I. Durée
Le peuple primitif commence avec le déluge. Tan 1656 depuis la création, et finit avec la dispersion au temps de Péleg. Si, par ce temps, on entendait la naissance du patriarche, la durée du peuple primitif n'aurait
été que de trois générations ; mais Tépoque d'un homme est celle de sa fleur, de sa puissance, de sa gloire ; ce qui nous donne au moins trois générations de plus.
Nous nous trouvons ici arrêté par les discordances du texte hébreu, du texte samaritain et des Septante relativement à Tâge des dix patriarches dont le premier fut Sem et le dernier Abraham.
L'hébreu place la naissance d'Abraham Tan 292 dn déluge ; le texte samaritain. Tan 942, les Septante, Tan 1072». Celle de Péleg a eu lieu suivant le premier Tan lOi, suivant les deux autres. Tan 401 et 531.
On voit, au premier abord, quelles facilités ces deux dernières dates donnent pour expliquer le repeuplement de la terre, et les origines des races et des nations païennes.
Mais , comme dans la critique des textes classiques, la leçon la plus difficile est dans la règle la véritable, nous pourrions , sans autre examen, accorder la préférence au texte hébreu.
Nous savons d'ailleurs que, pour la chronologie antédiluvienne, la comparaison des trois textes nous a démontré que l'hébreu était le texte authentique.
Elle nous conduit au même résultat pour les dates de l'époque postdiluvienne. En effet, avec Arphacsad, l'âge viril qui était avant le déluge de soixante ans, et la durée totale de la vie qui était de neuf siècles, s'abrègent à la fois et subitement de moitié. Les patriarches subséquents jusqu'à Tharé voient des siècles entiers retranchés à leur vie, sans qu'aucun changement s'opère dans leur âge viril, qui a manifestement atteint son niveau définitif. Si donc Tharé, Abraham, Isaac, Jacob étaient âgés de soixante et quatre-vingt-sept ans
*■ Ou 942, si Ton retranche les 130 ans de Calnan.
à la naissance de leur premier-né, ce ne sont là que des exceptions qui s'expliquent par des causes toutes personnelles. Mais ce désordre au sein de Tordre a déplu aux auteurs du texte samaritain et aux Septante, qui ont voulu avoir une progression régulière dans les chiffres de rage viril depuis Arphacsad à Jacob, et qui ont ajouté un siècle entier à ceux de Thébreu jusqu'à Sérug, changé celui de Nacor qui est de vingt-neuf ans, en soixante-dix-neuf ans, et laissé intacts ceux de Tharé et de ses descendants. Mais que résulte-il de ces corrections? Une vraie monstruosité ! L'âge viril, au Heu de descendre, comme le veut le texte hébreu, de soixante à trente ans, quand la vie humaine est réduite de neuf à deux siècles, se serait élevé, au contraire, quand elle s'abrégeait, et il n'aurait commencé qu'à cent trente ans pour des hommes qui en vivaient à peine deux cent trente !
Ne nous laissons donc pas séduire par les six siècles de plus que les Septante mettent à notre disposition, et soyons certain que les trois siècles du texte hébreu répondent à toutes les exigences de l'histoire.
C'est ainsi qu'au temps d'Abraham, le pays de Canaan était encore si peu habité que ce patriarche et Loth le parcouraient librement en tout sens avec leurs immenses troupeaux, et qu'une troupe de trois cent dix-huit hommes osa attaquer et mit en fuite les armées réunies de quatre rois, dont l'un était celui d'Elam et un autre celui de Sennaar. Ce qu'on décore des noms pompeux des royaumes d'Assyrie et d'Egypte, n'était dans l'origine que quelques cités perdues dans des déserts.
Nous verrons d'ailleurs combien d'erreurs on commet chaque jour, dans l'histoire de l'Egypte par exemple, en rapportant à ce pays et aux temps postdiluviens, les traditions relatives au monde antédiluvien, et comment
les civilisations locales du monde ancien n'ont fait que continuer sans interruption celle du peuple primitif. Ainsi simplifiées et abrégées, les origines des nations les plus anciennes rentrent sans difficulté dans le cadre des trois siècles qui séparent, d'après le texte hébreu, le déluge de la naissance d'Abraham.
Quant à l'époque de la tour de Babel et de la dispersion des hommes, il est impossible de la déterminer avec exactitude. Elle est comprise entre la naissance de Péleg, Tan 101 du déluge, et sa mort l'an 340. On ne se trompera pas de beaucoup en la plaçant vers l'an 200, soit l'an de la création 1856.
A cette date, le nombre des Noachides était certainement déjà assez considérable pour former quinze et vingt grandes tribus *.