NOS FABRICANTS
devenus maîtres dans les industries qui demandent bien moins de capitaux, dans la petite fabrique et les métiers, dans le commerce de détail. Les patentés qui n'avaient presque pas augmenté sous TEmpire, ont doublé de nombre dans les trente ans qui se sont écoulés depuis 1815. Six cent mille hommes environ sont devenus fabricants ou marchands. Or, comme, en ce pays, tout ce qui peut strictementTÎvre, $'y:ti#pt et ne va nullement se jeter dans les hasards de rindustrie, on peut dire hardiment que c'est un demi-million d'ouvriers qui sont devenus maîtres et ont obtenuf ce qu'ils croyaient l'îadépendaMe.
Ce mouvement fiit trèsi^rapide dans hè dix premièl*es années^ de 4815 à 1835. Ces braves qui , de k guerre , firent subitement vQlte-fftee du côté de l'industrie, montèrent comme à l'assaut, et sans difficulté emportèrent toutes les. positions. Leur confianee était si grande qu'iisen donnèrent même aux capitalistes, fies hon|mês d'un tel i^an entraînaient les plus froids ; on, croyait sans difficulté qu'ils allaient recommencer dans l'industrie toute la série de nos victoires, et nous donner sur ce terrain la revanche des derniers revers»
On ne peut contester à ces ouvfi^s parvenus qui fondèrent nos mapu&ctures , d'éaiînent0f{
SONT LESI OyYAfS|t$ I^ 1815, Ç7
qualités ^ l'élan , j'aud^pf , ripjitiatiYe, souvent un coi^pr-d'œil 3Ûr. Bç^uqoup pn^ f^t fprtune ; puis* sent leurs fil^ pe se. pas ruiner t
Avec cps qualités, nos febricants de 1813 ne prouvèrent qi|e trop la démoralisation de cette triste époqup. J^a mort politjq^e n'est pas Ipin de la mort mwaje, pn pijt le yoir alor^. I)^ la vie {nilitaire, ils gardèrent g^éçalen^e^t, nqn Jp sept-iinent de TJionniçur^.qiaisJbiQn la vio^piçp, na se ^ouciërept pi 4^ hoipmes ni desi çbQ$e)s^ pi de Y^mifiXf et trjâfèrçRt impjtpyableipçyat ^eu^i: §ortçs de perspnwBi?, rçuyriçr, le consommatiçur.
Toutefoisrouvri^r étant rare encore k cette époque^; qiêipe dgns Iqs paanuffiçtures à maçl^in^s». qui den^wdentsipeud'apprentis^agç^âl^ firent obligés de lui dpnn^r de grpf salaires. Ih pressèrent ainsi des homjines (lï^ns les villes çt dans {es qaippagaes; ces conscrits du travail^ Us les mettaient au pas de la machine > ils exigeaient qu'il^^ssent, comme elle, in&tigabies. Us semblgi^nt appliqu^r à Tindiistrie le grand principe impérial,. ^crifîer des lHQWu^ pour abr^gpr les guerres. L'inq[)atien)ce natiaq^iq^i nf us re^dsquvent b^r^ar^.c^tre les j^ifim^i^, «'autorisait çqntrp les hommes dps tra*diitione^ milil^îres ; le travail devait aller au pas de <àarge«|i}acoiirsp; taiiip^sfonr œwqi^péw^ieAt.
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Quant au commerce, les fabricants d'alors le firent comme en pays ennemi; ils traitèreut Tacheteur, justement comme en 1815 les marchandes de Paris rançonnaient le cosaque. Ds vendment à faux teint, à faux poids, à fausse mesure ; ils firent ainsi leur main très-vite, et se retirèrent , ayant fermé à la France ses meilleurs débouchés, compromis pour longtemps sa réputation commerciale, et, ce qui est plus grave, rendu auxÂnglaisFessentielservice de nous aliéner, pour ne rien dire du reste, un monde , l'Amérique Espagnole, un monde imitateur de notre Révolution.
