‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 101 sur 108 · INCAI\NATIONS DE VICHNOU · texte numérisé non relu

INCAI\NATIONS DE VICHNOU

Le Bhagavat ajoute que Hsgagriva ayant péri de la main de Vichnou, et les Védas ayant été recouvrés , le dieu conservateur instruisit Satiavrata dans toutes les connaissances divines et humaines. Cette restauration des sciences , des arts et de la religion nous rappelle le Thoth postdiluvien de Manéthon, ainsi que le Bouddha Narayana des Bouddhistes. Ceux-ci montrent dans le Caboul, à Naulakhi, où Tarche aurait abordé, le tombeau d'un ancien roi qu'ils nomment Machodar-Nath, ou ïe prince souverain dam le ventre d'un poisson^ et qu'ils disent être le Mercure aquatique *.

2*» La seconde incarnation, celle de Vichnou-sanglier retirant du fond des eaux la terre , était peut-être dans l'origine un mythe cosmogonique. On lit dans le Yadjour- Véda, que « Pradjapati, le seigneur des créatures y en se mouvant sous la forme d'air, dans les eaux primitives, vit la terre, la souleva changé en sanglier (P. Il, 21 i), et la façonna en devenant Wis^acarman^. » Mais il me parait que ce mythe, transporté à Vichnou, est devenu une image du chaos diluvien et de la nouvelle création de la terre vers la fin du cataclysme. « Le géant Hiranyakchas (représentant des Néphilim dont les crimes ont causé le déluge), avait roulé la terre en une masse informe et l'avait entraînée dans l'abime. C'était le temps où Manou Swayambhouva (dit le mythe, qui prend Noé pour Adam et la seconde création de la terre pour la première), devait produire des êtres de son espèce; mais il n'y avait point de lieu prêt à les recevoir, et Brahma ne parvenait pas ù leur en procurer un. Alors parut Vichnou sous la forme d'un immense sanglier qui poussa un cri que répétèrent les échos de l'univers en-

t Asiat. Res. t. VI, p. 479; dans Faber, t. II, p. 117. * LaiseD, t. I, p. 780.

lier. Au milieu des chants de louange de Brahma, de Maritchi, d'Atri, d'Angiras et des autres Maharchis (antédiluviens) S il plongea dans la mer, en atteignit le fond, y découvrit la terre informe, et la souleva avec ses défenses après avoir égorgé le géant. » D'après ce mythe, la terre aurait été en quelque sorte détruite par le déluge, comme le dit la Genèse.

3^ A cette seconde incarnation, qui, du reste, selon la plupart des écrivains, est la troisième, se rattadie intimement la quatrième, dans laquelle Vichnou, lion à tête d'homme, fait périr le frère et le vengeur d*Hiranyakchas, le géant Hiranya-Kasiapa, qui, par ses hypocrites hommages, avait trompé Brahma et obtenu de lui de ne pouvoir être blessé ni par un dieu, ni par un homme , ni par un géant, ni par un animal , ni de jour ni de nuit, ni hors de la maison ni dedans, et qui profitait de son privilège, dans son orgueil impie, pour tourmenter en tyran le genre humain. Vichnou s'élança sur lui, au crépuscule, du milieu d'une colonne que le géant venait de briser en niant la toute-présence de ce dieu.

Le sens de ce mythe est indiqué par les trois mythes précédents : le premier des deux frères entraîne l'autre. Le géant figure les Néphilim. Sa quasi-immortalité s'explique par l'excessive longévité des Antédiluviens. Il périt au crépuscule, ou dans cette année du déluge qui finissait la nuit du monde ancien et commençait le jour d'un nouveau monde. La colonne d'où sort Vichnou est le tronc dans lequel était enfermé Osiris. Sa figure d'un lion-homme (ou d'un sphinx) signifie peut-être que Dieu, en détruisant à l'improviste une race criminelle, a déployé autant d'intelligence et de justice que de force et de puissance.

