‹ Le peupleChapitre 172 sur 188 · ELLE EST LA FRATERNITÉ VIVANTE · texte numérisé non relu

ELLE EST LA FRATERNITÉ VIVANTE

tacitement que c'est ici la patrie universelle.

Cette nation, considérée ainsi comme Tasile du monde, est bien plus qu'une nation ; c'est la fraternité vivante. En quelque défaillance qu'elle tombe, elle contient au fond de sa nature ce principe vivace, qui lui conserve, quoi qu'il arrive, des chances particulières de restauration.

Le jour où, se souvenant qu'elle fiit et doit être le salut du genre humain, la France s'entourera de ses enfants et leur enseignera la France, comme foi et comme religion, elle se retrouvera vivante, et solide comme le globe.

Je dis là une chose grave, à laquelle j'ai pensé longtemps, et qui contient peut-être la rénovation de notre pays. C'est le seul qui ait droit de s'enseigner ainsi lui-même^ parce, qu'il est celui qui a le plus confondu son intérêt et sa destinée avec ceux de l'humanité. C'est le seul qui puisse le faire, parce que sa grande légende nationale, et pourtant humaine, est la seule complète et la mieux suivie de toutes, celle qui, par son enchaînement historique, répond le mieux aux exigences de la raison.

Et il n'y a pas là de fanatisme ; c'est l'expression trop abrégée d'un jugement sérieux, fondé sur une longue étude. Il me serait trop (acile de

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montrer que les autres nations n'ont que des légendes spéciales que le monde n'a pas reçues. Ces légendes, d'ailleurs, ont souvent ce caractère d'être isolées, individuelles, sans lien, comme des points lumineux, éloignés les uns des autres^. La légende nationale de France est une traînée de lumière immense, non interrompue, véritable voie lactée sur laquelle le monde eut toujours les yeux.

L'Allemagne et l'Angleterre, comme race, comme langue et comme instinct, sont étrangères

1 Pour parler d'abord dn grand peuple qui semble le plus riche en légendes, de TAUemagne, eelles de Sigfrid Tinvulnérable, de Frédério Barberonsse, de Goetz à] la main de fer, sont des rêves poétiques qui tournent la Yie dans le passé, dans l'impossible et le^ Tains regrets Luther, rejeté, eonàpoé de la moitié dé l'Allemagne, n'a pu. laisser une légende. Frédéric, personnage peu Allemand, mais Prussien (ce qui est tout autre). Français de plus et philosophe, a laissé la trace d'une force, mais rien au cœur, rien comme poésie, comme foi nationale.

Les légendcft historiques de l'Angleterre, la. vietoire d'Edouard III et celle d'Elisabeth donnent un fait glorieux plutôt qu'un modèle moral. Un type, grâce A Shakespeare, est resté trés-puissant dans l'espirit an^ glais, et il n'e que trop influé : c'est celui de Richard III. -r H est curieux d'observer combien leur tradition s'est brisée facilement ; i| semble par trois fois qu'on y voit surgir trois peuples. Les ballades de Robin Hood et autres, dont se berçait le moyen âge , finissent avec Shakespeare; Shakespeare, i^t tué par la Bible, par Cromwell et par Milton, lesquels s'effacent devant l'industrialisme et les demf-grands hommes des derniers temps... Où est leur homme oomplat 06 plisse se fonder la légande?

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