Leurs successeurs, qui sont leurs fils ou leurs principaux ouvriers, ont fort à faire maintenant, retrouvant sur tous les marchés cette réputation. Ils s'étonnent, s'irritent de trouver les bénéfices tellement réduits. La plupart se tireraient de là de grand cœur, s'ils pouvaient; mais ils sont engagés, il faut aller : Marche! marche/
Ailleurs, l'industrie est assise sur de grands capitaux, sur un ensemble d'habitudes, de traditions, de relations sûres; elle porte sur la base d'un commerce vaste et r^Uer. Ici, die n'est, à vrai dire , qu'un combat. Un ouvrier hardi qui inspire confiance, s'est fait commanditer; ou bien un jeune homme veut hasarder ee qu'a gagné
LEURS EMSARIUS ACTUELS. 60
son père; il part d'un petit cs^tal, d'une dot^ d'un emprunt. Dieu yeuille qu'il se tire d'affaire entre deux crises; nous en avons tous les six ans { 1818, 1825, 1830, 1856). C'est toujours la même histoire ; un an, deux ans après la crise, quelques commandes viennent, l'oubli, l'es-^ poir; le fabricant se croit lancé; il pousse, il presse, il éreinte les hommes et lea choses, les ouvriers et les machines; le Bonaparte industriel de 1820 reparait un moment; puis, l'on est encombré, l'on étouffe, il faut vendre à perte... Ajoutez, que ces coûteuses machines sont, tous les cinq ans à peu près, hors de sarvice, ou dé*passées par quelque invention ; s'il y a eu qudque bénéfice, il sert à changer les machines.
Le capitaliste, averti par tant de leçons, croit maintenant que la France est un peuple plus industrieux que commerçant , pbis propre à fabriquer qu'à vendre. Il prête au nouveau fabricant, comme à un homme qui p«rt pour une navigation périlleuse. Quelle sûreté a-t-41? les fa* briques les plus splendides ne se vendent qu'à grande perte; ces brillants ustaisiles, en peu d'années, ne vatent plus que le fer et le cuivre. Ce n'est pas sur la M>rique qu'on prête, c'est sur l'homme ; l'industriel a ce triste avantage de pou-
W USIffifi BVBAIUUS ACTW^t
Toir éln «qprisoBiié; oeld don^e ya^ur ^ 9a f^n gnâture. Il sait parfaitement qu'il a engagé aa personne, parfiNS hîen plus que sa p^sonne* là vie de sa femme et de ses enfents, le bien de son bean-^pèra, celui d'un ami trop crédule, peut-être même un dép6t de eonfianoe, dans l'entrainepfient ée cette vie temble... Deno» il n'y a pas à marchander» il &ut vaincre ou meurir, £aâre. fortune ou se jeten* i l'eau,
Unbomnlie> dans cet état d'espmt n'a pas lecœur bieft te^idre. S'il était doux et bon pour ses e»^ ployésj ses ouvriers, ce serait un miracle. Voyezle paroQurir à grands pas ses vastes atdiiers, l'air sonÉoreet dur. . . Qpand il. est à un bout, à l'autre bout rouYjmr dit tout bas : « Est-il donc féroce aujourd'hui ! coRvne il a traité le eonire-inaitre ! » **- Il Ips. traite comme il l'a été tout à l'heure. Il femn\ de |a. ville d'airgent, de Baie à AlulboiMe par. exemple, de Jlotten à Déville: Il crie, et Ton s'étonne; on. ne sait pas que le juif vient de lui lever sur le corps une livre de dbaîr.
Sun qui va^t^l reprendre eela? sur le cansommaleur? Gehii-^i est en gaarde« Le fabmcaat retombe sur 1 Vmvrier. Partout op il n'y a pa^ apprentissage , pprtout QÙ Ton ipultiplie imprudemment les af pfentîs» ils se présentent ei fOulèî 9'offî*eiit k
^LEim DURBTÉ. 7t
vii pKxj 4^t le fabricant profite de kbaîsfi&itea^a^ làirèâ^. Piiis^ FenecmibremÊnt des marchandigas l'obligeant de vendre même à perte, TaYlliss^meirt des 6alaiiie&, mortel i Toiivrier, ne profite plus au febrteâîit; le eonsommatéur i^eul y gagne.
