V. Dispersion
(Gen. IX, 1-9.)
L'ht^oire des patriarches du peuple primitif nous a entraînés au deià de sa dispersion, à laquelle nous devons revenir.
Nous avons déterminé déjà la contrée où fut bâtie la tour de Babel, et l'époque ap{>roximative de sa destruclion. Nous traiterons plus tard de la langue universelle et originaire, ainsi que de la formation des idiomes particuliers. Il nous reste peu de choses à dire sur la |>ortion du texte biblique que nous avons maintenant devant les yeux.
D'après la chronologie «que «ons suivons, Noë vivait
encore au temps de Péleg. Rien ne nous empêche d'admettre que le saint vieillard n'avait point quitté le Liban avec ses descendants, et qu'un certain nombre de ses fds y étaient restés auprès de lui. Nous supposons même que plusieurs familles s'étaient détachées du peuple primitif longtemps avant son départ pour les plaines de Sennaar. Nous y sommes autorisé par la Genèse ellemême; car si, d'une part, elle déclare de la manière la plus formelle que tous les peuples qui existent aujourd'hui sur la terre descendent de Noë par Sem, Cam ou Japhet, et qu'il fût après le déluge un temps où tous les hommes, c'est-à-dire, tous les membres de cette seule et unique famille de Noê, parlaient une même langue, d'autre part le texte ne dit point qu'ils aient tous émigré à Sennaar, et qu'ils soient tous partis de là pour leurs nouvelles patries. Même parmi les peuples nommés au chapitre dixième, il y en a plusieurs qui n'existaient point encore lors de la dispersion : les treize fils de Joktan, frère de Péleg, ne pouvaient point avoir déjà formé autant de tribus arabes, et l'on serait en droit de contester qu'ils fussent nés à cette époque. Les onze tribus cananéennes ne datent pareillement que de l'établissement de leur souche dans la région du Liban, et les sept peuples issus de Mitsraïm ne se sont pareillement formés que sur le sol africain. Aussi l'écrivain sacré s'exprime-t-il avec beaucoup de circonspection : Toute la terre avait un même langage ; — voilà qui est aussi catégorique que possible; mais comment se poursuit le récit? — Et il arriva quand ils partirent vers VOrient,.. €e pronom ils signifie sans douté les fils de Vhomme; mais le sens en est vague, et laisse un libre champ aux interprétations qui tendent à mettre les faits de la dispersion en harmonie avec les lois immuables de la nature humaine et du développement des nations. Cette disper-
sîon, dirons-nous donc, a été la grande crise par laquelle Thumanité, une jusqu'alors, s'est divisée pour la première fois en races et nations ; mais cette crise aura été annoncée et préparée longtemps à l'avance par le départ de petites troupes de pionniers (P. II, 306 sq.)' . D'autres familles , au contraire , n'auront point quitté leur première patrie au pied du Liban. N'oublions pas que le travail de la formation des peuples ou l'ethnogonie , qui a continué , dans toute son activité, pendant plusieurs générations encore après Péleg, a recommencé plus tard à de certaines époques dans la série des siècles, et aujourd'hui encore n'a point entièrement cessé.
Au verset quatrième, nous traduisons : Faisons-nous un signe^ et non pas : Acquérons-nous de la réputation. Le texte permet le premier sens, qui est aussi simple et clair que le second l'est peu. Dieu voulait que les hommes se répandissent sur la terre en s'isolant les uns des autres ; mais ils prétendaient au contraire rester réunis, et ils se mirent à construire une tour immense qui leur servirait de signal dans les vastes plaines de Sennaar, et qui serait le premier noyau autour duquel se bâtirait une ville d'une énorme étendue.
La descente de l'Etemel venant confondre le langage des hommes est (d'après le commentaire, à nos yeux authentique, qu'en donne la tradition chaldéenne), un orage peut-être unique dans les fastes de la terre, une
1 Je lis dans VEssai d'histoire universelle par Ang. Boatland : « Sem lenr eDseignait à oonmitre le bien et le mal ; JapheC les mariait en les assemblant en hiérarchie, et Cham les ehassaii dehars pour quHls s'en oUassent en eoUmie peupler le monde. • Ce dernier trait est-il nne heoreose fiction de M. Boolland? on nne astique tradition dont la source m'est inconnue ? ie se sala.
grande crise de Id nature qu'on peut supposer avoir bouleversé de vastes régions.
Quant au nom de Babel que la Genèse dit avoir le sens de confusion^ et dont on a prétendu que la vraie étymologie était bab BfeL, la porte^ le palais, la demeure de Bélm, les inscriptions cunéifornies ont donné gain de cause à Moïse. Car la grande ville de l'Euphrate y est nommée Bcétl, Babirusck (Babilusch). Or, Balal en hébreu signifie confondre; balbal en chaldéen a le même sens ; babal en syriaque se dit d'un parler conffiSy et notre verbe balbutier vient du latin Balbus. Notre babu. témoigne ainsi à notre in^ de la preitllère confusion de langage qui a éclaté au pied de la tour du Babil ou de Babel.