‹ Le peupleChapitre 20 sur 188 · MARIAGE DE L*HOMME · texte numérisé non relu

MARIAGE DE L*HOMME

pas aller. N'y va-t-il pas assez tous les jours de la semaine?... Aussi, il se détourne, il va ailleurs, il a affaire ailleurs. . . Et pourtant, il y va.

Il est vrai qu'il passait bien près ; c'était une occasion. Il la regarde, mais apparemment il n'y entrera pas; qu'y ferait-il?... Et pourtant il y entre.

Du moÎQs^ il est probable qu'il n'y travaillera pas ; il est endimanché ; il a blouse et chemise blancl^f r^ Rien n'empêche cependant d'ôter quelque mauvaise herbe, de rejeter cette pierre. Il y a bien encore cette souche qui gêne, mais il n'a pas sa pioche, ce sera pour demain.

Alors, il croise ses bras et s'arrête, regarde, sérieux, soucieux. Il regarde longtemps, très-*longtemps, et semble s'oublier. A la fin, s'il se croit . observé, s'il aperçoit un passant, il s'éloigne à pas .l^Kts. A trente pas encore, il s'arrête, se retourne, et jette sur sa terre un dernier regard, regard pro- . fond et sombre; mais pour qui sait bien voir, il est tout passionné, ce regard, tout de cœur, plein -de dévotion.

Si ce n'est là l'amour, à quel signe donc le rereconnaîtrez-vous en ce monde? C'est lui, n'en irie^ point. . . La terre le veut ainsi^ pour produire ; autrement, die ne donnerait rien, cette pauvre

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terre 4e France, sans bestiaux presque et s^ps engrais. Elle rsqpporte^ parce qu'elle est aimée«

La terre de France appartient à quinze pu vingt millions de paysans qui la cultivent; la terre d'Angleterre à une aristocratie de trentenleux mille personnes qui la font «ultivcà*^.

Les Anglais n'arjrant pâus les mâines racines dans le sol, émirent où il yaprofit/Il? disent le pay9; nous disons la patrie^. Çh^ nous, rtioinme et la terre se tiennent, et ils qe se quitteront pa?; U y a entre eux légitime mariage^ ^ la vie, à la mort. Le Français a épousé la Fraqce^

La France est une terre d'équité* ËHe a g^éralement, en cas douteux» adjugé la terre à celmi qui travaillait la terre'. L'Anglet^re au çx)ntraire a

^ Et sur ces trenle-deax mille, douze mille sont des corporations de feiaifr-motfeé— SI l'Ofi oppose à ceci qu'en Angleterre, près de trois mflf- NMtf de ^efflomtes participent à la propriété foncière, c'est que eeinot, ottre les terres, désigne les maisons, et les petits terrains, cours, Jardins d'agrément, qni sont joints «tn maisôfli, ftnrtottt dans tes IdCalItés indoitrielles.

* Nos Anglais de r^nce disent le payé pénr éVitéfr de dire la' pfttHè. V. me page spiritaelle et châleareoAë de M. Génftt, Bes rarlaHoAs da tangage français, J>. 417.

' Cest on des caractères ^IrtrttaaHétes' de ndtre Réirdtution. L*hofluné et le trayail deriionimehii ont ptrn d'nn piril inestimable et qu'on ne ponvxft mettre en balance Aveé cëlni du fonda ; l'homme a emporté U terre. Et en Angleterre, ta terre a emponé rirobime. Dans

4 ACQUlSmOM DB LA TIRBE,

prononcé pour le seigneur, chassé le paysan; elle n'est plus cultivée que par d^ ouvriers.

Grave différence morale ! Que la propriété soit grande ou soit petite, elle relève le cœur. Tel qui ne se serait point respecté pour lui-même, se respecte et s'estinie pour sa propriété. Ce senti** ment ajoute au juste orgueil que donne à ce peuple son incomparable tradition mUitaire. Prenez au hasard dans cette foule un petit join^nalier qui posh sède un vingtième d'arpent, vous n'y trouverez point les sentiments du journalier, du mercenaire; c'est un propriétaire, un soldat (il l'a été, et le serait demain) ; son père Ait de la grande armée.