> D'après le Varaha Pouraua, dans Dubois, id., p. 122.

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4<> Latroîsième (ou la deuxième) incarnation de Yichnou nous transporte au milieu des révolutions de toul genre qui ont signalé les temps postdiluviens] ( P, 11» 287; HT. 179).

Les Souras et les Âsouras ou les fils d'Âditi et ceux de Diti , après de longues querelles ( entre les Séthites et les Cainites) , vivaient sur le mont Mérou en bonne intelligence (après le déluge, où la race humaine ne formait de nouveau qu'une même famille). Ils commencèrent cependant à remarquer qu'ils étaient mortels (alors que la vie des Noacbides se raccourcissait si rapidement), et ils délibérèrent entre eux sur les moyens de se procurer une boisson, Vamrita, qui leur donnerait l'immortalité. Us s'arrêtèrent à l'idée de baratter l'Océan (qui dans ce même temps était constamment agité par les forces plutoniques, qui bouleversaient successivement les diverses parties du globe terrestre). Ils portent vers la mer le mont Mandar, enlacent autour le serpent de Yichnou, dont les uns saisissent la tête, les autres la queue, et le font tourner, par leurs efforts contraires, comme un bloc de bois sous la main du tourneur. La mer fut ainsi barattée mille ans ( pendant la longue époque glaciaire que terminent de violents phénomènes volcaniques). Pendant ce rude travail jaillissait sans relâche de la gueule du serpent un torrent de venin, de feo et de fumée (symbole des maux physiques qui réduisirent la vie de l'homme aux neuf dixièmes de sa primitive longueur, et qui infectèrent la nature entière). Ce venin menaçait de détruire Je monde ; les dieux demandèrent à Ghiwa de le recevoir; mais il s'était répandu partout avec la rapidité de l'éclair , et Chiwa ne put en avaler qu'une partie. Le reste produisit d'abord d'épais nuages chargés de foudre, d'où une pluie (celles de l'époque glaciaii-e) tomba sur les génies fatigués.

tandis qu'ils étaient comme inondés de fleurs qui leur venaient du sommet du Mérou (et qui sont une gracieuse image des bénédictions divines). Mais le rapide mouvement du Mandar allume un feu immense, qui enveloppe de flammes et de fumée toute cette montagne (et qui est le fléau postdiluvien du feu). Cet incendie fut éteint par des torrents de pluie qu'envoya Indra. Déjà l'Océan prenait une couleur laiteuse et l'amrita allait paraître, quand les génies, épuisés de fatigue, suspendirent leur travail. Le Mandar (ou la terre-ferme) s'abimaît sous les eaux (et il y eut après le déluge, vers l'Inde, de vastes terres englouties), quand Vichnou se glissa sous la montagne pour la soutenir. Il avait pris dans ce but la forme d'une tortue (symbole de l'harmonie universelle par sa carapace avec laquelle Narada avait formé sa lyre). Fortifiés par Vichnou, les génies se remettent a l'œuvre, et après mille autres années surgirent de la mer de précieux trésors, entre autres la Lune à la douce lumière (qui est inséparable de l'eau et de la mer, et qui signifie ici le retour de l'ordre dans les cieux) ; la bienfaisante Sri (dans laquelle on croît reconnaître Gérés, qui n'a enseigné l'agriculture aux hommes qu'après le déluge); Souradévi, la déesse du vin (qui date de Noë); l'arbre de l'abondance (souvenir du paradis, qui marque ici la prospérité que retrouvèrent, non sans peine, les nations issues de ce patriarche); la vache (la terre) qui satisfait tous les désirs des cœurs, et en dernier lieu, Dhanvatari, le dieu-médecin, une coupe pleine d'amrita à la main. Mais cette boisson (cette eau dejoiwencej que les hommes ont cherchée de toutes parts) devint dans le ciel la cause d'une grande querelle entre les Souras et les Âsouras. Vichnou, par une ruse adroite, ne donna Vamhroîsie qu'aux premiers. Les autres attaquèrent les dieux , et furent vaincus après d'effrayants combats

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(auxquels correspondent ceux du Typhon cilîcien, dans Nonnus). Chassés des cieux, ils se réfugièrent dans les déserts les plus affreux de notre globe, pour ftûre de là une guerre acharnée aux hommes, les tourmentant avec cruauté et se faisant adorer par eux comme des dieux.

