SYRIENS ET ASSYRIENS
tout à coup se présenta devant eux le géant Typhon ; ils ne lui échappèrent qu'en se précipitant dans le fleuve et en prenant la forme de poissons*. Typhon est le meurtrier d'Osiris, l'auteur de tout mal, et ici du déluge, et son apparition subite nous rappelle la terreur panique des Egyptiens (P. II, 191).
Nous croyons avoir rendu compte d'une manière plausible de tous les mythes relatifs à Dercéto. Il nous reste à interpréter ceux de sa fille, Sémiramis.
Sémiramis est le nom d'une déesse et celui d'une reine. L'histoire de l'une s'est confondue avec les mv-
thes de l'autre. C'est ainsi que Combabus est devenu le contemporain de Stratonice, et Attis= Adonis un fils de Crésus , qui a péri dans une chasse au sanglier ; c'est ainsi encore que toutes les conquêtes de Sésostris ont été rapportées à Osiris. Toutefois, il ne nous paraît pas impossible de faire, dans les récits relatifs à Sémiramis, la part du personnage fictif qui figure les Noachides, et celle d'Atossa, qui vivait au treizième ou au quatorzième siècle.
« La fille de Dercéto», exposée sur un aride rocher, fut nourrie par des colombes, » qui sont ici celles de l'arche, « et apportée par des bergers à l'intendant des troupeaux du roi, Simma, » qui est Sem. Nous savons que tous les mythes d'enfants abandonnés à leur naissance dans des déserts et nourris miraculeusement ont trait à l'humanité postdiluvienne, jetée sur une terre stérile et objet tout spécial de la protection divine (P. II, 237 sq.).
' Hygin, Asti on, M). Tbfon, ad A>af, • Diod. Sic. II, 5 et suiv.
SÉMUUBIIS. 9H
« Sémiramis devint l'épouse de Mç^nonès, Menoïnis, Onnès, Nonnes, » qui est probablement Oannès-Monénus, ou le Thoth postdiluvien, le Verbe présidant à la renaissance des arts et des sciences parmi les Noachides. « Mais bientôt elle monta sur le trône d'Assyrie en devenant réponse du roi Ninus. Elle lui survécut; et ayant laissé le sceptre a son fils Ninyas, elle disparut changée en colombe. »
Si Sémiramis est un être collectif, et si Onnès est Oannès, il est fort probable que Ninus et Ninyas ne sont pas davantage des personnages historiques. Or Ninus signifie le dieu ou Vhomme-poisson ; le poisson est la fonne sous laquelle Vénus a échappé à Typhon, le géant diluvien, et en Inde c'est un dieu-poisson qui sauve Noé-Satiavrata du déluge qu'a causé un géant. Ninus est donc la personnification des êtres qui ont échappé au déluge ; il est le génie de Xisuthrus comme Thoth est celui de Seth, et il n'a pas plus fondé l'empire d'Assyrie et Ninive , que Bélus n'a été le premier roi de Babylone ou Osiris le premier roi d'Egypte.
On aura donc donné pour épouse à Ninus, l'homme diluvien, Sémiramis, la jeune humanité postdiluvienne, issue de l'antédiluvienne Dercéto. Mais Sémiramis est, avons-nous vu, la race de Sem le stMime. Or Sem est le ' fils de Noë, et elle devrait donc être plutôt la fille de Ninus. Le mythe a prévenu l'objection ; car Macrobe nous dit que plusieurs historiens donnaient à Sémiramis Ninus pour père*.
Lucien, en nous rapportant qu'à Hiérapolis, la statue qui était debout entre les deux autres, passait pour représenter soit Deucalion (Ninus=Noé), soit Sémiramis (Sem), ajoute que les Syriens ne la nommaient pas au-
* Songe de Scipion^ ii, 10. Comp. Conon, dans Photius.
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tremeut que le Signe (sëmëion). Mais le mot grec de signe est identique avec celui de Sem , et il est ainsi hors d»' doute que Sem était le vrai nom de la statue.
Ce qu'on raconte des mœurs dissolues de Sémiramis, de ses vêtements d'homme, de sa primitive condition de courtisane, des cinq jours pendant lesquels le roi la laissa maîtresse de Tempire , doit s'entendre simplement des mœurs et des fêtes qui se sont introduites chez les nations sémitiques dans les temps postdihiviens.
On dirait, au reste, que les Sémites d'Assyrie se sont plu à multiplier le nom de leur grand aïeul. Nous venons de voir Sémiramis, Sem-eion, Simnia. Voici Ninyas qui a pour surnom Zamès, et Zamès est même aussi svnonvme de Ninus •.