La petite propriété n'est pas nouvelle en France. On se figure à tort qu'elle a été constituée dernièrement, dans une seule crise, qu'elle est un accident de la Révolution. Erreur. La Révolution

Iw pays même qui ne Mot nullement féodaux, mais organisés sur lo inrineipe du clan celtique, Jet légistes anglais ont appliqué la loi féodale dans la plus extrême rigueur, décidant que le seigneur n'était pas seulement suxerain, mais propriétaire. Ainsi M»« la duchesse de S»therland s'est fait adjuger via comté d'Ecosse plus grand que le département du Haut-Rhin, et en a chassé (de Iftli à 1890) trois mille familles, qui l'occupaient depuis qu'il y a une Ecosse. La dnchesso leur a ùilt donner une indemnité légère que beaucoup n'ont pas acceptée. Lire le récit de cette belle opération, que nous doTons à l'agent de la duchesse : James Loch,. Compte rendit des bonifications faites aux domaines du marquis de Stalford» in-S», isso. M. de Sismondi en donne l'analyse dans ses Études d'économie politique, i8S7.

àVAMT LA RÉ?dLtTI(Mi 5

trouva ce mouvement trfes-ayaiicé, et eHe-mêim en sortait. En 1785, un excelient observateur, Arthur Young, s'étonne et s'effî*aie de voir ici la terre tellement dwisée. En 1738, l'abbé de Saint- Pierre remarque qu'en France. c les journaliers om presque tous tm jardin ou quelque morceau de vigne ou de terre^. > En 1697, Boisguillebert déplore la nécessité où les petits propriétaires se sont trouvés sous Louis XI Y de vendre une grande iensacquisaux seizième et dix«-sqptième

Cette grande histoire, si peu connue, offi*e ce earsA^ëre singulier : aux temps les plus mauvais, aux moments de pauvreté universelle, où le riche mme est pauvre et vend par force, alors le pauvre se trouve en état d'acheter; nul acquéreur ne se pr^enlant, le paysan en guenilles arrive avec sa pièce d'or, et il acquiert un bout de terre.

Mystère étrange; il faut que éet homme ait un trésor caché... Etilenaun, en effet : le travail persistant, la sobriété et le jeûne. Dieu semble avoir donné pour patrimoine à cette indestructible race le don de travailler, de combattre, au besoin, sans

^ 1 Saint-Pierre, t. X, p. Mi (Rotterdam). L'autorité de cet aatear pea gravé est grave ici, parce qu'il écrivait sur les renseignemenU qtt*il aiait demandés à pkisieiirs intendants.

ô ARi^TÉB wssama fois,

manger, de vivre à'ee^évmee, de gaîté couragoiuse.

Ces moments de désastro oh të paysan a pu ae*quérir la terre à bon marché, ont toujours été suivis d'un élan subit de fécondité qu'on ne s'e&pliquait pas. Vers 1500, par exemple, quand la Fvance épuisée par Loms XI eend)le aebever sa ruine en Italie, la noblesse qui part est obligée de vendes; la terre, passant àdenouvdieô mains, refleuidt tout à coup ; on travaille, on bâtit. Ce bemi moment (dans la style de l'histoire monarehique) a'est ap^ pelé le bon Louis XIL

Il dure peu malheureiisement. La tarre est à pdme remise en bon âiat, le fisc fond desmis ; les guerres de religion arrivent qui semblent raser tout jusqu'au sol ^ misères horribles, &mines afcro*» oes où. les mërbs mangeaient leurs en&nÉs 1. . . Qui croirait que le pays se relève de là?. .; £h bien, h guerre finit à peine, de ce champ ravagé, de eette chaumière encore noire et brûlée, sort l'épai^ne du paysan. H achète; en dix ans, la France a changé de face ; en vingt où trente, tous leâ biens ont doublé, triplé de valeur. Ce moment, encore baptisé d'un noip royale s'appelle U bon Henri IV et le grand Richelieu.

1 Voir Froamenteaa : Secret des finances de France (t581), PreaveS| surtout p. S97-8.

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