‹ Le peupleChapitre 32 sur 188 · Î2 PEUT -IL RESTER · texte numérisé non relu

Î2 PEUT -IL RESTER

Vous les voyez, sans plainte, sans violence, chercher par les moyens les plus honorables TaccompBssement de l'œuvre sainte qui feit la force de la France t je veux dire, le mariage de Thomme et de la terre.

La France tout entière, si elle avait le vrai sentiment de sa mission, aiderait à cent qui continuent cette œuvre. Par quelle fetalité faut -il qu'elle s'arrête aujowd^hui dans leurs mains ^!.. Si la situation présente continuait, le paysan, loin d'acquérir, vendrait, conune il fit au milieu du dixs^t^Dftesiëcle, et redeviendrait mercenaire. Deux cents ans de perdus I. . . Ce ne serait pas là la chute d'une classe d'hommes, mais celle de la patrie.

Ils paient plus d'un demir-milKard à l'État chaque année! un milliard à l'usure! Est-ce tout? Non, la chaire indirecte est peut-être aussi forte, celle que l'industrie impose au paysan par ses douanes, qui repoussant les produits étrangers, empêclient aussi nos denrées de sortir.

Ce» hommes si laborieux sont les plus mal

1 Elle s%rréte, ou même recale. M. Hi]tp. Pasiy assure (M^m. Acad. polit. II, SOI) ^aa de lllC i idss, lenombre 4es propriélaires, comparé à CfiVA da i^ite de la |>f palatioB, • iêmimi4 de 9 ifit pour 0/0, on d'im quarcmtiimê. — II part da recensement de 1815. Mais ce recensement 6st-il eiactt esiril plus sérient qne eelni de 18)8, qne les iàUeaiix du iMafemeni dt la pofmlftlk»^ m temps do rBttpitOt «te.T V. Villermé, Joniiua des Économiitef, n» «S» mai i845«

PROPMÉTAIRH? S5

nourris. Point de viande ; nos éleveurs (qui sont au fond des industriels) ^npêchent Tagriculteur d'en manger^, dans l'intérêt de V agriculture. Le dernier ouvrier mange du pain blanc; mais celui qui fait venir le blé» ne le mange que noir. Ils font le vin, et la ville le boit. Que dis-je ! le monde entier boit la joie à la coupe de la France^ excepté le vigneron français^.

L'industrie de nos villes a obtenu récmmient un soulagement considérable, dont le poids retombe sur la terre» au moment où la petite indus-

< Et qai Ini rendent à si haut prix son unique vaclie «t tes bœufs de làiN>iir. «^ Lee életeiin disent : Point d*agrieiiIteQTs sans engtats, ni d'engrais sans bestiaax. ^ Ils «ni raison, mais eontre eu-mèines. Ke changeant rien e^ n'améliorant rien (sauf pour la production de laxe et les succès 4o gloriole), maintenant les prix élevés pour les qualités inférieures, ils empêchent tous les pays pauTres d'acheter les petits bestiaux qui leur conviennent, d'obtenir les engrais qui leur sent néoessairea ; l'homme et \$. terre» ne pouvant réparer leurs forées, languissent d'épuisement.

> On se rappelle le calcul de Paul-Louis GouErier, qui trowaU qu'au total, l'arpent de vigne rapportait iSO fr. an vigneron et 1500 fr. au fisc. Cela est exagéré, liais, en récompenso, il fam aiomer que eet arpent est ai:yourd'hui bien ^us endetté qu'en 1830. t- Point de métier plus pénible cependant, ni qui mérite mieux son salaire. Traverses la Bouiyogne au piintemps ou à l'automao ; voua Isitef quarante lieues à travers un pays deux fois par an rumné, bemlevetsét dépianté, replanté d'échalas. Quel travail 1... Et peur qu'à Berey, à Rouen, ee produit qui a tant coûté, soit falsifié et "déshonoré ; un art infâme ealomnle la nature et la bonne liqneui ; la vin Miavssi maltuaité que le vignavon.

24 IL POBTE ENVIE

trie des campagnes, l'humble travail de la fileuse, . est tué par la machine à lin.

Le paysan, perdant ainsi, une à une, ses industries, aujourd'hui le Un, demain la soie peutêtre, a grand'peine à garder la terre; die lui échappe, et elle emporte avec elle tout ce qu'il y a mis d'années laborieuses, d'épargne, de sacrifices. C'est de sa vie elle-même qu'il est exproprié. S'il reste quelque chose, les spéculateurs l'en débarrassent ; il écoute, avec la crédulité du mdheur, toutes les fables qu'ils débitent; Âlg^r produit le sucre et le café ; tout homme en Amérique gagne dix francs par jour ; il faut passer la mer ; qu'importe? l'Alsacien croit, sur leur piœole, que l'Océan n'est guère plus large que le Rhin *.

