‹ Le peupleChapitre 4 sur 188 · LA FRANGE MIEUX GONNIJE QUE L'EUROPE XI · texte numérisé non relu

LA FRANGE MIEUX GONNIJE QUE L'EUROPE XI

Il importerait d'examiner si ces livres français qui ont tant de popularité en Europe, tant d'autorité, représentent vraiment la France, s'ils n'en ont pas montré certaines faces exceptionnelles, très-défavorables, si ces peintures où l'on ne trouve guère que nos vices et nos laideurs, n'ont pas fait à notre pays un tort immense près des nations étrangères. Le talent, la bonne foi des auteurs, la libéralité connue de Içurs principes^ donnaient à leurs paroles un poids accablant. Le monde a reçu leurs livres, comme un jugement terrible de la France sur elle-même.

La France a cela de grave contre elle, qu'elle se montre nue aux nations. Les autres, en quelque sorte, restent vêtues, habillées. L'Allemagne, l'Angleterre même, avec toutes ses enquêtes, toute sa publicité, sont en comparaison peu connues; elles ne peuvent se voir ellesmêmes, n'étant point centralisées.

Ce qu'on remarque le mieux sur une personne qui est nue, c'est telle ou telle partie, qui sera défectueuse. Le défaut d'abord saute aux yeux. Que serait-ce, si une main obligeante plaçait sur

Xll • ET JUGÉE PLUS SÉVÈREMENT.

ce défaut même un verre grossissaut qui le ren-drait colossal, qui l'illuminerait d*un jour terril ble, impitoyable, au point que les accidents les plus naturels de la peau ressortiraient à l'œil effrayé !

Voilà précisément ce qui est arrivé à la France. Ses défauts incontestables, que l'activité infinie, le choc des intérêts, des idées, expliquent suffisamment, ont grossi sous la main de ses puissants écrivains , et sont devenus des monstres. Et voilà que l'Europe tout à l'heure la voit comme un monstre elle-même.

Rien n'a mieux servi, dans le jmonde politique, l'entente des honnêtes gens. Toutes les aris-* tocraties, anglaise, russe, allemande, n'ont besoin que de montrer une chose en témoignage contre elle : les tableaux qu'elle fait d'elle même par la main de ses grands écrivains, la plupart amis du peuple et partisans du progrés. Le peuple qu'on peint ainsi, n'est-ce pas l'effroi du monde? Y a-t-il assez d'armées, de forteresses, pour le cerner, le surveiller, jusqu'à ce qu'un moment favorable se présente pour l'accabler?

DANGER DE SB DiRE MÉPRISABLE. XIU

Des romans classiques, immortels, révélant les tragédies dcmiestiques des classes riches et aisées, ont établi solidement dans la pensée de l'Europe, qu'il n'y a plus de famille en France.

D'autres, d'un grand talent, d'une fantas* magorie terrible, ont donné pour la vie commune de nos villes, celle d'un point où la police concentre sous sa main les repris de justice et les forçats libérés.

Un peintre de genre, admirable par le génie du détail, s'amuse à peindre un horrible cabaret de campagne, une taverne de valetaille et de voleurs, et, sous cette ébauche hideuse, il écrit hardiment un mot qui est le nom de la plupart des habitants de la France.

L'Europe lit avidement, elle admire, elle re-* connaît tel ou tel petit détail. D'un accident minime, dont elle sent la vérité, elle en conclut aisément la vérité du tout.

Nul peuple ne résisterait à une telle épreuve. Cette manie singulière de se dénigrer soi-même, d'étaler ses plaies, et comme d'aller chercher la honte, serait mortelle à la longue. Beaucoup, je

XIV CE PEUPLE fVB&l PAS CELUI QU'ON A PEINT.

le sais, maudissent ainsi le présent, pour hâter un meilleur avenir; ils exagèrent les maux, pour nous faire jouir plus vite de la félicité que leurs théories nous préparent*. Prenez garde, pourtant, prenez garde. Ce jeu-là est dangereux. L'Europe ne s'informe guère de toutes ces habiletés. Si nous nous disons méprisables, elle pourra bien nous croire. Ultalie avait encore une grande force au seizième siècle. Le pays de Michel-Ange et de Christophe Colomb ne manquait pas d'énergie. Mais lorqu'elle se fut proclamée misérable, infâme, par la voix de Machiavel, le monde la prit au mot, et marcha dessus.

Nous ne sommes pas l'Italie, grâce à Dieu, et

1 Philosophes, socialistes, politiqnes, toas semblent d*accord aajoard*hm pour amoindrir dans l'esprit do peaple l'idée de la France. Grand danger! Songez dpnc qae ce people plus qu*aaain autre est, dans toute rexcellence et la force du terme, une vraie société. Isolezle de son idée sociide, il redevient trë»-f«tble. La France de la Révolution, qui fut sa gloire, sa foi, tous les gouyernements lui disent, depuis cinquante ans, qu'elle fut un désordre, un non-sens, une pure négation. La Révolution, d'autre part, avait bilTé l'ancienne- France, dit au peuple que rien, dans son passé, ne méritait un souvenir. L'ancienne « disparu de sa mémoire, la- nouvelle a pAll. Il n'a pas tena aux politiques que le peuple ne devint table-rase, ne s*oubUAt luimême.

Comment ne seraitril pas faible dans ce moment? Il s'ignote ; «a

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