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LES SAGES PEUVENT APPRENDUE PRÈS DES ENFANTS

subtilité , mais de simplicité au contraire et d'enfance de cœur!

Il ne faut plus que les sages se contentent de dire : < Laissez venir les petits. > Il faut qu'ils aillent à eux. Ils ont beaucoup à apprendre au milieu de ces enfants. Ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est d'ajourner leur étude, de bien serrer leurs livres qui leur ont servi de peu, et de s'en aller bonnement, parmi les mères et les nourrices, désapprendre et oublier.

Oublier? non, mais plutôt encore réformer leur sagesse, la contrôler p^ l'instinct de ceux qui sont plus près de Dieu , la rectifier en la mettant à cette petite mesure, et se dire que la science des trois mondes ne contient pas plus qu'il n'y a dans un berceau.

Pour ne parler que du sujet qui nous occupe, nul n'y pénétrera profondément s'il n'a bien observé l'enfant. L'enfant est Tinterprèle du peuple. Que dis-je ? il est le peuple même, dans sa vérité native, avant qu'il ne soit déformé, le peuple sans vulgarité, sans rudesse, sans envie, n'inspirant ni défiance, ni répulsion. Non-seulement il l'interprète^ mais il le justifie et l'innocente en bien des choses ; telle parole que vous trouvez rude et gros-

L'ENFANT EXPLIQUE LE PEUPLE, L'ANTIQUITÉ i65

siëre dans la bouche d'un homme rude, dans celle de votre enfant vous la trouvez (ce qu'elle est véritablement) naïve ; vous apprenez ainsi à vous défendre d'injustes préventions. L'enfant étant, comme le peuple, dans une heureuse ignorance du langage convenu, des formules et des phrases fôites qui dispensent d'invention, vous montre, par son exemple, comment le peuple est obligé de chercher son langage et de le trouver sans cesse ; l'un et l'autre trouvent souvent avec une heureuse énergie.

C'est encore par l'enfant que vous pouvez apprécier ce que le peuple, tout changé qu'il est, garde encore de jeune et de primitif. Votre fils, comme le paysan de Bretagne et des Pyrénées, parle à chaque instant la langue de la Bible ou de l'Iliade. La critique la plus hardie des Vico, des Wolf, des Niebuhr, n'est rien en comparaison des lumineux et profonds éclairs que certains mots de l'enfant vous ouvriront tout à coup dans la nuit de l'antiquité. Que de fois en observant la forme historique et narrative qu'il donne aux idées même abstraites, vous sentirez comment les peuples enfants ont dû narrer leurs dermes en légendes, et faire une histoire de chaque vérité morale !... C'est, là, ô sages, qu'il nous fawt bien nous taire...

im LOGIQUB PRÉCOCE DES ENFANTS.

Entourons, écoutons ce jeune maître deâ vieux temps ; il n'a nullement besoin pour nous instruire de pénétrer ce qu'il dit ; mais c'est comme un témoin vivant; « îl y était, il en sait mieux le conte. >

En lui, comme chez les peuples jeunes, tout est encore concentré, à Fétat concret et vivant. Il nous suffit de le regarder, pour sentir Tétat singulièrement abstrait où nous sommes arrivés aujourd'hui. Beaucoup d'abstractions creuses ne tiennent pas à cet examen. Nos enfants de France surtout, qui sont ôi^fs «t si parleurs, avec un bon sens très-précoce, nous ramènent sans cesse aux réalités. Ces innocents critiques ne laissent- pas d'être embarrassants pour le sage. Leurs naïves questions liiî présentent trop souvent l'insoluble nœud des choses. Ils n'ont pas appris, comme nous, à tourner les difficultés, à éviter tels problèmes, qu'il semble convenu, entre sages, de n'approfondir jamais. Leur hardie petite logique va toujours droit devant elle. Nulle absurdité sacrée n'aurait tenu en ce monde, si l'homme n'avait fait taire les objections de l'enfant. De quatre à douze ans surtout, c'est l'époque raisonneuse; entre la lactation et l'apparition du sexe, ils semblent pttis légers, moins matériels, plus vifs d'es-

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