5<> Les temps postdiluviens du déchaînement du mal physique sur la face de la terre, ont vu en même temps naître et prévaloir le culte sanglantde Salunie=MoIoc= Baal. Or eii Inde, le mythe du cinquième Avatar nous offre un prince tyrannique de la race deHiranya-Kasiapa, nommé Bali ou Mahabali, qui opprimait ses sujets et refusait aux dieux (anciens) tout sacrifice et tout culte. Ces dieux craignaient qu'il ne s'emparât de leurs demeures célestes. Yicbnou se présente devant lui sous la forme d'un brahmane de très-petite taille, et le prie de lui donner trois pas de terrain. Le roi y consent. Le dieu ( qui dans les Yédas est un dieu solaire, et qui en trois pas traverse les cieux) , de ses trois pas embrasse le monde entier et ne laisse au tyran, humilié et repentant, que les enfers.

Mahabali est un des noms de Chiwa et signifie le Grand Baal, Mais Chiwa lui-même est un Baal=: Saturne, et ce mythe nous apprend que ce dieu sanguinaire était adoré depuis le déluge, par le peuple primitif avant la Dispersion (63), ou plus tard chez les Ariens (381). Ce culte menaçait de faire entièrement oublier celui du Soleil ou d*Indra, mais les Brahmanes mirent fin à cette religion nouvelle en faisant prévaloir celle de Vichnou.

Incarnations de Vichnou, dieu des Ariens.

6*» Avec le sixième Avatar on passe de l'histoire de l'humanité primitive à celle de l'Inde. Parasou-Rama ou

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le dieu beau (rama) armé de la hache (parâsou) , diraplé brahmane, détruit une race impie de Kchatriyas, et fait st!>rtir tlu sein des eaux la côte de Malabar, qu'il donne aux prêtres. Quelque grande guerre , semble*t-'il , a en lieu lors de rétablissement des castes et avant que le brahmanisme se soit propagé le long de la côte occident taie du Décan.

V Dans sa septième incarnation, Vichnou , soos la forme de Sri-Ràma, pénètre les armes à la main juscfu'à Ceylan. Ses principaux auxiliaires sont les singes d*Hanouman, c'est^-dire les indigènes (P. Il, 308), nègres ou mongols, que les Ariens se refusaient à reconnaître pour leurs frères , tout en acceptant la civilisation de ces étrangers figurée par la lyre entre les mains d'Hanouman. Au reste, le peuple d'Hanouman était, aux yeux des Ariens, qui croyaient à la métempsychose, une race antique qui, dans son orgueil, avait voulu s'élancer vers le soleil pour le dévorer. Rejetée sur la terre, elle doit y rester jusqu'au jour où son chef, qui passe pour une incarnation de Chiwa , prendra dans le ciel la place de Brahma, qui deviendra à son tour ici-bas Hanouman.

On voit que le ehii^vatsme est bien la religion dès indigènes, que leur laideur provenait de quelque grand crime de leurs premiers ancêtres (pareil à celui de Gain, le Noir Vociférateur), et que les Brahmanes, conscients de la faiblesse de leurs croyances, s'attendaient à voir leur grande divinité remplacée par Chiwa:i:Saturne.