Pour contrôler enfin l'explication que nous proposons de Sémiramis et de sa famille, examinons ce que Castor, dans ses Chroniques, nous rapporte de l'histoire primitive d'Assyrie».
« Le premier roi est Bélus, » Baal, le grand dieu de la nation, son Osîris.
< Sous lui, les Cyclopes vinrent, avec la foudre , au secours de Jupiter, qui combattait contre les Titans. Deux des Titans, Hercule et Bacchus, furent aussi de vaillants auxiliaires des dieux. » C'est le mythe bien connu de la grande Sécheresse de Méhujaël (P. II, 133).
« Dans le nombre des Titans était le roi Ogygès, » Ogen, Océan, dont le déluge est celui de Noë.
t Salmasius, Cornent, de Solin^ p. 872.
^ Castor de C. Muller, p. 150, à la suite de l'Hérodote de Dindorf. Mulot, t8U.
HISTOmE. 101
* Après Bélus, » le dieu du monde antédiluvien, «régna Ninus, qui épousa Sémiramis, et à qui succéda Zamès ou Ninyas. » Ces trois noms-là sont précisément à la place que nous leur aurions assignée nous-même;. Ils personnifient les temps postdiluviens ou les Sémites ont peuplé r Assyrie.
Les Assyriens possédaient d'ailleurs sur ces mêmes temps une autre tradition fort curieuse, qui se résumait dans les cinq noms suivants : 3abius, ou (d'après le pehlvÎBAB) le père de la nouvelle humanité, Noë; Anébus ou («ENAB, en hébreu) la graj)pe de 7^aisin, découverte par Noë (P. II, 205) ; Arbélus I, ou le feu de Baal, dont le culte a été fondé par Nemrod ; Chaalus ou Chalays, qui est le même Nemrod en sa qualité de fondateur de Calah*, et enfin Arbélus IL Abvdène a commis Terreur d'intercaler ces rois entre Bélus et Ninus, tandis qu'ils sont contemporains de Ninus et de Ninyas. Le Syncelle les a transportés dans les derniers siècles de l'histoire d'Assyrie.
Mais qui vient après Sem-Ninyas? Un Arius, c'est-àdire un Arien , un roi de là race médique qui aura fait la conquête de l'Assyrie, et il a pour successeurs un Aralius, un Xerxès et un Armamithrès, noms qui tous rappellent l'Iran. Or la Genèse nous fait connaître un roi d'Ellasar ou de Médie du nom d'Ariok, qui s'associe à un roi de Sennaar et à un roi d'Hélam pour attaquer Sodome et les autres villes de la Plaine. On ne comprendrait pas comment le roi de Médie a pu joindre ses alliés au travers de l'Assyrie si celle-ci n'avait pa& été soumise soit à la Médie, soit au Sennaar, ou comment le roi d'Assyrie serait demeuré paisiblement chez
* Gen. X , 12. Les briques des ruines de Nimroud portent le nom de Calah, comme celles de Koyonndjonk le nom de Ninive.
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hii quand tous st^s voisins se mettaient «n campagn' Or, dans le Zend-Avesta. les deux derniers pays qu'Ormuzd 3 donnés au\ Ariens sont, à l'est, l'Inde, el ' l'ouest (probablement) l'Assyrie, ce qui suppose, qur cette dernière contrée a été très-anciennement envahi? par les Ariens ou les Mèdes. Puis Ariok diffère peu J" roi de Ninive Anus, et ce qui nous semble fort extrawdinaire, c'est qu'une des particularités du dialecte assyrien est d'iyouter aux noms une terminaison en» ou OK ' . Ariok serait donc Arien par son nom, Mède par EUassar, où il règne, et Assyrien par la forme sous laquelle son nom serait parvenu à la connaissance d'Abraham et de Moïse. EnAn Bérose nous apprend qu'à min^ date très-ancienne, des Mèdes avaient régné à Babylone. et il n'est pas surpi'enant que, maîtres de l'Assyrie, il* aient suivi les rives du Tigre et conquis le Sennaar' Armamithrès a poui- successeur Bélochus I, qui es'. à notre avis, le libérateur de sa patrie et le fondateur de la première dynastie indigène à Niuive. Celle-ci finit avec Bélochus II et Atossa ou Sémiramis, et fait place à la dynastie ih: BéiatiiroN. I,;i I r.iisirmc, ijuiest chiildéenni'. ;u|.;diis=l'liiil,ctiiiiilavei'Sordan^. iir- il'iiliiinciiivs rcchen'hes .