Le fabricant iç ftàs dur étaîl pourtant n4 homme; dans(}esoominenceinents>-il aMtaît encore qbelque intérêt poui cette fgde^.' Peu à p6u»
1 Je refusais de crçire ce qu'on ine meonCait des fraudes infflmes que certains fabricants comniettèht, Â regard dd cddsommeteur eut' Ift qdalilé, à Végard de ronvrier Mrlk <ii«ilMi(ééli trévaU».J'âi d4in« ve&drp. hfis même», choses in'ont été confirmées par les amis des fabricants qui en parlaient avec douleur et humiliation, par des notables, négociants et baniiuiers. Les ^d*iiômibei nNtet iiallinMiil ^'iVMrHé pov rè|>rHnêr«fs ^pies; (e malhfur^ui d'^e^s n'o^e^e, plaindre. Une telle enquête regarde le procureur du Roi.
s Cet endurcissement graduel, cette habileté que Von prend peu à peu pour étouffer en soi la voix de l'humanité, est trés-finement ana-« lysé par M. Emmery, dans sa brochure sur VÀméiioratioh du tort det ouvrier* dont ieê IronotM? publies (1837). Il parle spécia'lement des ouvriers blessés dans les travaux dangereux que les entrepreneur^ font pour le gouvernement,
« Un entrepreneur qui aura le coeur bien placé, pourra, une première fois, peut-être même plusieurs fois d'abord, secourir des ou* vriers blessés; mais quand cela se renouvelle, quand les secours s'accumulent, ils deviennent trop pesants ; Tentrepreneur compose alors avec lui-même» il se défend de ses premiers mouvements de générosité , fl en restreint insensiblement les applications, et il diminued'une maniéré plus notable le chiiCre de chaque secours. 11 remarque que dans ses ateliens 1^ plus dangereux, lui, entrepreneur, ne reçoit aucune plus-value à ce titre, et qu'au contraire il est obligé de payer à ses ouvriers une plus forte Journée. Or, cette plus forte journée lui semble ;^blent4t U
Tft VELLÉITÉS
la préoccupation des affsdres, l'iHcertitade de sa situation, ses périls, ses souffirances morales. Font rendu fort indifférât aux souffirance» matéridles des ouvriers. U ne les connaît pas aussi bien que son përe ^ qui avait été ouvrier lui-même. Renouvelés sans cesse, ils lui apparaissent comme des chiifres , des machines , niais mcnns dodles et moins régulières, dont le progrès de l'industrie permettra de se passer ; ils sont le défaut du système ; dans ce monde de fer, ou les mouvements sont si précis, la seule (^ose à dire, c'est Thonmie. Ce qui est curieux à observer, c'est que les seuls ( bien peu nombreux) qui se préoccupent du sort de Touvrielf ^ ce sont psofois de bès-petits fidnri-*
prix des aecidenu 4 craindre. Ces secours addHioniiels hii paraissent au-desBos de ses moyens. L'ouvrier blessé n*est d'ailleurs pas asseï ancien dans le chantier ; Touvrier malade n'est pas des plos adroite, des plus Qtlles, etc. C'est-à-dire que le ccBOr s'endurcit par l'habitude, souvent par la nécessité, que tonte charité S'éteint bientôt, que le peu de secours accordé n*est même plus réparti suivant une rigoureuse justice pour tous, et que le seul résultat de toutes les émotions généreuses que devraient faire naître d'aussi tristes tableaux, se réduit à quelques gratifications accordées arbitrahrement , et calculées, non sur les besoine réels des familles écrasées, mais dans Thitérét A venir du chantier ^(W des travaux de Tentrepreneur. n
< La différence entre le père et le fils, c'est que celui-ci, qui a*c pas été ouvrier, connaissant moins la fabrication, sachant oMiins les Umiles du possible et de rimpossible, est quelquefois phw dur p» ignorance.