8^ Le mythe de Crichna, qui est la huitième incarnation de Vichnou, doit, comme les précédents, avoir trait à un grand fait historique. Ce fait est la guerre des Kourous contre les Pandous , dont le nom se lit dans Mégasthène. Mais tout ce qui se rapporte à Crichna est plein d'obscurité. 11 est devenu l'objet favori des fictions

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des poètes , et peut-être occupé-t-il datts- Tbistoire refrgieulse de Yfàâe la place que, dans celle de la Grèce, à Baèchus, le dieu libérateur, le dieu de la joie et d\t bonheur. On dirait d'ailleurs que les HindoUs se sont plu à accumuler sur sa tête les traditioiis les plus diverses. Peut-être même les Grecs de la Bactt^iatie et les mission^i naîres chrétiens des premiers siècles de notre ère ont^^ ils, à leur insu , concouru à la formation de ce mythe complexe. Toutefois les principaux éléments en soat d'antiques traditions qui s'étaient conservées che^ les Ariétïs (P. II, 75).

Ainsi Crichna dansant sur la tète du serpent Calià, est un souvenir confus du protévangile que nul peuple' n'avait entièrement oublié, et qui a produit en Grèce Vè mythe analogue d'Apollon, vainqueur de Python.

Ainsi encore, Crichna berger et ApolloA Nomius sont deux branches d'un tronc commun, qui est la tradition universelle de Jubal-Jabal.

Le corps de Crichna changé en un tronc de sandal qui est jeté dans le Gange, et que le fleuve entraîne vers la mer qui le dépose sur la côte d'Orissa> c'est le corps d'Osiris enfermé dans un coffre et abordant à BybloB, où une bruyère l'enveloppe dans son tronc.

Les géants contre lesquels Crichna est en guerre sont les Titans, ennemis d'Horus.

Horus et Crichna le vert (hari) sont l'un et l'autre représentés sur les genoux d'une déesse qui les allaite.

Il échappe à ses ennemis, soit dans une arche remplie de toute espèce d'animaux, soit dans le ventre* d'un immense serpent créé à son intention, et dans la gueule duquel il entre avec tous ses troupeaux. Il soutient une montagne sur son doigt pendant un déluge, n sauve d!'une inondation de la mer les fils de son précepteur, (fàAs les eaux avaient entraînés dans les demeuf-

i98>. ARIENS DE L'INDE.

res souterraines de Yania. Il combat dans les flots mêmes de la Yamouna et y tue le serpent Calia qui le poursuivait'. Fictions qui toutes s'expliquent par la tradition universelle du déluge.

Les chants des dieux à la naissance de Crichna sont une des fictions favorites des poètes indiens, qui la reproduisent dans nombre de circonstances différentes, et n'offrent qu'une ressemblance accidentelle avec les cbants des anges ù la naissance du Christ.

Crichna, le Noir, nom qui se lit déjù dans les Yédas, n'a absolument rien de commun avec celui du Christ.

Les Yédas font un si fréquent usage de la métaphore d'un fleuve traversé à grand'peine, qu'il est inutile de recourir ù la légende de Christophore pour expliquer l'ordre que Crichna donna a ses parents de le transporter au delà de la Yamouna, dans la ville des pasteurs.

Le géant cruel à qui la venue de Crichna avait été prédite, et qui massacrait tous les enfants de sa sœur, rappelle tout autant Saturne qu'Hérode.

9*' La neuvième incarnation de Yichnou sous la forme de Bouddha, a trait à la naissance du bouddhisme au sein du vichnouisme.

Incarnation avenir.

10° Depuis cette grande réforme religieuse il ne s'est passé en Inde nul événement assez important et assez heureux ou glorieux pour avoir donné lieu au mythe d'une incarnation plus récente que celle de Bouddha. La dixième et dernière est encore à venir : à la fin de l'âge actuel, Yichnou apparaîtra, sur un cheval blanc ou avec une tête de cheval, et armé d'un glaive, pour consumer le monde et précipiter les méchants dans l'abîme. La destruction de l'univers actuel par le feu est une tradition primitive, universelle et véritable (P. Il, 364 sq.).

» Fab«r, t. II , p. 282. D'après Moor*s Bind. Panth.

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