ont refoulé, affamé, anéanti tout à l'heure ces races héroïques, qui laissent une place vide à jamais sur le globe, un regret au genre humain.
En présence de ces destructions, et de celle du nord de Tlnde , de celle du Caucase, de celle du Liban , puisse la France sentir à temps que notre
2i8 L'AFRIQUE AIDERA LA FRANGE A SE COMPRENDRE.
interminable guerre d'Afrique tient surtout à ce que nous méconnaissons le génie de ces peuples; nous restons toujours à distance^ sans rien faire pour dissiper l'ignorance mutuelle^ les malentendus qu'elle cause. Ils ont avoué l'autre jour qu'ils ne combattaient contre nous^ que parce qu'ils nous croyaient ennemis de leur religion, qui est l'Unité de Dieu ; ils ignoraient que la France, et presque toute l'Europe, eussent secoué les croyances idolâtriques qui pendant le moyen âge ont obscurci l'Unité. Bonaparte le leur dit au Caire ; qui le redira maintenant?
Le brouillard se lèvera un jour ou l'autre entre les deux rives, et l'on se reconnaîtra. L'Afrique, dont les races se rapprochent tellement de nos races du Midi, TAfrique que je reconnsds parfois dans mes amis les plus distingués des Pyrénées, de la Provence, rendra à la France un grand service ; elle expliquera en elle bien des choses qu'on méprise et qu'on n'entend pas. Nous comprendrons mieux alors l'âpre sève populaire de nos habitants des montagnes, des pays les moins mélangés. Tel détail de mœurs, je l'ai dit, que l'on trouve rude et grossier, est en effet barbare, et relie notre peuple à ces populations, barbares sans doute, mais nullement vulgaires.