1 C'est ce qn*iin Alsacien disait en propres termes i ttn de mes amis (septembre 1M6). — Nos Alsaciens qxA émigt^nt ainsi, rendent le pea qu'Hs ont an départ ; le jnif est là à point poar aclieter. Les Allemands tâclient d'emporter lenrs meubles ; ils voyagent en chariots, comme les Barbares qui émigrérent dans l'empire romain. Je me rappelle qu'un joar, en Sonabe, dans un Jour trés-cfaand, trè»*poudreux, je rencontrai un de ces chariots d'émigrants, plein de colfres, de meubles, d'effets entassés. Derrière, un tout petit .chariot, attaché au grand, traînait' an eafant de deux ans, d'aimable et douce figure, tl allait ainsi pleurant, 80QS la garde d'une petite sœar qui marchait auprès, sans pouvoir l'apaiser. Qikel^es tewmm reprochant ans parents de laisser leur enfant derrière, le père fit descendre sa femme pour le reprendre. Ces fens me paraissaient tous deux abattus, presque insensibles, morts d'avance, de «Isère Y ou de regrets? Pouvaient-ils arriver Jamais? cela n'était gnèie probable. Et l'enfant? sa ftrèle voiture dure-

A L'ODVRIBR. ^

Âvsyit d*en venir là, avant de quitter la France, toute ressource sera employée. Le fils se vendra^. La fille se fera domestique. Le jeune enfont entrera dans la manufacture voisine. La femme se placera conune nourrice dans la maison du bour* geois ^,, ou prendra chez die Fenfant du petit marchand, de Touvria* même.

rait-elte dans ee long voyage? je n'osais me le demander.... Un seul membre de la ftmille me paraissait YÎTant, et promettait' de durer; c'était nn garçon de quatorze ans, qui, k ee moment même, emrayait pour une descente. Ce garçon à clieTeui noirs, d'un sérieux passiômié, semUait plein de forée morale, d'ardeur; du moins. Je le Jugeai ainsi. H se sentait déj4 eemme le ehêf de la: famille, sa providence et chargé de sa sûreté. La vraie mère était la sœur; elle en remplissait le rôle. Le petit, pleurant dans son berceau, avait son réie aumi, et ee n'était pas le moins impertant; il était l'unité de la Camille, le lien du .frère et de la smur, leur nourrisson commun; en son petit chariot d'osier, il emportait 4e foyer et la patrie ; là devait toujours, s'il durait, Jusque dans un monde inconnu, se retrouver la Souabe... Ah I que de choses, ils auront, ces enfants, i faire et à souffrir I En regardant l'atné, sa belle tête sérieuse. Je le bénis de corar, et le douai, autant qu'il était en moi.

1 On méprise trop ces remplaçants. M. Titien qui, comme membre d'une commission de la Chambre, a fait une enquête à ce si||et, m'a fsft rhouneur de me dire que leurs motifs étaient sauvent trè»4ouidiIes, venir en aide à la famille, acquérir une petite propriété^ etc.

* Aucun peintre de mmurs, romancier, socialiste, que Je sache, n-a daigné nous parler de la nourrice. Il 7 a pourtant là une triste histoire qu'on ne connaît pas assez. On ne sait pas combien ces pauvres femmeii sont exploitées et mal menées, d'abord par les voitures qui les transportent (souvent à peine accouchées), ot ensuite par les bureaux qui les reçoivent. Prises comme nourrices sur U$Uf Û faut qu'elles renvoient leur enfant, qui souvent en meurt. Elles n'ont aucun traité

96 IL PORTE BNtlE A L'OUVRIER.

L'ouvrîer, pour peu qu'U gagne bien sâ vie, est Tobjet de Fenvie du paysan. Lui qui appelle bourgeois le fabricant, il est un bourgeois pour rhomme de la campagne. Celui-ci le voit le dimancbe se promena Têtu comme un Monsieur, Attaché à la terre, il croit qu'un homme qui porte avec lui son métier, qui travaîfte sans s'i nquiéter des saisons, de la gelée ni de la grêle, est libre conune Toiseau. IlignQreetneveutpointvoirlesseFvitadM derhomme d'industrie. Il en jugèd'àprës le jeune ouvrier vqyageur qu'il rencontre sur les routes, faisant son tour de France, qui gagne à chaque halte pour le séjour et le voyage, puis, reprenant la longue canne de compagnonnage et le petit paquet, s'achemine vers une autre ville en chantant ses chansons.

avec 1« famille qui lea loae, et peuvent eue ronvayée» ao f s^mier.eaprice de la mère, de la garde, da médecin ; ai le .ohipgemeBt d'air et de vie leur tarit lenr la|t».fllee sont ranvoy^ea aana ipdewrité. 81 elles restent, elles prennent ici )ea.ka)>itodea de l'aisance» et a^nffirent intniment quand il leur faut rentrer dans leur vie pauvre ; pluaieura se faut domestiques, pour ne plus quitter la ville» elloa ne rejoignent plua leur n^aii, et la faoûUe est vonpue.

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