CULTURE QU*IL SE BONNE
m^s par ce qu'elle laisse ignorer. Celui par exemple qui ne connaît point les moyens compliqués par lesquels se crée là richesse, croira naturellement qu'elle ne se crée point, qu'elle n'augmente point en ce monde, que seulement elle se déplace, que l'ijn n'itcquierjt qu'en dépouillant un autre; toute acquisition lui semblera un vol, et il haïra tout ce qui possqde... Haïr? pourquoi? pour les biens de ce monde? mais le monde m^e ne vaut que par l'amour.
Quelles que soient les erreurs inévitables d'une étude incomjpilëte, il faut respecter ce mom^t. Quoi de plus touchaiit,.de plqs grave,, que de voir l'homme qui jusqu'ici apprenait par hasard, vowloir étudiw, poursuivre la. science d'une volonté passionnée à travers tant d'obstacles? La culture volontaire est ce qui met l'ouvrier, au moment où nous l'observons^ non-seulement au-dessus du paysan, mais au-dessus des classes que l'on croit supérieures, qiii en effet ont tout, livres, loisir, que la science vient chercher, et qui pourtant, une fols quittes de l'éducation obligée, laissent l'étude, ne se soucient plus de la vérité. Je vois tel homme, sorti avec honneur de nos premières écoles^ qui, jeune encore, et déjà vieux de cœur, oublie la science qu'il cultiva, sans même
VGÉSaS DES OUVRIBBS. G|
avoir Tèxcuse de rentraînement des passons, mais s'ennuye, s'endort, fume et rêve*
L'obstacle, je le sais, est un grand aiguillon . L'ouvriar aime les livres, parce qu'il a peu de livres ; il n'en a qu'un parfois, et s'il est bon, il n'en apprend que mieux. Un livre unique qu'on lit et qu'on relit, qu'on rumine et digère, développe souvent mieux qu'une vaste lecture indigeste. J'ai vécu des années d'un Yii^e, et m'en^kis bien trouvé. Un volume dépareillé de Racine, acheté sur le qusd par hasard, a £ût le poète de Toulon.
Ceux qui sont riches à l'intérieur, ont toujours assez de i^ssources. Ce qu'ils ont, ils l'étendent, le fécondent par la pensée, le poussent jusque dana l'infini. Au lieu d'envier ce monde de boue, ils s'en font un à eux, tout d'or et de lumière. Us disent à celui-ci : c Garde ta pauvreté que tu appelles richesse, je suis plus riche en moi. >
La plupart des poésies que les ouvriers ont écrites dans les derniers temps, offirent un caractère particulier de tristesse et de douceur qui me rappellent souvent leurs prédécesseurs, les ouvriers du moyen âge. S'il y en a d'âj^res et violentes, c'est le petit nombre. Cette inspiration âevée eût porté plus haut encore ces vrais poètes,
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s'ils n'eussent suivi dans la forme avec trop de déférence les modèles aristocratiques.
Ils coihijtiencënt à peine. Pourquoi vous hâtezvous dé dire qu'ils n^atteindront jamais les pre^ miers rangs? Vous partez de l'idée fausse que lé temps et la cultui^e fôiit tout; vous ne compte^ pour rien lé développement ihtértéur que prend l'âme par sa forcé propre; au milieu métae des tr^aux manuels, la végétation spontanée qui s'accroît par l'cibstaele. Hommes de livres, saches bien que cet homme lààns livre et de Êdble ctdture a en récompense une chose qui en tient lieu : Il est mafbre en douleurs.
Qu'il réussisse; m noii, je h'y vois ûUl l'emède; n ira son chèminv le chemin de la pënikée et de la ôouffràhce. 4 ff chercha là ïùmière (dit mon Virgile), il ï'énfrevit, gériiit 1 ...» Et, tout en gémis-^ salit, ilW cherchera toujours. Qui pieiit l'avoir entrevue, et y rfenoncet* jamais? '
€ Luniièré! plus die îiimifeté enfcore! » Tel hit le dernier faiot de Gœttié. ' Ce mot du gériie expî*ràÀt, d'est le cii gèfêral de la haturë, et il retentit* dé 'mondé éii mbhdé. Ce que disait cet honlme puissant, ?ùn dés àîùés dé Dieu, ses plus httmbles enfants, les tnolns àvânéès dans la vië'anitiiiale, les mollusques lô disent au fond des mers, ilà ne veu-^
lent point vivre partout où la lumière p'atteiqt pas. La fleur veut la lumière, $e tourne vQrç elle, et 3WS elle languit. Nos compagnons de tr^ivail, le^ ammaiii^ se réjouissent^ cpmine qous, ou s'affligent^ setop qu'elle vijent ou s'en ys). Mon petit-fils, qui a deuic mois, pl^we dès qpia le jour baisse.
Cet été, me promenant dans mon jardin, j'entendis, je vis sur une branche un oiseau qui chantait au soleil couchant; il se dressait vers la lumière, et il était visiblement ravi... Je le fus de le voir; nos tristes oiseaux privés ne m'avaient jamais donné l'idée de cette intelUgente et puissante créature, si petite, si passionnée... Je vibrais à son chant... Il renversait en arrière sa tête, sa poitrine gonflée; jamais chanteur, jamsds poète, n'eut si naïve extase. Ce n'était pourtant pas l'amour (le temps était passé), c'était manifestement le charme du jour qui le ravissait, celui du doux soleil !
Science barbare, dur orgueil, qui ravale si bas la nature animée, et sépare tellement l'homme de ses frères inférieurs !
Je lui dis avec des larmes : c Pauvre fils de la lumière, qui la réfléchis dans ton chant, que tu as donc raison de la chanter! La nuit, pleine d'em-